jeudi 20 juillet 2017

823 Défense de dire « je t'aime »

Jadis en France, « faire l'amour » signifiait : « faire la cour ». « Être en goguette » signifiait : « être en caresses avec une femme ». « Embrasser » signifiait : « serrer dans ses bras ». « Baiser » signifiait probablement : « donner un bisou ».

Le sens donné à ces mots a bien changé, et d'autres aussi. Surtout pour ces mots : « je t'aime » ou « je vous aime ».

Au dix-huitième siècle, quand on éprouvait simplement de l'amour pour quelqu’un, homme ou femme, on pouvait lui dire et on lui disait sans problème ou hésitation : « je t'aime » ou « je vous aime ». Aujourd'hui ces mots ont acquis une connotation sexuelle implicative.

C'est une véritable catastrophe sémantique que personne à ma connaissance n'a jusqu'à présent relevé.

En France aujourd'hui il est de facto interdit de dire à quelqu'un qu'on l'aime. Ou alors on peut le dire si on exprime aussi par là le fait qu'on couche avec cette personne ou qu'on souhaite, demande ou envisage de le faire...

Cette situation est insupportable.

Elle peut changer.

Dans les années 1960, par exemple, avec la vague de la chanson yé yé est apparu l'usage du qualificatif « terrible » pour dire simplement qu'on admirait un auteur ou une œuvre. La mot « terrible » a perdu très largement son sens original très fort et négatif.

Il est possible et souhaitable de rendre aux mots « je t'aime » ou « je vous aime » leur sens neutre original.

Ce qui rendrait à la langue française une de ses plus belles et riches expressions.

Je pose la question : « s'il est la plupart du temps interdit de facto de dire je t'aime, comment voulez-vous que l'amour se porte bien ? » 

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 juillet 2017


mercredi 19 juillet 2017

822 Oublions l'art de nous rendre malheureux ainsi que les autres...

J'ai l'habitude de dire : « quantité de personnes font de très grands efforts pour se rendre malheureux, et leurs efforts sont récompensés ! » C'est notamment le cas de la manière classique suivante :

On se sent souffrir de la solitude. Alors on envisage comme réponse à sa détresse de trouver une personne qui vous comblera en tout : par sa présence, ses câlins, son activité sexuelle, éventuellement si on est en âge de « fonder une famille » : par ses qualités reproductives et éducatives des enfants, par la reconnaissance sociale et le soutien matériel. En résumé : la couple parfait qui est en amour l'équivalent de la pizza complète à la pizzeria. Celle où il y a tout : de la purée de tomates, plusieurs fromages, des champignons, des olives, des anchois, du jambon, etc.

De tels couples dits « parfaits » existent. J'en ai rencontré et en connais au moins trois, un à Paris et deux en banlieue : ils s'entendent à merveille, sont beaux, vivent ensemble, n'ont pas l'air de s'ennuyer, ont de superbes enfants, sont mariés, etc. J'en ai aussi certainement croisé d'autres sans les identifier. Mais, à côté de ces réussites, combien de bricolages sordides ressemblant y compris parfois à une espèce de prostitution ? « Je te donne le loisir de m'utiliser sexuellement. Et en échange nous vivons ensemble et payons ensemble les factures communes. » C'est presque ça.

À force de ne chercher que des pizzas complètes on passe à côté de bien des choses. Mais certains ne se posent pas trop de questions. On est jeune et beau ou jeune et belle. On se trouve un ou une partenaire équivalent. On fait tout comme si ça collait bien. Quand ça ne colle vraiment plus on se sépare. Et on trouve un ou une partenaire de remplacement. Ça fonctionne très bien ainsi tant qu'on est considéré comme « jeune ». Après, ça devient amère. Les nouvelles générations de jeunes vous font une concurrence invincible... Alors, on reste seul, ou on se contente « des restes », comme ils disent. Soit d'une compagne ou un compagnon déjà comme vous un peu décrépit. Comme le commentait tristement une femme ex vedette de cinéma jadis célèbre comme « sexe symbole » : « on a un cœur toujours jeune et il y a tout qui pendouille... » Je cite de mémoire, mais le sens y est.

À écouter certains, l'essentiel serait de ne pas réfléchir et être « spontané ». On est seul, on se sent seul ? C'est la faute à l'autre, au sexe opposé, à « pas de chance ». Ce n'est jamais le produit aussi de vos responsabilités, vos actes, vos intentions. Comme on veut tout tout de suite, on rejette tout ce qui ne ressemble pas à la perspective de la dégustation de la fameuse pizza complète tant espérée.

Quand je sors mon discours sur les câlins et la relation tactile, j'ai l'impression d'être un Martien. Ceux qui m'entourent ont leurs idées arrêtées sur « le sexe » à pratiquer et « le couple » à chercher à former. Améliorer nos relations en général entre individus bien informés et de bonne volonté revient pour eux à vouloir apprendre à un canard à courir un cent mètres. Une idée belle, absurde et irréalisable.

La confusion relationnelle générale durera tant qu'on cherchera à rencontrer « la bonne personne » et personne d'autre. Tant qu'on évitera de jeter un regard critique sur le comportement humain en amour. Non, il n'existe pas une fatalité qui nous condamnerait éternellement à continuer à souffrir et rêver. On peut sortir des vieilles équations et aller ailleurs, plus sûr, plus sensé, plus heureux, plus libre et surtout respectueux de soi-même et des autres.

Le temps de la caricature amoureuse est révolu. Cessons de croire au bonheur. Construisons-le avec les matériaux et les outils dont nous disposons. Laissons la « perfection » empêcher de dormir les rêveurs et satisfaisons-nous d'admirer la perfection de ce qui est. 

Basile, philosophe naïf, Paris le 19 juillet 2017

mardi 18 juillet 2017

821 Fantasmes

J'ai un souvenir très précis qui doit remonter à quand j'avais deux ou trois ans, sinon guère plus. J'étais très petit et admirais grandement mon père à propos de la chose suivante : quand nous allions à la gare, tout la haut au dessus de moi il parlait avec quelqu'un au guichet. Quelqu'un que je ne voyais pas mais dont je devinais la présence. Grâce à ces paroles, mon père obtenait facilement « un billet ». Je n'avais pas la moindre idée de ce que c'était. Mais savais que grâce à ça, peu après, nous nous retrouvions dans le train qui démarrait peu après. Mon père était extraordinaire ! Il faisait quelque chose qu'il savait faire et à chaque fois grâce à lui nous pouvions monter dans le train ! J'ignorais à l'époque l'existence d'une chose qu'on appelle « l'argent ». Et la première fois qu'on m'a montré « un billet », j'ai été plutôt déçu. C'était une petite chose rectangulaire et plate assez moche.

C'est notamment avec le souvenir de telles admirations enfantines que bien plus tard nous bâtirons dans notre tête la statue vivante de « la femme idéale, qui va nous faire connaître, et elle seule, le bonheur parfait. » La femme idéale, de même que l'homme idéal, par définition n'existe pas. Le bonheur parfait également n'existe pas. Comment des humains imparfaits pourraient, qui plus est à deux, créer quelque chose de parfait ? Mais on y croit souvent, parce qu'on a envie d'y croire. Qu'est-ce que ce serait triste si le Père Noël et le Prince Charmant n'existaient pas !

Le Bonheur parfait en amour, j'ai cru y goûter trois fois. De ces brefs instants j'ai fait le modèle de ce que je cherchais. Une fois allongé habillé sur mon lit, l'objet de mon amour également habillé allongé sur moi. Nous avons passé ainsi un quart d'heure peut-être. J'ai juste un peu caressé un sein de ladite demoiselle. Et me suis senti à cette occasion extraordinairement bien. J'en ai conclu que j'avais là goûté à cet amour tant recherché. Sauf qu'en fait pour des raisons que j'ignore, je m'étais à cette occasion juste envoyé un fort et vigoureux shoot d'endorphines.

Le même phénomène m'était arrivé en rêvant à une autre demoiselle sur laquelle je fantasmais, l'imaginant être mon amour. C'était plutôt mon illusion.

Une troisième occasion plus « sexe » où j'avais pu m'administrer une bonne dose de drogue naturelle auto-produite. Et voilà le décor planté pour m'imaginer avoir effleuré le continent magique où nous devrons essayer tous de parvenir un jour.

Les fantasmes amoureux sont comme des esquisses crayonnées sur une toile épaisse qui a nom la frustration tactile. Privé de caresses et de toucher en général à partir du sevrage tactile enfantin, nous imaginons un bien-être abusivement assimilé à l'acte sexuel. Si à un affamé on fait croire que se nourrir passe par l'acte sexuel, il va y rêver. S'il réalise que ce sont deux choses différentes et d'importances différentes, il va arrêter de se focaliser sur le sexe.

Mais ce ne sera pas le cas de son entourage, qui continuera à attribuer une importance démesurée à cette petite sexualité. Et ignorer le grandiose toucher.

Le débat sur la question sera généralement verrouillé par « la pudeur ». On va ainsi s'opposer à la liberté d'expression. J'ai vu une amie s'offusquer de ce que j'aborde « des sujets intimes », c'est à dire sexuels. Cependant qu'elle ne s'est pas gêné pour m'annoncer que dorénavant « elle sort avec untel ». Ce qui signifie qu'elle couche avec. C'est un propos admis comme « correct ». Mais par contre disserter sur la masturbation, quelle horreur ! Surtout si c'est pour l'analyser et pas se contenter d'être « pour » ou « contre ». On prétend souvent que c'est la seule question qui se pose dans le domaine sexuel : être pour ou contre. Mais ce qui importe plus c'est savoir ce que nous voulons et ce dont nous avons besoin. Et ignorer les rêves qui nous égarent et abrutissent.

Basile, philosophe naïf, Paris le 18 juillet 2017

lundi 17 juillet 2017

820 La source du désaccord homme-femme

Soit la rencontre entre deux jeunes gens qui s'apprécient. Le jeune homme souhaiterait prendre la jeune fille dans ses bras. La jeune fille aimerait bien que le jeune homme la prenne dans ses bras. Mais ils ne le feront pas, pourquoi ? Parce que le jeune homme se dit que son geste implique dans de brefs délais de passer « aux choses sérieuses », entendez par là très prosaïquement au coït. Et il sent bien que cet acte n'est pas à l'ordre du jour. La jeune fille se dit que si elle accueille favorablement les bras du jeune homme, elle sera sensée dans de brefs délais passer au coït. Et, dans le fond, elle n'en a pas envie. Alors il ne se passera rien. Faire des câlins à un humain ami apparaît moins évident pour un humain que caresser un chat, un chien ou un cheval qu'il ne connaît pas.

Quelle est l'origine, la source de cette mésentente homme-femme ? Il est dans l'homme. Et il commence très jeune. Pour l'illustrer, prenons un cas vécu. Un jeune homme, vers l'âge de douze-treize ans découvre la masturbation masculine adulte, c'est à dire comprenant l'éjaculation. Il se retrouve la pratiquant au moins une fois par jour. Et remarque que certains jours qu'ils passent particulièrement agréablement avec des amis à bavarder, rire, rien de particulièrement « sexuel », il oublie carrément et tout simplement son activité quotidienne. Il ressort deux faits intéressants de cette expérience. D'une part cette activité ne compense pas une relation sexuelle partagée. Aucun animal n'éprouve le besoin de s’accoupler ainsi trois cent soixante cinq fois par an. D'autre part, l'oubli de cette activité à l'occasion de journées affectivement bien remplies indique une piste.

La masturbation masculine adulte, la plupart du temps, ne compense pas un manque « sexuel », mais un manque affectif. Et quel manque ? Le manque tactile, produit du sevrage tactile subi vers l'âge de trois-quatre ans. Revenons à nos deux jeunes gens hésitants qui n'osent pas finalement se prendre dans les bras. En fait, ils souffrent du manque tactile. Leur désir d'étreinte est tactile et n'est pas l’expression d'un besoin sexuel de coït. Mais dans leurs têtes il y a confusion. Ils en restent désemparés et renoncent à suivre leur envie. Cette confusion vient d'abord du côté masculin.

Et cette confusion est générale. Vers l'âge de douze-treize ans, les garçons découvrent et commencent à pratiquer régulièrement la masturbation masculine adulte. Ils compensent ainsi leur faim tactile. Mais ils vivent également le shoot endorphinien survenant lors de leur éjaculation comme une drogue. D'où par exemple la pratique quotidienne de la « prise » de cette drogue. Abusés par la mal éducation et l'analphabétisme tactile régnants, les garçons s'imagineront manquer de « sexe ». Divers éléments leur donneront cette illusion. Ils manquent aussi de sexe, mais beaucoup moins proportionnellement que de tactilité. Mais ça, personne ne va le leur expliquer.

Ils vont étendre leur pratique masturbationnelle en remplaçant à l'occasion leur main par un orifice naturel d'un tiers. Ce faisant ils croiront « faire l'amour » et vont ennuyer le tiers en question. Ils vont très souvent le harceler et même quelquefois hélas le violer.

Toute la source du malentendu est là. Privés de tactilité les garçons souffrent de faim tactile. La compensent avec la masturbation. Confondent celle-ci avec un besoin de « faire l'amour », qui n'est finalement très souvent qu'une masturbation à l'intérieur de quelqu'un d'autre.

Quand après une rupture j'analysais les bons moments vécus, il m'est arrivé plus d'une fois de regretter plus les câlins que les pseudo actes sexuels qui n'en étaient pas. Ce que j'ai mis bien longtemps à comprendre et réaliser. L'amour est une chose simple, à condition de le respecter et ne pas faire n'importe quoi comme à peu près tout le monde. Il y en a qui ont compris, qui comprennent, qui agissent intelligemment et s'en ressentent agréablement. Mais ils ne sont pas, loin de là, les plus nombreux. Ça dépend de nous, de nos efforts si nous voulons en faire partie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 17 juillet 2017

dimanche 16 juillet 2017

819 Négation du toucher et hypertrophie de la « sexualité »

Quand on évoque la « sexualité » chez les humains, on est frappé par la place qu'on lui trouve accordée. Elle semblerait être pour beaucoup à la base de tout ou au moins de l'essentiel. D'où vient cette abracadabrante prééminence, cette hypertrophie de la sexualité ?

La raison est un flou et une confusion. Le flou c'est l'absence de contours précis, de définition donnée à cette dite « sexualité ». Où commence-t-elle, ou finit-elle ? C'est très confus. La confusion est celle faite entre les activités purement sexuelles, c'est à dire axées sur la reproduction ou y ressemblant beaucoup, et la relation tactile en générale. Celle-ci est niée, contrariée, ignorée, méprisée, rejetée...

Mais on n'arrive pas à se débarrasser » de la sexualité ! Sauf pour de très petites minorités monacales, pour des religieux faisant vœu de chasteté. Alors le sexe se maintient présent. Il est confondu avec la relation tactile, le langage tactile, la communion tactile.

Ainsi, par exemple, dormir avec quelqu'un peut ne pas être du tout sexuel. On jouit du contact de l'autre et c'est tout. Ça peut arriver et ça arrive bien plus fréquemment qu'on le dit.

Mais allez le crier à la cantonade ! Nous dormons le plus souvent sans baiser et en sommes forts satisfaits ! Ça ne se fait pas. On se tait à ce propos. Et tout le monde se dit : « X et Y sont mariés et dorment ensemble. Ils ont l'air d'être heureux de vivre. Ça doit y aller entre eux la nuit ! » Alors que X et Y dorment simplement paisiblement l'un contre l'autre.

Le toucher est mille fois plus important que la sexualité. On parle mille fois plus de la sexualité que du toucher. Quand on parle du toucher, certains le rebaptise « sexualité », ce qui est tout à fait ridicule. Ils disent par exemple : « il arrive que le sexe se résume à des caresses. » On va ainsi nier le toucher et en faire un annexe de la sexualité. Comme ce médecin de Vienne qui qualifiait le plaisir de la tétée chez les bébés de « plaisir sexuel ».

Bien qu'ignoré souvent dans les discours et les livres, le toucher reste présent et surgit à tous moments dans la vie. On s'obstine souvent à l'ignorer. On le rebaptise massage, caresse, câlin, alors qu'il s'agit d'un langage et d'une nourriture, d’un lien entre l'affectif et le social.

Quand on découvre pleinement l'importance, la place de la tactilité, son rôle essentiel, fondamental dans la vie des humains, la sexualité diminue d'importance à toute vitesse. Et n'occupe plus qu'une place réduite, juste la sienne. On réalise alors que dans notre société depuis des temps immémoriaux, l'arbre de la sexualité cache la forêt de la tactilité. Il faut rendre sa place et sa légitimité au besoin tactile nié depuis tant de siècles par nos cultures. Cette négation paraissant liée avec l'existence du patriarcat, qui prétend réduire la femme à une créature soumise à l'homme et dominée par lui.

Comment commence notre vie ? Baigné dans le liquide amniotique, les yeux fermés, dans l'obscurité, au chaud dans le ventre d'une femme et entendant son cœur. Une intense vie tactile et auditive. Qui se poursuit au contact de la mère, de ses mains, ses seins, sa voix. Le toucher et l'audition sont notre premier refuge, instruments de communication, sources de plaisir, communion et douceur. Le toucher en général plus tard fait écho pour nous à toutes ces premières sensations de la vie. Au contact, par la tactilité nous nous sentons vivre. Si personne ne nous touche, nous dépérissons. Quand nous voulons dire qu'une chose nous émeut, nous disons qu'elle nous touche. Chassée, pourchassée, niée, la tactilité est omniprésente et réclame sa place et son rang.

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 juillet 2017

samedi 15 juillet 2017

818 Traumatismes et espérance

Les cavaleurs de sexe masculin harcèlent les femmes qu'ils trouvent jolies. Cet harcèlement que subissent ainsi nombre de femmes classées « jolies » font qu'elles sont en permanence sur la défensive. Elles craignent d'exprimer leurs désirs, ressentis et sentiments. Même simplement de paraître jolies et séduisantes. Elles évitent souvent alors les robes, portent systématiquement des pantalons, s'habillent « baggy », c'est-à-dire « sac », et évitent de se mettre en valeur. Elles ne disent pas à leurs harceleurs qu'ils les emmerdent, mais trouvent une pirouette pour se dérober à eux. Combien de femmes au lieu de dire « non » aux avances d'un homme, vont invoquer l'existence d'un amoureux, y compris imaginaire, pour repousser l'importun ? La pleine et entière sincérité a ici du mal à frayer son chemin. Ma mère m'a raconté que quand elle était célibataire, dans les années 1920 1930, elle portait une alliance et avait fait agrandir la photo d'un acteur, prise dans un journal, qu'elle affichait chez elle et présentait comme son fiancé. Tout ceci pour qu'on lui foute la paix.

Les femmes sur la défensive permanente se retrouvent parfois sur une position exactement inverse. Suite à une très forte déception amoureuse, elles ouvrent leurs bras à tout le monde. Cet état perturbé ne dure pas. J'ai pu l'observer à deux reprises avec deux amies différentes.

La première entrepris de draguer la totalité des hommes de son entourage. J'en étais. Étant un peu amoureux d'elle je fut « cueilli » sans difficultés. Malheureusement un des heureux gagnants se révéla pas tout à fait sain. Résultat, nous goûtâmes tous collectivement à un aimable champignon nommé candida albicans, qu'il avait récolté sur une de ses nombreuses « conquêtes ». Le sympathique dermatologue vénérologue qui s'occupa de moi à cette occasion aimait bien plaisanter. Une de ses blagues en forme de devinette était : « quelle est la différence entre une femme et une pizza ? Réponse : on peut choisir une pizza sans champignons. » La seconde amie que j'ai pu observer contrariée par une forte déception amoureuse, dragua tout ce qui passait. Y compris un de ses élèves lycéens et une voisine plus âgée qu'elle. Pour je ne sais quelle raison j'échappais à sa liste. Par exception je n'en faisais peut-être pas partie.

J'ai eu le sentiment que ce genre de phénomène n'est pas exceptionnel. Il y a même des dragueurs rusés qui sont à l’affût de ce genre de situations où des jolies femmes « baissent la garde »..

J'ai pu constater un autre effet de traumatisme vécu. Une amie qui avait subit très jeune une très grave agression sexuelle, paraissait adopter à l'égard du sexe une attitude où elle se dépréciait. Acceptait des relations sommaires où on profitait d'elle, on ne la respectait pas. Elle me racontait sa vie sexuelle. Ce qui était aussi une forme d'auto-dépréciation. Elle me disait par exemple aller en boîte de nuit et faire très vite la chose, dans les toilettes avec un employé. On aurait dit que pour réduire la gravité de l'agression qu'elle avait subi, elle cherchait des situations où le sexe était juste une sorte d'activité mécanique dont l'autre profitait. S'agissant de cette activité, elle me disait ne pas y prendre plaisir. Mais alors, lui ai-je demandé, pourquoi s'y adonner ? Elle ne m'a pas répondu. Elle a même failli tourner dans des films pornos, m'a-t-elle raconté. Mais, par chance, le producteur a eu pitié d'elle et a renoncé à l'employer.

Les femmes, depuis la nuit des temps, rêvent de voir les hommes se conduire avec elles en hommes et plus en petits garçons égoïstes, capricieux, bêtes, possessifs et parfois violents. Il existe des hommes, des vrais . Ils sont rares. Ce qui ne signifie pas que tous les autres sont des voyous. Mais leur comportement est insatisfaisant. Il n'est pas complémentaire de celui des femmes, comme il devrait l'être. Alors, bien des femmes font avec ce qu'elles rencontrent, s'adaptent, font pression. Ainsi il existe des femmes qui procèdent littéralement à la castration psychologique de leur époux trop porté sur la chose. D'autres situations existent, qui sont très souvent insatisfaisantes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 juillet 2017

817 La relation sexomorphe

Notre culture patriarcale dominante entretient une très lourde confusion entre tactile et « sexuel ». Elle nie le langage tactile pour en faire une annexe de la relation sexuelle. En résumé, la caresse entre adultes ne serait que l'antichambre du coït. En vertu de cette aberration, d'innombrables humains de bonne foi croient bien faire en jouant aux petits soldats du sexe. Dès que l'acte sexuel est « techniquement » envisageable, ils croient indispensable de s'y lancer, y compris quand l'envie est absente. Ce faisant, galvaudant, banalisant l'acte sexuel, adoptant un comportement consumériste, ils déstabilisent la relation, rongent sa base et s'acheminent vers des troubles relationnels et la douloureuse rupture finale, vécue comme d'origine incompréhensible.

La réalité, qu'ils n'arrivent pas à percevoir, est qu'il existe plusieurs types de relations, qu'ils ignorent. Il existe une relation tendre, une relation sexomorphe et une relation sexuelle. La relation tendre se suffit à elle-même. La relation sexomorphe à laquelle elle peut conduire, comme son nom l'indique, ressemble à la relation sexuelle qui comprend l'acte sexuel, mais ne comprend pas ce dernier. C'est une différence fondamentale. L'acte sexuel n'est pas un acte anodin et ne doit être réalisé que dans de bonnes conditions et suite à un désir authentique et réciproque.

De nos jours, la pensée unique nous serine à longueur de pages le mérite du soi-disant « épanouissement sexuel », et ignore la relation sexomorphe, mot que j'ai dû inventer. Le soi-disant épanouissement sexuel nécessiterait de faire de l'acte sexuel un objet jouissif consommable le plus souvent possible. Cette himalayenne ânerie est colportée par d’innombrables sites Internet, livres, vidéos, etc. Il faut baiser, c'est un ordre ! Hier on préconisait d'éviter l'acte sexuel qui devait nous épuiser s'il était pratiqué trop fréquemment. Aujourd'hui la teneur du discours normatif est inverse.

Une brave dame américaine a même écrit : « faire l'amour régulièrement est une question d'hygiène, comme se brosser les dents régulièrement. » Une dirigeante révolutionnaire russe se vantait de ce que pour elle « faire l'amour ne l'impliquait pas plus que boire un verre d'eau ». Je les cite de mémoire. Et bien non, le rapport sexuel humain n'est pas équivalent à l'ingurgitation d'un verre d'eau ou à un brossage dentaire !

Il faut commencer par dénoncer un mensonge : celui de nous faire croire que nous pouvons décider de « faire l'amour » si la chose est techniquement possible, indépendamment du reste. C'est faux. Quand l'apparence de l'acte sexuel a lieu sans être l'expression d'un désir authentique et réciproque, il ne s'agit alors que d'une masturbation effectuée dans l'orifice naturel de quelqu'un d'autre. Ce n'est pas du tout ce que ça prétend être.

Il suffit le sachant d'aller voir des sites pornographiques sur Internet. Les personnes qui en échange d'argent font des galipettes sexuelles devant les caméras et les appareils photos s'emmerdent tellement visiblement qu'on se lasse très vite de ces caricatures de sexualité. Sans compter qu'en dépit des « oh ! », des « ah ! » et des « my God ! » prononcés par ces hommes et ces dames, surtout ces dames, il est absolument évident que cette agitation est parfaitement frigide.

Ce qui est très triste, c'est que quantité de jeunes gens et jeunes filles, et hélas même d'enfants, se gorgent de telles fumisteries sur Internet. Ils croient apprendre ainsi ce que serait « la vraie sexualité ». J'ai même eu affaire un jour à une jolie jeune fille qui m'a proposé de faire avec elle les « travaux pratiques » correspondants. Je n'ai pas donné suite à son offre. Elle ne s'en est pas offusquée. Il faut revenir aux grandes réalités chaleureuses de la tactilité, et pourquoi pas ? À l'occasion en venir à une relation sexomorphe. Qui ne conduit pas du tout nécessairement à la relation sexuelle authentique, la seule relation sexuelle qui existe vraiment.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 juillet 2017