vendredi 29 juillet 2016

604 Impuissance de la philosophie

Si un génial philosophe parvient à décortiquer en détail et en profondeur l'ensemble des méandres de l'âme humaine et écrit un livre ou rédige un blog où il énonce tout ce qu'il a trouvé, ça ne servira à rien, si ce n'est à sa satisfaction personnelle. Pourquoi ? Parce que son livre, son blog, personne ne le lira. Ou alors on le lira comme une opinion parmi d'autres, tout aussi respectables.

Plus tard, bien plus tard, au moins deux cents ans après, quand les idées de ce philosophe auront triomphé, si cela arrive, on le baptisera « précurseur ».

La plupart des humains ne cherchent pas la vérité, mais la « confirmation » de ce qu'ils croient vrai.

Quand on connait la vérité, les autres : ou bien ça ne sert à rien de chercher à les éclairer, car ils n'entendront pas. Ou, nettement plus rarement, ça ne sert à rien de chercher à les éclairer, car ils savent déjà.

Les plus belles idées ont déjà été toutes exprimées. Ce qui manque le plus, ce sont les convictions.

Plus que les idées, ce sont les gestes concrets de la vie qu'il faut chercher à faire avancer. Le reste suivra.

Les idées ne guident pas le monde, elles sont guidées par le monde.

Un ami m'a dit un jour : la Terre ne nous appartient pas. C'est à elle que nous appartenons.

Tous les discours des humains n'empêcheront pas la Terre de tourner.

Aucun discours des humains n'égale en force l'impact de la rotation de la Terre sur eux.

Le plus bel, ouvrage de philosophie ne sera jamais qu'un paquet de feuilles de papier avec un peu d'encre dessus. Ce n'est pas lui qui peut changer la vie des humains. Seuls les humains peuvent changer l'orientation de leur vie. Encore faut-il pour cela qu'ils repèrent leur situation précise. Sinon leurs efforts se résumeront à une vaine agitation.

L'Histoire des humains et de leurs idées n'est souvent qu'une vaine agitation.

Si vous connaissez la vérité, ne vous étonnez pas de ne pas être entendu. Si l'entourage était capable d'entendre, la vérité serait déjà connue depuis longtemps.

Parfois le silence et l'inaction sont la meilleure façon de faire entendre la vérité.

Connaître la vérité ne signifie pas forcément connaître le bonheur, mais signifie au moins connaître le bonheur de la connaissance.

Il y a plus de vérité dans une pomme que dans beaucoup de livres.

Il faut parfois laisser les idées justes se propager d'elles-mêmes, sans chercher trop à aider leur progression.

Qui a dit que j'avais raison ? Personne, et ce n'est pas un problème.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 juillet 2016

jeudi 28 juillet 2016

603 Pourquoi les femmes à Paris dans les lieux publics n'osent pas regarder visiblement les hommes inconnus

Je devais avoir environ treize ans. Ça se passait donc vers 1964. Je vivais à Paris. Une idée saugrenue me vint un jour : « et si je regardais dans les yeux les jeunes filles quand je les croise ? » Ce que je fis. Je remarquais alors un phénomène étrange qui me laissa perplexe. Chaque fois que je fixais dans les yeux une jeune fille que je croisais, elle baissait systématiquement les yeux. Exceptée l'une d'elles qui soutint mon regard. Je me souviens très bien où je l'ai croisé : entre les deux squares devant la mairie du quatorzième arrondissement.

Pourtant j'étais bien jeune. Ma mère m'accompagnait. Je n'étais certainement pas si impressionnant que ça.

Neuf ans plus tard, en 1973, j'avais vingt-deux ans. Je marchais dans les rues de Paris. J'avais l'impression que toutes les jeunes filles me regardaient. L'explication était simple. Pour la première fois de ma vie j'avais une copine. Je marchais avec elle et visiblement étais ainsi « neutralisé ». Les filles ne me craignaient donc pas.

Tout dernièrement je faisais remarquer à une sympathique amie que les femmes à Paris n'osent pas regarder visiblement les hommes inconnus dans les lieux publics. Elle m'a répondu : « c'est normal. Si une femme regarde visiblement un homme inconnu, c'est une avance. »

L'explication est là : les hommes sont réputés vouloir tout le temps baiser. Nombre d'entre eux se conformant avec cette idée. D'où la stratégie d'évitement pratiquée par la plupart des femmes. Il existe des exceptions. Certaines filles ne se gênent pas pour visiblement regarder les hommes.

Le dérèglement masculin de l'appétit sexuel pourrit tout et empêche la communication. Et s'il s'agit du toucher, c'est pareil. Si une femme accepte juste d'être effleurée par un inconnu, ça signifie qu'elle accepte de coucher. Il y a bien des années, une jeune femme dont j'avais fait la connaissance dans le métro a accepté de venir chez moi. Quelles étaient ses intentions ? Les connaissait-elle elle-même ? Je ne sais pas. Toujours est-il que cherchant à explorer le domaine relationnel, et alors très ignorant de celui-ci, je lui ai à un moment-donné effleuré volontairement un genou. Elle n'est jamais revenue. Sans le savoir clairement, j'avais exprimé par mon geste une invite sexuelle explicite.

Cette interprétation du toucher perturbe aussi les relations entre hommes. Car en général tous les touchers entre hommes à Paris, à part se serrer la main, sont considérés à priori comme de nature homosexuelle. Ce qui fait que quand un homme apprécie un autre homme et cherche à l'exprimer chaleureusement et tactilement, il en est réduit à lui serrer la main plus longuement que d'habitude. Ce qui dévaste l'ensemble des relations humaines, c'est la croyance dans le fait que pour les humains de sexe mâle la recherche du coït est forcément permanente. Même des hommes paraissant plutôt gentils, respectueux, bien élevés, souscrivent à cette croyance. Celle-ci amène à diviser l'être humain. De même que le sexe est caché par les vêtements, il est sensé participer à une sorte d'autre vie, parallèle à l'habituelle, des fois même contradictoire. Il y aurait la vie publique normale et la vie « sexuelle ». Des comportements jugés déplorables dans la vie publique normale pourraient ainsi être justifiés et honorables dans la vie « sexuelle ». Par exemple, mentir ou frapper quelqu'un, comportements jugés déplorables dans la vie publique normale, deviendraient normal et allant de soi dans la vie « sexuelle ». Cette manière fantaisiste et aberrante de considérer les choses est acceptée par beaucoup de gens. La vie est une. Il n'existe pas une cloison étanche entre la vie publique en général et une vie autre qui serait « sexuelle ». La division des rapports humains imaginée ainsi est invalidante pour le vivre ensemble, qu'il soit ou non proclamé « sexuel ».

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 juillet 2016

602 Manger quand on n'a pas faim : l'escroquerie pornographique

Le mois d'août arrive : au bord de la mer, des dizaines de milliers de jeunes hommes vont faire des pieds et des mains pour parvenir à mettre leur pénis dans le vagin de centaines de milliers de jeunes filles ou jeunes femmes. Un certain nombre y parviendront. Y compris pour certains par ruses, forces, surprises, en résumé : en violant. Mais le but recherché par tous ces efforts est-il si intéressant et satisfaisant que ça ?

La sagesse populaire française dit : « la plus belle femme ne peut donner que ce qu'elle a. » Le poète Stéphane Mallarmé a écrit : « La chair est triste, hélas ! » Georges Clemenceau est souvent cité pour avoir écrit, parlant des rendez-vous amoureux et sexuels : « le meilleur moment en amour c'est quand on monte l'escalier. »

Pourtant, à entendre le discours dominant, il y aurait, tout au moins pour l'homme, une chose : l'acte sexuel, qui lui assurerait immense plaisir et satisfaction immédiate et automatique. Ce propos relève de la plus parfaite mauvaise foi. Il s'agit d'une escroquerie pure et simple, qui pourrait être baptisée « l'escroquerie pornographique ».

Quand on mange, prend-t-on toujours plaisir ? Et trouve-t-on systématiquement une grande et profonde satisfaction ? Non, bien sûr, alors pourquoi avec le sexe il en serait ainsi ? Parce que l'homme a toujours faim de sexe rétorqueront un tas de gens, surtout si la fille est belle et bien roulée.

Mais la sensation de faim chez le boulimique fait-elle de la prise de nourriture un plaisir ? La satisfaction d'une addiction apporte-t-elle forcément du plaisir ?

La base de l'escroquerie pornographique réside dans l'affirmation que l'intérieur du vagin, de la bouche ou de l'anus seraient des sortes de lieux magiques. Où, quelles que soient les circonstances, l'arrivée du pénis en érection d'un homme et sa décharge de sperme amènerait nécessairement pour lui une jouissance fabuleuse. Cette affirmation est une pure et simple contre-vérité.

Quand il y a désir effectif, réel et réciproque, dispositions physiques et conditions générales adéquates, la satisfaction peut venir pour les partenaires d'un acte sexuel. Sinon, il n'en est rien ou pas grand chose. Et le désintérêt voire la brouille entre les partenaires concernés est à la clé.

La masturbation apparaît pour beaucoup comme une activité qui se pratique forcément manuellement. Ce n'est pas vrai. On peut remplacer la main par tout autre objet dans le même but strictement auto-érotique et mécanique. Et cet objet pourra notamment être un vagin. Il sera dans ce cas parlé « d'acte sexuel », « acte d'amour », etc. Alors qu'il ne s'agira en fait que d'une masturbation masculine pratiqué en se servant d'une femme à la place de la main habituelle. La déception de la femme - mais aussi de l'homme, - en résultera, faut-il s'en étonner ? Bien évidemment non.

L'escroquerie pornographique consiste à payer des humains qui feront devant une caméra comme si de rien n'était et que la masturbation dans une bouche, un anus, un vagin, serait absolument passionnante et satisfaisante. Le plus triste est qu'aujourd'hui des millions de gens consomment régulièrement de la pornographie et finissent par croire que c'est vrai. Notamment en pensant qu'il suffirait que la partenaire soit « très jolie », c'est-à-dire réponde aux critères esthétiques à la mode : petit cul, gros seins, ventre plat, taille fine, bouche pulpeuse, etc. Celles qui ressemblent à ce « modèle », j'en rencontre, seront harcelées en conséquence et pas forcément heureuses pour autant.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 juillet 2016

601 Conséquences diverses de la peur générale

Comme on l'a vu dans les deux précédentes contributions à ce blog (n°599 et n°600), le désaccord sexuel entre l'homme et la femme, produit de la déformation du comportement masculin, est à l'origine d'une peur sourde, diffuse et générale. Celle-ci touchant la grande masse des humains n'est pas identifiée comme telle mais entraîne quantité de comportements paradoxaux, telle que la crainte de la réussite, par exemple.

Le domaine sentimental n'échappera pas à cette peur. Qui pourra être à l'occasion amplifiée et rendre la vie carrément invivable. En voici un exemple :

Un homme vit avec une femme. Pour cet homme, vivre avec cette femme avec le temps est devenu insupportable. La quitter est inconcevable. Il se dit : « je ne peux pas la quitter, ce serait immoral et inhumain, car elle a besoin de moi. » En fait, c'est lui qui a besoin d'elle.

Il devient un boulet pour elle. Car il ne manque pas une occasion de se rassurer lui, en rappelant à elle : « que ferais-tu sans moi, si je n'étais pas là ? » Elle finit par le quitter. Un bref moment il a envie de la tuer. Fort heureusement il résiste à cette envie. Et tombe alors dans un état suicidaire, et une dépression qui va durer plusieurs années.

Que s'est-il passé ? Au départ, l'accord avec cette femme a fait baisser avec elle le niveau de peur habituel de cet homme à l'égard de toutes les femmes. Peur dont il n'a pas la conscience claire de l'existence. Puis, quand la compagnie de cette femme est devenue insupportable, l'homme est resté accroché au souvenir de la baisse de sa peur. Quitter cette femme est devenu pour lui un choix terrifiant. La quitter revenait pratiquement à aller vers la peur. Cette perspective amplifiait la peur. Alors, il n'arrivait pas à se résoudre à faire le choix pourtant logique de s'éloigner et se trouvait des alibis moraux pour refuser de le faire.

Quand sa peur avait baissé vis-à-vis de cette femme il s'était mis à la trouver merveilleuse alors qu'elle était très ordinaire. À avoir l'impression que rien de mal ne pouvait lui arriver tant qu'il était avec elle et partageait sa vie. On appelle cet état « être amoureux ». En fait il s'agit d'un phénomène mettant en jeu l'homme, sa peur et ses endorphines qui l'enchantent et l'abrutissent aussi un peu quand sa peur baisse.

Mais l'idéalisation « amoureuse » n'est pas la seule conséquence possible de la peur diffuse, sourde et générale entre les sexes. Pour y échapper, la « réussite » matérielle peut prendre un caractère caricatural. Ainsi, celui qui disposera déjà de tous les avantages matériels possible pourra chercher à en vouloir « toujours plus ». D'autant que ce « toujours plus » sera associé à l'idée de la séduction irrésistible de l'autre qui fait peur. Des personnes extrêmement riches en voudront toujours plus, avec les conséquences dramatiques que cette ambition malade entraînera sur le plan social. De nos jours ce comportement du « toujours plus » chez les ultra-riches est une des causes majeures, sinon la cause majeure, des problèmes et souffrances de l'Humanité. Les plus riches de ce monde, au lieu de se pavaner, feraient mieux d'avoir honte et se faire soigner. La recherche du pouvoir pour le pouvoir procédera de la même fuite devant la peur diffuse, sourde et générale entre les sexes. Le pouvoir bien souvent n'offre pas d'autres conforts que celui de l'illusion. Mais ceux qui en disposent sont prisonniers de leurs peurs. Le symptôme de la recherche du pouvoir sera souvent associé à d'autres, tels qu'une pratique sexuelle compulsive. Le recours à des dames tarifées, bénévoles ou prises de force est courant dans les hautes sphères du pouvoir et de la politique. Divers scandales viennent de temps à autre nous rappeler cet aspect peu ragoutant des allées du pouvoir. Pouvoir qui n'est rien. Car le plus grand et le plus précieux pouvoir reste celui de se libérer de la peur.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 juillet 2016

mardi 26 juillet 2016

600 La peur de l'originalité, du changement et de la réussite

Comme nous l'avons vu dans le texte précédent, la mésentente homme-femme conduit à la permanence de la peur entre les sexes. Cette peur omniprésente débouche sur une peur sourde générale et diffuse. Elle va se greffer en différents endroits variés. Ainsi elle pourra prendre la forme de la peur de l'originalité. Relevant de cette peur on remarquera le comportement extrêmement répandu dans la jeunesse de rechercher l'uniformisation. Par exemple en s'habillant et se coiffant tous pareils. En utilisant un langage particulier commun. En écoutant tous les mêmes musiques.

Une autre forme que prendra cette peur sourde générale sera la peur du changement quel qu'il soit, y compris en mieux. Je connais l'exemple illustratif suivant : investissant un nouveau logement, un homme passe des mois à le remettre en état. Essentiellement question peinture des murs et du plafond. Quand se libère un autre logement sur le même palier, à peine plus cher, nettement plus grand et confortable. Il est des plus faciles alors de déménager ! Pourtant l'homme s'y refusera. Pourquoi cette décision intellectuellement absurde ? Parce qu'à force de vivre de longs mois dans le premier logement plus petit et moins confortable l'homme s'y est habitué. Le quitter serait alors un changement. Et au changement s'attache la peur sourde générale.

Le même homme ayant commencé à faire de la culture physique se trouvera un moment mal à l'aise en constatant que sa manière de se tenir s'étant amélioré il se tient nettement plus droit. Là encore le changement fait peur. Et il peut faire peur quand il s'agit y compris de réussite.

Combien de parents se désolent de voir leurs enfants mâles « adolescents » tout à fait capable de connaître des bons résultats scolaires, s'obstiner à rester des cancres ? Plus ces enfants seront critiqués, plus ils s'obstineront dans leur manière de faire. Pourquoi ? Parce qu'ils se diront quelque part : « je suis celui qu'on critique ». Et s'ils changeaient en bien, ça n'irait pas. Pourquoi ? Parce qu'il s'agirait d'un changement. Et la peur sourde, générale, diffuse et omniprésente règne et dit : « pas de changements ! Même en mieux. »

Le plus surprenant est quand cette peur vient vous convaincre de ne connaître que des échecs avec le sexe opposé. Un jour, j'ai entendu un homme me dire textuellement : « les filles bien ne sont pas pour moi. Il ne me reste que les autres. » Et quand cet homme par la suite rencontrait des filles plaisantes pour lui, il s'empressait de déclarer : « oui, mais elles ont déjà quelqu'un. » En fait cet homme avait adopté l'idée qu'il faisait partie de « ceux qui ne connaissent que des déceptions avec les filles. » Et il avait une peur panique... du changement. C'est-à-dire d'une amélioration de son sort. Rester fidèle à sa peur lui était plus précieux que rencontrer une belle.

La peur sourde, diffuse et omniprésente va aussi s'opposer à la créativité artistique. Car créer quelque chose d'apparemment nouveau, c'est faire preuve d'originalité, de changement. Les artistes passent beaucoup de temps et fournissent énormément d'efforts pour s'arracher aux limites qu'ils se sont posés. Peignant moi-même j'ai pu constater qu'à une époque je refusais d'employer des couleurs vives. Soi-disant parce que les couleurs rabattues étaient plus jolies. Puis j'ai changé. Ce changement a correspondu à une modification générale de mes conditions de vie. Je refusais aussi depuis toujours d'employer la couleur noir. Soi-disant parce qu'elle faisait « comme un trou » dans le tableau. Puis, un jour j'ai visité une exposition de peintures où le noir était largement et joliment utilisé. J'ai changé encore une fois et accepté d'employer la couleur noir. À chaque fois il s'est agit de me libérer de chaînes invisibles qui limitaient ma liberté d'expression. Ces chaînes étant l'expression de cette peur sourde, générale, diffuse et omniprésente. Que de choses petites ou grandes pour cette raison avons-nous peur d'entreprendre ? Se libérer de cette peur fondamentale est une grande œuvre qu'il appartient à chacun de nous de réaliser !

Basile, philosophe naïf, Paris le 26 juillet 2016

lundi 25 juillet 2016

599 Pourquoi les hommes ont-ils peur des femmes ?

Combien d'hommes préfèrent aux femmes la compagnie de leurs amis hommes voire de leur animal de compagnie qui leur paraît plus rassurant et proche d'eux. La plupart du temps, les hommes ne sont pas à l'aise avec les femmes, affirment « ne pas les comprendre », et, en résumé en ont peur. Quelle explication donner à une telle situation où celles qui devraient être les plus proches des hommes ne le sont pas ?

L'explication de ce trouble se trouve en l'homme lui-même. Une illustration statistique de ce trouble est donnée par le colossal marché de la pornographie. Il témoigne de ce que les mâles humains dès l'âge de 12-13-14 ans pratiquent régulièrement la masturbation. Ce qui détraque leur appétit sexuel. Ils ont tout le temps faim et sont à tout bout de champs motivés artificiellement par la recherche de l'acte sexuel. Il n'existe pas de trouble complémentaire chez la femme/ Ce qui fait que le comportement masculin les dérange et les éloigne. Cette fringale masculine de coïts, cette coïtomanie se révèle donc être une faim inassouvissable. L'éjaculation obtenue par divers moyens mécaniques joue pour la plupart des hommes le rôle d'un flash de drogue. Ils sont drogués. Quand bien-même pour leur masturbation ils remplacent leur main par le vagin d'une femme. Ils pensent à eux. Il ne s'agit pas d'amour, mais d'utilisation de l'anatomie féminine en substitution de leur main habituelle.

Un dragueur frénétique que j'ai connu, et qui obtenait un certain succès dans ses entreprises, m'a dit un jour, il y a quelques années, parlant du désir de coït chez la femme : « de toutes façons, elles ne veulent jamais ! » Mais, s'est-il posé la simple question : « et moi, pour quelle raison ai-je tout le temps envie ? » Bien sûr que non, cette question-là, il ne se l'est pas posé.

Si les femmes selon lui « ne veulent jamais » baiser, ça signifie qu'à chaque fois qu'il est parvenu à ses fins avec une femme, c'est-à-dire au coït, c'était par la pression morale. Quand on pratique systématiquement et durant des années la pression morale de cette façon, on finit facilement un jour par violer. Je connais au moins un cas de personnes à qui c'est arrivé.

La tension engendrée par la revendication masculine coïtale permanente va contrarier l'ensemble des relations entre l'homme et la femme. Ainsi, il en sera du regard. Si je regarde le décolleté d'une jolie Parisienne, il arrive qu'elle s'empresse d'arranger celui-ci pour réduire son échancrure. Mais, en aucun cas elle va m'exprimer verbalement sa gêne. On est confronté là comme à une zone de communications où on doit éviter la rencontre directe.

Il est, bien sûr, en principe interdit de toucher l'autre pratiquement où que ce soit, y compris dans des zones de l'épiderme considérées comme neutres sexuellement. Tout contact même léger et accepté débouchant soi-disant et forcément sur la recherche du coït.

Parler librement devient impossible. Les mots sont piégés. On peut dire à quelqu'un qu'on aime la peinture qu'il a réalisé, le gâteau qu'il a cuit, le livre qu'il a écrit. Mais allez dire à quelqu'un, une femme par exemple, qu'on aime ses jambes, ses seins ou ses fesses ! Ça ne se fait pas, c'est vulgaire. L'homme a le droit de témoigner de sa proximité avec un livre ou un gâteau, pas avec un cul.

Comment d'ailleurs la communication pourrait-elle ici s'exercer ? Sachant le problème du non : si une femme paraît dire « oui » et après dit « non » au coït, il est entendu pour un grand nombre d'hommes que seul le « oui » reste effectif. On peut refuser un café, un gâteau, une promenade, mais un coït non, ça ne se fait pas. Cette aberration intellectuelle est très bien traduite par la phrase stupide et odieuse : « quand elles disent non, en fait c'est toujours oui ». Il suffirait soi-disant d'insister pour arriver au coït dans de bonnes conditions. Quelle belle ânerie et que d'abus à la clé !

Il s'agirait soi-disant d'évidences. Je me souviens d'un fait survenu au début des années 1970. Je connaissais un groupe de quatre ou cinq jeunes hommes tous âgés d'environ dix-sept, dix-neuf ans. A un moment-donné je les ai vu accompagnés par une très jolie jeune fille de seize ans. Elle avait la particularité de s'être fait teindre les cils en violet. Ce qui lui conférait un regard étrange et très beau. Puis je n'ai plus vu cette jeune fille. Elle a disparu de circulation. J'en ai entendu parler par un des jeunes hommes du groupe. Il fut très satisfait de me raconter qu'un jour la jeune fille en question avait consentit à une séance de pelotage nue avec le groupe, à la condition de ne pas faire l'amour. Après quoi, les garçons avaient cachés ses vêtements et n'avaient consentit à les lui rendre qu'à condition quelle accepte de passer sous chacun des garçons. Ce qui fut fait.

C'est seulement en y repensant à présent que j'ai mis une définition à ce fait vieux de bientôt un demi-siècle. Il s'est agit d'une tournante, un viol en réunion. Car quelle que soit la situation souhaitée au départ par cette jeune fille, quand elle a dit ne pas vouloir de coït, sa volonté devait être respectée. Ces soi-disant si belles années soixante-dix ne l'ont pas été pour tout le monde.

Mais la confusion n'est pas que dans la tête des hommes, mais peut aussi l'être dans la tête des femmes, en l'absence de vision claire et analysée de la situation. Au début des années 1990, une dame quadragénaire connait une mémorable après-midi de pelotage avec un ami. Par la suite, celui-ci lui propose de recommencer. Elle prétexte pour refuser qu'elle a un problème d'infection gynécologique. Pour elle, la suite des événements signifiait nécessairement le coït. Comme elle n'en voulait pas, elle a trouvé pour justificatif une infection diplomatique.

Imaginer qu'un homme puisse ne pas suivre l'ornière commune dépasse l'entendement de la plupart des hommes et des femmes. J'ai ainsi raconté un jour à un ami que j'avais en vacances partagé huit nuits de suite le lit d'une jolie fille. Et qu'il ne s'était rien passé entre nous de ce qui est sensé se passer selon beaucoup en pareil cas. Il n'en revenait pas. Mais pourquoi ce ne serait pas possible ? Réponse : en général c'est impossible parce que la plupart des hommes veulent tout le temps obtenir leur flash d'endorphines produit par l'éjaculation masturbatoire.

Comme cette situation générale conduit les jeunes filles dès très jeunes à être sur leurs gardes et craindre l'agression sexuelle, elles vont avoir peur. Or, il faut savoir qu'une des particularités des sentiments humains est qu'ils sont plus ou moins contagieux. Si vous êtes par exemple au milieu de gens tristes, apeurés ou joyeux, sans partager leurs motivations, vous risquez fort de finir par partager leurs sentiments. Et si vous y résistez de contrarier votre entourage.

L'homme ne comprend pas sa situation, n'arrive pas à communiquer avec la femme. Celle-ci a plus ou moins peur en permanence de l'agression sexuelle, même si elle évoque rarement cette peur. Ce qui fait que l'homme va avoir peur lui aussi.

Si, pourtant, à force de travailler individuellement sur lui, l'homme surmontera cette peur, il connaîtra un changement étrange. Et déstabilisera les femmes qu'il rencontrera. Car elles percevront en lui quelque chose d'inhabituel. Peut-être alors un nouveau type d'accord naîtra. C'est le souhait que je formule ici.

Les ressources intérieures en l'homme et en la femme sont extrêmement grandes et rarement sollicitées. L'homme d'aujourd'hui est semblable à un jardin qui n'a pas encore été semé. Et qui n'a pas encore fleuri.

Beaucoup de choses positives sont possible. À condition de commencer par croire qu'elles sont possible. Rien ne s'oppose au bonheur à condition d'aller le chercher où il est.

Basile, philosophe naïf, Paris le 25 juillet 2016

598 Pourquoi la sexualité humaine est-elle suspectée, condamnée, culpabilisée ?

Pourquoi, dans toutes les cultures du monde la sexualité humaine est-elle considérée comme suspecte, et condamnée, culpabilisée ? Et avec elle le plus souvent sont suspectés, condamnés et culpabilisés le toucher et la nudité, en particulier la vue des organes génitaux et de l'érection ? Et tout cela se faisant au nom de la défense de l'enfance ou de concepts abstraits et considérés comme fondamentaux tels que la morale, la pureté...

Aucune activité naturelle autre chez les humains ne subit un sort si redoutable et un tel Niagara d'interdits. L'origine de ce sort est que les humains sentent, mais confusément, qu'il y a quelque chose d'anormal et très malsain dans l'hypersexualisation masculine. Qui est le fruit de la pratique masturbatoire régulière chez les humains mâles adultes. Le désir permanent et inassouvissable qui en résulte relève de la responsabilité des hommes et pas des femmes. Mais le machisme dominant rend la femme responsable en qualité de « tentatrice ». Schéma aussi absurde que d'affirmer qu'un homme riche qui se fait attaquer et dévaliser par un bandit est coupable, car il a tenté celui-ci.

La responsabilité de l'état calamiteux de la sexualité humaine relève de l'homme et pas de la femme, qui en est la plus fréquente victime. La mauvaise foi machiste règne. Elle proclame, par exemple, la femme violée traditionnellement coupable de l'agression qu'elle a subit. « Si elle a été violée, c'est sa faute, elle n'avait qu'à ne pas porter un vêtement qui mettait ses formes en valeur ! » Tel est le propos infect que tient un grand nombre d'imbéciles odieux et complices des agresseurs.

Le délire sexuel masculin qui transforme les hommes en harceleurs sexuels permanents rend impossible la sollicitation « correcte » de l'acte sexuel, la nudité, le toucher, la vue de l'érection, car la règle régnante est la permanence de l'abus. Si une femme accepte d'être touchée par un homme, elle ouvre forcément le chemin de l'intérieur de sa culotte. Alors, le plus souvent, elle « tiendra la distance », y compris si elle a faim de caresses. Car celles-ci seront prises en otages par la sexualité malade des masturbateurs masculins. C'est-à-dire de la quasi-totalité des hommes adultes, qui se masturbent régulièrement, avec la main, ou dans une bouche, un anus, un vagin.

Cette démarche malade conduit y compris certains d'entre eux à s'en prendre à des sujets très jeunes, non nubiles. D'où la condamnation très violente de ce type d'agressions. Dans la Grèce antique, par exemple, les coupables devaient en principe être physiquement éliminés.

La déformation sexuelle des hommes est également à l'origine de comportements violents des plus divers. Pour sortir de cette situation, seuls les hommes peuvent faire le premier pas que les femmes attendent depuis la nuit des temps. Il leur appartient de renoncer à leur position apparemment favorable, dominatrice, privilégiée, qui les abaisse et les prive de communication et entente avec le sexe opposé.

On n'obtient rien sans efforts et renoncements. Quand on souhaite gagner une course de fond, il faut s'entrainer. Et donc le faire au détriment du temps consacré à d'autres occupations. On ne saurait améliorer la condition relationnelle de l'homme avec la femme en prétendant disposer du beurre, de l'argent du beurre et de la crémière. Il faut faire des choix.

L'amélioration est possible à condition de faire preuve d'audace, non conformisme, persévérance et intelligence. Le choix se fait entre la résignation et la volonté d'avancer vers un progrès qui passe par un effort sur soi de compréhension et modification de sa manière d'être. Toutes les fleurs du monde se trouvent dans la prairie de la vie. Pour accéder à elles il suffit de le vouloir. Et s'arracher à la pratique sans issues des générations passées.

Basile, philosophe naïf, Paris le 25 juillet 2016