samedi 19 mai 2018

998 Khadija la Malicieuse

« Je suis une crème marocaine bien faite »
Me dit Khadija la Malicieuse.
Timide et malicieuse Khadija
Comment ai-je pu oublier
Ton joli visage ?
Nous avons dansé
Il y a à peine deux mois
Une soirée
Au Moulin à Café.
Nous nous sommes bien amusés.
Et j'ai vu ce soir
Une très jolie fille
Que je n'ai pas reconnu
Venir me saluer.
C'était toi.
Et puis après
Il y a eu ce concert
Donné par ton ami.
Je te regardais,
Un peu trop peut-être
Tu m'as dis que
Çà te dérangeait.
Mais que veux-tu ?
J'étais tel un papillon
M'abreuvant du nectar de ta beauté.
Un papillon gourmand,
Et sans doute de ce fait
Un peu mal élevé,
Mais c'est de ta faute,
Tu es si belle !
Comment ai-je pu t’oublier ?
C'est simple :
Pour moi la Terre
Est un Paradis
Dont les anges
Sont les jolies filles.
Leur vue m'éblouit tant
Que j'ai du mal à percevoir
Précisément
Leur physique
Et peux ainsi l'oublier.
Enfin, pour terminer :
Timide et malicieuse Khadija,
Consens-tu
À me pardonner
Le fait
D'avoir oublié
Tes courbes harmonieuses
Et ton sourire éclatant ?

Basile philosophe naïf, Paris le 19 mai 2018

997 Au Bistrot littéraire des Cascades

C'est un petit café paisible
Sur une petite place ensoleillée.
Il y a là
De la jolie musique,
Une horloge bleue,
Un poulpe bleu
Dans un coin
Près de la caisse.
Et aussi
Plein de bouteilles
Et de verres,
Et plein de livres.
La serveuse aujourd'hui
S'appelle Laura.
Elle est comme
Une merveilleuse perle de couleur
Vivante
Aux épaules nues,
Au long et large
Pantalon
Plissé noir.
Virevoltant
Dans l'écrin du café
Qui lui tient lieu
De coquillage.
Laura remplit prestement
Les tasses à café
Et aussi avec les verres d'eau
Car il fait chaud.
Et je lui demande
Depuis combien d'années
Elle laisse pousser ses longs cheveux.
Puis je lui écrit
Ces quelques mots
Que j'échangerais
Contre le plus merveilleux
De ses sourires.

Basile philosophe naïf, Paris le 19 mai 2018

996 Désir printanier

Quand je t'ai revu
Tu portais un vêtement
Qui laissait tes bras
Tes épaules
Et une partie de ton dos nus.
Comme j'aurais aimé
Poser ma main
Sur ton épaule
À même ta peau
Et caresser tes épaules
Et ton dos nus !
Mais je ne l'ai pas fait
Car ce geste aurait été
Mal vu
Et mal venu.
Comme sont étranges
Nos mœurs
Paraît-il « civilisés »,
Qui font
Que caresser
Un humain qu'on connaît
Est souvent impossible,
Tandis que la même chose
Est toujours possible,
Naturelle et bienvenue
S'il s'agit d'un chat
Ou d'un chien inconnu ! 

Basile philosophe naïf, Paris le 19 mai 2018

vendredi 18 mai 2018

995 L'art d'escamoter le débat sur le patriarcat

Un homme commet une ou plusieurs agressions sexuelles. On le condamne à une peine de prison. Voire à l'emprisonnement à vie en cas grave. Et on déclare l'affaire conclue : il s'agissait d'un monstre. On l'a attrapé, neutralisé, puni. Et pour remédier à la répétition de tels crimes, on compte sur la dissuasivité de la peine et à long terme sur « l'éducation » mieux faite des futurs générations d'adultes. Ainsi, sans en avoir l'air, on a simplement escamoté le débat sur le patriarcat.

Quand un homme commet un crime sexuel, on peut certes dire par dégoût que cet homme est « un monstre ». Mais en fait il ne s'agit pas exactement de ça. Il s'agit précisément d'un représentant très classique du monstrueux patriarcat. Ce qui explique qu'il a souvent droit à la plus extrême mansuétude de son entourage. Il n'est pas rare que quand une affaire de crime sexuel éclate, on réalise qu'une quantité de gens était au courant et n'ont rien dit ou fait en réaction. Pourquoi ? Parce que le patriarcat est omniprésent. Il ne reconnaît pas à la femme le statut d'être humain. C'est juste de la terre, un meuble dans la vie des hommes. Peut-on manquer de respect à de la terre ou à un meuble ? Bien sûr que non. Quant à faire évoluer la société avec « l'éducation », c'est également une manière de poser le problème qui n'est pas bonne. Il faut débarrasser la société du patriarcat par des mesures concrétés, telle que l'égalité des salaires pour les hommes et pour les femmes exécutant un même travail, la reconnaissance et la rémunération du travail gestationnel, maternel et domestique et la retraite confortable correspondante, etc. Sinon quelle école pourra prétendre enseigner l'égalité dans une société inégalitaire ?

Sans rire on prétend qu'il existe des droits des femmes. Non, il existe des droits humains communs aux hommes et aux femmes. Droits qu'il importe de mettre à niveau.

Se poser le problème du patriarcat est facile et aisé. Mais poser le problème du patriarcat, c'est-à-dire celui de s'en débarrasser est moins évident pour beaucoup. Pourquoi ? Parce qu'il s'agit d'une structure fondamentale et très ancienne de notre société. La remettre en question amène la crainte de voir s'effondrer tout l'ensemble. Alors on va critiquer mais pas trop. Dire que ce sera réglé après notre mort. Et on va se défier de ceux ou celles qui veulent vraiment changer et sans délai la situation. Critiquer le patriarcat ? Oui. Supprimer le patriarcat ? Pas tout de suite. Tel est de facto la position de nombre de gens y compris de certaines femmes. Pour comprendre leur raisonnement, c'est comme si quelqu'un critique l'argent ou l'état. Si on lui dit : « on va supprimer l'argent » ou « on va supprimer l'état », le critique pourra paniquer. Car il tient aussi à l'argent ou à l'état ne serait-ce que parce qu'il y est habitué. Et s'il aime critiquer, il a quand même peur du changement. Avec le patriarcat c'est pareil. Il y a des personnes qui aiment le critiquer mais ont également peur du changement, quel que soit sa direction apparente. C'est pourquoi des personnes qui sont conscientes de souffrir du patriarcat et critiquent celui-ci n'ont au fond aucune envie qu'il disparaisse. Si ce n'est dans vraiment très longtemps. En résumé : elles préfèrent un inconfort habituel à un changement qui leur fait peur.

La critique si c'est pour briller en société, écrire des articles ou des livres, ça leur convient. Mais si c'est pour changer la vie quotidienne, surtout pas ça ! Tel est leur credo. C'est pourquoi il n'est pas rare de voir des hommes et des femmes qui critiquent le patriarcat, avoir dans leur vie à eux un comportement tout à fait respectueux du patriarcat. En résumé : « faite ce que je dis, ne faite pas ce que je fais. » Il est simple et facile de critiquer la notion de pudeur vestimentaire et déclarer que la nudité n'est pas sexuel. C'est plus dur de sortir tout nu dans la rue. Je caricature à peine ces bavards. Ils pondent des discours et des livres où ils expliquent ce qui ne va pas dans la relation entre les hommes et les femmes dans notre société. Mais sur le plan pratique ils font le contraire de ce qu'ils préconisent. Et ils n'aiment vraiment pas ceux qui veulent réellement que ça change.

Basile philosophe naïf, Paris le 18 mai 2018

mercredi 16 mai 2018

994 In memoriam (projet de plaque à apposer place de l'Hôtel de Ville de Paris)

Sur cette place
Le 2 décembre 1603
Unis par l'amour
Et les liens du sang
Deux amants
Furent assassinés
Par le pouvoir royal.
Ils s'appelaient
Julien et Marguerite de Ravalet.
Passant qui passait,
Souviens toi
De ces deux amants
Qui furent torturés
Et assassinés
Parce qu'ils s'aimaient.

Basile philosophe naïf, Paris le 16 mai 2018

993 Notre antique morale sexuelle agricole

Quand, il y a plus de dix mille ans, les humains inventent l'agriculture et l'élevage, c'est aussi l'occasion pour eux d'établir une réglementation de leur sexualité. Dans l'ignorance de l'existence de l'ovule et de la réalité de l'ovulation, ils imaginent l'homme semeur actif du ventre passif de la femme. La femme est réduite à n'être qu'une espèce de terre, appelée à obéir, être subordonnée, appartenir à celui qui la cultive. L'empreinte de cette démarche agricole transparaît dans toute la morale sexuelle jusqu'à aujourd'hui, quel que soit le discours qui l'accompagne.

Tout ce qui contrevient à la production est réprouvé. La masturbation masculine est sévèrement condamnée. Gaspiller la semence est pour un cultivateur, surtout des temps passés, un acte grave et méritant une très vive réprobation. Que dire alors de la contraception, l'avortement et l'infanticide? Ce sont des actes pires encore.

Que la terre vienne à préférer un autre cultivateur que son seigneur et maître devient un crime insigne. Celui qu'on voit appeler « le bon roi Henri IV » refusa de gracier une gamine de dix-sept ans et son amant au motif qu'elle était mariée. Les deux amants furent décapités à Paris le 2 décembre 1603. Ils s'appelaient Julien et Marguerite de Ravalet. Ils étaient amants et également frère et sœur. Honte au roi Henri IV !

Si la terre prétend à l'égalité avec le cultivateur, elle est très violemment réprimée. Elle n'est ni écoutée, ni respectée. D'abord, la terre, est-ce que ça parle ? Comment pourrait-elle prétendre à prendre la parole ?

Si elle travaille, elle n'est pas payée. Telle était il y a peu encore la règle pour les femmes d'artisans en France. Elles travaillaient avec leur mari et ne recevaient aucune rémunération.

Si à présent « la terre » travaille et est payée, ce n'est pas pour son travail gestationnel, maternel et domestique. Une femme de ménage ou une aide-puéricultrice est payée pour ses efforts. Une mère de famille n'est pas payée et n'a pas droit à la retraite en or massif qu'elle mérite.

Quand « la terre » s'occupe de « la terre », elle n'est guère reconnue par le pouvoir patriarcal. Il est difficile de payer plus mal les sages-femmes ! Elles font un des métiers les plus utiles au monde et sont très mal payées.

La découverte de l'ovule en 1827 par le savant estonien Karl Ernst von Baer et la première description de l'ovulation vers 1840 par deux médecins français : Félix-Archimède Pouchet, de Rouen, et Charles Négrier, d'Angers, en parle-t-on ? Même des spécialistes que j'ai interrogé ignoraient ces immenses découvertes et les noms des découvreurs ! Le mépris des femmes est omniprésent. On paye moins une femme pour le même travail qu'un homme. Soi-disant c'est difficile de remettre cette injustice en question. Si on le voulait, l'affaire serait réglée en trois mois maximum. Il suffirait de le vouloir et de rendre passible de terribles amendes les contrevenants.

Mais payer « la terre » à égalité avec son cultivateur, vous n'y pensez pas ! Ce serait paraît-il même hors de question. Les employées femmes étant moins « performantes » que les hommes du fait de leurs grossesses et des maladies infantiles de leurs gamins. Mais si les femmes ne font plus de gosses, comment fera-t-on fonctionner demain la production ? Avec des robots ? Et ce seront également des robots qui consommeront et achèteront ? Il est grand temps de sortir de notre antique morale sexuelle « agricole » et d'être juste et respectueux avec les femmes. Le patriarcat est un vieux machin totalement injuste et périmé dont il faut au plus vite se débarrasser !

Basile philosophe naïf, Paris le 16 mai 2018

992 Qu'est-ce que c'est « être amoureux »

En temps « normal », c'est-à-dire quand notre vie se déroule de façon habituelle pour notre société, nos relations sont tributaires de l'état de conflit permanent résultant du conflit originel. Celui-ci dure depuis au moins dix mille ans, quand les humains ont inventé l'agriculture et l'élevage. Ignorant l'ovule et l'ovulation les hommes se sont crus alors les seuls agents actifs de la reproduction. Ensemençant la femme, réduite à une sorte de terre passive devant être subordonnée, dominée par l'homme. Devant lui « appartenir ». L'ovule et l'ovulation n'ayant été découvertes qu'au dix-neuvième siècle. L'ovule a été découverte en 1827 par le savant estonien Karl Ernst von Baër. L'ovulation a été décrite pour la première fois vers 1840 par deux médecins français : Félix-Archimède Pouchet, de Rouen, et Charles Nègre, d'Angers.

Le besoin de paix entre les humains a cohabité depuis toujours avec le conflit originel qui trouble toutes les relations humaines. Qu'est-ce que c'est « être amoureux » ? C'est parvenir à être en paix ou entrapercevoir la paix avec un humain avec lequel nous sommes habituellement en état de défiance et conflit comme avec tous les autres humains, y compris nous-mêmes. Mais ce sentiment de paix est fragile et menacé, essentiellement par deux choses : la formalisation et la peur.

La formalisation est d'origine culturelle. Elle nous fait croire que l'état amoureux implique nécessairement toute une série de choses, par exemple la recherche du coït, la vie à deux, l'officialisation d'une relation dite « exclusive », la fondation d'une famille. Toutes choses qui ne sont pas négatives en soi, mais le sont quand on les ramène systématiquement et par formalisation. Le délire sexuel consistant à vouloir absolument ajouter à l'amour l'acte sexuel est un des comportements les plus immédiatement destructeurs de l'amour. De nos jours c'est un comportement très courant chez beaucoup d'humains qui croient de bonne foi à une sorte d'amour type, de modèle incontournable à suivre. Alors que chaque individu est différent. Chaque relation est différente. Et tout n'arrête pas d'évoluer en suivant son cours et se modifiant en permanence. Le programme de conformisation détruit très efficacement quantité de relations amoureuses et empêche la naissance de la plupart des autres.

Le sexe à la mode aujourd'hui est patriarcal et consumériste. La femme dans la culture régnante sous nos latitudes aujourd'hui est perçue comme une prostituée exclusive, gratuite et sur abonnement. Alors que l'acte sexuel n'est en aucun cas un produit de consommation ou un label de qualité. Tout une mythologie sexuelle imprègne notre société, où le bonheur obligatoire est assimilé à une gesticulation qui n'est rien d'autre qu'une masturbation dans un vagin, pas de l'amour. L'amour est très efficacement anéanti par cette gesticulation. Souvent au bout de quelques années de magnifiques histoires d'amour font incompréhensiblement naufrage. Et alors de doctes imbéciles surgissent avec une explication simple et fallacieuse : « l'amour ça dure deux ans », ou bien : « l'amour ça dure quatre ans », etc. Ou bien : « ça ne pouvait pas marcher, il y avait un trop grand décalage d'âge », « de culture », « de niveau de vie ». Il n'y avait pas ou plus « d'accord sexuel », etc. La paix entre deux individus, pour perdurer doit être respectée. Tout le fatras de la conformisation doit être porté là où il a sa place : dans la poubelle. On peut très bien aimer, par exemple, sans qu'il y ait coït, ou sans qu'il y ait exclusivité. L'essentiel est de se respecter et respecter l'autre. Ce qui n'est pas forcément d'emblée facile. La patience a aussi ici un rôle à jouer.

Le second ennemi principal de l'amour, c'est la peur. À partir du moment où on subit en amour une série de cuisants ét incompréhensibles échecs, on développe la peur de l'autre, la peur de la relation avec l'autre. On s'enferme dans une solitude qui peut y compris être « une solitude à deux ». On évite d'être vraiment amoureux. On goûte cette situation du bout des lèvres. On est prêt à fuir à chaque instant. Combien de « couples » qui en fait n'en sont pas ? 

Basile philosophe naïf, Paris le 16 mai 2018