lundi 5 décembre 2016

703 Sevrage tactile et amours adultes

Vers l'âge de cinq ans environ survient dans nos vies un événement d'origine culturelle et d'importance majeure : le sevrage tactile. Alors que jusqu'à ce moment-là nous étions caressés, câlinés, embrassés, lavés de partout, c'est l'arrêt des contacts, nous faisons à présent partie des « grands ». Ce changement tend à faire de nous des individus asensuels, a préfixe ablatif, c'est-à-dire dépourvus le plus possible de sensualité.

L'origine de ce changement violent est lié très certainement à la volonté de conditionner la sexualité adulte à venir. La conditionner pour empêcher qu'elle sorte des cadres où elle joue pleinement son rôle dans la transmission des richesses matérielles par l'héritage. Laisser libre cours à la sensualité c'est laisser la porte ouverte à des mésalliances futures et des naissances « illégitimes ».

Le sevrage tactile joue pleinement son rôle durant un certain nombre d'années. Quand les individus mâles arrivent en âge de procréer, ce n'est pas cette capacité reproductive qui va directement bousculer le paysage. Mais la découverte de la masturbation masculine manuelle adulte comprenant l'éjaculation vécue comme une véritable toxicomanie, un shoot de drogue. L'importance de la masturbation masculine adulte est très souvent ignorée. Pourtant un individu qui se masturbe trois fois par jour durant trente années le fera pas moins de 32 757 fois !

Les jeunes nouveaux masturbateurs mâles vont élargir leur pratique en se cherchant des partenaires. Souvent ils commenceront par des jeunes de leur sexe, puis en majorité se tourneront vers les personnes séduisantes de sexe opposé. Mais quand ils iront ainsi vers des partenaires à utiliser comme accessoires pour se masturber, ils tourneront le dos sans s'en rendre compte à des relations affectives véritables. De plus, analphabètes tactiles, ils seront maladroits, timides, agressifs, possessifs. Leur manière d'agir sera loin de pouvoir être appréciée positivement par les personnes qu'ils convoiteront.

Cette période de la vie sera douloureuse et pourra durer. Certains garçons n'en sortiront pas de toute leur existence. Souvent, très jeunes adultes ils en voudront aux anciens qui les ont amenés à ce stade. De ces très jeunes adultes on dira alors qu'ils ont « l'âge ingrat ».

Les jeunes filles, elles, apprécieront peu les prestations des jeunes hommes. On prétendra alors que « le sexe les intéresse moins que les garçons », qu'elles sont « plus sentimentales », etc. Il faut voir la prestation des garçons pour comprendre que souvent les filles ne les apprécient pas ou guère.

J'ai pu à diverses reprises relever la faible estime fréquente des jeunes filles pour les pratiques sexuelles des jeunes hommes. Une jeune fille qui venait de rompre d'avec son fiancé me disait : « je m'ennuyais avec lui, à quoi bon rester avec dans ces conditions ? » Une autre jeune fille dont le petit copain avait déménagé dans le midi, alors qu'elle habitait à Paris. Elle en disait, devant le revoir durant les vacances d'été : « je vais le voir durant deux jours, ça suffit. » Une troisième jeune fille parlant de son nouvel amant s'exclamait : « il habite près de mon travail, c'est commode ! » Quelle sensualité ! Par deux fois des femmes m'ont mentionné le fait d'avoir fait avec une copine et un jeune homme « une partie à trois ». J'ai bien remarqué que cela ne les avait rigoureusement pas passionné. Ce qui est également des plus révélateurs ce sont les commentaires des femmes à propos des vidéos pornographiques. Elles paraissent vraiment le plus souvent n'y trouver aucun intérêt. Devant cette situation, certains croient que l'émancipation des femmes passerait par le fait de faire des hommes leur modèle sexuel à suivre. Alors qu'on pourrait plutôt se demander si ce ne serait pas aux hommes de se rapprocher du comportement affectif féminin, beaucoup moins tourné vers la performance sexuelle et la masturbation.

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 décembre 2016

702 Influence, obéissance, séduction et Prince charmant

Toutes nos convictions, bonnes ou mauvaises, plongent leurs racines dans l'instinct originel. Celui-ci étant contrarié, cela explique que nous puissions avoir des convictions absurdes, contradictoires, contraires à nos intérêts. Ainsi, par exemple, des gens sérieux et intelligents vont boire des boissons alcoolisées en abondance et fumer, auront une addiction à l'alcool et au tabac. Vous pourrez leur dire ce que vous voulez, elles ne changeront pas d'avis. C'est-à-dire qu'elles n'arrêteront pas de boire abondamment des boissons alcoolisées et fumer. Un sourire gêné répondra à vos arguments. Ces personnes ne seront pas en mesure de changer de comportement car boire et fumer compensera chez elles quelque chose qui leur manque au niveau de l'instinct originel.

Ainsi par exemple une personne qui a pratiqué l'amour masturbatoire toute sa vie, est passée à côté de l'amour tout court, fume et boit. Cette personne en amour a fait exactement comme sa mère, qu'elle a prise pour modèle. Sa mère a pratiqué également l'amour masturbatoire durant toute sa vie adulte valide et active. L'amour masturbatoire qu'on peut aussi appeler « amour consumériste » ou plus exactement « le consumérisme sexuel ». Qui consiste à croire « aimer physiquement » l'autre et en fait se masturber dedans, ou autour de lui, si c'est lui qui vous pénètre.

L'instinct originel se manifeste de diverses façons dans notre vie. J'étais l'autre jour convié à un spectacle. Sans m'en rendre compte, j'avais déjà été sollicité à plusieurs reprises par une même personne pour aller l'applaudir. Au moment où j'aurais dû partir voir son spectacle, je consulte son site Internet et n'y trouve pas d'intérêt. Je renonce à y aller. Mais bizarrement je continue à penser que « je manque quelque chose ». C'est seulement le lendemain matin que j'ai compris d'où me venait cet étrange sentiment. Dans la Nature, quand seul nous guidait l'instinct originel, les conseils de nos congénères étaient toujours en accord avec notre intérêt. Ce qui fait qu'il suffit aujourd'hui qu'une personne insiste pour que nous fassions quelque chose pour que cela ranime des réminiscences anciennes. S'il insiste ainsi, ça doit être vrai, avons-nous tendance à penser. Il n'en est rien obligatoirement, bien sûr, mais cette tendance existe.

Pour les mêmes raisons il arrive fréquemment qu'en diverses occasions quand quelqu'un tend à nous donner des ordres, chercher à nous imposer quelque chose, ça nous impressionne. Dans la Nature, un tel comportement était également en accord avec notre instinct originel. Là, bien souvent, ce n'est plus le cas. Mais le vieux mécanisme reste et tend à fonctionner y compris sans justifications valables.

Quand une personne, par ses divers aspects, nous rappelle un accord entre elle et nous sur une base authentique et naturel, nous risquons alors d'être séduits. C'est-à-dire incompréhensiblement attirés par elle. C'est une séduction qui peut être en fait absurde, mais corresponds à quelque chose au fond de nous. L'inverse peut aussi arriver, et générer une aversion tout aussi absurde. C'est l'instinct originel qui nous fait apprécier positivement des personnes éloignées de nous et rejeter des personnes proches de nous.

L'absence de relations pleinement en accord avec notre instinct originel amène des fois à nous sentir seuls alors que nous sommes très bien entourés. Et aussi à croire dans des chimères qui ont noms : « Grand amour », « prince charmant », etc. Ces figures imaginaires ont beau relever très visiblement du fantasme, nous y croyons souvent quand-même. Et quand nous croyons les rencontrer puis les perdre, nous sommes désespérés. C'est pourquoi ces mythes sont extrêmement dangereux. Ils peuvent conduire à la dépression, au crime passionnel, à l'alcoolisme, au suicide. Seule la satisfaction de notre instinct originel peut nous assurer notre équilibre affectif. Ce n'est pas facile pour y arriver, demande du temps et beaucoup d'efforts.

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 décembre 2016

dimanche 4 décembre 2016

701 Dressage humain, intéressement et tendresse

Un petit livre paru dans les années 1960 en Union soviétique était consacré au Cirque Valentin Filatov. Ce cirque alors très apprécié était spécialisé dans les numéros d'animaux. Ce livre expliquait certains trucs de dressage. Je me souviens en particulier de celui utilisé pour l'ouverture du spectacle. Un petit cochon en poussant avec son groin déroulait un grand tapis sur lequel était écrit « Cirque Valentin Filatov ». Le truc ici était des plus simples : un petit pain au lait dans chaque plie du tapis. Le petit cochon les dévorait un par un et déroulait ainsi le tapis.

La base du dressage des animaux de cirque est d'utiliser la nourriture pour amener ceux-ci à faire leurs numéros. La base du dressage des humains est identique. Voyez la foule en marche le matin aux heures de pointe dans le métro parisien. Tous ces gens sont sortis de leur lit en échange de la promesse de leur salaire, c'est-à-dire au fond au bout de la même chose qui fait se mouvoir les animaux de cirque. Sauf qu'on a réussi ici à ajouter en plus le volontariat apparent. Ces gens qui vont à leur travail sont le plus souvent persuadés de bien faire, ne pas pouvoir faire autrement, car faire autrement est impossible ou condamnable, fou d'essayer, que tout est « normal ». On pourra suivre ou pas cette manière de voir les choses. Mais si nous considérons un autre domaine, celui de « l'amour », les « évidences » apparentes le paraissent beaucoup moins.

J'ai connu une dame qui avait une amie qui vivait à quelques centaines de kilomètres de Paris. Un jour cette dame fut invitée par son amie à un grand et beau mariage. À son retour, elle m'a raconté avec perplexité un incident qui s'est produit la veille de la cérémonie. La future mariée s'est confiée à mon amie sur le mode interrogatif : « mon fiancé a souvent envie de me faire l'amour, et quand il me fait l'amour, à chaque fois je ne sens rien. » Mon amie n'a pas su quoi répondre.

Il y a une dizaine d'années, une autre amie qui racontait volontiers sa vie intime m'a dit qu'elle et ses copines aimaient bien draguer de jolis garçons. Et quand elles allaient au lit avec eux, elles ne sentaient rien. Je lui ai posé la question : « mais alors pourquoi les draguez-vous ? » Elle n'a rien répondu.

Au tout début des années 1980 j'ai été amoureux d'une très belle jeune fille. Celle-ci un jour m'a proposé de prendre un café avec moi. M'a parlé de choses et d'autres. Par la suite je lui ai fait savoir que je l'aimais. Elle m'a répondu que ce n'était pas réciproque. L'histoire s'est arrêtée là. Sauf que des années après j'ai compris le fin mot de cette histoire.

Cette jeune fille avait dit un jour devant moi qu'elle souhaitait ne pas travailler. C'est-à-dire ne pas occuper dans sa vie un emploi salarié. Au cours de notre entretien, mine de rien elle s'était très exactement informé de ma situation matérielle des plus modestes. Elle m'avait fait répondre à ce que j'appelle « le questionnaire gendarmerie-impôts-sécurité sociale ». Et, surtout, elle m'avait parlant d'elle, expliqué qu'elle avait été amoureuse d'un homme. Mais comme il était joueur, elle l'avait abandonné. Car elle savait, connaissant un exemple dans sa famille, que le jeu ruinait les gens qui jouaient et la vie de leurs familles. Chose que je n'avais absolument pas relevé alors est qu'elle m'avait fait part de ce renoncement avec la plus parfaite absence d'émotion. Cet homme l'intéressait. Il était joueur ? Elle allait chercher ailleurs. En fait cette jeune fille cherchait un homme avec une bonne situation. Je croyais qu'elle cherchait « l'amour » et que malheureusement elle n'avait pas pour moi les sentiments que j'avais pour elle. En fait, elle n'avait aucun sentiment. Elle investissait pour l'avenir sa grande beauté périssable. Par la suite elle a déclaré être tombée amoureuse d'un futur médecin et l'a épousé. Comme le monde est bien fait !

Je n'avais pas réalisé le côté très simplement intéressée de cette jeune fille. Il y a peu d'années je me suis amusé à propos du comportement identique d'une autre jeune fille. Je l'avais rencontré tout à fait incidemment et nous n'avions aucune raison de nous revoir. J'en ai profité pour la questionner en insistant un peu. « Mais si tu es amoureuse d'une jeune homme et qu'il n'est pas solvable, tu l'abandonnes ? » lui ai-je demandé. Elle a hésité un peu avant de me répondre. Puis se disant sans doute qu'elle ne prenait aucun risque d'être sincère car nous allions ensuite nous perdre de vue, elle a craché le morceau : « oui, je l'abandonnerais », m'a-t-elle répondu.

Au tout début des années 1980, j'écrivais des poèmes d'amour et avais catégoriquement décidé de trouver l'amour. Comme j'en ai fait part à Madame C***, une dame très sympathique, proche de la retraite, mariée et mère de famille, elle m'a surprise. « L'amour, m'a-t-elle dit en souriant, il y a longtemps que j'ai renoncé à le trouver ! » « Mais, vous êtes mariée ! » Lui ai-je rétorqué un peu interloqué. « Oh ! Les hommes se croient tous irrésistibles ! » M'a-t-elle répondu en riant.

Un sympathique jeune homme auquel j'ai fait part de ma quête m'a très sérieusement répondu : « si tu veux l'amour, il faut que tu ais de l'argent, une bonne situation. » Par la suite il a atteint une bonne situation et s'est marié avec une très jolie femme et a eu avec elle un ou deux beaux enfants.

Quand intervient une rupture se révèle la vraie nature de l'argent. Une dame que j'ai connu avait fait un très gros emprunt à un homme de son entourage. Par la suite ils sont sortis ensemble. Puis ont rompu. Et alors cette dame m'a dit qu'en conséquence elle avait décidé de ne plus rembourser son emprunt. L'argent est l'expression et le support de la volonté de pouvoir de l'homme. Si une femme se libère du pouvoir d'un homme, il va de soi que ce pouvoir disparaissant de sa vie à elle entraine également l'annulation d'une dette qu'elle a contracté. Je connais au moins un autre exemple.

Chercher à établir une relation belle et authentique avec les autres me paraît être un but inestimable. Cependant, en dépit de mes progrès en ce sens je n'ai rien vu bouger de la part d'une femme que je connais. Je m'interrogeais, car cette personne me paraissait et parait proche et sympathique. En fait la réponse est des plus simples. Cette personne se vends. Elle échange sa tendresse contre des avantages matériels. Si je ne suis pas acheteur, je ne suis pas client. Attendre alors d'une telle personne une quelconque ouverture tactile est vain et absurde. Même si elle me trouve sympathique, elle ne m'offrira pas d'échanger de la tendresse, car sa tendresse est à vendre. Si le mouvement « Câlins gratuits » (Free hugs) existe, c'est qu'en général les câlins sont payants. C'est un aspect des choses qu'on a fini bien souvent par oublier ou faire semblant d'oublier.

Au moment de conclure ce texte, il me revient à l'esprit une anecdote illustrant la situation de « l'amour ». J'ai été longtemps amoureux sans retour d'une femme. Celle-ci finalement se met en couple avec quelqu'un. Me déclare qu'elle est « amoureuse ». Au bout de quelques temps, elle romps. Et m'explique que si elle a rompu c'est parce que son ami était incapable de tenir sérieusement un budget. Je lui ai fait remarquer qu'elle l'aimait. « Oh ! Tu sais, on dit ça, » m'a-t-elle répondu.

Vers 1900, un intellectuel connu dont je n'ai pas retenu le nom disait un jour à une célèbre courtisane parisienne : « je rêve de passer un après-midi entier avec vous. » « Mais c'est bien trop cher pour vous ! » lui a-t-elle répondu.

Il est très mal vu de déclarer aujourd'hui qu'on est intéressé en amour. Une amie qui avait abandonné un amant fauché pour un autre ayant une très belle situation financière se défendait d'être intéressée : « je ne suis pas entretenu, j'ai une belle situation, » me disait-elle. Alors que je ne lui avais rien demandé. L'amour vrai est-il apprécié ? Sans-doute, mais je crois que pour beaucoup de femmes il s'agit d'un « plus ». Il ne suffit pas pour établir une relation privilégiée. Et si une bonne relation avec des sous comprend l'amour, tant mieux. L'utile et l'agréable sont là. Sinon on se contente de l'utile.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 décembre 2016

samedi 3 décembre 2016

700 L'origine de la « pudeur », la « timidité », les gros mots et les phobies et interdits visuels, verbaux et tactiles

Vers l'âge de douze, treize, quatorze ans les humains mâles découvrent la masturbation masculine adulte comprenant donc l'éjaculation. Ils commencent à la pratiquer régulièrement et continueront tout le long de leur vie. Ils vivent cette activité qu'ils cachent comme une véritable toxicomanie. Ils vont élargir cette addiction en perturbant leur relation avec des partenaires sexuels éventuels. De ceux-ci loin d'en faire des partenaires, ils les voudront comme outils masturbatoires. Ils ne vont pas « faire l'amour » avec ou chercher à le faire, ce qui nécessiterait la présence d'un désir authentique et véritable. Ils vont chercher à se branler dedans. Ignorant le caractère abusif et aberrant de la démarche, les partenaires en présence pourront croire sincèrement qu'ils « font l'amour » alors qu'ils le caricaturent. Il n'y a pas échange, en dépit des apparences, mais simple contact et abus.

Qu'elles voient clairement ou pas quelle est la situation, les femmes finiront par ne plus supporter d'être ainsi utilisées et vont finir par rompre, se séparer de leur partenaire. Celui-ci, désemparé, cherchera à comprendre, contrôler, dominer la femme. Cette recherche du pouvoir s'élargissant en une quête obsessionnelle du pouvoir dans tous les domaines.

Même si l'homme le perçoit plus difficilement que la femme, il sentira le malaise et l'inadéquation entre sa quête masturbationnel et l'amour véritable. Cette perception se traduira par un mal-être avec tout ce qui relève de la pseudo-relation amoureuse et en fait masturbationnel. C'est de cette perception confuse que naîtra la gêne vis-à-vis du « sexe », la pudeur comme on l'appelle souvent.

Les règles régissant la pudeur varient selon les époques et les cultures, mais le principe est toujours le même : il est des choses mal vues, interdites, définies comme immorales et dégoutantes sans qu'on sache précisément pourquoi.

Le malaise à l'origine de la pudeur est aussi la source de ce qu'on appelle souvent « la timidité ». On n'osera pas aller vers l'autre parce qu'en fait on sentira confusément le caractère abusif et inadapté des revendications en fait masturbatoires masculines adultes.

Cette gêne va définir les contours plus ou moins précis des choses à ne pas dire. Parmi celle-ci surgira un vocabulaire spécialisé pour parler de façon interdite de choses interdites : les « gros mots ». Ceux-ci fascineront les petits enfants quand ils les découvriront.

Tout ce qui se rattache à la relation masturbatoire masculine adulte ou paraît s'en rapprocher sera rejeté, interdit. Ce qui crée des phobies et interdits visuels, verbaux et tactiles. Défense de voir ou laisser voir ce qui est officiellement défini comme une invite de facto à la masturbation masculine adulte. Ou encore par exemple il sera interdit de facto de dire à une inconnue : « j'aime vos seins ». Car cette phrase signifiera dans le sous-entendu : « je veux me masturber à l'intérieur de vous ». La plupart du temps dire « je t'aime » aura la même signification implicite et sera donc impossible.

Le domaine tactile sera totalement sinistré. Prendre quelqu'un dans ses bras, le caresser sera considéré comme une invite à l'acceptation de la masturbation intra-corporelle. Il y aura un blocage général de la communication entre les humains causé par cette culture masturbationnelle masculine adulte.

Il serait bien de penser à s'en débarrasser et libérer les rapports humains de cette tutelle absurde et fatigante qui ne profite à personne. Abandonner des revendications et attitudes qui finalement empêchent les relations de s'établir entre les humains est souhaitable, juste, possible et bienvenu.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 décembre 2016

vendredi 2 décembre 2016

699 Un fléau actuel d'origine sexuelle : l'argent

Quelle utilité a l'argent ? Si vous considérez que seulement huit pour cent de l'argent au plan mondial prend la forme physique de billets de banque ou pièces de monnaies. Ces billets et ces pièces ne se mangent pas. Que représente alors l'argent ? Certains diront que c'est du pouvoir. Ce n'est pas tout à fait exact. Car de l'argent qui dort dans un coffre, tant qu'il dort, n'a aucun pouvoir. C'est comme s'il n'existait pas. En fait l'argent représente de la volonté de pouvoir. Et comme universellement on rencontre des hommes frustrés sexuellement de leurs revendications insatisfaisables, la volonté de pouvoir existe partout. Elle peut donc s'incarner partout dans ce produit bizarre et conventionnel : l'argent.

La volonté de pouvoir émanant préférentiellement des hommes, à l'argent est indéfectiblement lié le sort fait à l'ensemble des femmes par l'ensemble des hommes. En particulier le travail domestique et maternel spécifique de la femme n'est ni reconnu ni rémunéré. Si elle travaille aussi en dehors de chez elle, elle est moins payée que les hommes qui font la même chose. On lui impose des postes de travail à temps partiel, des emplois faiblement qualifiés et donc mal payés. Si elle atteint un rang social et des responsabilités élevées dans son travail, elle va néanmoins se heurter généralement au fameux « plafond de verre » qui lui interdit d'occuper les postes les plus élevés.

L'argent est aussi un moyen de priver de ressources les femmes et les pousser à la prostitution. Si l'argent n'existait plus la prostitution disparaîtrait.

Certains présentent l'argent comme ayant existé de tous temps, c'est faux. Ou bien prétendent qu'on ne saurait se passer de cette chose. Si l'argent n'a pas toujours existé, rien n'interdit de penser qu'il ne continuera pas toujours à être là.

On entend dire que c'est un outil commode et que seul le troc plus imparfait que lui pourrait le remplacer. Mais l'argent, cet outil soi disant commode brille par l'absurdité des situations auquel il participe. Aujourd'hui il n'y a jamais eu autant de volonté de pouvoir et donc jamais eu autant d'argent et autant de pauvres dans les pays riches. Les plans d'austérité ont fait croître de 43 % la mortalité infantile en Grèce. L'argent tue. Il serait grand temps que l'argent disparaisse.

Déjà si la satisfaction des besoins vitaux humains est reconnue comme un droit, qu'avec ou sans travail ou argent il est respecté, l'argent perdra beaucoup de sa valeur apparente. Pour que disparaisse l'argent, qui matérialise la volonté de pouvoir des hommes, il faut que disparaisse cette volonté absurde de pouvoir. Elle ne mène à présent à rien, si ce n'est à plus de désordres, périls et insatisfactions. Cette disparition ne pourra arriver qu'à condition que l'homme se corrige lui-même.

Aujourd'hui certains prétendent que l'homme a fait de l'argent un dieu. Ce propos est absurde. On ne saurait faire un dieu d'une chose qu'on a fabriqué. C'est de la volonté de pouvoir de l'homme que l'homme a fait un dieu. Incapable d'être satisfait dans ses rapports avec les femmes, l'homme rêve de soumettre celles-ci. Ce faisant l'homme tourne le dos à sa propre nature, devient méfiant, brutal, apeuré et malheureux. Il ne comprend pas ce qui lui arrive et croit que le trouble qu'il crée dans sa vie vient des femmes. Sans analyser les causes profondes de son malheur et travailler à s'améliorer lui-même, l'homme n'arrivera pas à sortir de la situation douloureuse où il se plonge et plonge son entourage. Il n'écoute pas les reproches qui lui sont faits. Et poursuit sa quête absurde d'une femme sur mesure pour lui et qui n'existe pas. Souvent il croit que s'il est riche il accédera au bonheur dont il rêve. L'argent, qui n'est que de la volonté de pouvoir, ne saura pas lui apporter la paix, la tendresse, la joie et l'harmonie avec les femmes. Choses dont il a besoin. La clé du mystère de l'amour est en lui. C'est à lui qu'il revient de la chercher, la trouver et l'utiliser.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 décembre 2016

698 Pourquoi l'apologie du « travail » ?

Il y a peu d'années une galerie d'arts de Saint-Germain-des-Près exposait les œuvres d'un truculent artiste japonais dont je n'ai pas retenu le nom. J'y remarquais un point original dans sa présentation sous forme d'interview. Cet artiste déclarait compter, au nombre de ses activités préférées : « dormir ». En général personne n'ose se vanter d'aimer dormir, paresser, ne rien faire. Pourtant quantité de personnes aiment dormir, paresser, ne rien faire. Et pourquoi elles n'en parlent pas ? Parce que nous vivons sous le règne du « travail ». C'est-à-dire qu'est vanté la vertu du travail en soi sans se préoccuper forcément de savoir à quoi il sert. Ainsi on voit proclamer que : « le travail ennoblit l'homme. » Diable ! On a coupé la tête des nobles et voilà la noblesse appelée au secours du travail ! On voit également affirmer couramment que le travail est la raison d'être, pratiquement la justification de vivre de chacun de nous. Quand au « non travail » c'est l'horreur ! « Paresseux » et « feignant » sont des injures. Et la paresse serait soi-disant « la mère de tous les vices ». Alors qu'il existe des paresseux vertueux et des vicieux bosseurs. Quelle est la raison de ce culte du travail pour le travail, de l'effort pour l'effort, et de cette haine officielle du repos et de la douceur des draps de son lit le matin vers midi quand on est dedans depuis la veille au soir ?

La raison de ce culte est que ce n'est pas le travail qui est encensé, mais autre chose derrière ce mot. Par le travail on va dominer la Nature ou les hommes si on les commande à cette occasion. C'est en fait le pouvoir qui est vanté derrière le « travail ». Le pouvoir qui est l'obsession numéro un des hommes. Et cette obsession est sans limites et sans logique. Aujourd'hui ce n'est pas la recherche de la richesse qui guide le monde, mais la recherche du pouvoir qu'est sensé offrir la disposition de cette richesse. Et comme la fringale de pouvoir est impossible à rassasier, la recherche de richesses est sans limites. Et aussi le discours en faveur du travail en fait l'apologie sans se poser la question quand le travail est là de savoir à quoi il sert.

Avec la destruction de l'environnement entamée depuis longtemps et à grande échelle par les humains, le travail bien souvent ne crée pas de richesses, mais surtout détruit celles de la Nature.

Quand j'étais petit, au début des années 1960, un ouvrage illustré que j'ai feuilleté mentionnait : « Les richesses inépuisables de la mer. » On en est revenu depuis !

Les candidats aux élections n'ont bien souvent que le mot « productivité » à la bouche. Créer « des centaines de milliers d'emplois », « devenir la première puissance économique d'Europe », etc. Plutôt que de parler de « productivité » nous devrions parler ici de « destructivité ». Travailler pour travailler, faire des efforts pour faire des efforts, détruire pour détruire.

Et si au lieu de parler de « produire d'abord » on se posait plutôt la question de « vivre d'abord » ? Et si la douceur de vivre était le plus raisonnable de nos objectifs ? Mais pour ça il faudrait notamment réduire largement le temps de travail, la productivité ayant beaucoup augmentée. Mais le faire suppose une déchirante révision des thèmes idéologiques et symboliques en vigueur depuis des siècles. Alors, au lieu de se féliciter des suppressions de postes et répartir le travail entre les salariés restants, on jette à la rue les « inutiles » et on fait bosser encore plus les actifs restants. Tout ceci pour garantir et augmenter le sentiment de pouvoir de ceux qui gouvernent, gèrent, administrent leur monde.

Le « progrès » est comme un cheval fou qui s'étant emballé, entraîne la carriole du monde droit dans le mur. Il faudrait, quand il est encore temps, maitriser l'animal, ralentir sa course folle et commencer à apprécier un rythme honnête et suffisant. Très loin des illusions de pouvoir de ceux qui malheureusement décident aujourd'hui de notre avenir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 décembre 2016

697 Libérer le champ amoureux

Dans l'expression de son amour pour l'autre, chaque humain occupe plus ou moins un espace autour de lui : le champ amoureux. À nos débuts nous occupons ce champ tout entier, dans le ventre de notre mère, puis juste après notre naissance. Avec le temps, les règles imposées par la société, les idées dominantes et envahissantes, notre champ amoureux se réduit de plus en plus. Parfois nous finissons par ne plus en occuper qu'une portion congrue. Par exemple si âgé nous ne sortons plus de chez nous et évitons pratiquement totalement les contacts avec les autres. J'ai vu ainsi faire des personnes âgées à Paris dans les années 1970 qui évitaient même d'ouvrir leur porte si on sonnait.

Occuper le champ amoureux signifie aussi accepter l'autre. Et l'accepter c'est lui accorder son espace, son droit à la différence, à l'originalité, au mystère. Par définition l'autre reste et restera toujours et de manière enrichissante et heureuse en partie étranger à nous. De plus, un homme ne peut par définition tout connaître d'une femme et réciproquement. La rencontre n'est jamais fusionnelle. L'amour fusionnel est une illusion.

La différence entre les humains est fondamentale et indissociable de l'amour. Pour aimer il faut au minimum être deux et accepter cette différence. Deux ne font et ne feront jamais un, quoiqu'en disent les poètes inspirés ou les démagogues. Et aussi jamais un humain ne peut prétendre « appartenir » à un autre humain ou le « posséder ».

Les petits enfants vivent la différence de l'autre, quand ils l'aiment, sur un mode léger et joyeux. Les adultes, échaudés par de mauvaises expériences et abreuvés d'idées inquiétantes vivent la différence de l'autre avec crainte. Ils rêvent de tout comprendre et contrôler, dominer, vaines prétentions !

L'amour est une science que la plupart des hommes ignorent. Déjà si les hommes faisaient aux femmes ce qu'elles attendent d'eux et non pas ce qu'ils ont envie de leur faire, ça changerait beaucoup de choses. Ça rouvrirait pleinement le champ amoureux. Si la femme qu'il rencontre est vraiment femme, l'homme peut la prendre pour guide. Elle connaît mieux les chemins du cœur que lui. Mais combien d'hommes savent et osent le faire, plutôt qu'exiger l'impossible et se lamenter de ne pas l'obtenir ?

La plupart des hommes, au lieu de chercher à aimer l'autre cherche à se masturber dedans, au sens figuré comme au sens propre. Ce qui interdit à la relation d'amour de naître et s'épanouir. Ce comportement explique aussi l'origine de la violence homophobe de la part d'hommes. Ils rencontrent chez les gays à leur égard l'attitude qu'ils ont vis-à-vis des femmes. Et ils la trouvent insupportable, sans remettre en question leur manière d'agir identique avec les femmes. Plus les hommes hétérosexuels sont violents avec les femmes, plus ils sont violents avec les gays. L'homophobie est un parent proche du machisme.

Il faut oser s'ouvrir à notre champ amoureux et oublier nos idées fausses et nos expériences décourageantes. C'est possible, car la vie est comme un jardin qui attend d'être semé pour se charger de fleurs. Mais il faut pour cela patience, délicatesse, bienveillance, insouciance et générosité. Et surtout cesser de croire que nous savons ce que nous ignorons. Si nos échecs sont nombreux, c'est que notre ignorance est grande. Il nous faut apprendre. Et ce que nous avons à apprendre n'est pas écrit dans les livres de papier, mais dans le livre de la vie.

Pas plus qu'on ne saurait décrire la couleur rouge ou le goût du sucre on ne saurait décrire l'amour. Et il ne faut surtout pas écouter les pessimistes. Ce sont des ignorants qui veulent que nous partagions leur ignorance. Ignorons-les. Et libres d'eux laissons la vie et l'amour nous émerveiller.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 décembre 2016