vendredi 5 février 2016

514 En amour, il faut rompre avec le rapport de domination-soumission

Mon père vivait avec plusieurs chats. Il y a plus de vingt ans il m'a raconté le fait suivant. Un jour un chat a abattu sur sa main sa patte tendu, les griffes sorties et l'a maintenu ainsi. Il voulait, m'a dit mon père, lui signifier ainsi qu'il était l'animal dominant. Bien sûr, mon père n'a pas suivi l'avis du chat. Mais il est intéressant de relever qu'un geste parfaitement similaire existe chez les humains. Si vous faites attention, vous constaterez en observant des humains se déplaçant en couple, que certains d'eux ont avec leur bras, leur main, un geste vis-à-vis de l'autre qui n'a rien de tendre. Ils ont littéralement un geste d'appropriation, en tenant l'épaule ou la cuisse de l'autre ils marquent le fait que « c'est à moi », « ça m'appartient », « c'est mon domaine réservé », « je peux y toucher et c'est moi seul qui y touche », « c'est moi et moi seul qui baise cette personne ». Exactement la patte du chat, c'est pourquoi j'appelle ce geste peu aimable et dominateur : « la patte du chat ».

Les aimables et douces relations humaines sont perturbées, empêchées, sabotées, ruinées par cette volonté pas toujours clairement consciente de dominer l'autre ou se soumettre à lui. En général cette soumission, cette domination tournent autour du coït. Si je touche l'autre et qu'il l'accepte, si l'autre me touche et je l'accepte, ça signifie : « je te baise » ou bien « je suis baisé par toi ». C'est brutal, sommaire, barbare et antinomique de l'amour, et ça prétend exprimer l'amour. Pauvre amour ! Le résultat général est l'éviction des câlins, la mort des bisous, la famine en caresses. Car il est littéralement impossible de toucher l'autre sans enclencher une sorte de machine infernale qui prétend nous « obliger » à baiser ou être baisé. Cette catastrophe n'obère pas seulement les contacts dit « physiques ». Elle concerne aussi d'autres domaines, comme le regard. Tout dernièrement, c'était il y a trois jours, j'arrive sur le quai de la station de métro Montparnasse-Bienvenüe et regardant devant moi vois une jolie fille. Elle me regarde. Me regarde à nouveau, esquisse un sourire. Et puis va soigneusement s'éloigner afin d'éviter de se retrouver proche de moi dans la rame qui arrive. Pourquoi cette fuite ? Tout simplement parce que, dans notre société française et parisienne malade, une jolie fille inconnue qui regarde deux fois et sourit à un monsieur, ça signifie : « tu me baises ». Absurdité ! Elle empêche et bloque le plus souvent toutes relations.

Ce blocage causé par la domination-soumission touche aussi le langage. Pourquoi est-il littéralement interdit de dire « je t'aime » à quelqu'un ? Parce que ça signifie : « je te baise ». Si tu acceptes mes paroles, ça signifie : « tu me baises ». Que tu en ai envie ou non, c'est une obligation.

Cette négation de la sensibilité humaine et de la richesse vivante et perpétuellement mouvante de la relation se retrouve également au niveau institutionnel. Si je contracte « mariage » cela implique obligatoirement la baise, indépendamment du ressenti. C'est un abonnement à vie pour mettre le petit oiseau dans son nid, que le petit oiseau soit en forme ou non et le nid désirant ou non. Au XIXème siècle en France le Code civil précisait que la femme « doit obéissance à son mari ». Donc est tenue d'écarter les brancards ! Aujourd'hui, le même propos fleurit toujours dans notre Code civil mais sous une forme littéraire plus soft : les époux se doivent « fidélité »... Qu'est-ce à dire ? Ils doivent baiser ensemble. Cette idée se retrouve aussi en filigrane derrière le concept d'« abandon du domicile conjugal ».

La relation de domination-soumission se retrouve encore dans le domaine des situations. Si je suis nu en présence de l'autre ou l'autre l'est, si nous allons dormir dans le même lit, ça signifie la baise obligatoire. D'ailleurs « dormir avec quelqu'un » signifie baiser avec. Enfin, la relation de domination-soumission fait des ravages dans le domaine dit « du sexe ». Si on baise une fois ensemble, on est sensé avoir pris un abonnement exclusif par là-même et devoir recommencer. Dominer ou – et – se soumettre pourra passer par des rapports sexuels douloureux physiquement ou – et – moralement. Il y aurait tant à dire sur la domination-soumission incompatible avec l'amour.

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 février 2016

mardi 2 février 2016

513 Réponse à une lectrice

Une lectrice de mon blog me faisait part des dérangements que lui causaient la lecture de certains passages de mon blog. Élevée dans une morale traditionnelle elle avait vécu et vit toujours harmonieusement et heureuse dans son cadre familial. De son bonheur je ne peux que me féliciter. Mais mon blog ne prétend pas traiter d'un cas précis, le sien ou quelqu'un d'autre, mais de la situation générale que j'ai vécu, vis et vois vivre autour de moi. Il est fréquemment répondu à ceux qui vivent mal en particulier en amour, que ce sont là des questions personnelles à résoudre individuellement et de préférence en toute discrétion. Mais quand des problèmes « personnels » similaires sont vécus par des millions de gens, il ne s'agit plus de problèmes originaux, mais de l'expression individuelle de problèmes généraux. Quand je vois une situation qui m'interpelle, je m'interroge pour savoir en quelle mesure et de quelle façon elle reflète au niveau individuel un problème général. Et comment est celui-ci. Et comment pourrions-nous tenter d'y remédier.

Notre société dans le domaine amoureux est la cause d'une multitude de suicides ou tentatives de suicides, violences allant jusqu'au meurtre, mésententes, tristesses, disputes, troubles les plus divers. Combien de jeunes gens et jeunes filles qui avaient apparemment « tout pour être heureux », suite à une contrariété amoureuse mettent fin à leurs jours ? Et cela sans problèmes graves ou maladies cachées, simplement après une très quelconque et très ordinaire déception amoureuse.

On m'a rapporté deux exemples terribles. Un conducteur du métro de Paris voit quelqu'un se jeter sous sa rame. Freine, mais lui passe dessus. Se précipite pour voir et aperçoit une jeune fille écrasée sous les roues qui s'exclame : « pourquoi j'ai fait ça ? pourquoi j'ai fait ça ? » et meurt. Le conducteur a dut ensuite être emmené à l'hôpital. Deux jeunes employés du métro bavardaient il y a quelques années dans une rame. J'ai saisit une bribe de conversation. Un jeune homme assez choqué racontait qu'il avait été présent dans une station où une jeune fille de 19 ans s'était suicidée. On avait extrait le corps, placé dans une sorte de linceul. Il était à côté et soudain le téléphone portable de la morte avait sonné glaçant toutes les personnes présentes. Le jeune homme concluait en disant que ce suicide était certainement dû à un chagrin d'amour et que c'était classique.

Combien de personnes souffrent de la solitude ? La compensent avec la présence d'un animal familier ? Combien d'anciens pour lesquels l'ultime joie quotidienne en maison de retraite se réduit au goûter ?

Notre société vit sous la dictature de l'hypothèque sexuelle. Quantité de gestes, situations, propos, seraient sensés conduire obligatoirement à la recherche du coït. Résultat, entre autres, cette hypothèque accroit et renforce l'isolement, le verrouille. Pour éviter les ennuis, les équivoques, les situations scabreuses, on s'isole. Dans la rue ou le métro parisiens il est courant de remarquer, si on y prend garde, que quantité de jolies filles qui se déplacent seules, ont peur. Car elles vivent quotidiennement un éreintant harcèlement commis par un troupeau d'imbéciles hallucinés. Un ami artiste peintre m'a raconté ce qu'il a vu et l'a choqué. Il était resté de nombreuses heures au jardin du Luxembourg peindre des aquarelles. Et avait constaté que plusieurs puants crétins faisaient inlassablement le tour du jardin pour aborder systématiquement et importuner les jeunes filles assises seules sur un banc ou un siège. C'était il y a vingt ans. Ça n'a pas changé. Dernièrement une amie quadragénaire me disait qu'à force d'être harcelée elle avait renoncé à aller seule au parc des Buttes Chaumont. Paris reste une ville interdite aux jolies filles seules la nuit de minuit à quatre heures et demi, cinq heures du matin. Ou alors elles peuvent se déplacer, mais à leurs risques et périls. Et avec ça on prétend vivre dans un monde civilisé ? Bien sûr, pour nier l'insupportable situation chez nous on citera les horreurs d'ailleurs. Mais l'un n'excuse pas, ni n'annule l'autre.

Il existe même des hommes qui croient déroger à leur dignité d'homme s'ils n'emmerdent pas les jolies filles. Quelqu'un me disait il y a trente ans : « Même si tu n'en as pas envie, il faut chercher à draguer les jolies femmes, sinon tu les vexe. » Et ce quelqu'un paraissait intelligent « par ailleurs ».

Pour se donner « bonne conscience », on dira que les problèmes d'inconduites masculines avec les femmes sont créés chez nous par des personnes « qui ne suivent pas la morale. » Mais la société est un tout. Et les choses les meilleures comme les pires sont liées. Pour agir positivement il faut identifier les faiblesses dissimulées dans notre morale.

Notre société vit sous le règne d'une sexualité dominante, hypertrophiée, institutionnelle et délirante. Ainsi, par exemple, elle a décrété qu'être « nu » était « sexuel », allait de pair et était une invitation au coït. C'est totalement faux et cette règle dérange plus d'un. Elle a aussi prétendu que les réactions génitales étaient le prélude au coït, généralisation qui est la plus grande ânerie égarante qui soit.

Remettre en question les imbécilités dominantes c'est améliorer nos vies. Et aussi, peut-être, commencer à trouver le chemin pour résoudre quantité de douloureux problèmes apparemment sans solutions autres que théoriques.

C'est pourquoi je m'attache à des petits faits, apparemment sans grande importance, qui témoignent des contradictions propres à notre société. Ce qui fait que ces petits faits rapportés et mon commentaire peuvent déranger plus que leur importance secondaire formelle. Notre société française et parisienne a par exemple fait tout un plat de la nudité publique. Elle n'est pas la seule. Mais voilà que je me déplace de quelques centaines de kilomètres. Et vois que dans les grands parcs à Berlin on peut sans problèmes se mettre nu en public. Et que même certaines personnes ensuite rentrent chez elles en marchant en ville dans cette tenue. Sur les plages du nord de l'Allemagne et de la Scandinavie tout le monde est nu. Alors, comment se fait-il qu'entre deux pays proches, la France et l'Allemagne, il y ait un tel décalage ? Des petits malins ont même réussit à trouver et diffuser la photo en noir et blanc de trois jeunes filles en train de bavarder tranquillement en tenue adamique. Celle du milieu est devenue depuis chancelière de la République fédérale d'Allemagne. Il ne semble pas que la publication de ce cliché ait causé quelque scandale que ce soit. C'est une scène courante sur les plages d'Allemagne et même dans les grands jardins publics dans les grandes villes.

Vivre nu est très agréable et pas seulement en vacances au soleil sur une plage naturiste au bord de la mer. Quand on en prend l'habitude, on devient nettement moins frileux. A une époque où quantité de personnes ne se sentent bien qu'à partir d'une vingtaine de degrés de température, on se trouve bien à la longue même avec seulement une dizaine de degrés de température. Cette nudité domestique, innocente comme celle du nouveau né qui vient de naître, contribue aussi à faire oublier et se débarrasser du carcan de la sexualité dominante, hypertrophiée, institutionnelle et délirante. Il est bon et bien de retrouver la Nature cachée en nous. Ce qui n'interdit pas de respecter les règles du milieu où l'on vit. Et se présenter aux autres toujours habillé.

La possibilité existe-t-elle de l'avènement d'une société humaine idéale débarrassée de toutes violences et respectueuse de chacun ? Je souhaite qu'elle soit possible, sans savoir si c'est vraiment le cas. Ce qui est certain, c'est que tous les projets de sociétés prétendant d'être « idéales » ne répondent pas à ces grands problèmes que sont la solitude, le manque d'amour, l'absence de câlins. Ces projets parlent de tout un tas de choses mais évitent de parler de ça. Soi-disant qu'il n'y aurait rien à faire de possible pour améliorer cette situation. Et laissent à chacun le soin de se débrouiller tout seul. Le résultat ne paraît pas très convainquant, avec notamment ses nombreux suicidés. C'est pourquoi il faut chercher et chercher encore à mieux comprendre la condition humaine et essayer de trouver des solutions pour améliorer celle-ci. Rien n'est plus grand et plus beau que réduire la souffrance humaine et assurer un plus grand bonheur au plus grand nombre possible d'humains.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 février 2016

dimanche 31 janvier 2016

512 Sexe : savoir analyser ses désirs, développer et gérer ses fantasmes

Il est essentiel pour notre équilibre de savoir analyser ses désirs. Si vous éprouvez l'envie d'embrasser sur la bouche une personne que vous appréciez ou de dormir avec elle. Ça signifie précisément que vous éprouvez l'envie d'embrasser sur la bouche une personne que vous appréciez ou de dormir avec elle. Et c'est tout. Avant, et durant de nombreuses années, intoxiqué par les aberrants usages dominants et l'aberrante morale dominante, je me disais : « si j'ai envie d'embrasser sur la bouche une personne que j'apprécie ou de dormir avec elle, ça signifie que je souhaite faire l'amour avec elle. » Cette parfaite stupidité étant confortée par l'idée stupide supplémentaire que si embrassant ou pensant à embrasser sur la bouche ou dormir avec une personne donnée j'éprouve une érection ou début d'érection c'est « une preuve ». Que je dois, j'ai envie, ce serait bien d'user de mon instrument pour le mettre dans un orifice précis de l'autre. Navrante stupidité, avoir envie de « faire l'amour » c'est autre chose et j'y reviendrais plus loin.

Savoir développer et gérer ses fantasmes est également essentiel pour notre équilibre. Si j'aperçois une jolie fille dans la rue, je peux l'imaginer nue. Ma pensée s'arrêtera là. Pourquoi ? Parce qu'elle reste proche de la Nature. A l'origine nous vivions sans l'obstacle visuel des vêtements. Il est donc tout à fait proche de notre nature de rêver à l'image de l'anatomie de l'autre. Aller au delà c'est s'éloigner de notre nature. Si j'aperçois une jolie fille qui, par exemple, voyage seule dans le métro et s'est choisie une tenue comportant un décolleté vertigineux, j'apprécierais celui-ci. Je me poserais aussi à moi-même la question soulevée par cette tenue insolite. Les jolies filles voyageant seules dans le métro sont harcelées en permanence par un troupeau d'imbéciles hallucinés, qu'est-ce qui a bien pu décider cette jolie fille à sortir ainsi ? Ma pensée s'arrêtera là, car je ne la connais pas et ça ne me concerne pas. Enfin, il m'est arrivé un jour d'être confronté à une jolie fille qui avait un comportement assez exhibitionniste. A l'heure du repas, après sa douche, elle débarquait en peignoir, le laissait négligemment s'entrebâiller, me laissant voir son « origine du monde », car elle ne portait rien en dessous. Je n'ai pas cherché à répondre. Plus tard, j'ai eu la confirmation de la justesse de ma façon de réagir. Car il s'agissait d'une personne souffrant d'un trouble bipolaire. Ce trouble amène entre autres symptômes possible des formes de désinhibitions sexuelles se traduisant par de l'exhibitionnisme qui peut être verbal ou physique. Cet exhibitionnisme n'allant nullement de pair avec la recherche de quoi que ce soit. C'est l'expression d'un trouble mental que la personne souffrante ne contrôle pas et que l'on ne sait pas très bien soigner. La malade ici ne réalise pas vraiment quelle initiative elle prend et reste en fait très loin de toutes idées de drague. Celui qui croirait naïvement à une « avance » et tenterait d'y répondre serait dans ce cas promptement rembarré et n'y comprendrait rien. Il pourrait alors partir dans le lamento de vociférations classiques : « elles ne savent pas ce qu'elles veulent ! », etc.

Le vrai désir de « faire l'amour » est un sentiment très particulier qui se manifeste rarement et fugacement. Je me souviens de la première fois que je l'ai éprouvé, alors que j'avais déjà eu stupidement quelques petites amies et avais fait avec elle bêtement « comme tout le monde ». Cette fois-ci, c'était il y a bien des années, une amie et moi avions établi une relation assez ubuesque. Elle avait fini un soir par le fait que nous sommes allés au lit ensemble. Moi, nu, elle vêtue d'une chemise de nuit bien longue qu'elle manifestait le choix de soigneusement conserver sur elle la nuit entière. Finalement, après m'avoir tourné le dos, au bout de quelque temps, peu de temps, elle a subitement ôté sa chemise, s'est retournée et s'est jetée dans mes bras. Très agréable sensation ! Après quoi elle m'a caressé en particulier le dos avec un toucher spécial que j'ai mis ensuite des années à identifier, et qui est extrêmement agréable. Et c'est après ça que j'ai éprouvé à un moment-donné l'envie effective et authentique de « faire l'amour ». Non pas se dire intellectuellement qu'on peut et va passer à cet acte, mais exactement l'envie de pénétrer avec mon, pénis en érection le vagin de ma partenaire. Aussi littéralement et simplement que l'envie de boire, manger, ou réaliser une autre activité naturelle et physiologique. Je n'ai alors rien fait pour répondre à ce désir, car j'étais bloqué par la confusion de mes pensées et n'était pas simplifié dans ma tête.

Le lendemain matin, téléphonant à ma partenaire durant une brève pause durant mon travail, elle m'a dit qu'elle avait été étonnée la veille qu'on n'ait pas « fait l'amour » et m'a donné rendez-vous pour « conclure » le soir-même. Ce qui est arrivé. Mais ce soir-là, à la différence de la veille, je n'ai pas du tout éprouvé le désir de la veille. Après l'acte qui ne m'a pas apporté plus que pas grand-chose, ma partenaire paraissait toute contente. Et moi j'ai eu le sentiment très désagréable qu'elle avait profité de moi.

Par la suite, et comme des millions d'autres abrutis, nous avons « consommé » un certain nombre de fois durant un certain temps. J'en ai pris l'habitude. Et puis, comme pour d'innombrables autres « couples », elle en a eu marre et a arrêté cette comédie.

Ça m'a manqué. Puis, par la suite, mon ex partenaire ayant de fortes tendances saphiques a tenté de draguer une de mes amies dont j'étais très amoureux. Résultat : nous nous sommes brouillés, mon ex et moi, nous sommes éloignés et perdus de vue.

J'ignore ce qui se serait passé si le soir où j'ai ressenti un désir authentique de « faire l'amour » je l'aurais suivi. Car une telle situation ne m'est jamais arrivé. En revanche, je suis sûr que si j'avais refusé de « faire l'amour » par la suite sans désir authentique j'aurais très bien fait. Et nous serions peut-être restés amis. Car le plus sûr moyen de détruire une bonne relation consiste à « faire l'amour » sans désir authentique et réciproque.

Encore un mot sur les fantasmes : on en parle beaucoup. On prétend que ceux-ci sont souvent extrêmement et naturellement « sexuels ». Ils sont en fait très souvent d'origine culturelle et non d'origine naturelle. Par exemple, la pornographie ne montre généralement pas les désirs réels et la vie sexuelle réelle des gens. Il s'agit d'une grossière mise en scène commerciale des fantasmes malades de messieurs machos, frustrés et ignorants. C'est très instructif de regarder la physionomie des « actrices » pornos. La plupart du temps on voit très bien qu'elles ne ressentent rien, s'ennuient et attendent la pause repas et à la fin le chèque, seul motif de leurs « prestations ». La pornographie n'a rien à voir avec la sexualité en tant qu'activité naturelle et épanouie.

Le désir authentique de « faire l'amour » est fugace. Si on ne le suit pas, il peut très bien ne pas revenir. Si on le suit, je ne sais pas ce qui arrive. Il est probable que l'être humain est infiniment plus en manque de bisous, caresses et câlins que d'acte sexuel. Mais comme on a ritualisé les bisous, caresses et câlins pour en faire l'antichambre obligé du coït, on est pris littéralement en otage. Ou bien on va s'adonner aux caresses et se trouver confronté à un acte sexuel pas forcément désiré. Ou bien on sera confronté à un rejet dû au refus de cet acte. La situation est très complexe et difficile.

On peut des fois caresser sans problèmes le dos d'une amie, mais lui caresser les seins signifierait une « avance ». Si on n'est pas d'accord avec cette conception ubuesque et forcée, que peut-on faire alors ? La culture dominante nous conduit des fois dans des impasses sophistiqués. Notre culture est vraiment hostile à tout ce qui fait la beauté et l'harmonie de l'amour vrai. Et nous en présente des caricatures inaccessibles comme idéal à rechercher. Ce qui fait que des millions d'hommes et de femmes se réfugient dans les rêves et la résignation.

Aujourd'hui et depuis fort longtemps d'innombrables personnes des deux sexes passent leur soif d'amour en tenant compagnie à un chat ou un chien. Cette situation doit-elle durer indéfiniment ? Il est visible en tous cas que tous ceux qui nous proposent des solutions générales de réformes du monde n'ont aucune réponse à nous donner concernant le manque d'amour, la difficulté d'aimer et parvenir à être aimé. Il nous appartient de trouver nous-mêmes les solutions. Et commencer à poser le diagnostic des problèmes existants.

Basile, philosophe naïf, Paris le 31 janvier 2016

mercredi 27 janvier 2016

511 Petite esquisse de la pseudo-histoire de l'Humanité

A l'origine de l'Humanité, les religions diverses placent la Création, les évolutionnistes darwiniens placent l'évolution. On pourrait ajouter une troisième hypothèse : celle que Dieu crée l'évolution. Laissons la question ouverte et passons au chapitre suivant.

Au début de l'Humanité les humains ont juste leur instinct, leurs bras, pieds et sens différents pour se débrouiller. Vivant en groupes de grands singes mordeurs et solidaires leur chair n'attire pas les prédateurs. Se retrouver couvert de morsures humaines est pour un lion ou un tigre une perspective moins appétissante qu'aller tuer une inoffensive girafe ou un inoffensif lapin. Seuls humains appétissants : les petits isolés, mais ceux-ci courent très vite et peuvent ainsi rejoindre le groupe protecteur.

Les humains n'ont donc aucun prédateur pour leur donner l'idée, l'envie de se doter de quelque industrie que ce soit. Le « progrès » n'a aucune raison d'apparaître. Sauf celle du jeu. C'est en jouant que les humains commencent à se doter d'outils. Je serais tenté de penser que ce sont les femmes, plus curieuses et laborieuses que les hommes, qui en sont l'origine.

L'apparition de l'industrie conduit à la naissance du savoir, de l'ignorance, l'absence du savoir, et du savoir erroné, l'erreur. Pour transmettre le savoir, erroné ou non, il faut prendre du temps. Ce qui fait que cette transmission amène un trouble majeur chez les humains : l'apparition de l'enfance prolongée. Alors qu'un petit humain est autonome vers l'âge de quatre ans, dès qu'il peut se nourrir seul, voilà qu'il est contraint de rester « petit » jusqu'à la fin de ladite enfance prolongée. C'est à l'entrée de celle-ci que se situe le sevrage câlinique : « dorénavant tu es grand, plus de caresses ! »

Ce sevrage paraît être la source à terme de la naissance de la sexualité perturbée avec toutes ses conséquences souvent désastreuses. Qui amènent un manque général d'amour au sein de la société humaine. Ce manque est la source de quantités de désordres : guerres, mauvaise répartition des richesses, violences diverses individuelles ou – et – collectives, etc.

Quand on considère ce qu'on a baptisé « l'Histoire », on voit que les auteurs des plus grandes violences sont des hommes et non des femmes. L'origine de la violence est très visiblement le plus souvent sexuelle. Ce qui ne signifie pas que les femmes soient non plus dépourvues complètement de responsabilités dans les désordres qui agitent l'Humanité.

A la naissance, le nourrisson actuel est identique à celui des premiers âges. C'est pourquoi on ne saurait qualifier l'agitation humaine souvent meurtrière d'« Histoire ». Il s'agit en fait d'une pseudo-histoire. Les humains n'ont pas changé depuis la nuit des temps. Les incidents entre eux relèvent non d'un « progrès », d'une « évolution », mais plutôt d'un perturbant piétinement sur place.

En en prenant conscience, peut-être un jour les humains songeront-ils à vivre vraiment et à être, et non plus à avoir, de préférence ce qu'ils ont volé à l'autre.

Avant que cette amélioration soit générale, si elle arrive un jour, il nous appartient de chercher déjà à nous améliorer individuellement nous-mêmes. Ce qui est difficile, demande du temps, mais reste possible.

Plutôt que passer son temps à critiquer les autres, la « société », le « système », en en faisant les uniques responsables des malheurs du monde, améliorons-nous nous-mêmes ! C'est le plus sûr chemin vers l'amélioration du monde !

Basile, philosophe naïf, Paris le 27 janvier 2016

510 Le « sexe » ou « chair » en tant que faux besoin, mythe, piège, verrou et source de drames

Le « sexe », nom « laïque » et « scientifique » que nous avons donné à la très théologique « chair », se décline chez les humains de multiples façons.

C'est tout d'abord et avant tout un faux besoin et un mythe. Soi-disant les humains auraient en permanence à l'âge adulte envie de baiser. Certains ridicules ajouteront que l'homme est le seul animal qui baise pour son plaisir. Et pas uniquement pour se reproduire. Comme si les chats ou les ornithorynques ne prenaient pas leur pied, ou plutôt leur patte, en baisant ! Comme si au moment du rut le lion se disait : « moi, felis leo, vais à présent me faire cette jolie petite lionne, mais attention ! C'est uniquement pour me reproduire, pas pour prendre ma patte ! »

On a créé culturellement chez les humains un faux besoin de sexe plus ou moins permanent. Qui fait que nombre d'humains se croient obligés et malins de chercher à mettre leur joujou dans le joujou de l'autre, quand bien-même ils ne ressentent pas l'envie de le faire. Après, l'habitude se prend et ruine avec beaucoup d'efficacité la relation. Baiser sans en avoir le désir réel et réciproque est une bourde monumentale qui coute très cher. Elle est confortée par le mythe de la soi-disant jouissance automatique optimale de l'homme en cas d'éjaculation.

Quand on cherche à baiser sans vrai désir réciproque, le sexe devient un piège. On tente de commettre un acte déraisonnable car étranger à nous. Ce qui fait qu'on devient étranger à la relation avec l'autre. Et en général à la relation avec le sexe qui nous intéresse, et même au delà.

Le sexe sans vrai désir réciproque est aussi un verrou. Quand on cherche à comprendre, il bloque la porte d'entrée vers la connaissance de soi, de l'autre, et de la relation avec lui ou elle.

Enfin, s'étant bien égaré, on rencontre des drames. Car l'acte sexuel pratiqué en dépit de bon sens n'est en rien un acte anodin. Quand sa pratique est contrariée par une « rupture », l'envie de meurtre de l'autre qui en apparaît responsable, ou de suicide de soi est fréquente. Les dérives causées par le sexe en tant que pratique d'un faux besoin conduisent à des dizaines de millions de morts tragiques chaque année de par le monde, dont de très nombreux jeunes gens et jeunes filles. Sans compter les estropiés moraux ou physiques. Et, autre conséquence, le manque d'amour amène la recherche de compensations.

Celles-ci prennent la forme de drogues morales ou chimiques. Quand on pense à ceux qui se droguent avec le pouvoir ou l'argent, on mesure les conséquences dramatiques et incalculables qu'ont le dérangement sexuel chez nombre d'humains. Comme, par exemple, les conflits suscités par l'appétit de dominer des territoires et des populations

Ou bien encore la tendance à l'accumulation folle de richesses entre les mains d'une poignée d'humains. Cependant que le reste de l'Humanité présente à nous un océan de misère.

Tous ces drames, tous ces problèmes, ont une source : l'homme dérangé dans sa sexualité. Peut-on y remédier ? C'est difficile à dire. Mais en tous cas nous pouvons déjà chacun et chacune de nous chercher à nous rectifier et nous améliorer. Et, peut-être ainsi, par l'exemple donné de notre sérénité, ouvrir la perspective d'une sortie de l'Humanité de l'impasse où elle piétine depuis un nombre immense d'années.

Impasse d'autant plus éclatante de nos jours, où tous les moyens existent pour assurer le bien-être de tous. Et où la mauvaise répartition des richesses conduit à des misères immenses.

Basile, philosophe naïf, Paris le 27 janvier 2016

lundi 25 janvier 2016

509 Détruire la méchanceté qui s'est infiltrée en nous

La méchanceté humaine est une maladie de l'instinct qui s'attache à nous à travers les désordres de notre culture. Celle-ci prône souvent la haine ou des valeurs plus ou moins baroques, fausses et subtilement déguisées.

Ainsi, par exemple, dans notre culture il est interdit de voir l'autre, d'être vu par lui et de se voir. Il est défendu également de toucher l'autre, être touché par lui et se toucher soi-même. Bien sûr, ces interdits ne sont pas énoncés littéralement comme ça. On dira que « la pudeur » interdit d'être vu « nu », voir l'autre « nu » et se voir « nu ». Le toucher sera prohibé sans autres explications que le contact est synonyme d'avances « sexuelles ».

Le domaine proclamé de la « sexualité » sera régit par des normes et règles d'exception. La violence, le mensonge, l'hypocrisie, la jalousie, la manipulation, seront ici considérées comme de jolies choses allant de soi. Sous prétexte de la recherche du coït on verra quantité d'individus en temps normal habituellement plutôt aimables et courtois, se métamorphoser en brutes décomplexées.

Les comportements en question relèveront ici de la méchanceté. Comme quantité d'autres comportements dérangés. En témoignent par exemple que très rares sont les photographies prises d'humains nus où ceux-ci ont des poses naturelles et ne sont pas en train de se montrer ou se cacher. Parvenir à se sentir simplement « au naturel » quand on est nu, est un grand progrès. Qui est possible mais demande du temps et du travail sur soi pour y arriver.

Se rapprocher autant que possible de notre nature est un but grandiose à l'échelle de chacun de nous. Et échapper de la sorte à quantité de pensées et préoccupations fausses qui tendent à nous bousculer, déranger, envahir. Quand on parcourt les journaux dits « d'actualités », que de bruits parasites et de pensées dérangées y trouve-t-on ! La sérénité n'est pas le fort des médias, qui préfèrent donner la priorité au bruit médiatique et aux « nouvelles » qui ne nous concernent pas ou guère. Le sensationnel et le superficiel ont la vedette dans ces publications dites « d'information ». Elles ne nous aident guère à comprendre le monde.

Les médias sont infestés de nouvelles plus ou moins fausses qui ont pour objectif de donner la vedette à telle ou telle personne. Qui obéissent à une tendance générale de recherche de la notoriété. Ce qui témoigne d'un malaise. Pour exister, se sentir exister, elles ont besoin de se voir dans le regard de milliers d'autres. Alors qu'il suffit d'un seul regard positif sur soi, le sien, pour être bien.

Ce manque d'assurance est un écho de cette règle qui prohibe la vue de l'humain à l'humain. Comment, si on doit se cacher, pourrait-on parvenir à être sûr de soi ? On cache ce qui est honteux. Si on doit avoir honte de soi on ne peut pas être bien avec soi-même. La « pudeur », c'est la honte et la peur d'exister. Pour échapper à la prison de la « pudeur », il faut parvenir à un état neutre et non à « l'impudeur ». Cette démarche est subtile.

Face à la complexité du monde, un certain nombre de personnes recherchent furieusement « la vérité », sans savoir de quoi il s'agit. En fait, la vérité est qu'il n'y a rien à chercher. Il suffit d'être. Mais pour y arriver il faut se débarrasser de beaucoup de pensées parasites qui ne servent à rien. N'apportent rien, si ce n'est de la confusion. Le plus beau des discours c'est le silence et l'écoute.

Il faut parvenir au détachement de fausses valeurs, faux problèmes. Et trouver ainsi le chemin qui ne conduit pas à l'indifférence, mais à la sérénité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 25 janvier 2016

dimanche 24 janvier 2016

508 Anne Frank avait raison

Anne Frank : très nombreux sont ceux qui ont été informé du destin tragique de cette jeune fille allemande, grâce à la publication de son journal : le célèbre Journal d'Anne Frank. Je lisais il y a des années un article sur elle, où figurait une photo en marge de laquelle elle avait écrit : « je crois en la bonté foncière de l'homme ». Je cite de mémoire. Les mots utilisés sont peut-être un peu différents. Mais c'est bien le sens de son propos. Eut égard à sa fin tragique, ces mots m'ont laissé sur le coup sceptiques et dubitatifs. Pourtant aujourd'hui, après bien des années, je peux conclure et m'en explique, qu'Anne Frank avait raison.

L'homme est par nature bon et fraternel avec l'homme. Est-il méchant avec l'homme, c'est alors le résultat d'un problème de santé. La méchanceté est l'expression d'une maladie frappant son instinct.

Il y a là la réponse à une très ancienne question philosophique : « l'homme est-il bon ou mauvais ? »

La réponse est indéniablement : « l'homme est bon. Mais la maladie peut le rendre mauvais. » Ce qui entraîne beaucoup de conséquences. Ainsi, s'agissant de la « Justice » on parle de punir ou redresser l'homme qui fait le mal. Mais est-ce que cela a un sens de punir un malade pour sa maladie ? Et « redresse-t-on » un malade ? Bien évidemment non, et nous avons aussi ici la réponse à un comportement fréquent, absurde et dangereux de la justice. Quand un maniaque sexuel viole, on le met en prison. Ce qui ne le guérit pas. On le relâche ensuite au bout de quelques années. Et il s'empresse de recommencer ses crimes. Il est bien évident que si sa maladie n'est pas guérit c'est une erreur de le laisser en liberté.

Une amie qui prenait connaissance de ma théorie comme quoi la méchanceté humaine est une maladie trouvait celle-ci intéressante. Et insistait sur le fait qu'il faudrait alors veiller à prévenir la méchanceté chez les très jeunes.

Et pour ce qui est de chacun de nous, notre tâche m'apparaît être d'emblée de faire des efforts pour éliminer, guérir toutes traces de méchanceté en nous. Ce qui ne signifie bien sûr en aucun cas accepter celle des autres, voire l'approuver.

Si un malade fait preuve de méchanceté, il peut être nécessaire de le neutraliser, sans pour autant témoigner envers lui de quelque animosité que ce soit.

Le fait que la méchanceté humaine est une maladie est aussi à rapprocher de certains grands principes tels que : « tous les hommes sont frères » ou « aimez-vous les uns les autres ». Ces principes sont parfaitement justes. Et les comportements détestables qui peuvent être rencontrés chez certains humains ne relèvent pas d'eux, mais de leur maladie.

Pourrons-nous un jour l'éliminer complètement ? Ce serait bien. Nous pouvons déjà l'étudier. La connaître mieux. Et lutter contre elle en nous et autour de nous.

Il est bien évident que tant que la maladie de la méchanceté sévira à grande échelle, la société humaine ne sera pas vraiment adaptée aux humains.

Nous pouvons rester optimistes. Après tout, il y a déjà eu jadis de grandes épidémies, qui ont aujourd'hui disparues. Pourquoi ne guéririons-nous pas un jour la méchanceté humaine, grâce à des traitements adaptés ? C'est aujourd'hui un rêve. Mais toutes les belles choses commencent en étant rêvées.

Basile, philosophe naïf, Paris le 25 janvier 2016