samedi 28 mars 2015

360 La panique, l'incompréhension permanente et l'art de regarder les femmes

Dans la culture où j'ai grandi, en France et à Paris, on nous inculque la panique et l'incompréhension permanente vis-à-vis du sexe opposé et finalement de notre sexe aussi et de nous-mêmes finalement. Pourquoi, comment ?

Avec un beau « conte de fées » : un jour, tu rencontreras, tu dois rencontrer, il faut que tu rencontre, il faut et c'est vital et merveilleux de rencontrer « la femme de ta vie ». La femme, quelle femme ? Je ne suis encore qu'un petit garçon ! La femme de ta vie, comme la femme de ton papa, ta maman chérie... mais cette femme sera pour toi, pas pour ton papa... Ah bon ? Le temps passe, le physique change, les poils poussent autour et sur notre sexe, la barbe apparaît, la voix mue... Tu vois, les filles, comme elles sont belles ! Nous susurrent une petite voix parasite intérieure, un petit enregistrement ajouté en nous il y a bien longtemps, une de ces filles est pour toi, elle t'aime, elle t'aimera, prends-là ! Prendre ? Comment ?

Il faut la séduire, la prendre, la posséder, lui mettre ta queue dans son trou correspondant ! Ah bon ? Et la retenir après, la garder, la surveiller, la harceler, l'emmerder, la frapper, la terroriser ! Et se battre !

Mais, je suis très gentil... Tu dois faire ainsi... Tu es UN HOMME !!!

Ce discours, on l'entends omniprésent : il faut trouver LA femme. Et être possessif, odieux, ignoble, violent, jaloux, en un mot DEGUEULASSE !!! Parce qu'on est, on serait.... un HOMME...!

Alors la panique et l'incompréhension s'installent. Il faut A TOUS PRIX chercher, trouver et trouer... la femme. Mais pas n'importe quelle femme, la femme unique, sérieuse et adorée. Celle qui vous fera des enfants et des tisanes bien chaudes quand vous serez malade... Le seul hic : c'est que cette femme n'existe pas. C'est un fantasme, une image qui ne corresponds à aucune réalité. Sauf à des femmes qui « joueront le jeu » et feront semblant d'être la parfaite compagne recherchée... jusqu'à ce qu'elles en auront assez et vous largueront ensuite comme un paquet de linge sale. En attendant c'est la chasse et l'accumulation de déceptions. Comme me disait un ami : « les femmes bien sont pour les autres, elles ne veulent pas de moi ». Le jour où j'ai cru que je devais trouver une compagne, je me suis dit pareil : « celles qui sont bien sont déjà prises, me restent les autres ». Il y en avait une pas mal qui s'intéressait à moi. Elle était très malade. Je me suis dit : « celles qui vont bien sont déjà prises. Me reste alors que, par exemple, celles qui sont malades. Alors, allons-y ! » Et j'ai fait l'amoureux deux années, puis le garde-malade deux années et quatre mois ensuite. Et, quand elle en a eu marre de jouer « l'amoureuse » elle m'a largué avec perte et fracas. Et j'en suis resté tout cassé durant quelque temps, plus d'un an.

Chercher la femme. Mettre sa queue dans le trou pour s'assurer d'elle... Non, ne rien chercher. Et ne pas intellectualiser l'acte sexuel. Il ne se décide pas comme d'aller s'acheter un éclair au chocolat à la boulangerie ou s'inscrire à un cours de piano.

J'ai cessé complètement de « chercher la femme », cette grandiose et invraisemblable et pourtant des plus courantes âneries.

A présent... je vis, tout simplement. Ça fait une impression bizarre au début. Mais on s'y fait. Et c'est très confortable. Fini, la panique et l'incompréhension permanente. Je ne vais plus j'espère et ne veux plus en tous cas m'égarer sur les chemins douteux et périlleux de l'ivresse esthétique, amoureuse ou sociale. Ces trois ivresses sont le produit des endorphines. Est-ce que se bourrer la gueule avec est le but de la vie ? Non !

L'ivresse esthétique consiste à s'obnubiler sur le beau cul, les jolis seins, la belle gueule d'une belle créature et se mettre à se faire un film à son sujet. Il y a quelques mois je commençais à me faire un film sur une jolie jeune fille. Beau sourire, jolis yeux, aimable, gentille, corps parfait... Mais, voilà, je me méfie des films. J'ai décidé de m'offrir une douche froide pour me réveiller de mon film. J'ai pris une photo d'elle, un poème que j'ai écrit sur elle et mis une explication avec. J'ai tout expédié à une amie par mail. Elle a les pieds sur terre et n'hésite pas à dire ce qu'elle pense. Le résultat fut une réponse qui m'a réveillé. Elle m'a déconseillé de communiquer le poème qui pourrait mettre sa réceptrice mal à l'aise. Et a eu une phrase pour résumer la joliesse de la jolie fille : « elle est, tout simplement ». C'est-à-dire que sa beauté enivrante existe indépendamment de moi. Ouf ! J'ai dessaoulé. La jolie jeune fille, je la revois Et vois très bien qu'elle n'en a rien à foutre de moi en particulier. Quand je commençais à fantasmer sur elle, j'étais simplement endorphiniquement ivre.

L'ivresse amoureuse est un stade plus aigu : non seulement on trouve la fille ou le gars beau, mais en plus, c'est quelqu'un de merveilleux, extraordinaire, formidable... on chausse des lunettes roses. C'est encore un tour joué par les endorphines. On croit que quelqu'un est extraordinaire, digne de la plus extrême confiance, va vous faire un bien fou. Et, le jour où il vous fait mal, ça fait très mal. On peut alors facilement se suicider pour trois fois rien. Ou même tuer. Ou encore tuer en se suicidant, comme le font des fois des gens.

Et l'ivresse amoureuse est tant absurde que, quand on est amoureux de quelqu'un qui vous fait horriblement souffrir, pour rien au monde on ne veut le quitter ! On se trouve tous les arguments du monde pour rester avec son bourreau ! On se fait mal avec. Et, le jour où il vous quitte... on est encore plus malheureux !

L'ivresse sociale consiste à calculer l'intérêt d'être avec l'autre et s'attacher à cet aspect institutionnel de la relation.

Foin de l'ivresse ! Je veux vivre à jeun ! C'est plus heureux, juste et sain !

A présent je me méfie du concert des endorphines. Je regarde simplement. Et découvre l'art de regarder les jolies filles.

L'autre jour, il y a peu, je voyais une jolie fille un peu enrobée dans le métro. Je me dis, en voyant sa joliesse combinée à son enrobage adipeux : « ce serait bien agréable si j'avais l'occasion de dormir avec elle ». En effet, dormir avec des filles maigres peut être désagréable. Et j'ai dormi avec une copine de 116 kilos. C'était des plus confortables. Je ne me suis pas dit en voyant la jolie fille un peu enrobée du métro : « j'aimerais la caresser, la voir nue, faire l'amour avec elle. » J'ai simplement pensé au confort possible d'un sommeil à deux et rien d'autre. La fille a du sentir mes pensées in-orthodoxes et peu classiques et m'a regardé d'un air intrigué.

Quand je me suis enfin débarrassé de la salle de projections des fantasmes, mon regard sur les femmes a changé. Je me suis dit alors : « je sens que je pense différemment ».

Et ça continue. Au début ça m'a ébranlé un peu. Je me demandais un peu où j'allais. Si je ne renonçais pas à quelque chose. C'était un peu inconfortable, ce changement. Mais je m'y suis fait. Et finalement suis bien avec.

Hier matin, je regardais une très jolie femme qui, tout en me parlant, changeait la parure d'un grand lit. Elle s'allongeait dessus pour arranger le drap housse, me tournait le dos, se retrouvait ensuite face à moi, de profil, etc. Un vrai festival ! Un régal pour les yeux ! Et... aucune pensée salace, paniquante, décevante, rien que le plaisir d'apprécier la vue d'une très jolie fille.

L'après-midi qui a suivie, dans le métro, j'observais les mains d'une jeune femme au physique assez ordinaire. Ses mains étaient magnifiques, à dessiner. Je ne les ai pas fixé tout le temps qu'elle était là, pour ne pas la mettre mal à l'aise. Mais j'ai dévoré ses mains des yeux tant que j'ai pu... et rien que ses mains.

Quelle différence avec les dragueurs permanents potentiels qui vont aller voir les « parties stratégiques » : bouche, seins, fesses. Et évaluer leur qualité un peu à la façon du boucher qui évalue la qualité d'une bête sur pied. Non, là, c'était juste les mains et c'est tout. L'art de regarder les femmes.

Quand la dame aux belles mains est descendue de la rame de métro, j'ai avisé une très jolie femme qui me regardait. Elle le faisait en usant des techniques féminines habituelles en usage à Paris pour regarder sans regarder tout en regardant : le balayage, consistant à balayer du regard l'espace où l'homme qu'on cherche à regarder se trouve. Le flash, consistant à fixer une fraction de temps l'homme. Et le regard angulaire : se mettre de profil face à l'homme et l'observer du coin de l'œil. En utilisant ces techniques, cette femme n'a pas cessé de me regarder. J'ai regardé son vêtement. Son sac posé sur ses genoux laissait voir le côté du haut de sa cuisse gauche. J'ai réalisé alors qu'elle portait une minijupe ras-la-foufoune avec ses bas noirs semi-transparents. Et me suis dit : « une telle tenue révèle qu'elle cherche l'amour, les caresses... la pauvre, qu'est-ce qu'elle va trouver ? Des imbéciles qui rêveront de la retrouver avec eux en tête-à-tête. Avoir le gourdin. Et lui mettre le gourdin dans son trou. Puis, se prendre pour un marteau-piqueur ! Rien à voir avec l'amour, les caresses ! La pauvre, sa minijupe ras-la-foufoune ne lui apportera rien de bien ! »

La panique et l'incompréhension générale ont pour résultat entre autres catastrophes la drague et la baise sommaire, très peu pour moi. C'est le fast-food du sexe. Il y en a qui aiment. Moi, je préfère les restaurants gastronomiques et les repas entre amis. Voir la beauté est déjà tout simplement merveilleux. Sans s'inquiéter de rien d'autre.

Ça ne sert à rien harceler les femmes pour trouver l'amour. On ne trouve rien ainsi. On les chasse et rebute. J'ai pu moi-même en faire l'expérience. Quand des gays voient que je ne suis ni marié ni homophobe, ils concluent un peu vite que je suis adhérent à leur confrérie. Résultat, je sens la pression de leur drague, même aimable et respectueuse. Cette pression, il n'y a rien de plus énervant. C'est ce que ressentent les femmes que les hommes draguent. Je comprends que ça les énerve aussi. On ne fait pas accélérer la croissance d'une plante en tirant sur ses feuilles !

On invoque souvent « la Nature » pour justifier quantité de conduites peu aimables entre hommes et femmes, hommes et hommes, femmes et femmes. Mais, que savons-nous au juste exactement de la Nature en l'homme présente en nous ? Nous sommes tous plus ou moins déformés, dénaturés, affaiblis par notre éducation, notre conditionnement, nos croyances erronées. L'homme est parfois plus faible que l'animal. Pour survivre sur une île déserte, un chimpanzé se débrouillera mieux qu'un membre de l'Académie des sciences. Et nous n'avons pas non plus la possibilité de choisir de devenir ou redevenir chimpanzé. Il faut chercher à être, rester des hommes. En devenant aussi malin et proche de la Nature que le chimpanzé. Ça n'est pas facile. Ce n'est pas une mince affaire. Mais comment arriver à être heureux sans se simplifier ? Et se simplifier est souvent la chose la plus ardue, difficile, précieuse et compliquée. Se simplifier nous rapproche de la Nature et de la réalité.

La Nature, on ne sait pas, ou plutôt on ne sait plus, ce que c'est. Et l'amour, la tendresse, le sexe ? Ils n'ont rien à faire et à voir avec la panique et l'incompréhension. Il faut vivre, tout simplement. Laisser vivre. Calmement, tranquillement, sans s'affoler, se presser, être impatient. Et la vie se chargera d'apporter elle-même ses fruits étonnants, généreux et merveilleux.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 mars 2015

dimanche 22 mars 2015

359 Rejeter l'immense et immémoriale stupidité humaine

Quand on observe l'Humanité, son histoire, on est frappé par le contraste entre « les bonnes manières » et le comportement effectif des humains. Alors que l'amour apparaît comme la vertu cardinale, règne partout et dans toutes les époques la violence la plus inouïe. Comment une telle contradiction est-elle possible ? La paix serait-elle incompatible avec la Civilisation ? L'être humain serait-il en quelque sorte « maudit » ? Il faut bien trouver une explication.

Quand on compare l'être humain avec les autres espèces animales, on constate qu'un élément de sa vie diffère radicalement de celle des autres animaux. L'être humain baise tout le temps.

Cet aspect étrange de son comportement s'accompagne d'éléments troubles et douteux.

Une profusion de règles existent, prétendant réguler, régler la sexualité des humains. Toutes ces règles sont des interdits, fréquemment accompagnés de la plus extrême violence en cas de transgressions vantées, supposées ou constatées. Et ces interdits se combinent avec un incroyable ensemble de mythes.

Un de ceux-ci des plus fondamentaux est la prétention de diviser l'homme en deux : le spirituel, l'âme, la conscience, belle et élevée. Et « le corps », vil, bas, méprisable... en un mot : sexuel.

Le débat se trouve enfermé, emprisonné dans une soi-disant fatale alternative impérative : pour ou contre « le sexe ». Sexe qui, lui-même, est très imprécisément délimité. Ses limites variant très considérablement au cours des siècles et selon les sociétés. En 1880, à Paris, quand une jolie fille laissait voir sa cheville, c'était très sexuel...

Croire que le débat se résume à l'unique alternative de baiser ou refuser de baiser, a fait que de nombreux imbéciles dans les années 70 du siècle passé ont proclamé une étrange « liberté sexuelle ». Elle se traduisait en fait non par la liberté de baiser ou non, mais par l'obligation de baiser.

L'enfer moral auquel est assimilé le « corps » s'associe à un Paradis douteux et suspect qui serait le plaisir sexuel. Le nirvana sexuel, serait-on plutôt tenté de dire. Tant est absurde et invraisemblable la somme de baratin entourant l'acte sexuel. Selon certains discours, il serait le but-même de la vie et le sommet de toutes les activités humaines. Cette grandiloquente ânerie est professée encore par d'innombrables individus qui n'ont jamais gravi de tels sommets, mais restent persuadés qu'on devrait pouvoir les gravir. Ils sont comme ces personnes qui ne se sont jamais mariées et vouent un culte au mariage qu'ils assimilent à la perfection du bonheur. Et s'étonnent beaucoup quand des couples qu'ils croyaient « parfaits » se défont autour d'eux.

Comme le mythique nirvana sexuel est sensé être atteint dans le courant de la jeunesse, quantité de personnes devenues vieilles en finissent par conclure que ne l'ayant pas vécu elles ont raté leur vie.

La sexualité imaginaire des humains génère une quantité de concepts relevant de la mythologie sexuelle où le « corps » serait « sexuel ». Le sexe étant une chose douteuse et dégueulasse, il importe donc de cacher à la vue notre « corps », c'est-à-dire nous, et, en particulier, les organes reproducteurs. Il faut aussi le plus souvent éviter absolument de toucher un « corps » étranger, même légèrement, même involontairement. Si, par exemple, aujourd'hui on effleure accidentellement un inconnu dans le métro parisien, on se doit de se confondre aussitôt en excuses.

Cette « sexualisation » à outrance des humains est vraie y compris pour les très petits enfants. On les dote d'un accoutrement ridicule pour aller à la plage. Les petites filles sont affublées de ridicules « soutiens-riens ». On nous inculque ainsi de multiples façons dès le plus jeune âge l'horreur et la peur d'une chose terrifiante, inconnue et imprévisible : le « corps ». C'est-à-dire en fait nous, un aspect indissociable de nous, tant que nous sommes vivants dans ce monde.

Cette peur, cette horreur, cette hostilité à cette chose traître, horrible et délicieuse génère une violence invraisemblable dans les rapports humains. Et ce dans le domaine où la douceur et la tendresse devrait régner.

Le malaise est omniprésent. Quand on aborde avec une personne ce qu'elle pense être « le sexe » ou « l'amour », on la voit fréquemment subitement devenir littéralement quelqu'un d'autre.

Des gens d'ordinaire pacifique et doux deviennent violents, et on trouve ça normal. Si un mari « trompé » ou une épouse « trompée » réalise « son infortune », et en réaction frappe, casse, saccage... on trouve que c'est logique et normal. La violence et la dramatisation sont considérées par beaucoup comme normales, admissibles, logiques, inévitables...

Cette violence, cette hostilité va se spécialiser, singulièrement dans le domaine des mœurs. On verra ainsi prospérer l'hétérophobie chez certains homosexuels, c'est-à-dire la haine des « hétéros ». L'homophobie sera très répandue chez ces derniers. Les « bisexuels » seront victimes de la biphobie. Les transsexuels de la transphobie. Et ceux ou celles qui auront souffert dans leurs relations avec les femmes feront de la gynéphobie. Ceux ou celles qui auront souffert dans leurs relations avec les hommes feront de l'androphobie. Et tous feront éventuellement de la sexophobie. Ceux ou celles qui seront soupçonnés, accusés ou condamnés pour des actes considérés comme des crimes sexuels seront pourchassés et rejetés avec une violence extraordinaire. Ceux ou celles qui seront soupçonnés, accusés ou condamnés pour avoir souhaité, pratiqué ou simplement vanté une pratique considérée comme sexuelle et jugée « bizarre » ou non conformiste seront traités de même.

Il suffit qu'un candidat aux élections soit seulement accusé de délit sexuel, que la chose soit prouvée ou non, jugée ou non, pour voir aussitôt toute sa carrière compromise, voire brisée.

Chose plus injuste encore, les victimes sont aussi condamnées par l'opinion publique générale. Il n'est pas de bon ton d'avouer qu'on a été violé, par exemple. Les victimes d'abus sexuels dans leur jeunesse sont accusées de chercher fatalement à commettre de tels abus à leur tour une fois devenues adultes. Quant aux discours assimilant les abus sexuels commis contre des très jeunes à un « meurtre psychique », la conclusion qu'elle implique pour les victimes est : « ma vie est foutue. Il ne me reste plus que le suicide comme solution. »

Et, à côté de la violence de la condamnation des criminels sexuels, on voit également ceux-ci être admirés. Tout ceci montre qu'il existe un malaise général qui se traduit de manière visible ou non. La base de ce malaise est simple à énoncer : l'être humain a intellectualisé l'acte sexuel, en faisant une sorte de passage obligé permanent dans la relation affectueuse. Cette façon de voir, ou plutôt de ne pas voir, implique que si c'est possible, il faut faire l'acte ou le tenter, même si on n'en a pas envie. Cette pratique, cette prétention délirante, est venue bousculer l'essentiel des bonnes relations humaines adultes. En prendre conscience, réagir, consiste simplement à ne plus suivre ce comportement erroné. Il ne faut « faire l'amour » que quand existe un désir réalisable, réel et réciproque, sinon l'éviter absolument. Et aller vers la « Terra incognita » de la vie réelle que la plupart des humains s'obstinent depuis des millénaires à refuser d'aller visiter : eux-mêmes. La vraie vie, ce n'est pas hier, demain ou ailleurs, c'est aujourd'hui et ici. Elle n'est pas hors de notre portée, il suffit de voir, approcher, y aller, mettre la main sur ce qu'on s'obstine à refuser de voir. La vie est là. Acceptons-là. Il nous faut approfondir les chemins oubliés de la fête et de l'amitié vraie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 mars 2015

lundi 16 mars 2015

358 Les obstacles à l'organisation de la fête

Quand on veut organiser une fête on commet souvent quelques erreurs qui rendent la tâche impossible à réaliser.

On croit que pour y arriver il faut de l'argent, de la gloire, du pouvoir. Et qu'on doit se fixer absolument l'objectif de faire « grand ». Tout cela est radicalement faux.

Pour réussir une fête il faut de l'attention, de la persévérance, du désintéressement et préférer la qualité à la quantité. Une belle fête à 25 vaut mieux qu'une fête ratée à 10 000.

Une fête est libre, bénévole, gratuite et autogérée. Elle doit être agréable à préparer.

Il faut le moins possible d'argent. Si des propositions sont faites d'offrir de l'argent pour organiser la fête, il faut les ignorer. La subvention est un piège mortel.

Ceux qui veulent gagner de l'argent par la fête sont à tenir en dehors de l'organisation festive.

Le but de la fête est de s'amuser, pas autre chose. Une cause si belle, grande et généreuse soit-elle n'a pas à polluer le cadre de la fête. La fête rassemble. Les causes, même les plus justes, divisent. Elles sont antinomiques à la fête.

La presse ne crée rien. Passer dans le journal apporte très peu à la fête. Seul l'effort, l'amour commun d'une fête peuvent créer quelque chose.

Une vraie fête n'est ni politique, ni religieuse, ni commerciale, ni humanitaire. Son seul but est l'amusement commun. Quand une fête est dite « politique », « religieuse », « commerciale » ou « humanitaire », il s'agit d'un autre type d'événement. Il peut être très honorable. Mais il ne s'agit pas de la fête dans le sens où nous l'entendons.

Le Carnaval est la fête par excellence. Le monde marche à l'envers. Il remet la société à l'endroit.

Le désintéressement doit être absolu. La fête doit permettre de s'amuser, y compris en ignorant totalement qui sont les organisateurs. Voire même en attribuant le mérite de l'organisation à des personnes qui ne sont pas les organisateurs. Peu importe, l'essentiel est que la fête ait lieu et soit réussie. C'est-à-dire qu'elle donne l'occasion de s'amuser.

S'amuser est l'activité la plus sérieuse qui soit. La fête nous aide à parvenir à nous amuser à vivre. Vivre c'est s'amuser. Ça n'interdit pas de travailler, faire d'autres activités. Mais s'amuser est essentiel. S'amuser nous donne des forces pour réussir tout le reste. Nous aimer nous-mêmes et nous aimer les uns les autres. Hors de l'amusement, il n'y a pas de vie. Ce sont les gens tristes qui empêchent le monde de fonctionner agréablement. Ils prétendent être sérieux. En fait ils sont fous.

Clown est le plus beau métier du monde.

Rire c'est vivre.

S'amuser ensemble permet d'être ensemble. Rire, chanter, danser, voilà la vie. La fête est ce qui nous réunit. Le reste bien souvent oppose, divise, rend concurrent... La fête réuni, rassemble, associe. La fête c'est la vie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 mars 2015

dimanche 15 mars 2015

357 Ce triste monde où nous vivons

Si nous étions dans un monde idéal, on se ferait tout le temps des câlins. On dormirait ensemble nus en se faisant des câlins et sans faire l'amour ou se masturber. On ne ferait l'amour ou on ne se masturberait que quand on en aurait vraiment envie. Ce qui fait que ce serait plutôt rare. Mais on est dans un monde de merde où la plupart des garçons sont obsédés de la queue. Et où la plupart des filles acceptent l'idée que la plupart des garçons soient obsédés de la queue. Car ils croient pratiquement tous, garçons ou filles, que c'est la Nature, la fatalité. Résultat, la plupart du temps il n'y a ni coïts, ni câlins. On « ne se touche pas », on « ne met pas les mains », on « garde ses distances ». Et c'est plus prudent... Moi aussi je préfère me tenir à l'écart. Car que peut-on faire d'autre, la plupart du temps, quand on voit le torrent continu de viols, agressions sexuelles physiques, morales, verbales ou menaces sexuelles qui inonde la société ? C'est le règne des « quatre grands comportements » : homosexualité, hétérosexualité, bisexualité et asexualité. Qui sont quatre troubles du comportement humain. Car ils mettent au centre de la vie, à la base de toute l'activité relationnelle et sociale l'acceptation ou le refus du coït et de la masturbation. Alors que ce qui devrait être au centre de la vie, de toute l'activité relationnelle et sociale, c'est l'amour au sens général de ce terme et les câlins. Notre société peut-elle sortir de cette impasse permanente ? Je l'ignore. Mais ce serait bien. Si vous pensez que c'est possible, gardez espoir. Car la vérité est en vous et avec vous.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 mars 2015

dimanche 8 mars 2015

356 J'ai désamorcé la machine infernale

Ces derniers jours, j'ai été tourmenté par une pensée très déprimante : « seul, je souffre de la solitude. Avec une compagne ça s'est toujours mal passé. Alors, renoncer est douloureux. Tenter quelque chose conduit à d'autres souffrances... » D'où l'impasse où je me heurtais en cherchant une solution positive. La recherche de l'amour, son acceptation, devenant une sorte de machine infernale créatrice de malheurs. Or, en fait, j'ai réalisé hier matin avoir fini par désamorcer cette machine infernale depuis au moins plus de deux ans sans l'avoir encore réalisé.

Le détonateur de la machine infernale qui crée de la souffrance quand on cherche « l'amour » est très simple et habituel : croire qu'il existe un domaine spécial rempli d'obligations allant toutes dans le sens de l'acte sexuel obligatoire, sans pour autant de désir concomitant. C'est techniquement possible de mettre le truc ans le machin, alors allons-y, y compris sans désir réciproque véritable. Et tout le mal se trouve entraîné par ce premier faux pas.

Les comportements prédéterminés s'enchainent, créant conflits et misères, derrière une façade d'harmonie apparente. La relation est littéralement rongée de l'intérieur. Et fini par s'effondrer. C'est ce que j'ai connu jusqu'à présent. Car j'étais encore fidèle aux aberrations de la « pensée unique » chaque fois que j'ai eu une petite amie. Étant dans l'erreur, je ne pouvais récolter que de mauvais fruits. C'est ce qui est arrivé. Mais cette époque est finie.

Donc, les souvenirs désagréables des souffrances passées ne sont plus d'actualité. A présent c'est un nouveau chapitre qui est ouvert. La machine infernale ne peut plus exploser. Elle est désamorcée, inoffensive présentement.

Les humains se veulent sexuellement actifs ou inactifs. Inactifs : asexuels, et actifs, classés par « catégories » : homosexuels, hétérosexuels, bisexuels. Il y a là quatre catégories en additionnant tout le monde. A ces quatre catégories j'ajoute une cinquième. Quelle est cette cinquième catégorie, à laquelle j'appartiens ? La cinquième catégorie se livre difficilement. Elle ne fait pas l'amour sans désir et le vrai désir est rare. Et en général elle ne fait rien par conformisme ou obligations imaginaires, comme le font en amour la plupart des gens.

La paix trouvée en soi permets de la chercher à l'extérieur. Et tant pis pour ceux qui n'en veulent pas et préfèrent la crainte, la fureur et le désordre.

La cinquième catégorie ne cherche pas à convaincre les quatre autres. Elle se contente de vivre, simplement, tranquillement et sans peur. Elle laisse ceux qui sont persuadés d'avoir raison poursuivre dans leur erreur. Après tout, si ce chemin est le leur, il serait faux et de toutes façons inutile de les contrarier.

Peut-être faudra-t-il à l'occasion énoncer mon appartenance à cette cinquième catégorie si des représentants des autres catégories voudront m'obliger à les rejoindre. Je n'ai pas à les suivre. Leur cheminement conduit droit dans le mur. Si ça leur plaît, tant mieux pour eux. Qu'ils continuent ainsi, mais sans chercher à m'importuner avec leur folie qui ne mène à rien, si ce n'est à la tristesse, la désillusion et le désespoir.

Les sortir de leur erreur est une tâche insurmontable, tant elle est grande. Et à quoi bon s'y employer ? La seule aide possible à leur donner est de leur montrer par l'exemple qu'une autre voie est possible que la leur. Le troupeau s'en va d'un pas pesant tandis que fuit au loin la biche solitaire. La vérité n'est pas à la portée du plus grand nombre. Sinon, ça se saurait et depuis très longtemps.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 mars 2015

samedi 28 février 2015

355 Lenteur, souplesse, silences : l'art de construire une goguette

J'ai quelquefois, il y a longtemps, voulu apprendre la musique, pour en jouer. Et n'y suis pas parvenu. Les professeurs étaient très mauvais, quand bien-même étaient-ils sympathiques et remplis de bonne volonté. Je n'ai fait qu'effleurer le sujet. Un de ses aspects m'a interpellé : les « silences ».

Pour faire de la musique harmonieuse à l'oreille une place doit obligatoirement être accordée aux silences... En fait, dans la vie, c'est pareil. Pour réussir une fête, par exemple, elle doit avoir lieu après une période où la fête est absente. C'est une forme prise ici par « le silence ».

On nous vante l'efficacité, la rapidité, la permanence des efforts créatifs. C'est totalement absurde. Pour qu'il puisse y avoir tension dans l'effort, il faut également qu'il y ait relâchement. Un enseignant des Beaux-Arts de Paris nommé Allain nous disait, à moi et d'autres élèves, que les périodes d'activités créatives visibles et intenses alternaient chez un artiste avec des moments de maturation créative où, apparemment il ne se passait rien. Ces paroles m'ont beaucoup aidées moralement. Car, à l'époque, je culpabilisais de ne rien peindre, sculpter ou dessiner. En fait ma créativité passait à ce moment-là par une période sans résultats visibles. Les racines souterraines des plantes futures se développaient souterrainement. Il faut savoir attendre. Ou plutôt ne pas s'en faire quand se passent d'inévitables moments d'apparente inactivité.

Il faut aussi prendre le temps. Ne pas se presser. « Bien et vite », ça n'existe pas. Pour créer une goguette, par exemple, soit un groupe festif et chantant comptant moins de vingt membres, il faut savoir absolument ne pas aller vite. Une année pour qu'elle commence à vivre ce n'est rien. Une goguette est appelée ensuite à exister des dizaines d'années !

Il n'existe pas de raccourcis. Quand on décide de créer une goguette, il ne faut pas s'imaginer qu'on va faire mieux en prélevant des cotisations, éditant des cartes d'adhérents. Ce serait une erreur. Ceux et celles qui payent une adhésion croient souvent acheter un service. Ils ont payés, alors on leur doit tout. Ils ont la carte, alors l'association doit être à leur service. Ils ne font rien ? Mais croient avoir fait quelque chose en cotisant. En fait, ils se sont acheté une « bonne conscience ». Et que faire des adhérents fantômes quand on sait que le nombre de membres est fixé à dix-neuf maximum ?

En fait, il faut proposer de venir à la goguette sans insister. Cela fait un an que, avec quelques autres, j'ai entrepris de faire naître une goguette. Durant cette période j'ai vu passer un certain nombre de sympathisants fantômes. « Je viendrais » disent-ils. Ils ne viennent pas... Ne les chassons pas. Ignorons leurs pseudo motivations. C'est ainsi que, revoyant des sympathisants en fait fantômes je me suis simplement abstenu soigneusement de leur parler de la goguette. L'auraient-ils fait ? La porte de la goguette leur était grande ouverte. Ils n'en ont pas parlé et sont restés dehors.

De même, j'ai agit un jour. La goguette n'avait pas trouvé de lieu pour se réunir. J'en parlais à deux sympathisants en fait fantômes. Et les avisais du problème. Sachant pertinemment que chacun d'eux disposait d'un local disponible. J'évitais soigneusement d'évoquer ces lieux. Ils n'en parlèrent pas. Ce faisant, ils confirmaient leur qualité de fantômes. C'est seulement en agissant ainsi, en n'insistant pas, que la sélection se fait, naturellement. Elle n'est pas compliquée. Il faut simplement trouver des membres motivés. Et ne pas forcer ou prétendre forcer les gens à venir. On n'oblige pas une plante à grandir en tirant sur ses feuilles !

Le processus de construction de la goguette se fait ainsi, à son rythme. Il est urgent de ne pas aller vite. Et ne pas chercher l'or là où il n'y en a pas. Quand bien-même la mine paraitrait bien riche et accueillante. Un adhérent possible s'efface ? Dix autres attendent plus loin le long du chemin.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 février 2015

354 L'invention de « la sexualité » et son oubli organisé

Au début de la vie, l'être humain n'a pas dans sa conscience le sentiment d'existence d'un domaine spécial, coupable et particulier : la « sexualité ».

Un petit enfant nu ne se sent pas « nu » au sens malaise, besoin de dissimuler son apparence à autrui. Il se touche pour le plaisir sans éprouver de gêne ou de complaisance exhibitionniste si d'autres sont présents et le regardent. Puis, il réalise que les grandes personnes affectent d'étranges comportements. En particulier, ils se cachent et l'invitent à se cacher. Tout particulièrement à cacher certains endroits de l'épiderme. Ces mêmes endroits qu'il est interdit finalement de toucher, se toucher, tout particulièrement si des « étrangers » sont là. Par exemple, les seins, ces organes féminins nourrisseurs, défense d'y toucher ! J'ai vu plusieurs fois dans des lieux publics à Paris des dames repousser leurs petits enfants sevrés qui cherchaient à mettre la main dans leur corsage.

Quand j'avais cinq ans, en colonie de vacances au bord du lac d'Aiguebelette en Savoie, je m'étonnais devoir porter une culotte de bain. Je demandais le motif de cet étrange accoutrement public. D'autant plus incompréhensible qu'une fois mouillée, porter cette chose qui ne servait visiblement à rien devenait parfaitement désagréable. « C'est pour l'hygiène » me répondit-on fort hypocritement. J'acceptais la validité du motif. J'ai vu un jour, dans les années 1980, sur une plage en bord de mer, un petit garçon de deux ans portant un slip de bain mouillé l'ôter spontanément et le jeter par terre avec dégoût. Il n'avait pas encore été propagandé comme moi à l'âge de cinq ans.

Petit, on cherche à imiter les « grands ». On se laisse bourrer la tête. On accepte qu'il existe un état particulier, baptisé « nudité », qui connait ses contraintes particulières et ses diktats impératifs. On nous apprend à avoir honte de nous, d'être vu « nu » et tout particulièrement d'avoir honte d'une partie de nous : le sexe. Il faut absolument le dissimuler à autrui. Ainsi que d'autres parties de ce qu'on nous a appris aussi être « le corps », c'est-à-dire en fait nous-même.

Les vêtements sont détournés de leur rôle protecteur utile pour servir à la dissimulation. Le comble du ridicule étant atteint par les « vêtements de bain », surtout quand ils sont très petits !

On nous apprend et conditionne à l'idée qu'il existe un état spécial : « nu », défini comme sans vêtements. L'état naturel étant sensé être avec des vêtements. Pourtant, nous ne naissons pas avec un slip ! On nous invente la « nudité ». Celle-ci est à cacher, donc elle est honteuse, pourquoi ? On ne le sait pas vraiment, alors on culpabilise, car on a honte sans raison. En quelque sorte la honte est tellement absurde et forte, institutionnelle, qu'on a « honte de la honte ».

La nudité, en fait l'état naturel, devient pour nous hyper-érotisée par la suite. Entre-temps, des années ont passé. Après la libre très petite enfante a succédé une période de plusieurs années où la sensualité est bridée, endormie artificiellement, réprimée. Cet état artificiel est baptisé « période de latence » par certains spécialistes. On voit dissimuler son caractère culturel et artificiel derrière la prétention à lui trouver une origine naturelle.

Arrive un moment de la vie où on va « réveiller » artificiellement de son sommeil artificiel la sensualité, rebaptisée « sexualité » et orientée vers la reproduction et la sexolâtrie. L'acte sexuel deviendra l'objectif, l'idée fixe inculquée aux jeunes. Ils seront baptisés « adolescents », une étape de la vie qu'on ne trouve nulle part dans la Nature. Parle-t-on d'éléphants ou d'orang-outan adolescents ? Non, jamais, seuls les humains ont le droit à cette étape imaginaire, quelquefois depuis quelques années précédée d'une autre étape toute aussi imaginaire : la « pré-adolescence ».

Vers l'âge de douze, treize, quatorze, quinze ans on va réveiller la sensualité. Mais dans quelle orientation ! Hyper-érotisation de la nudité, masturbations frénétiques et répétées, culpabilité incompréhensible et écrasante. Sans compter un analphabétisme tactile fruit d'années et années où toutes les caresses sont en général prohibées, car classées « sexuelles ». Le résultat sera une inconduite incroyable des garçons à l'égard des filles. Ils ne penseront qu'au trou. Et l'envahissement de la pornographie via Internet n'a certainement pas arrangé les choses.

Le conditionnement reçu fera de la recherche de l'acte sexuel une idée fixe, détachée du désir authentique. Dès que c'est « techniquement possible », hop ! allons-y ! Un ami quinqua me disait, dégoûté, parlant de la jeunesse : « c'est la génération capote ». T'as une capote sur toi, allons-y !

Les dragueurs « professionnels » sont l'expression-même de cette misère relationnelle. Ils n'arrivent pas à apprécier leurs partenaires résumés à un trou ou une queue. Ils sont des « messieurs-dames vingt centimètres »... l'étendue de peau et muqueuse concernée par leurs « caresses » se résumant à vingt centimètres carrés, alors qu'un être humain en compte deux mètres carrés. La prohibition culpabilisation de la « nudité » s'accompagne de deux prétentions absurdes : la sexualisation de l'érection. Soi-disant celle-ci correspond à l'envie de baiser. Alors qu'elle survient en de multiples occasions sans qu'il ait désir véritable et authentique. Et la prohibition de l'écartement des cuisses chez les femmes et même les petites filles nues, considéré comme « sexuel » et obscène ! Un ami naturiste m'a raconté avoir vu un jour une mère de famille naturiste engueuler sa petite fille parce que nue au bord d'une piscine elle écartait les cuisses ! On vire à l'obsession perverse et maladive.

La vue seule du sexe est baptisée « sexuelle ». Frustrés visuellement, ne voyant pas de nudités, quantité de gens passent le temps à se gorger de pornographie.

La pornographie est un produit commercial. Qui prétend abusivement que l'acte sexuel - et trois ou quatre bricoles annexes, tels que la fellation ou le bisou sur la bouche avec la langue, - représentent le but impératif à atteindre en permanence de l'âge de quatorze à quatre-vingt ans ! Absurde et démolissante ânerie ! La relation humaine est infiniment plus vaste et belle que ces seuls petits exercices qui ne sont justifiés que quand ils relèvent d'un désir véritable et réciproque. Et pas d'une mise en scène et un conditionnement culturels fruit de siècles de frustration organisée.

Les personnes qui n'arrivent pas à se détacher de cette obnubilation qui résume la relation à quelques minutes d'accouplement glissent insensiblement vers le sadisme. Il peut être passif et consister, par exemple, à se repaître de récits d'atrocités commises par d'autres. On fait du voyeurisme sadique parce qu'on n'a pas réussi à régler son compte à sa sexualité artificielle et perpétuellement frustrée, car à la recherche d'une chose qui n'existe pas : l'épanouissement sexuel en permanence et à tous prix. La vie est plus vaste que cette gymnastique en chambre à laquelle notre société prétend très souvent nous résumer. J'ai même lu un jour que : « l'acte sexuel est la plus belle façon de communiquer ». J'aurais aimé demander : « même quand il s'agit d'un viol ? ».

Si j'en relève les faiblesses, je ne prône pas pour autant des changements de société, mais cherche à trouver des remèdes pour réduire la nuisance de celle-ci. La société accorde un sens précis, une signification à la nudité ? Desérotisons-la ! Comment ? En étant nu le plus souvent possible. Sans pour autant le faire en public, sauf dans un cadre naturiste légalisé. Une fois qu'on est resté nu très souvent, en écrivant, répondant au téléphone, classant des papiers, rangeant la maison, passant l'aspirateur, préparant la cuisine, etc. Toutes situations absolument pas érotiques, au bout d'un certain nombre de mois, la nudité perd son caractère érotique, lié à la sexualité. De plus, on a moins froid, car les vêtements nous fragilisent quand ils sont portés sans raison valable, simplement par mauvaise habitude. Et si nu on a froid on peut mettre juste une veste, pas besoin de mettre de culotte. L'amour a de la peine à s'exprimer, être vécu, est contrarié par la sexualité artificielle qui nous envahit ? Oublions-là !

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 février 2015