jeudi 23 juin 2016

569 Consumérisme, conformisme, banalisation et automation du coït

L'acte sexuel n'est pas un acte anodin. Dans notre culture française et parisienne, il le devient. Un de mes amis, bon vivant et aimant les plaisirs de la vie, me disait avec dégoût il y a une douzaine d'années : « c'est la génération capote, on se voit et on baise. T'as des capotes ? »

Notre culture actuelle a fait du consumérisme et de la rapidité des vertus cardinales. Si une jeune fille est belle, si un jeune homme est beau, il faut vite coucher avec, c'est-à-dire baiser avec. Sinon on est un nase, un coincé, un looser, un qui a des problèmes, un homo refoulé, etc. On doit baiser. C'est chic et dans l'air du temps. Et si on ne baise pas on est un raté, un nul, un moins que rien.

Ces âneries règnent dans les colonnes des magazines, les ouvrages sur la « sexualité » et autres nids d'affirmations stupides. « Combien de temps doit durer un coït idéal ? » « quelle est la périodicité avec laquelle on doit baiser ? » « Les Français sont-ils de bons amants ? » « tant de pour cent de la population s'estime heureuse au lit », etc. Voilà qui fait des titres croustillants et vendeurs d'articles, présentations d'émissions de télévision ou de livres à la mode. C'est bien simple : si on descend au dessous de la ceinture le chiffre d'écoute ou de vente augmente. Alors, pourquoi s'en passer ?

Le pire est que ces bêtises forment une large part aujourd'hui de l'éducation sexuelle et sentimentale de la jeunesse et pas seulement de la jeunesse.

Le défaut essentiel de cette pseudo éducation est d'avoir remplacé le « j'ai envie » par le « je dois ». C'est l'automation du coït. Pour y échapper, il suffit de savoir que chercher le coït sans véritable désir effectif et réciproque est une faute, une insulte au bon sens et une catastrophe relationnelle. Ce « je dois » ruine la relation.

Autre méfait de notre culture : la recherche de « la performance ». Certains jeunes hommes confondent le sexe avec une compétition de gymnastique plus ou moins acrobatique. Et sont tout fiers de clamer qu'ils réussissent quatre ou six fois la chose dans une nuit qu'on n'ose plus appeler « d'amour ».

Le sexe sans désir véritable effectif et réciproque est une calamité. Si on le pratique de la sorte, on est certain de se retrouver amoureusement seul dans la vie.

Le sexe factice, sans authenticité, est l'objet de tout un commerce qui s'organise autour. Le plus connu est la prostitution. La pornographie qui théâtralise et met en scène une sexualité imaginaire et fabuleuse qui apporterait une satisfaction détachée du relationnel est un marché gigantesque. On a tendance à souligner l'image dégradée de la femme que propage ce commerce. Mais cette dégradation existe ici ô combien concernant l'homme. Il n'est pas rare que dans la pornographie on ne voit même pas le visage de l'homme. On ne voit guère que son attirail sexuel, fréquemment truqué. Renoncer à la pornographie, aux frustrations et fantasmes divers qui l'accompagnent, change et améliore le regard qu'on porte sur les hommes et pas seulement sur les femmes.

Les énormités proférées abondent quand il s'agit du domaine du coït. Un homme pourtant apparemment intelligent me disait un jour : « si tu vois une femme, il faut chercher à la draguer, même si tu n'en as pas envie. Sinon, elle va se vexer ! » Deux hommes apparemment civilisés papotaient un jour devant moi. L'un des deux dit à l'autre, qui approuva : « si une femme se fait violer, c'est qu'elle le veut bien. » Je lisais dans un livre sur la dépression post partum : « l'instinct maternel n'existe pas. » Plus c'est gros, plus ça passe, comme on dit. Il faut ne pas se laisser abuser. Savoir résister aux idées reçues et toujours chercher à se faire son opinion par soi-même.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 juin 2016

568 La tendresse qui vit en nous

J'étais il y a peu dans un train et observais deux voyageurs. L'un était une jeune fille, l'autre, qui l'accompagnait, un homme nettement plus âgé. La jeune fille avait eu son attention attirée par moi et à plusieurs reprises a jeté un coup d'œil dans ma direction. Ces deux personnes étaient à une certaine distance. Quand je devais descendre du train, elles se sont rapprochées, car elles descendaient également. J'ai supposé que l'homme était un parent de la jeune fille. Le bref instant où nous avons été proches, j'ai parlé à l'homme, qui paraissait sympathique et lui ai donné un tract du prochain Carnaval de Paris. Il m'a très aimablement remercié. La jeune fille n'a rien dit. Et nous nous sommes séparés. Rien de négatif en soi. Deux inconnus, un tract du Carnaval de Paris remis pour information, il n'y avait visiblement rien à ajouter de plus dans l'anonymat de la très grande cité de Paris. Pourtant j'étais triste et me suis demandé pourquoi. J'ai compris la raison ; au fond, le tract du Carnaval n'était qu'un prétexte de rapprochement. Et le sentiment qui me dérangeait à présent était que sans me l'être formulé ainsi, j'avais eu envie de câlins avec la jeune fille. Rêve totalement imaginaire dans le contexte présent. Ayant réalisé ce cheminement de ma pensée, je me suis senti bien à nouveau. Ce bref épisode insignifiant ou mal interprétable par beaucoup m'a fait réfléchir. Au fond de nous la tendresse vit toujours. Notre monde a beau être divisé, atomisé, étrangéifié, rendant les relations dures, les « inconnus » inaccessibles, le désir, le besoin de contacts existent toujours. Quelquefois on les voit s'exprimer chez des personnes ayant un peu bu. Généralement cette tendresse est verrouillée, cadenassée au fond de nous. Mais elle existe toujours. Les humains n'ont pas la capacité de décréter qu'ils sont autre chose que ce qu'ils sont. Je me suis posé la question : quels symptômes provoquent ce rejet sociétal de la tendresse ? J'en énoncerais ici quatre :

Les humains connaissent un sentiment permanent de crainte diffuse. Cette crainte demande à trouver sa justification intellectuelle. Ce qui fait que les humain,s sont prompts à adhérer à une peur qu'ils voient énoncée. Bizarrement ils vont par exemple souscrire à un discours paniquard distillé par les médias. Ils chercheront et trouveront d'horribles ennemis qui souvent ne les concernent pas du tout directement. « La fin du monde » est très à la mode dans les médias. La crainte diffuse régnante explique la séduction que rencontre très fréquemment la masse délirante de propos annonçant des catastrophes. L'être humain largement privé de câlins se sent mal et construit ainsi sa peur. Les humains connaissent également un sentiment de soif aveugle. Elle cherche la source de sa satisfaction. D'où des comportements des plus bizarres, absurdes. Un humain va collectionner avec fanatisme des timbres-poste, par exemple. Car la complétude de sa collection lui apparaîtra comme un but énorme en soi. Un autre humain accumulera de l'argent, du pouvoir, des géraniums en pots, n'importe quoi. Mais n'importe quoi qui lui semblera un moment combler sa soif inextinguible. Qui est en fait une soif de câlins dont il n'a pas une claire conscience. Les humains ont aussi le sentiment qu'il manque une très grande chose. N'arrivant pas à l'identifier, ils l'assimileront à un idéal quelconque, qu'ils nommeront : « liberté », « amour », « harmonie », « Europe », etc.

Enfin, les humains auront une sexualité complètement dérangée. Beaucoup pratiqueront la drague, qui consiste à réduire les partenaires possible et soi-même à de la viande à baiser. Niant ainsi la richesse, l'originalité et la complexité des individus. La baise consistera à consommer cette viande imaginaire qui nie la réalité des humains. Si les humains, surtout masculins, pratiquent intensivement la masturbation, qui est une activité anodine, celle-ci s'accompagne chez les adultes de frustrations et fantasmes perturbant et troublant leur contact avec la réalité. La visualisation de la pornographie qui met en scène ces fantasmes, matérialise ces frustrations, aggrave ce trouble. Renoncer à cette sexualité perturbée n'est pas évident, d'autant plus que ce renoncement est souvent prôné par des malades obsédés par le rejet global de toute sexualité. L'important reste encore et toujours pour chacun de chercher à reconnaître et vivre son authenticité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 juin 2016

dimanche 19 juin 2016

567 Le chantage à la « solitude » et l'ultimatum du « bonheur » obligatoire

« Je me sens seul », « je ne suis pas fait pour vivre seul », « je ne supporte pas la solitude »... qui de nous n'a pas entendu à l'occasion ce cri du cœur poussé dans son entourage... Ou ne l'a poussé lui-même ?

Et la réponse est toujours la même : « il faut vivre en couple », « vivre à deux », « se marier », « se pacser », « trouver la bonne personne »...

Mais : « les gens sont trop égoïstes », « en demandent trop », « sont trop individualistes », « refusent de faire des concessions », etc.

C'est quoi, ce chantage ? Pourquoi faut-il absolument, pour ne plus me sentir seul que j'accepte un étranger ou une étrangère dans mon lit ?

Vivre, ne signifie pas forcément « vivre avec quelqu'un », le choix étant soi-disant entre le désespoir et la marginalisation ou « le bonheur à deux », quand ça marche. Et si ça marche. Où cherche-t-on à nous emmener comme ça avec tous ces discours normatifs ? A suivre une norme, la norme dominante : vivre c'est vivre à deux, avec une personne, de préférence de sexe opposé, ou pas.

C'est quoi, ce charabia ? Je ne serais pas capable de dormir seul, me faire mon café seul, aller me promener seul, rencontrer des amis seul et ne plus être seul ?

C'est un conditionnement. Il m'en rappelle un autre, que j'ai bien connu. Jusqu'en 1965 on crevait la dalle en famille à la maison. Puis, mon père a pris une bonne place très bien payée et on s'est mis à manger de la viande à tous les repas. Bien plus tard, il m'a fallu faire un effort intellectuel important et tout particulier pour admettre qu'un repas pouvait être réussi sans nécessairement comporter de la viande.

Pour ce qui est de cette fameuse « vie à deux », c'est pareil : il s'agit d'un conditionnement. Un chantage : « si tu veux être dans la norme, il faut que le matin tu te réveille à côté de quelqu'un ». Et pourquoi donc ?

Parce que c'est, sonnez trompettes !! Le bonheur ! Quel bonheur ?

Hier, j'entendais quatre dames parler de la vie à deux. Et l'une d'elles évoquer cette formule comme permettant « une vie sexuelle ». De quoi parle-t-on au juste ? Ah oui ! Pour être heureux, il faut, si on est un homme, pouvoir mettre régulièrement son zizi dans une dame. C'est quoi ce jargon ?

Pourquoi aurais-je envie de mettre mon zizi dans une dame, un monsieur ou une chèvre ? Mon zizi vit très bien sans. « Oui, mais, me diront certains, sans sexe t'as le sang qui bout ! »

Non, c'est comme les repas avec viande cités plus haut. C'est un conditionnement, très fort et très puissant. C'est « le chantage au bonheur ». Moi, quand je vois une jolie femme, un joli monsieur ou une jolie chèvre, je me dis : « quelle belle créature ! » Et ma pensée s'arrête là. Pourquoi vouloir ajouter dedans mon zizi ? « C'est la Nature » diront certains. Ah bon ! C'est la Nature ? Et vous lever chaque matin réveillé par la sonnerie du réveil-matin c'est la Nature aussi ? Cuire ses aliments c'est la Nature aussi ? Prendre une aspirine quand vous avez la migraine, c'est aussi la Nature ? Et vous laver à l'eau chaude et au savon, vous habiller ensuite, c'est la Nature aussi ? En vérité, vous êtes bien dénaturé ! Alors, arrêtez d'invoquer la Nature pour justifier votre conditionnement !!

Basile, philosophe naïf, Paris le 19 juin 2016

samedi 18 juin 2016

566 Comment se structure la conscience collective

À Paris, il y a quelques années, dans une sorte de fête d'extrême gauche je croisais une jeune Allemande âgée d'environ vingt-cinq ans. Nous avons fait un brin de causette. À un moment-donné je lui ai dit une chose qui a provoqué chez elle une réaction étrange. Je lui ai dit : « je n'ai rien contre le peuple allemand ». Et elle, née bien après 1945, visiblement pas du tout nazie vu le lieu où je la rencontrais, n'en revenait pas ! Comment pouvait-elle se sentir à ce point concernée, si ce n'est même culpabilisée, pour des fais survenus plus de quarante ans avant sa naissance ? C'est que la conscience collective, ici celle des Allemands, fonctionne comme la conscience individuelle. C'est là qu'il faut expliquer plus précisément ce que j'entends par mon propos. Un exemple va l'éclairer.

Il y a plus de trente ans j'étais invité par un couple à passer un weekend à la campagne. Il y avait avec eux leur fille, âgée de deux ans. Celle-ci parlait beaucoup, posait beaucoup de questions, ses parents lui répondaient. A un moment-donné elle leur a demandé des précisions sur la mort... Les parents, farouchement matérialistes et athées anti-religieux lui répondirent qu'après la mort il n'y avait rien. J'entendais ces propos et me fis la réflexion suivante : « cette fillette a de multiples échanges verbaux à l'âge de deux ans. Plus tard, elle n'aura pas souvenir de tout ça. Elle se rappellera de sa vie à partir de trois, quatre, cinq ou six ans, et encore de façon très fragmentaire. En revanche, si ça se trouve, quand plus tard elle pensera à la mort, il se peut qu'elle soit absolument terrorisée à la perspective du néant inévitable pour elle que ses parents auront imprimés ainsi dans sa tête. Et elle n'aura alors pas du tout conscience de l'origine de cette conviction qui va la terroriser. »

Avoir quantité d'échanges avec l'entourage dès l'âge de deux ans et ensuite n'en avoir pas le souvenir, mais la marque, c'est le sort de chacun de nous. A l'échelle de la conscience collective c'est pareil.

Le peuple allemand a connut une période de 1933 à 1945 dont la jeune fille dont je parlais plus haut n'a pas de souvenirs directs, mais elle en a la marque. C'est pourquoi elle culpabilise pour des actes qu'elle n'a pas commis, et s'étonne de rencontrer une « victime », un Français qui ne lui en veut pas.

La marque de cette époque qu'elle porte aujourd'hui lui a été transmise par les générations précédentes. Celles qui ont connu et participé à la vie du peuple allemand de 1933 à 1945. Mais ce phénomène n'est pas propre aux Allemands. Pourquoi les Grecs en 2015 se sont fait aplatir par la Troïka ? Parce que déjà auparavant ils ont subit une défaite durant la guerre civile qui a suivi l'occupation allemande. En France, ce phénomène de la mémoire collective existe aussi.

La conscience collective dans notre pays a été marqué par un événement extrêmement sanglant : l'écrasement de la Commune de Paris fin mai 1871 qui occasionna un très grand massacre. Durant plus de cent ans le peuple français a conservé la marque de la défaite des Communards. Cette marque faisait que, par exemple, jusqu'aux années 1950-60 et aussi au delà, la ville votait à droite. Tous les 20 arrondissements votaient majoritairement à droite. En 1977, quand la fonction de maire de Paris est réapparue, le nouveau maire élu fut un maire de droite. En 2001, il y a quinze ans, ça a commencé à changer. Un maire modéré, mais officiellement socialiste, a été porté à la tête de la municipalité parisienne. Je me suis dis alors : « tiens ! Le traumatisme de la Commune de Paris commence à être surmonté. Paris, ville traditionnellement révolutionnaire et devenue conservatrice se remet à gauche. » Et à présent, 145 années après la défaite de la Commune de Paris, le traumatisme paraît complètement surmonté. Les mouvements de protestations actuels contre la loi Travail apparaissent imprévisibles et incontrôlables. La ville a renoué avec son passé révolutionnaire, que ça nous plaise ou nous rassure ou non. Et le pays entier comme hier suit Paris.

Basile, philosophe naïf, Paris le 18 juin 2016

lundi 13 juin 2016

565 Quelques remarques à propos du toucher

Chaque toucher est différent. Et a un caractère personnalisé et individuel. J'ai pu le constater dans un très sympathique bal tenu dans les années 1980. A cette occasion j'ai invité à danser toutes les jeunes femmes présentes, l'une après l'autre. C'était du rock et je tenais les mains de ma cavalière à chaque fois. J'ai pu ainsi constater qu'aucun contact n'était identique à l'autre.

Il existerait des touchers apparentés. A deux reprises j'ai ressenti un plaisir extraordinaire et inexplicable au simple contact d'une femme. Ce contact se bornant à de très ordinaires câlins n'était pas du tout ressenti par moi comme des câlins habituels.

Le toucher est comme un langage. Quantité de choses passent à travers lui. Une scène à laquelle j'ai assisté m'a frappé à ce propos. Une amie quittait son fiancé un soir. Ils se faisaient des bisous et des câlins. Je me suis écarté pour ne pas déranger. Une fois le jeune homme parti, la jeune fille amie est revenue vers moi. Elle était dans un état hyper-nerveux, plus comme une personne prise en faute que quelqu'un qui vient de quitter son fiancé qu'elle reverra demain. Elle n'était pas du tout comme une personne heureuse, ravie ou sereine. Si elle était « sur son petit nuage », ce nuage était noir et orageux. J'ai rapproché l'état nerveux de cette amie de ce que je sais de ces jeunes gens. Le jeune homme est apparemment gentil et bien intentionné, et serait en fait très manipulateur et intéressé. Cela, la jeune fille ne le sait pas. C'est à elle de parvenir à en prendre conscience en dépit de son entourage qui l'a déjà mariée d'avance. Mais ce mauvais contact relationnel, nié en paroles, mon amie le sent au contact direct. D'où sa réaction.

Une autre amie m'a raconté que, quand jeune fille elle prenait des leçons de piano avec un vieux professeur, celui-ci lui prenait à l'occasion la main pour lui indiquer la position juste. A chaque fois, m'a-t-elle dit, elle ressentait à ce contact « comme une petite décharge électrique ». Car elle sentait que ce contact était parfaitement neutre et pas du tout dragueur.

Le toucher est singulièrement rejeté par notre culture française et parisienne et pas seulement. Il serait prétendument presque toujours « sexuel » quand il s'agit de contacts entre adultes. Ceux qui remettent en question cette interprétation réductrice et abusive se heurte à une question embarrassante : « si le toucher n'est pas sexuel, où s'arrête-t-il ? » Autrement dit : « si on peut se faire des caresses librement vont-elles aller partout ? » En fait, si on libère le toucher, il n'est absolument pas nécessaire « d'aller partout », ce qui pose finalement des problèmes. Il existe un phénomène de compensation. Si on caresse correctement, c'est-à-dire avec sensibilité, une part réduite de la surface de peau d'un individu, l'apport en câlins se diffuse de façon générale.

Prenons un exemple : si on caresse très sensuellement juste la nuque d'un individu, il n'y a aucune nécessité de s'étendre plus loin pour qu'il se sente bien. Les enfants, qui n'ont pas été influencé par les discours des adultes le savent et ressentent très bien. Une amie me racontait que, quand elle était petite fille et malade, son père venait la voir. Et juste lui mettait la main sur la tête pour la réconforter. Et cela suffisait parfaitement. Quand on est adulte, il faut parvenir à se détacher du conditionnement reçu et redevenir des enfants. Ce qui n'est pas facile et donné à tout le monde. Les revendications confuses et déstabilisantes de la sexualité trafiquée régnante chez les adultes sont à remettre à leur juste place. Ce sont des délires littéraires qui peuvent aller à la poubelle. Ceux qui vantent à tout va le sexe me font penser à des diététiciens qui prôneraient des repas faits exclusivement de desserts, voire de sucre en poudre à consommer à la cuillère. C'est irréaliste, déséquilibré et écœurant. Le toucher, la caresse, le câlin, restent pour beaucoup un monde oublié, inexploré, qui est à redécouvrir pour le plus grand bien de chacun. Le sexe est comme le tiramisu. J'aime beaucoup le tiramisu. Mais si je devais ne manger que du tiramisu ça n'irait pas du tout.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 juin 2016

dimanche 12 juin 2016

564 Pour un service public national de l'alimentation et de l'eau

Quand j'étais petit, à Paris, dans les années 1950, existaient de très nombreux petits commerces notamment alimentaires. Il y avait, par exemple, un crèmerie rue des Plantes, presque à l'intersection avec la rue d'Alésia, en se dirigeant vers la sortie de Paris. Dans le quatorzième arrondissement de Paris le marché de la rue Daguerre était réputé « le moins cher de Paris ». La rue de l'Ouest regorgeait de détaillants en fruits et légumes très vivants. Bien plus tard, dans les années 1980, il y avait encore rue Raymond Losserand des « cours des halles » aux prix attractifs.

Dans les années 1950 et 1960 le cri du cœur du client revendicatif était : « si la vie est chère, c'est la faute aux épiciers ! » J'ai entendu plus d'une fois ce propos prononcé dans ma famille.

Aujourd'hui, les petits épiciers d'antan ont pratiquement tous disparu et la vie n'a jamais été si chère. C'est simple : les cerises en saison affichent à présent couramment le prix de 10 euros le kilo ! Et même on ose parfois indiquer avec ce prix que c'est : « en réclame » !

Quelle est la raison de ces prix excessifs si les petits épiciers n'y sont pour rien, puisqu'ils n'existent pratiquement plus ?

Quand l'euro est arrivé, en janvier 2002, les prix des fruits et légumes étaient les prix d'hiver, chers. D'habitude, vers le printemps, ceux-ci baissaient et atteignaient des montants infiniment plus légers.

Le printemps 2002 arriva... et les prix ne baissèrent pas.

Au contraire, ils ont continué à monter jusqu'à atteindre les montants actuels ! Quelle est la source de ce mystère ?

La source, c'est la centralisation de l'organisation de la distribution. Les prix sont programmés en fonction des dividendes à verser aux actionnaires. Pour obtenir le maximum de rentabilité, les prix sont modulés en fonction de la richesse locale. Ainsi, un jour, à la radio, un responsable de l'établissement des prix de vente d'une chaîne de supermarchés expliquait : « nous vendons plus cher le même produit à Strasbourg ou Paris qu'à Albi. Car à Albi les acheteurs ont moins d'argent. »

Le but, c'est l'argent. Quel est le résultat ? Un article paru dans l'Humanité le 29 avril 2016 indiquait que sur 100 euros payés pour acheter des produits alimentaires, 8,2 % revenait au producteur. Ce qui signifie que, par exemple, sur un kilo de cerises à 10 euros, l'arboriculteur ramasse 82 centimes ! Le reste part aux organisateurs du transport et de la distribution. Les transporteurs s'il s'agit des employés chargés du transport ou les vendeurs, s'il s'agit des employés des magasins, sont très peu payés... alors, où va l'argent ? Le transport et la distribution reviennent-ils si chers ? 91,8 % du prix de vente ? Il y a quelque chose qui cloche.

Se pose ici le problème suivant : l'organisation du transport et de la distribution rend insuffisante la rémunération des producteurs, trop chers les prix de vente et rémunère mal les employés de la chaîne. Ceci à propos de quelque chose d'essentiel : la nourriture. C'est une situation classique pour légitimer la création d'un service public au service de tous, rémunérant suffisamment les producteurs, payant correctement les employés et vendant à des prix abordables les produits aux clients. Un tel mode de distribution a déjà été proposé rien que pour Paris par Édouard Vaillant en 1884 ! Il a reparlé d'une telle initiative durant la Grande Guerre de 1914-1918. Aujourd'hui plus que jamais existe la nécessité de créer un service public national de l'alimentation et de l'eau. Qui prendra et quand cette initiative d'intérêt général pour la vie et la santé de la population ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 12 juin 2016

samedi 11 juin 2016

563 Protocole de l'esprit de la coccolazione ou caresses chaperonnées

Ce texte est proposé à la réflexion du lecteur et ne prétend pas être définitif :

Préambule :

La pratique proposée a pour but de libérer les rapports humains de la tyrannie d'une sexualité sommaire, commerciale, impérative, abusive, qui prétend confisquer les caresses entre adultes aux seules fins d'être l'antichambre, l'accompagnement ou la porte de sortie de l'acte sexuel.

1° Les séances seront bénévoles et gratuites. Toute démarche à caractère lucratif conférerait ici à l'esprit de la coccolazione ou caresses chaperonnées un caractère prostitutionnel.

2° La séance se fera sous une bonne lumière et en aucun cas dans la pénombre ou sous une lumière tamisée.

3° La séance se fera toujours avec la présence et sous le contrôle d'au moins un tiers, personne de confiance de la personne caressée. Ce tiers pourra lui tenir la main.

C'est pourquoi l'esprit de la coccolazione est aussi baptisé « caresses chaperonnées ».

4° Les personnes présentes seront habillées.

Il existe des pratiques de « massages » qui prétendent à la nudité des personnes impliquées. D'où cette précision contraire.

5° Les seules surfaces caressées seront le haut du dos, la tête, les bras et les jambes au dessous des genoux.

6° Les personnes concernées seront averties qu'en cas de réactions au niveau génital (par exemple érection) suite aux caresses, ces réactions seront considérées comme sans importance, ni conséquences, ni implications.

7° A tous moments, sans justifications ni explications la séance pourra être interrompue par une ou plusieurs des personnes présentes.

Relations extérieures :

Les relations en dehors des séances entre les personnes impliquées étant extérieures à l'esprit de la coccolazione ou caresses chaperonnées n'ont pas lieu d'être commentées. On peut très bien imaginer, par exemple, un mari et sa femme se pliant à l'occasion à ce protocole et vivant par ailleurs « en couple », ou encore la rencontre entre deux parfaits inconnus se limitant exclusivement à l'esprit de la coccolazione ou caresses chaperonnées. Quantité de cas de figures sont possible. L'essentiel est de conserver intact l'esprit de la pratique concernée.

Terminologie :

En cas de succès de ce protocole son sens sera certainement dévoyé dans des discours à vocation commerciale et pornographique. De même qu'on peut voir aujourd'hui sur Internet le mot « naturisme » abusivement employé pour désigner des rapports à caractère prostitutionnel.

Basile, philosophe naïf, Paris le 11 juin 2016