mardi 16 décembre 2014

317 Illustration de l'incitation à la haine des Allemands et Autrichiens

Exemple d'antigermanisme primaire : dessin publié en quatrième de couverture du Petit Journal, supplément illustré du dimanche 20 septembre 1914.

L'hydre dévastateur porte sur la tête un casque allemand et un autre couvre-chef militaire, sans doute austro-hongrois.

Il est attaqué par de braves soldats de l'Entente défendant la Civilisation contre le monstre...

Il existe certainement des dessins tout aussi stupides fabriqués du côté adverse aux braves soldats de l'image ci-dessus.

Ce dessin est un bel exemple de démagogie haineuse à ne suivre ni de près, ni de loin, que ce soit en paroles ou en dessins.

Haïr est facile et rend les hommes mauvais. Aimer est souvent difficile, mais infiniment gratifiant.

D'où qu'ils proviennent, ne suivons jamais les appels à la haine. L'amour fait moins de bruit. Il fait aussi beaucoup de bien.

Paul Lafargue a écrit Le droit à la paresse.  Quand écrira-t-on Le droit à la caresse ?

Angelo Fortuna Formiggini a écrit La philosophie du rire. Alors, rions ! Et tant pis pour les empêcheurs de rire en rond !

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 décembre 2014

316 Lettre à Angela Merkel

Paris, le 16 décembre 2014

Madame la Chancelière,


Je ne me passionne pas du tout pour la politique et n'en attend guère de miracles. Pour cette raison j'ignore très largement les idées et les actes précis des gouvernants de nombreux pays, dont ceux de la République fédérale d'Allemagne.

Tout le monde est en droit de critiquer sa politique ou pas s'il en a envie.

Cependant, je tenais à vous écrire que je trouve absolument inadmissible, odieux, démagogique et détestable d'avoir la légèreté de vous insulter en allemand comme l'a fait Monsieur Jean-Luc Mélenchon. Car, en agissant ainsi il flatte les tendances nocives à l'anti-germanisme primaire et donc à la haine entre les peuples français et allemand.

On peut discuter, critiquer, être opposé à la politique du gouvernement allemand ou français ou autre. Mais, comme l'a dit Jésus, tous les hommes sont frères. Il n'a pas précisé, par exemple, que pour les Français les Allemands seraient moins ou pas du tout frères... Jésus a également dit : « aimez-vous les uns les autres ». Il n'a pas dit de moins ou pas aimer les Allemands quand on est Français.

Nous avons besoin de nous aimer et être fraternels, ce qui n'interdit nullement d'être ou ne pas être d'accord avec les politiques nationales menées par les gouvernements des différents pays du monde.

J'aime de tout mon cœur tous les peuples du monde. Et aime donc de tout mon cœur le peuple allemand.

Veuillez trouver ici, Madame la Chancelière, l'expression de ma très haute considération.


Basile Pachkoff

vendredi 12 décembre 2014

315 Le principe du gâteau

Vous devez faire ces exercices dans la salle de sport, vous devez suer, avoir mal, et après vous serez plus fort, plus beau, plus en bonne santé. Vous allez vous faire chier toute votre scolarité, mais, au bout, vous aurez une bonne place grâce à vos diplômes. Et, pour commencer, devoir digérer cette ennuyeuse leçon de géographie ou ce très emmerdant problème de maths, au lieu d'aller jouer avec les copains. Vous allez vous faire chier toute la semaine au travail, à faire des choses qui ne vous intéressent pas, en compagnie de gens qui vous ennuient et sous les ordres de connards qui vous énervent. Et après, grâce à l'argent gagné vous pourrez « réussir votre week-end ». Vous allez vous faire chier au même boulot toute l'année. Et après, grâce à l'argent gagné, vous allez profiter de très belles vacances. Vous allez vous emmerder toute votre vie à ce boulot ou d'autres tout aussi ennuyeux sinon pire, et au bout, vous profiterez d'une magnifique retraite. Vous allez vous ennuyer à élever des enfants et, quand ils seront grands, ils feront votre bonheur. Vous allez soigner votre compagne malade, et, au bout, quand elle ira mieux, vous jouirez de son magnifique amour.

C'est toujours « après ». En attendant, faites-vous bien chier et vous serez récompensé dans l'au-delà... Tiens ? Tiens ? L'au-delà... mais, ce schéma : « emmerdez-vous et demain ça ira bien » ne serait-il pas, tout simplement, la reprise du thème : « souffrez dans cette vie et jouissez au Paradis ? »

Toujours est-il que c'est souvent une arnaque. Il y a des personnes qui s'emmerdent au boulot toute leur vie. Et parties à la retraite, clamsent au bout de six mois... voire même avant d'arriver à l'âge de cette merveilleuse retraite.

Toujours est-il que si je tiens aujourd'hui ces propos, c'est pour mieux introduire « le principe du gâteau ».

Il est simple : « quand vous réussissez un gâteau, crue la pâte doit être bonne au goût. Et cuite elle sera meilleure ».

Ça signifie que si vous préparez quelque chose d'agréable, la préparation doit l'être également. Sinon, ça n'en vaut pas la peine.

Ah oui, j'allais oublier. A propos de « Vous allez soigner votre compagne malade et, au bout, quand elle ira mieux, vous jouirez de son magnifique amour. » Moi, ça m'est arrivé. Quand elle s'est senti mieux elle m'a largué pour aller voir si l'herbe était plus verte ailleurs. 
 
Revenons-en au principe du gâteau. De partout on vous bramera qu'il faut se faire chier pour arriver à un résultat. Ces brameurs, envoyez-les justement chier. J'ai vu leur manière de procéder.

Tu organises une fête ? Très bien, on vient, mais à condition que tu ramènes des sous pour nous payer. Les sous, t'en as pas ? Vas les demander aux élus. On appelle ça « des subventions ». La subvention est à l'association, remarquerais-je, ce que le sucre est au chien. Il fait le beau pour avoir le sucre. Seule différence d'avec le chien : le chien reçoit souvent le sucre, l'association pratiquement jamais.

Et, pour obtenir ladite subvention, il faut se faire horriblement chier. Fabriquer un dossier de trois kilos, se mettre à genoux devant les édiles, les implorer de nous rendre un peu des impôts locaux qu'ils nous ont soutiré sous la menace des huissiers. Et, si on demande cent on reçoit neuf... et on reçoit trois l'année d'après, parce que le maire, ou l'orientation du maire, a changé.

Et si vous recevez des sous, la lutte s'engagera pour leur répartition. Au total, vous vous serez bien fait chier... pour les autres. Et bien voilà, c'est simple, j'organise une fête, venez y participer... Et démerdez-vous pour le faire ! On est ici pour se faire plaisir, moi y compris. Voilà le principe du gâteau. Il arrive qu'on soit contraint de faire des choses qui nous ennuient. Tâchons que ce soit le moins possible de choses ennuyeuses qui nous ennuient. Et, le reste du temps, jouissons de la vie et merde pour les donneurs de leçons qui nous invitent à nous emmerder dans la vie !

Basile, philosophe naïf, Paris le 12 décembre 2014

mercredi 10 décembre 2014

314 Gestion patronale ou autogestion, désordre capitaliste ou ordre autogestionnaire

La misère, la guerre, la prostitution, le trafic d'humains, armes, drogues, la propagande pour le fanatisme et les sectes, l'abrutissement télévisuel, la pourriture publicitaire, la prospérité des drogues légales comme le tabac et l'alcool, le parasitage social dans le domaine de l'amour, et mille autres horribles fléaux ravageant et dévastant océans, montagnes, forêts, villes et Humanité entière n'existent aujourd'hui que parce que l'argent et le capitalisme existent.

La corruption et la colonisation financière est assurée par l'argent : la Grèce vendue, l'Hôtel Dieu de Paris en voie de liquidation, l'hôpital du Val de Grâce condamné, l'aéroport de Toulouse et le port du Pirée vendus aux capitalistes chinois, tout cela n'est possible que parce que l'argent existe. Mais l'argent n'a pas toujours existé, pas plus que le capitalisme. Si cet outil et ce système qui n'ont pas toujours existé ne fonctionnent plus, il faut inventer d'autres choses pour les remplacer, mais quoi ?

J'ai entendu pour la première fois parler de l'autogestion peu après les événements de mai et juin 1968. C'était au moment de la campagne électorale pour les présidentielles de 1969. Rocard, alors dirigeant d'un parti appelé PSU vantait à la radio l'autogestion yougoslave.

Pour ma famille, c'était plutôt de la contre-publicité. La Yougoslavie ne nous faisait pas rêver. A l'époque, et encore durant des années, on voyait poser la question suivante : « si vous êtes pour le socialisme, lequel préférez-vous ? Le russe, le chinois, le yougoslave ou le suédois ? Et ne préférez-vous pas plutôt la prospérité à l'américaine ? » On était sommé de choisir son « paradis » sur Terre, son modèle incomparable de société future française.

Le temps a passé, il n'y a plus aucun modèle de « socialisme » sur le marché. Et le capitalisme a étendu son empire sur la planète entière. Il ne fonctionne plus. Il ne fabrique pas de la richesse mais de la misère. Il ne produit pas la paix mais la guerre. Il ne développe pas la Culture mais sert de terreau à des fanatismes divers. Il est plus que temps de lui trouver un successeur.

Entendant des militants dits « de gauche » ânonner le mot « autogestion », j'en suis arrivé à trouver que ce mot leur servait en quelque sorte de gadget. Une formule magique en guise de réponse à la question : « qu'est-ce qu'on met à la place du capitalisme ? » Je viens de changer d'avis et vais ici expliquer comment.

J'ai ouvert un livre de Voline intitulé : «La Révolution oubliée ». Dedans, vers les pages 259-266 est raconté une anecdote de la période de la révolution russe d'octobre 1917. A Petrograd, le patron de la grande usine Nobel a fuit. Les 4000 ouvriers ont décidé de remettre la production en route.

Voline interroge leur assemblée. Mais, leur demande-t-il, avez-vous prévu comment alimenter l'usine en énergie ? Oui, répondent les ouvriers. Nous avons une commission qui s'est chargé de cette question pour assurer l'arrivée de l'énergie. Mais, demande Voline, pour la livraison des produits finis et la réception des fournitures indispensables à la production, avez-vous prévu de régler le problème des transports ? Oui, répondent les ouvriers, nous avons organisé une commission qui a contacté les travailleurs des chemins de fer et tout est prévu pour fonctionner. Et s'agissant des clients, comment allez-vous faire ? Demande Voline. Les clients ? Répondent les ouvriers, aucun problème, nous les connaissons et arriverons également à gérer cet aspect de la production. Je cite de mémoire, mais le sens y est.

Et là, la vérité m'est apparue clairement. Les ouvriers qui auto-gèrent l'usine ne font que prendre la place des patrons, qui font exactement la même chose : assurer l'alimentation de la production en énergie, matériaux, outils, livraison des produits finis et négociations avec les clients. Ils font exactement la même chose à une différence fondamentale près : le patron bichonne les intérêts de lui et ses amis actionnaires. Les ouvriers pensent à l'ensemble des ouvriers. En fait, « l'ordre » capitaliste est un gigantesque désordre. On le voit bien aujourd'hui avec « la crise ». Plus et mieux on produit, plus il y a de la misère pour le plus grand nombre et trop de richesses pour une poignée. L'autogestion c'est l'ordre enfin établi : l'ensemble des producteurs produisent pour satisfaire l'ensemble des besoins réels et pas la fringale absurde des milliardaires.

Les tenants de l'autogestion ne semblent pas savoir l'expliquer clairement. Et brandissent souvent le mot détaché de son sens. Ils feraient mieux de l'expliquer.

Durant les événements de mai et juin 1968, il y eut une grève générale de dix millions de travailleurs qui fut trahie et brisée par les directions syndicales. Cependant, au cours de cette grève survint un phénomène très instructif et intéressant dont personne ou presque n'a parlé :

L'ensemble des hôpitaux de l'Assistance publique parisienne était en grève. Au Kremlin-Bicêtre un grand hôpital s'est retrouvé sans direction. Les employés grévistes en prirent le contrôle et le firent fonctionner. Ça se passa très bien et dura au moins durant deux semaines. Il n'y avait plus de patron représentant l'état. C'était l'autogestion appliquée et réussie à l'échelle d'un grand hôpital de la région parisienne.

La grève terminée et trahie, la direction repris... la direction. On s'appliqua soigneusement à « oublier » l'épisode autogestionnaire. C'est un des gestionnaires de cette autogestion ouvrière de mai et juin 1968 qui m'en a parlé il y a bien des années.

L'autogestion ça n'est pas autre chose que les producteurs s'emparant de la production. Et ôtant son contrôle des mains de ceux qui la parasitent. Et sont incapables de la faire fonctionner correctement. Leur incapacité ayant été baptisée ces dernières années : « la crise ».

Les ouvriers de l'usine Nobel de Petrograd ne purent expérimenter l'autogestion. Un pouvoir prétendument ouvrier s'étant substitué au pouvoir bourgeois classique interdit l'autogestion et ferma l'usine en décembre 1917. Par la suite, une riche bureaucratie étatique se substitua aux patrons et actionnaires traditionnels. Ce fut le règne du capitalisme d'état qui devait durer sept décennies avant le retour au capitalisme classique en Russie. Tel que nous le connaissons encore aujourd'hui.

L'autogestion ne devrait faire peur à personne, sauf aux ultra-riches. C'est plutôt le capitalisme tel qu'il existe aujourd'hui qui a de quoi nous faire peur.

Aujourd'hui à Paris, a lieu pour la première fois dans l'histoire de France, une manifestation commune de notaires, huissiers et avocats. Ils s'opposent à la « loi Macron », qui doit les ruiner. Si les capitalistes en sont à vouloir ruiner et affamer les avocats, notaires et huissiers, c'est dire que les personnes de condition modeste ne pèseront pas lourd face aux appétits cannibales des ultra-riches et leurs serviteurs.

Il est grand temps de balayer le vieux fatras capitaliste. Je ne me réjouis pas de voir les notaires et huissiers ruinés, car je sais que ça signifiera que moi aussi je n'aurais plus de quoi vivre même très modestement. C'est l'amorce pour la France du cauchemar grec. Je n'en veux pas. C'est pourquoi je suis solidaire des avocats, huissiers et notaires contre la loi Macron. Et suis solidaire de tous ceux qui résistent aux ignominies bruxelloises. 
 
Basile, philosophe naïf, Paris le 10 décembre 2014

313 Les mythes financiers

Il y a 2300 ans, Aristote a dénoncé la maladie actuelle de notre société : la volonté d'accumuler l'argent pour l'argent. Cette réflexion de l'illustre savant est connue. Il a donné un nom à ce vice accumulateur digne du hamster qui entasse quinze kilos de graines pour l'hiver dans son terrier et dort durant cette période. La chrématistique ainsi nommée est très rarement dénoncée, en particulier par ceux qui devraient s'en charger. Si on critique l'argent lui-même, on soulève un concert de hurlements. Pourtant, la plupart des gens souffrent de l'argent et de la chrématistique des « grands de ce monde ». Pourquoi ce refus quasi général de dénoncer l'argent et la chrématistique ?

Parce que, en plus des intérêts des uns ou des autres, il existe des croyances, des mythes financiers qui alimentent la dévotion d'un très grand nombre de gens au sacro-saint veau d'or et à une de ses expressions les plus ignobles et caricaturales consistant à accumuler de l'argent à ne rien faire tout en en privant et affamant de nombreux millions de gens. Ces derniers temps, le nombre officiel d'humains affamés sur la planète est passé de huit cent millions à un milliard cependant que celui des « milliardaires » a bondi. C'est-à-dire que la quantité d'humains qui ont faim a augmenté corrélativement à celle des connards qui dorment sur un tas d'or.

Chez les petits, l'adoration pour l'argent prend la forme d'un certain nombre de mythes et petits avantages. On rêve ou on bénéficie de passes-droits et salaires surévalués. Un député européen émarge à 20 000 euros chaque mois. Les députés grecs sont les mieux payés du monde. Un ministre français touche 20 000 euros par mois. A ce prix-là, la conscience peut devenir moins dérangeante pour prendre des mesures inhumaines. Au Parlement européen 20 000 euros correspondent à 30 deniers jadis en Galilée.

Les super riches ont la chrématistique. L'équivalant pour les petits, c'est le bas de laine, l'épargne. On a de l'argent « de côté », pour les « coups durs », les dépenses imprévues... ou le plaisir vicelard de dévorer des yeux le chiffre atteint par votre petit magot. J'ai connu un homme, fort sympathique au demeurant, qui m'expliquait avec un regard positif que, sans aucun besoin pour, il disposait d'un million de francs en liquide à la banque. Ça se passait au milieu des années mil neuf cent quatre-vingt-dix. Moi, j'entendais ça et comptais mes sous. Aujourd'hui, je compte toujours mes sous. Et mon ami riche, il est où ? Au cimetière, il est mort. Et son million a été transmis à ses héritiers. A quoi il lui a servi ? Essentiellement à la jouissance de se dire : « je possède un million ». Pitoyable jouissance.

Mais ça ne suffit pas, il ne faut pas laisser « dormir » l'argent, il faut qu'il travaille. Je n'ai jamais vu des billets de banque ou des pièces de monnaies le matin dans le métro partant travailler pour leurs maîtres. Bon, c'est une expression, que signifie-t-elle ? J'ai trop d'argent, alors « je le place ». Il y a au moins quinze ans, j'entendais un gars parler à des amis à lui de ses appartements. Son rêve était d'en posséder vingt, un dans chaque arrondissement de Paris. Il louerait chaque appartement. Et avec les juteux loyers payerait les traites de l'achat de chacun d'eux pour lequel il aurait déjà versé une certaine quantité d'argent. Puis, à la longue il posséderait en propre vingt appartements garni à chaque fois d'un locataire versant un juteux loyer. Et, à lui, la retraite confortable ! Il possédait déjà quelques appartements et comptait bien arriver au bout de son projet.

Ainsi, vingt humains se retrouveront ses otages à payer un gras loyer sous peine d'expulsion. Et lui, il jouira du fric ainsi rapporté. Fable capitaliste parfaitement morale... pour les capitalistes petits ou grands.

A cet homme est certainement odieuse la dénonciation de l'argent ou de son accumulation pour le plaisir. Ou la dénonciation du montant excessif des loyers empêchant plein de gens de se loger correctement. Pour lui, l'argent, c'est sa vie.

Mais, où ira la richesse accumulée par cet homme-là quand il mourra ? On n'a jamais vu un coffre-fort suivre un enterrement ! Et alors ? Vous n'avez jamais entendu parler de cet autre mythe financier : le « patrimoine » ?

J'ai un bien, je le transmettrai à mes enfants. Il restera dans la famille. Drôle de famille ! Elle se compose alors pas seulement d'humains vivants, mais aussi, par exemple, d'un tas d'appartements.

Il s'agit ici d'un mythe survivaliste : je continue à exister et gagne mon immortalité en étant en quelque sorte représenté dans la famille par mon précieux bien « transmis » à mes enfants. Seul hic, les enfants, petits-enfants ou arrière-petits-enfants n'en ont généralement rien à foutre du « patrimoine » transmis par leur aïeul. Ils vendent, gaspillent, liquident... et hop ! Plus de « patrimoine ». Mais, le mythe a la vie dure.

C'est aussi vrai la plupart du temps avec papiers et objets. Combien d'objets ou papiers plus que centenaires sont encore présents chez vous venant de vos aïeuls ? Peu, en général, voire pratiquement aucun. Les brocantes et les poubelles regorgent de précieux albums de photos de familles, trésors devenus anonymes, bazardés par morceaux ou brulés avec les déchets.

Le rêve de devenir riche, millionnaire hier, milliardaire aujourd'hui, trotte dans la tête de millions d'affamés. Ainsi, l'argent se trouve sanctifié chez ceux qui ont faim. Avec ce mythe on fait acheter des billets de loterie. En fait, c'est un mythe. L'argent est un rationnement. Et par définition il doit manquer au plus grand nombre et assurer le gavage d'une poignée.

Le rêve de la richesse en fait impossible s'accompagne du cauchemar : les démons que seraient les feignants, assistés, tricheurs, voleurs, tziganes, étrangers, gens du sud, Grecs, etc. Eux, ils « profitent » indument d'un argent non mérité. Comme si l'argent était « mérité » ! La plupart des riches l'ont « acquit » par héritage. Quels efforts ont-ils faits pour l'acquérir ? A part se faire expulser du vagin de leur mère ?

Il existe de vrais profiteurs et parasites : les banquiers, et les seuls assistés nuisibles qui sont les actionnaires. Si on pense et parle comme ça, on vous traite de communiste, révolutionnaire, anarchiste, etc. Mais, il n'y a pas besoin d'être communiste, révolutionnaire ou anarchiste pour constater que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus nombreux aujourd'hui. Il suffit de lire les statistiques officielles, y compris dans des journaux « bourgeois » et boursiers ! Pas besoin de lire « Le Capital » ou le pavé de Piketty pour se rendre compte que le capitalisme ruine la planète. Et la misère des Grecs causée par le remboursement d'une dette énorme, artificielle et imaginaire s'étale dans tous les journaux.

Mais, à ce point de la critique arrive le mythe de l'Apocalypse : sans l'argent, tout va s'écrouler. Il faut que l'argent existe, sinon c'est le chaos. Mais, avec l'argent tout s'écroule. 50 % des jeunes sont au chômage en Grèce. Combien le sont ailleurs ? Pendant que des imbéciles augmentent la durée du travail, d'autres n'en ont pas. La corruption et la colonisation financière est assurée par l'argent : la Grèce vendue, l'Hôtel Dieu de Paris en voie de liquidation, l'hôpital du Val de Grâce condamné, l'aéroport de Toulouse et le port du Pirée vendus aux capitalistes chinois, tout cela n'est possible que parce que l'argent existe. A bas l'argent et ses mythes ! Ils nous entraînent droit dans le mur. L'argent n'a pas toujours existé, pas plus que le capitalisme. Pourquoi devraient-ils toujours exister ? Si cet outil et ce système ne fonctionnent plus, inventons autre chose comme jadis ils furent inventés. Certains imbéciles ont dit que les pays de la zone euro avait adopté « définitivement » l'euro. Pour combien de millions d'années ? Y compris après la disparition du système solaire ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 décembre 2014

mardi 9 décembre 2014

312 Origine économique de la morale sexuelle

Quand on entends commenter la morale sexuelle, essentiellement répressive et pleine d'interdits, on lui voit attribuer une origine souvent religieuse ou « naturelle ». Il en est ainsi du très fameux tabou de l'inceste. Passé l'invocation des prohibitions d'origine religieuse, on voit prétendre que celui-ci a une origine « naturelle ». Il aurait pour but d'éviter la naissance d'enfants faibles ou dégénérés du fait de l'excès de consanguinité. Si on étudie bien cette argumentation, on constate qu'elle ne tient pas la route. En effet, s'il s'agissait vraiment du souci d'empêcher la naissance d'enfants débiles, on devrait voir tout aussi vigoureusement condamner et pourchasser les unions avec des personnes malades ou âgées avec une plus jeune. Ce qui n'est pas le cas.

Si je baise ma sœur, en Allemagne, je risque la prison. Si, à 63 ans, en Allemagne, je mets enceinte une jeune femme qui n'est pas une parente proche, en dépit de la probabilité accrue que l'enfant soit faible ou débile, je ne risque rien. Il s'agit donc de bien autre chose que la santé des enfants à naître.

La législation actuelle en Italie et en France vend la mèche. En Italie l'inceste n'est en aucun cas un délit, à la condition expresse qu'il ne lui soit pas conféré la notoriété. En résumé, baisez avec qui vous voulez, mais allez-y discrètement. Et alors vous ne risquez pas le glaive de la loi.

Mais, c'est avec la loi française qu'on découvre le pot-aux-roses. L'inceste n'est pas punissable par la loi. En revanche, les enfants nés de couples incestueux ne peuvent en aucun cas se voir reconnue leur filiation authentique. Par exemple, un père qui a un enfant avec sa fille est dans l'impossibilité juridique de le reconnaître. En résumé, il y a un enfant. Mais il n'est pas en droit d'exister légalement comme les autres enfants. Il n'est pas possible pour lui d'avoir légalement son père. Quelle est le motif de cette bizarrerie qui amène à nier tranquillement la réalité de l'existence ?

C'est alors que la vérité éclate sur l'origine de la prohibition de l'inceste, qui n'est ni morale, ni religieuse. Elle est économique. Il s'agit de la question de l'héritage. Car, qui dit filiation dit héritage. C'est pour éviter des conséquences dans ce domaine que l'acte sexuel entre parents proches a été prohibé un jour.

C'est pourquoi en France vous pouvez légalement coucher tant que vous voulez avec votre mère, sœur, père, frère... mais si un enfant naît de cette union, il ne pourra pas avoir légalement de père.

Les discours sur l'origine morale, religieuse, sanitaire, traditionnelle, etc. du tabou de l'inceste relèvent de la littérature. C'est juste une question de transmission de la propriété qui est à l'origine de cet interdit soi-disant fondamental de la société. Car il est en fait fréquemment violé, mais pas ouvertement. Il l'est dans les conditions énoncées par la loi italienne : sans notoriété trop visible.

Les règles dites morales ou religieuses viennent ensuite pour encenser l'interdit économique.

Dans les régions où la terre cultivable est rare, comme au Bhoutan, la tradition faisait qu'une femme en épousant un homme épousait simultanément tous ses frères. Ainsi, on ne risquait pas de voir les terres possédées par les parents des maris trop fragmentées par la conséquence des héritages. Une femme ayant les enfants de plusieurs hommes. Tandis que si chaque femme avait un mari unique et différent, la terre serait divisée en autant d'héritages que de couples. Ici, il n'y a qu'un couple « élargi » qui hérite des parents. Quand bien-même ceux-ci auraient dix fils.

Pour des raisons également économiques la multiplicité des partenaires sexuels des femmes est pareillement traditionnellement prohibés. L'homme, traditionnellement, baise tant qu'il veut. La femme, elle, qui pond les héritiers, n'a droit qu'à un unique géniteur de ses bébés. Quelquefois sous peine d'être mise à mort si elle ne reste pas visiblement rigoureusement fidèle à son époux.

Une étrangeté du droit français veut que « l'agression sexuelle » est prescrite au bout de trois ans et le viol au bout de dix. Pour quelle raison une telle différence ? Il faut lire entre les lignes. Le viol est considéré comme beaucoup plus grave tout simplement parce qu'il remet en question la virginité des jeunes filles. En quelque sorte, la garantie de fraicheur et de non gravidité de la femme. Élément essentiel dans le cadre du commerce des femmes que représente le mariage traditionnel, arrangé et organisé pour des motifs économiques. Il n'y a pas si longtemps, me disait un ami auvergnat, dans les bals de son village on ne laissait danser les filles héritières d'une ferme qu'avec des garçons héritiers d'une ferme. Les parents y veillaient. Partout ailleurs le motif économique se retrouve aussi derrière les règles régissant la morale sexuelle. Une vieille fermière autrichienne nous montrait, à ma mère et moi, avec beaucoup de contentement les photos de mariage de ses quatre filles. Et ajoutait : « elles ont toutes épousé un garçon qui héritait d'une ferme ». Ça se passait en 1973.

Un des domaines les plus étranges de la morale sexuelle officielle concerne la majorité sexuelle. Il s'agit de l'âge, distinct de la majorité civile, à partir duquel une fille ou un garçon peut baiser avec un partenaire civilement majeur sans que ce dernier encourt un châtiment impitoyable, de l'ordre de dix années de prison, et l'opprobre généralisé. Officiellement, on parle ici de protection de l'enfance. Mais de quels enfants s'agit-il au juste ? En Espagne, la majorité sexuelle est à treize ans, en Italie quatorze, en France quinze, en Suisse seize. En résumé, si étant majeur je baise avec un ou une mineur de juste treize ans révolu à Madrid je ne risque rien. Sitôt la frontière franchie, la même aventure me vaut d'être classé en France comme un monstre et me retrouver en prison. Si la même aventure m'arrive en Italie avec un ou une partenaire de juste quatorze ans révolu, je ne risque rien. Mais, si je connais la même aventure en France, même topo, même condamnation morale et pénale. Enfin, si je baise en France avec un ou une partenaire de juste quinze ans révolu et qu'il m'arrive la même chose en Suisse, me voilà classé monstre et emprisonné chez les Suisses. D'où provient cette disparité pour le moins étrange ?

A-t-elle un rapport avec la protection de l'enfance ? Autre fait révélateur : la majorité sexuelle est à Mexico City fixée à... onze ans. Et, en France, elle était aussi fixée à onze ans jadis. Pourtant on se retrouve là carrément avec des enfants qu'on a l'autorisation de baiser. Comment la loi peut-elle ou a put-elle tolérer une chose pareille, alors qu'elle se déclare prétendre protéger l'enfance ? La raison, une fois de plus, est en fait économique.

Jadis en France et dans les sociétés peu développées économiquement, les enfants travaillent. Donc, ils cessent précocement d'appartenir à la sphère économique parentale. Pour cette raison, moins l'économie est développée, plus tôt le producteur ou la productrice n'appartient plus à ses parents et devient officiellement baisable. A onze ans à Mexico City, et en France jadis, à treize en Espagne aujourd'hui, quatorze en Italie, quinze en France actuelle et seize en Suisse pays économiquement plus riche et développé.

A l'origine de la loi sur la majorité sexuelle on ne retrouve pas des motifs moraux, religieux, ou de protection de l'enfance, mais des considérations économiques.

La morale n'a pas grand-chose à voir là-dedans. Il s'agit de propriétés et transmissions d'héritages. Le jour où l'Humanité sera délivrée des contraintes économiques et des conséquences aberrantes des héritages trop importants, la morale et les lois verront ce changement se répercuter sur elles. Comment changeront-elles précisément ? C'est très difficile à dire. Mais ce qui est certain, c'est que la vie sera organisée différemment. Elle sera certainement beaucoup moins violente qu'aujourd'hui, et même peut-être enfin respectueuse pleinement de l'être humain. Et la protection des personnes et des biens ne sera plus, comme parfois, le prétexte à l'inverse, mais une réalité générale et intangible.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 décembre 2014

samedi 6 décembre 2014

311 L'amour est la meilleure et la pire des choses

Si on est amoureux de quelqu'un dont on est convaincu qu'il vous aime, on se sent parfaitement bien. Rien que penser à son objet d'amour, le voir, l'entendre, l'approcher : c'est le bonheur. On est rassuré. Rien de grave ne peut vous arriver tant que l'amour est là. Cet état euphorique est produit par un Niagara d'endorphines. Qui, à un moment-donné va être brutalement stoppé. Alors, comme tous drogués subitement privé de sa drogue, ce sera l'effondrement, les larmes, le désespoir, la dépression, la tentation suicidaire, les drogues alcooliques ou médicamenteuses.

L'amour est très bien symbolisé par la fable de Roméo et Juliette. Ils croient, à treize ans, avoir conquit leur moitié d'orange... Ils nagent dans l'hébétude endorphinique. La contrariété arrive. Ils se tuent tous les deux. Histoire horrible et sinistre que, depuis des siècles, des troupeaux d'imbéciles trouvent belle. Vous seriez un proche ou un parent de Roméo, de Juliette, vous trouveriez beau de voir l'un et l'autre transformés en cadavres ? C'est pourtant ce que plein de gens font : trouver beau et exaltant un atroce et tragique fait divers.

On parle de « Grand Amour ». J'ai connu le « Grand Amour ». Ce furent deux années de Paradis. Rien que zyeuter ma moitié d'orange, je baignais dans le bonheur... puis, ça a commencé à foirer. Deux années et quelques mois d'enfer ont suivi. Puis, enfin, la moitié d'orange a sonné la fin de la partie. Elle s'en est allé voir si l'herbe était plus verte ailleurs. C'était parfaitement son droit. Pour moi, une année de forte déprime a suivi. Inutile de dire que je ne suis pas pressé de recommencer ce genre de comédie-tragédie. Comment parvenir à y échapper ? Le désordre mental est psychologique. Les remèdes et antidotes sont simples et également psychologiques.

Il faut savoir s'occuper. C'est ce qui m'a sauvé du pire. Que votre vie ne se résume pas aux rapports avec les autres. Il faut avoir une occupation qui vous tienne à cœur. Que ce soit le jeu de cartes, la peinture, le jardinage, etc. De préférence pas le travail ou les études où vous risqueriez de vous noyer. Moi, j'avais le Carnaval de Paris a organiser et les recherches historiques à poursuivre.

Il faut savoir aimer, c'est-à-dire aimer son prochain. Si on aime un tas de gens, la contrariété amoureuse sera moins pesante. Ce qui tue, c'est croire que l'amour c'est forcément la conjugalité, le sexe, la moitié d'orange... Non, c'est tout le monde.

Il faut savoir regarder. C'est-à-dire ne voir que ce qu'on voit et pas plus. Éviter de mélanger le rêve avec la réalité. Le résultat, jouissif, vous emportera dans la spirale de la surcharge endorphinienne. Vous gâtiserez en pensant à Lollotte. Et puis, quand la surcharge endorphinienne cessera brusquement, ou bien vous irez vous abrutir ailleurs en rêvant à une deuxième « créature de rêve », ou bien, pris par le manque de votre drogue auto-produite ce sera le pendant du mélange rêve-réalité : le mélange cauchemar-réalité. Tout vous paraîtra sombre, horrible, désespéré, à commencer par votre situation et l'ensemble des personnes du sexe de la personne convoitée qui vous a fait rêver. Les rêves sont dangereux. Bien qu'agréables, il est préférable de les éviter.

Quand je regarde aujourd'hui une très jolie fille, je me dis : « elle est très jolie ». Je ne m'en dit pas plus. Je ne me dis pas : « je voudrais la connaître », « l'aimer » et autres fadaises de ce genre.

Pour éviter le piège des rêves et cauchemars, il importe de se délivrer des programmes parasites et du système-verrouillages des épithètes. Quand vous vous dites : « elle me plaît, donc je dois faire ceci ou cela avec elle » vous mettez en route un programme. Ce programme fonctionne comme un virus de la pensée et de la perception qui vont être bloquées au bénéfice d'actions programmées et non réfléchies. Vous allez vous aveugler pour suivre le programme. Et votre perception sera neutralisée par des épithètes : « c'est la femme qu'il me faut », par exemple. Pourquoi une femme, celle-ci et pour en venir à quoi au juste ? Au mariage ! Ah oui, et pourquoi ? « Parce que le couple X et Y c'est le comble du bonheur ! » Il y a toujours dans votre entourage, ou dans la presse, la littérature LE couple qui fait rêver. Si ça se trouve, vous vous faites un film. Si ça se trouve, ce que ce couple vit, pour rien au monde vous ne voudriez le vivre. Mais, ça ne fait rien. Ce couple est comme un soleil aveuglant qui vous empêche de voir la réalité. Par exemple, qu'au fond, ça vous emmerde passablement de partager votre vie avec quelqu'un d'autre. Que, au fond, votre désir d'enfants est aussi vaste qu'un filet d'eau. Qu'à cela ne tienne ! Le modèle est là ! Arrêtons de réfléchir et suivons le modèle ! De préférence avec quelqu'un qui ne vous convient pas. Mais qui convient à votre vie rêvée, fantasmée. Et si « ça marche », gare au réveil brutal futur !

Nous avons une formidable capacité d'auto-illusions. Prenons trois exemples qui illustrent bien cette capacité :

Un petit enfant tombe. On lui dit : « allons, relèves-toi, ce n'est rien ! » Il se relève et continue ses activités. Le même petit enfant tombe. On se précipite vers lui, on le prends dans les bras, on s'exclame avec émotion : « oh ! le pauvre chéri, il a mal ! » Le « pauvre chéri » en question se met alors à brailler et il a mal.

Autre exemple : faites un mouvement du bras quinze fois tous les jours, toujours le même, en imaginant que vous portez dans votre main une haltère très lourde. Vous allez avoir de la peine et vous vous musclerez. A présent, imaginez que vous vous dites : « tout le monde me déteste », vous voyez le résultat ?

Vous êtes chez vous dans votre lit et vous dites : « je vis dans un logement froid et exigu, tandis qu'il y a des gens qui, sans aucun mérite ni efforts se retrouvent en ce moment dans un appartement vaste, spacieux, chauffé et confortable. » Vous enragerez. Inversement, vous vous dites : « j'ai un lit, un toit et de très bonnes couvertures, tandis qu'il y a des malheureux à Paris qui, sans l'avoir demandé, dorment dans la rue et meurent de froid », vous vous direz : « ma situation n'est pas si mal ! »

En « amour » c'est pareil : nous passons notre temps à nous auto-abreuver de messages contradictoires, exaltants ou désolants. Ce qui entraîne la recherche du suicide c'est assimiler l'amour en général pour notre prochain à l'amour particulier et conditionnel d'une demoiselle ou d'un damoiseau donné. Il ou elle vous envoie balader et le monde s'effondre. Ce serait comique si ça ne finissait pas tragique. Pour attirer l'attention sur vous, sans l'analyser, vous mettrez votre vie en jeu pour interpeller l'autre : « eh ! j'existe ! Aimes-moi ! » Comportement infantile et stupide. Qui peut aussi être décliné sur le mode meurtrier : « ma vie est foutue par ta faute, je te tue ! »

L'auto-suggestion de masses existe également. Quand la guerre a éclaté le deux août quatorze, la population programmée par des décennies de bourrage de crâne patriotique est partie se faire trouer la peau en chantant. Au nom de « la France » ou « la Russie » ou « l'Allemagne » ou « l'Angleterre », on a ruiné et saigné la France, la Russie, l'Allemagne, l'Angleterre et d'autres pays encore. Pourquoi ? Pour strictement rien. Un bref moment de folie à vingt millions de morts. Si des peuples entiers peuvent délirer à ce point, chacun d'entre nous a également de telles capacités.

Un exemple classique de ces programme-parasite : je me dis que je dois faire telle chose demain. Le lendemain arrive, je me pourris la vie pour arriver absolument à réaliser aujourd'hui cette chose. Pourquoi ? Parce que hier j'ai programmé, je me suis programmé ainsi. Alors que cette chose peut être faite un autre jour bien plus tranquillement.

La programmation parasite est utilisée pour manipuler les gens en politique, dans les sectes, au travail, etc. Elle peut être implicite. Et n'est pas forcément formulée avec des mots.

La « morale dominante », autrement dit : la pensée « unique » est riche en programmes parasites. Ainsi, influencé par elle, je me souviens de moments où je me tourmentais ainsi : « Mon Dieu ! Depuis combien, de temps n'ai-je pas fait l'amour ? » A présent, je m'en fous. La vie n'est pas un cortège de statistiques, un concours où nous devons remplir des cases selon un programme stupide qui ne nous corresponds pas. On peut être très bien sans faire l'amour pendant dix ans, voire plus. Inversement, on peut être mal en ne faisant pas l'amour durant trois semaines et en se disant : « Mon Dieu ! Je n'ai pas fait l'amour une seule fois depuis trois semaines ! »

Quand j'avais vingt-deux ans je n'avais pas envie de faire l'amour, m'en passais sans problèmes. Les personnes stupides de mon entourage m'y ont poussé parce que, à mon âge, il fallait absolument que je mette mon oiseau dans le nid féminin. Connerie que tout cela ! On aurait dû me laisser tranquille. Et, aurais-je finalement fait l'amour ou jamais, où est le problème ? L'essentiel est de se sentir bien et être heureux, ce qui est parfaitement possible sans baiser. Des dizaines de millions de personnes vivent très bien sans baiser, mais ne peuvent guère le clamer sur tous les toits. D'abord, parce qu'elles n'ont aucune raison de le faire. Ensuite, parce que si elles le faisaient, on les traiterait immanquablement de malheureux, pauvres types, etc.

Quand on déclare qu'on se passe de compagnie et qu'on vit très bien tout seul, on ne manque pas de se faire insulter avec les qualificatifs : « individualiste », « égoïste », ou encore : « tu renonces à vivre ! » Des paroles comme ça, sensées vous déstabiliser. Dès que vous sortez du lot, ne suivez pas le troupeau, même sans tout casser, vous dérangez. J'étais en vacances il y a plus de quinze ans chez des amis très gentils et bien intentionnés envers moi. Ils m'ont questionné un jour, car ils s'inquiétaient que, vivant alors seul, je n'étais pas en train de me plaindre et déclarer que je suis malheureux ! Ça les aurait rassuré de me voir geindre !

Quant aux qualificatifs « individualiste », « égoïste », ce ne sont que des épithètes destinés à faire mal, des mots creux et vides. Laissez pisser ! « Individualiste », « égoïste » aux yeux de telle ou telle personne ? Ou tout au moins dans sa bouche on trouve ce qualificatif ? Et alors ? On s'en fout. De toutes manières, chacun sa vie et comme disait Molière : « On ne peut pas plaire à tout le monde et son père ».

Notre société française et parisienne voyait jusque dans les années soixante la baise d'un mauvais œil. A présent, c'est l'inverse : elle est devenue obligatoire. Et demain, quel nouveau discours normatif et stupide devrons-nous entendre ?

Il existe un je-m'en-foutisme positif, une inertie positive, qui dit que : « ici, c'est chez moi et je range mes affaires comme bon me semble. Occupez-vous des vôtres, et laissez-moi tranquille ! » Une personne que je connais un peu me disait un jour qu'elle voulait mon bonheur et me proposait de vivre, c'est-à-dire coucher, avec une dame qui était présente. Je n'ai pas eu la présence d'esprit de lui répondre avec justesse : « occupes-toi de ta vie ! » Cette personne est assez étrange, c'est un hétérophobe, un homo qui déteste les hétérosexuels de la même façon qu'il existe des hétéro qui sont homophobes.

La parole quelquefois libère au moins un peu. En 1972, deux médecins écrivirent et diffusèrent un tract très imparfait qui fit scandale. Il parlait crûment de la sexualité. Une phrase me fit le plus grand bien. Elle disait que la masturbation n'était pas une chose condamnable. C'était la première fois que je lisais un tel avis. Partout ailleurs je rencontrais la condamnation ouverte ou implicite de cette activité.

Alors, peut-être en lisant ce que j'écris, certains mots, certaines phrases aideront d'autres à vivre ? Je ne peux en être sûr. Je l'espère, en tous cas. Et c'est juste de s'exprimer.

Tout ce qui nous libère de nos conditionnements et nous rends le pilotage de nous-mêmes est juste, enrichissant et bon.

Les épithètes, les légendes qui imprègnent notre monde nous font le plus grand mal. J'ai parlé un jour d'histoire ancienne avec un marchand d'armes. Tout au moins, un fournisseur pour les fabricants d'armes. L'échange a été agréable et fructueux. Si je m'étais dit : « ah ! C'est un fournisseur pour fabricant d'armes ! C'est horrible ! » et j'aurais renoncé à le rencontrer et parler d'histoire ancienne, qu'est-ce que ça nous aurait apporté ? Qu'est-ce que ça aurait apporté au monde ? Si j'avais renoncé à parler avec lui, aurait-il pour autant cessé son activité ? La paix universelle serait-elle arrivée ? Alors ? Au diable les épithètes qui bloquent la pensée et prétendent définir et condamner les coupables et régler les problèmes.

Je fais pareil avec les épithètes positifs : si je vois une jolie fille, je refuse de me dire des âneries classiques du genre que c'est « la femme de mes rêves ». Non, c'est juste une jolie fille, point.

Les épithètes sont à mettre à la poubelle. Et nous devons libérer notre pensée de leurs cages, leurs chaînes. Ils donnent aussi une valeur sous-jacente à certains mots, sans être formulés avec des syllabes. L'argent, par exemple. Si on en parle, subitement quantité de gens ne sont plus les mêmes. On dirait qu'on ne parle plus aux mêmes personnes. Elles sont prêtes à tout oublier, ne pas vivre, pour en gagner ou ne pas le dépenser. Alors qu'on peut très bien vivre une frugalité heureuse. On a de quoi manger, un toit au dessus de sa tête : on est aussi heureux que Diogène dans son tonneau. Et on ne se pourrit pas la vie comme Alexandre qui voulait conquérir le monde entier. Pourquoi faire ? Pour rien. Pour pourrir la vie des autres avec ses fantasmes guerriers.

Quand, commençant à s'extraire du conditionnement imbécile, les soldats français se mutinèrent en mil-neuf-cent-dix-sept, ils ne cherchaient pas la révolution. Ils cherchaient juste à vivre, tout simplement. S'échapper de la contrainte meurtrière des ordres de tuer les gens d'en face. Et se promener en forêt. On les a fusillé pour l'exemple, un sur dix, pour remettre le troupeau en marche.

La vie est une chose simple et artificiellement compliqué. Faire la fête et oublier tout. Laissons d'autres s'ennuyer à construire ou détruire des empires politiques, industriels ou financiers à la façon d'enfants construisant des châteaux avec des briques en plastique pour les détruire ensuite. Ce sont des jeux vains, nuisibles et stupides. Plus c'est grand, moins ça fonctionne bien. Voyez l'Europe, cette calamité qui finira comme les autres empires qui l'ont précédé. Un suicide collectif de vingt-huit nations pour rien, comme en quatorze, mais, avec des traités. En quatorze c'était à la baïonnette, aujourd'hui, c'est avec un stylo pour signer d'infâmes torchons style TAFTA. Le résultat ? Hausse de 40 % de la mortalité infantile en Grèce. C'est du terrorisme politique et social. C'est plus discret qu'avec des bombes. Et tout aussi efficace. Les criminels en col blanc et costard cravate ou jupe tailleur et sans turbans programment tranquillement la mort sur leurs ordinateurs.

Vivons quand-même, sans eux, loin d'eux, malgré eux. C'est largement possible. Avez-vous entendu parler d'Oppède ? Durant l'occupation, un groupe d'intellectuels partit restaurer un vieux village abandonné de Provence nommé Oppède. Parmi eux se trouvait l'épouse de l'écrivain Antoine de Saint-Exupéry. Consuelo a écrit un livre qui retrace cette expérience. Sans cris, sans violences, sans collaboration ou résistance, ces gens d'Oppède passèrent agréablement et honnêtement les années de guerre. J'admire les héroïques résistants. Mais je suis plutôt oppédien. Je ne sauve pas le monde de tout ce dont il souffre. Je fais le Carnaval, l'amitié, les aquarelles et la philosophie. Faire le bien m'intéresse. Vivre en étant d'un commerce agréable avec les autres. Et faire de jolies choses sans être un héros, si ce n'est un héros du quotidien, comme plein d'autres, me suffit pour remplir correctement ma vie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 6 décembre 2014