lundi 15 septembre 2014

277 Le règne de la peur : regarder en faisant semblant de ne pas regarder

Hier soir il m'est arrivé une chose extraordinaire, incroyable. Une femme inconnue m'a regardé comme aurait pu la regarder un homme inconnu d'elle.

Ça signifie que, me croisant dans ma rue, une très jolie jeune fille que je ne connaissais pas, m'a tranquillement toisé. Puis a reporté son regard devant elle et continué son chemin.

« Il est fou », se diront certains en me lisant. Pourtant c'est la triste vérité : si ce micro événement en est un, c'est qu'en fait, les femmes, à Paris, ne regardent pas les hommes inconnus comme les hommes inconnus les regardent. C'est-à-dire, sans se gêner.

La plupart du temps elles les regardent en faisant semblant de ne pas les regarder, ou presque.

Poursuivant ma promenade d'hier soir, j'ai eu tout de suite l'occasion de le vérifier. J'ai regardé sur l'autre côté de la rue une jeune femme que je ne connaissais pas. Elle m'a visé un instant du regard. Et a aussitôt ensuite détourné complètement la tête pour regarder à l'opposé.

J'ai avisé une deuxième femme qui remontait la rue sur le même trottoir que moi. Et allait dans ma direction. En passant tout près de moi, son regard m'a complètement ignoré. En fait, je sais, pour avoir étudié avant ce genre de situation, que cette femme m'a certainement regardé de loin. Pour faire semblant de ne pas du tout s'intéresser à me regarder, une fois à proximité de moi.

Enfin, presque de retour chez moi, je croise un couple. En principe, la femme dans ce cas se sent « protégée » et plus libre de regarder qui bon lui semble. Bien qu'âgée d'une trentaine d'années, elle m'a traité « à l'ancienne ». M'a regardé et, aussitôt, a baissé les yeux pour regarder par terre.

Il y a cinquante ans, c'était le comportement général des femmes de mon quartier à Paris. Je l'ai constaté. Très jeune homme, j'ai expérimentalement durant quelque temps entrepris de regarder systématiquement dans les yeux les jeunes filles que je croisais. J'étais curieux d'observer leurs réactions. J'avais juste treize ans, quatorze au plus et ma mère était avec moi. C'est dire que je ne représentais guère une « menace » pour les jolies jeunes filles inconnues que je dévisageais ainsi.

Pourtant, je fus très étonné de constater que toutes ces filles quand je fixais leurs yeux, aussitôt les baissaient et regardaient par terre. Exactement comme la jeune trentenaire en couple l'a fait hier soir.

Parmi les jeunes filles que je regardais dans les yeux il y a cinquante ans, une seule, que j'ai croisé entre les deux squares devant la mairie du quatorzième arrondissement a soutenu mon regard.

Les filles alors ne m'intéressaient pas particulièrement. Bien plus tard, je me suis posé la question : « je regarde les jolies filles inconnues dans la rue, le métro. Et elles ne me regardent jamais. Comment cela se fait ? »

J'ai commencé à faire plus attention et ai constaté qu'en fait elles me regardaient, mais pas comme je le faisais. Elles me regardaient en faisant semblant de ne pas le faire. Elles usaient de plusieurs techniques assez faciles à identifier. Elles sont toujours utilisées.

La plus simple est de porter des verres teintés. Quand une jeune fille porte des lunettes de soleil quand il n'y a pas soleil, c'est pour voir sans être vue qu'elle regarde. J'ai trouvé à ce propos un petit jeu : si une jeune femme est assise face à moi, dans le métro, et porte des lunettes de soleil, je regarde droit dans ses yeux cachés et... elle baisse la tête ! Je fais pareil dans la rue.

L'autre jour, j'ai été surpris de voir une femme user d'une technique élémentaire pour regarder que j'utilisais gamin : regarder les autres dans le reflet de la fenêtre de la voiture du métro.

Sinon, les techniques usuelles sont le flash, le regard en balayette et le regard en coin ou regard angulaire. Le flash consiste à regarder l'homme un très bref instant et regarder tout de suite ailleurs. Le regard en balayette consiste à balayer un large champ visuel pour faire semblant de chercher un point distant de l'homme qu'on regarde. Et le regarder en passant sans stopper son regard sur lui. Le regard en coin ou regard angulaire consiste à se tourner dans une autre direction que l'homme à observer et le regarder juste du coin de l'œil. En résumé, s'appliquer à chaque fois à regarder sans donner l'impression de regarder. Et, bien sûr, une fois regardé un homme dans une rame de métro, l'ignorer au moment de descendre de la rame. Par crainte de le voir sinon croire à une invitation à suivre la femme concernée.

Toutes ces techniques très répandues témoignent de la peur. Illustrent le résultat de millénaires d'oppression, de soumission, terreur-même. Les femmes ne sont pas libres de regarder les hommes.

Ces techniques peuvent se combiner. Ainsi j'ai vu un soir une femme privilégier le regard angulaire pour me regarder un certain nombre de fois dans l'autobus. Tout en usant d'un flash et quelques balayettes. Une autre, le même soir, préférant multiplier les flashs. Enfin, une troisième, accompagnée par un jeune homme qui s'était endormi dans l'autobus, m'a finalement regardé longuement et franchement à plusieurs reprises. Elle se sentait à même de le faire car accompagnée. Et donc ne me craignant pas. Et l'accompagnateur étant endormi et affalé en telle sorte qu'il ne voyait ni elle ni moi, elle ne craignait pas non plus de réaction jalouse de sa part.

Les partisans de l'émancipation féminine en appellent à la cessation des comportements machistes. Cette cessation devrait également concerner les comportements féminins issus de la pression machiste.

Ce que j'ai détaillé ici concerne mon expérience parisienne. Il est certain que, ailleurs, d'autres observations peuvent être faites.

Je me souviens que, dans un guide de voyages, parlant des femmes de je ne sais plus quel région du monde, le lecteur mâle était ainsi en gros averti : « faites attention, là-bas les femmes sont directes et chaleureuses, ne croyez surtout pas pour autant qu'elles vous draguent. Sinon, vous vous attirerez rapidement des ennuis. » Je cite de mémoire un livre feuilleté il y a des dizaines d'années.

Le monde parisien où je vis est bien malade. Un regard, un sourire, un contact de la main est assimilé au début d'une « histoire de cul ». Résultat la plupart du temps : pas de regard, pas de sourire, pas de contact de la main. Le désert affectif, tactile et oculaire.

Dans les souvent très vulgaires et stupides revues, livres ou sites Internet prétendant vous donner des « bons trucs de drague », vous lirez aujourd'hui que les femmes draguent avec les yeux...

Étonnons-nous ensuite qu'avec de telles idées répandues à Paris, bien souvent elles n'osent ni visiblement nous regarder, nous les hommes inconnus, ni nous sourire, ni bien sûr nous toucher.

Et pourtant, qu'une femme inconnue nous regarde manifestement, nous sourit, nous touche, sans que ce soit pour autant le début d'une « histoire de cul », est bien agréable. Les règles établies dans notre société parisienne nous en privent le plus souvent.

A la fin d'une « histoire de cul » arrêt des câlins. Vous voulez des câlins ? Cherchez à débuter une « histoire de cul ». Et si je n'ai envie que de câlins ? Le résultat est qu'aux heures d'affluence dans le métro parisien, il n'y a pas que des hommes qui « collent », prennent des « échantillons gratuits ». Des femmes aussi font comme si de rien n'était. Et vont vous coller leurs seins ou leurs fesses, ou leur dos « par hasard ». Sans vous connaître, ni débuter une « histoire de cul ». La seule fois où j'ai évoqué ce phénomène en en parlant avec une amie, elle à qui je pouvais dire plein de choses, est entré dans une fureur subite. Il y a des sujets dont on n'a pas le droit de parler. Dont on ne parle jamais. Nous sommes dans une société bloquée, coincée, qui refuse d'avancer, progresser. Et recule.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 septembre 2014

jeudi 4 septembre 2014

276 Naissance d'une nouvelle sexualité

Dans les années 1960 l'émancipation des femmes accomplit de grands progrès dans un certain nombre de pays. Jusque dans les années 1970, les femmes en France vivent dans la peur permanente de la grossesse non désirée, conclue éventuellement par un dangereux avortement bricolé au fond de la cuisine avec un cintre ou une aiguille à tricoter.

La légalisation de la pilule, celle de l'avortement, arrachée par les organisations comme le MLAC, transforment radicalement la condition féminine dans le domaine sexuel. Ce sont de grands progrès. Mais quel chemin comportemental vont alors choisir de prendre les femmes ?

Elles vont suivre ou tenter de suivre le modèle masculin. La drague au masculin va dorénavant tendre à se conjuguer au féminin.

On assiste ici au même phénomène négatif que dans le domaine du tabac ou de l'alcool.

Jusque dans les années 1960 qu'une femme fume était mal vu, considéré comme vulgaire. On stigmatisait également la femme qui boit. « Il n'y a rien de plus laid qu'une femme saoul » disait-on.

La femme qui s'émancipe va malheureusement imiter l'homme y compris de manière négative et néfaste pour elle. Cigarette, alcool vont se banaliser chez les femmes.

Résultat, elles vont voir augmenter massivement le nombre de leurs maladies cardio-vasculaires.

Dans le registre vestimentaire, le pantalon va concurrencer la jupe et la robe.

Et, dans le domaine sexuel, croyant ainsi mener à bien leur émancipation, les femmes vont prendre modèle sur les mauvaises habitudes des hommes.

Cette orientation sera permise et encouragée par le développement de la contraception et l'autorisation légale de l'avortement rebaptisée IVG pour l'occasion.

Le problème est que la sexualité féminine est très différente de celle courante masculine, qu'on a prétendu abusivement être par excellence la sexualité « modèle » pour tous et toutes...

Les éléments illustrant cette prétention abondent. Sans craindre le plus parfait ridicule on a fréquemment déclaré la plus totale stupidité comme quoi le clitoris, dont l'existence a été y compris niée dans des atlas anatomiques, serait « un petit pénis ». Et pourquoi donc ?????? On pourrait tout aussi bien déclarer que le pénis est un trop gros clitoris hypertrophié... Cette pénissisation du clitoris est une stupidité maximum.

Un célèbre crétin a écrit que le clitoris est comme un peu de bois sec qui sert à allumer le brasier de bois vert du vagin. C'est là que ça se passe. Car c'est là que les messieurs interviennent avec leur machin dont ils doivent sans doute être si fiers. Pas question d'accorder une autonomie au clitoris. D'ailleurs, ajoute ce célèbre crétin, si la fillette se titille trop le clito elle va devenir perverse et plus tard se prostituer....

La femme peut atteindre l'orgasme de trois manières : vaginale, clitoridienne et mammaire. Correctement caressés, sucés, léchés les seins peuvent susciter l'orgasme féminin. Il semble qu'à l'inverse des gros, les petits seins sont plus sensibles et aptes à parvenir à ce résultat. C'est une observation de terrain. L'orgasme mammaire est probablement moins connu que les deux autres, car nombre d'hommes négligent les seins et vont « droit au but », c'est à dire au bas-ventre de la dame.

Le sexe féminin en tant qu'organe a été longtemps nié de la manière la plus aberrante. Durant des siècles, en Occident, sur les sculptures et peintures le bas-ventre des femmes, s'il est dénudé, apparaît parfaitement lisse... Alors qu'à l'inverse, le zizi des messieurs est fréquemment représenté. Observez celui du Génie de la Bastille au sommet de la Colonne de Juillet place de la Bastille à Paris. Il est sans voile et doré.

Et ensuite allez voir la statue en bronze de Diane par Houdon exposée au musée du Louvre. Son bas-ventre est lisse. Observez de plus près, plus attentivement. Vous constaterez que la statue a été vandalisée et sa fente pubienne soigneusement bouchée par des voyous de la morale.

Les délirants partisans machistes d'une sexualité ejaculocentrique ont même attribué à la femme une « éjaculation ».

Pourquoi insister ainsi tant sur l'éjaculation ? Parce que pour ces crétins la sexualité a un but : satisfaire monsieur qui fait son petit pipi sexuel dans la dame. Et surtout pas admettre que la dame peut y compris jouir sans lui.

Elle n'a y compris simplement pas le droit d'exister sans lui. Quand j'étais petit, dans les années 1950, à Paris dans une boulangerie, j'ai assisté un jour à la scène suivante : une jeune étudiante demandait à la boulangère d'accepter une annonce pour des leçons de maths. Mais sur cette annonce ne figurerait pas le téléphone de la jeune fille. Ce serait à la boulangère de faire l'intermédiaire. Parce que sinon un téléphone affiché associé à un prénom féminin allait provoquer une avalanche d'appels de pervers obsédés sexuels... La boulangère approuvait. Ainsi était Paris et la France des années 1950...

Dans certains pays encore aujourd'hui la femme qui vit seule ou seule avec ses enfants, par choix, abandon ou parce qu'elle est veuve, est très mal vue. Elle peut y compris se faire violer voire assassiner. La police fermera les yeux.

Mon père me disait que jusque dans les années 1920 ou 1930, les hommes qui tuaient « par amour » étaient acquittés en France.

On dit aujourd'hui : « la femme est l'égal de l'homme ». Pourquoi ne dit-on jamais l'inverse ? Parce que dire : « l'homme est l'égal de la femme » signifie pour l'homme déroger... Il est la référence. Pas la femme.

Et pourquoi un ministère ou un secrétariat d'état aux droits des femmes et pas à l'égalité homme-femme ?

Dans le cours de la lutte pour son émancipation la femme a pris modèle sur l'homme dérangé, dans le domaine sexuel. Ce qui ne lui correspond pas. Physiologiquement elle est différente de l'homme dérangé qui nie depuis toujours la femme.

La société dominée par le machisme nie la sexualité féminine et la femme en général. Un grand tableau de Courbet rescapé d'une trilogie figurant l'amour entre femmes est exposé à présent au musée du Petit Palais à Paris sous le titre fallacieux « le sommeil » alors que son titre original est « après ». Il y avait un « avant » et un « pendant », détruits durant la dernière guerre par la douane suisse.

La « morale » dominante exige de « faire l'amour ». S'il y a intimité, l'accouplement est sensé être o-bli-ga-toi-re. Cet impératif idéologique conduit à quantité d'aberrations de comportements.

Dans les années 1990 je rencontre à Paris une Anglaise. Invité chez elle, nous commençons à nous embrasser et caresser. Elle me déclare : « impossible de faire l'amour, parce qu'il y a le SIDA ». Je lui réponds que ça n'est pas le problème, on n'est nullement obligé de « faire l'amour ». On peut faire quantité d'autres choses. Résultat, elle recouvre soigneusement son lit avec un grand drap. Et nus, nous passons deux heures avec grand plaisir à nous embrasser et nous caresser. A l'issue, nous prenons le thé et l'Anglaise s'esclaffe : « qu'est-ce qu'on a fait ? On n'a rien fait ! »

Car pour elle « faire quelque chose », c'était « faire l'amour ». Quelle aberration ! Par la suite, l'Anglaise évitera qu'on se revoit, car pour elle cela signifiait obligatoirement une « liaison » et j'étais pauvre et elle un peu riche.

Au nom du « plus » ou évite le réel.

Penser que l'amour c'est obligatoirement l'accouplement conduit à d'autres aberrations. Quand je vantais les caresses à une amie, sans y inclure comme conséquence obligée l'accouplement, elle me répondait : « oui, mais à un moment il faut passer à des choses plus sérieuses ».

Une autre amie, confondant la physiologie et la vie relationnelle invoquait l'érection comme obstacle aux câlins sans coït. Ainsi, il faudrait obéir aux corps caverneux du pénis. C'est eux qui décident de la marche à suivre ! C'est totalement risible mais ô combien hélas courant.

Allant dans ce sens un jeune homme expliquait que s'il entrait en érection sans « faire l'amour » ensuite il ressentirait des douleurs terribles ! Ce discours affabulateur lui a permis de faire « passer à la casserole » une jeune amie qui me l'a raconté par la suite.

La croyance dans la nécessité de l'accouplement amène des comportements absurdes. Une amie m'expliquait un jour qu'elle et une de ses copines draguaient et couchaient avec des garçons « sans plaisir ». Mais, alors, la questionnais-je, pourquoi couchez-vous ainsi ? Elle est restée silencieuse. A été incapable de me répondre.

Vouloir suivre la morale absurde machiste dominante conduit à des comportements contradictoires, des valses hésitations. Comme je l'ai déjà écrit dans ce blog, on rencontre des « tartines ». Sur le même principe de la tartine avec le beurre « mis et enlevé ». La fille s'avance vers le garçon, paraît « faire une ouverture », vouloir de l'amour, des câlins... puis, réalisant qu'elle se met « en danger », que la situation « exigera » de « faire l'amour », elle prend la fuite. Le beurre a été mis... et enlevé. Je connais ainsi une « tartine ». Quand je lui téléphone elle fond littéralement, on va se voir, on est très proche, on a plein de choses à se dire, elle va me téléphoner pour fixer notre rendez-vous... et puis, silence, pas d'appel. Si j'appelle, elle ne décroche pas. Et, quelques mois plus tard, quand enfin après un long arrêt de nos relations je l'appelle, elle décroche, et rebelote, même cinéma. Le beurre relationnel est « mis et enlevé ». Cette jeune femme est une « tartine ».

J'ai connu une autre jeune femme fort jolie que j'avais associé à l'image d'un « frigidaire à éclipses ». Quand la voyais, une fois sur deux elle était très câline. Et, alternativement, froide comme un frigidaire. Pourquoi ? Parce qu'elle avait besoin de câlins et, en même temps, peur des conséquences soi-disant obligatoires de ceux-ci : devoir « faire l'amour ».

Sortir de ce genre d'imbroglios n'est guère possible. D'autant plus que certains dragueurs incluent dans leurs manœuvres le discours comme quoi ils ne recherchent que des câlins sans coït. Et en fait mentent allégrement. Dire sincèrement la même chose qu'eux fait penser à tort à leurs ruses.

Pour échapper à la pression des dragueurs, dans les années 1920-1930, ma mère alors jeune fille s'était inventé un fiancé imaginaire. Est-ce que ça a changé tant que ça ? Combien de jeunes femmes font encore aujourd'hui pareil pour se débarrasser des importuns ?

Croire que tout individu est soit « en couple » soit drague a encore d'autres conséquences. Au début des années 1990 une très jolie jeune fille sans fiancé ou petit copain m'expliquait que ses copines « en couple » la rejetaient. Car elles se disaient qu'elle était forcément « une briseuse de couple ».

Même genre d'ostracisme : dans les années 1980, une amie m'expliquait que, suite à son divorce, quantité de ses copines mariées ne voulaient plus la fréquenter. Motif : elles se disaient qu'une jolie femme divorcée était forcément « une briseuse de couples ».

Tous ces délires dans le domaine du comportement sexuel conduit à une intolérance et une peur généralisée dans le domaine des mœurs. Il n'est pas difficile d'observer, par exemple, des filles qui ont peur dans le métro. Peur d'être importunées, abordées, embêtées. Une jolie amie me racontait comment elle était régulièrement harcelée dans les transports en commun parisiens.

Lire seule un livre sans se faire systématiquement importuner est impossible aujourd'hui pour une jolie fille dans des lieux parisiens comme le jardin du Luxembourg ou le parc des Buttes-Chaumont.

Si une jolie fille se trouve seule elle est considérée comme une proie.

A Paris, il y a cinquante ans, quand très jeune homme je regardais une jeune femme droit dans les yeux en la croisant dans la rue, elle baissait systématiquement son regard. Seule une dans le nombre a soutenu mon regard. Ça a changé depuis. Mais c'est très loin d'être parfait. Dans le métro ou l'autobus les jeunes femmes évitent le plus souvent de regarder directement un homme. Elles usent de toute une panoplie de regards indirects. C'est aberrant. Dans quel monde vivons-nous ? Il est très bizarre, aberrant et insatisfaisant. Et c'est le nôtre.

Les hommes ont souvent peur des femmes et réciproquement. Alors qu'ils devraient se sentir au contraire proches. Mais leur domaine relationnel est pollué par une masse de préjugés.

Bizarrement, à force de voir la situation bloquée, on assiste parfois à des réactions extrêmes : des jeunes filles draguent furieusement. Le résultat n'est pas toujours satisfaisant pour elles. Les filles qui draguent visiblement et ouvertement ne sont pas respectées.

Il faudrait remettre en question la situation générale des relations « amoureuses ». Ce qui paraît nouveau, c'est que ça commence à être fait.

Dernièrement j'étais surpris de lire sur Internet un débat où des jeunes hommes rejetaient vigoureusement le rôle que la société traditionnellement leur assigne. En substance ils disaient : « on n'est pas obligé de chercher systématiquement à baiser ».

Et une femme il y a quelques jours expliquait devant moi qu'il existe des hommes « lesbiens ». C'est-à-dire qui ne cherchent pas systématiquement la pénétration sexuelle avec les femmes, mais préfèrent les câlins.

Ces faibles éléments m'inclinent à penser que commencerait à présent un mouvement de rejet du crétinisme sexuel machiste établi avec son imitation complémentaire féminine. Arriverait ainsi l'émergence d'une nouvelle sexualité respectueuse des hommes, des femmes et de l'amour.

Ce texte participant modestement à ce mouvement.

Basile, philosophe naïf, Paris le 4 septembre 2014

mardi 2 septembre 2014

275 L'erreur qu'on commet tous les matins

L'erreur qu'on commet tous les matins : celle de s'habiller. Nous avons l'impression une fois habillé d'être enfin nous-mêmes, prêt à affronter la journée. Or c'est totalement faux : en nous habillons nous abandonnons notre identité, devenons « gris », faux. D'être humain nous nous abaissons au rang de figurant social autodestructeur de lui-même.

On me rétorquera que si on s'habille c'est pour se protéger du froid. Quel froid ? Une bonne partie de l'année il ne fait pas froid à Paris. Et nous sommes très souvent logés dans des maisons trop chauffées.

Il s'agit de protéger notre pudeur. Quelle pudeur ? De quoi parle-t-on ? En quoi devrions-nous avoir honte de nous-mêmes ? Oui, mais on ne peut pas sortir de chez soi tout nu. C'est vrai, mais il y a un hic.

Nous nous empressons de nous habiller y compris quand il n'est nullement à l'ordre du jour d'aller dehors ou recevoir quelqu'un. Nous nous habillons en fait parce que nous sommes conditionnés pour.

Le résultat est que nous acceptons un très grave désordre dans la tête qui associe notre image au « nu », le « nu » au « sexe » et le « sexe » à la « honte ». Nous avons honte d'être nous-mêmes. Comment dans ce cas pourrions-nous réaliser le vieil adage philosophique « deviens toi-même » ? En ayant honte d'être simplement soi, c'est carrément impossible.

Et quand le « nu » implique automatiquement le « sexe » il s'agit forcément d'un sexe malade. Car c'est également un sexe dérangé et obligatoire.

Quand j'ai eu 22 ans j'ai été l'objet d'un véritable complot de ma mère et notre médecin de famille pour que je saute enfin le pas et perde ma « virginité ». Parfaite stupidité : en quoi le fait de ne pas avoir « fait l'amour » est un problème quand on n'en souffre pas ? La chose ne m'intéressait pas, et alors ? Serais-je resté « puceau » jusqu'à aujourd'hui, quarante-et-une années après, en quoi serait-ce un problème ? Et aurais-je perdu « ma virginité » à trente, quarante ou cinquante ans où est le problème ?

Le faux problème ici était de vouloir suivre « la norme » et m'entrainer dedans. Quelle norme ? Vous savez, ces jolies statistiques où on relève l'âge où les jeunes français ont enfin passé à la casserole sexuelle.

Alors, comme j'échappais à la norme, on m'a mis sur le droit chemin. Et avec quel résultat ?

Le résultat est que j'ai rejoins pour quatre dizaines d'années le troupeau de connards hallucinés obsédés par l'objectif de mettre leur engin dans un trou. En fait, l'échange, le partage, la communication, l'écoute de soi-même et de l'autre ne font pas partie de la sexualité « officielle ». Celle-ci est vécue comme une addiction, en tous cas chez les garçons. Addiction conduisant à la recherche forcenée de sa dose d'endomorphines d'origine sexuelle.

Les endomorphines produites par la satisfaction d'arriver à bander, d'arriver à pénétrer, les endomorphines produites par l'éjaculation et la satisfaction du devoir accompli. L'amour et le respect de l'autre passant à l'as au profit de cette quête toxicomaniaque.

Il y a bien des années, j'étais amoureux durant des années d'une demoiselle. Et, obsédé par l'idée de parvenir un jour à lui mettre mon truc dans son machin, chose qui n'est jamais arrivée.

J'échafaudais les plans les plus invraisemblables pour y parvenir. Plans qui restèrent à l'état de rêveries.

Or, tout en désirant de toutes mes forces parvenir à faire « la chose » je m'interrogeais. Comment se fait-il que je suis tant intéressé pour y arriver tandis que je sais également et pertinemment que la fille en question a une sensualité proche de zéro. Et que si l'acte sexuel arrive avec elle il sera certainement très décevant ?

Ce n'est que tout dernièrement que j'ai trouvé la réponse à cette question. Il s'agit-là d'un classique de l'addiction.

J'ai eu l'occasion de connaître une jeune fille gravement alcoolique. Celle-ci a expliqué un jour à une amie commune qui me l'a rapporté, la chose suivante :

La jeune fille alcoolique avait besoin de boire chaque jour un litre de vodka. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle en ressentais absolument le besoin. Et ne prenait aucun plaisir à le boire.

Pour l'acte sexuel que je souhaitais obsessionnellement avec la fille dont j'étais amoureux, c'était pareil. Il ne s'agissait pas de plaisir, recherche du plaisir, mais j'en étais venu à un automatisme. Il fallait y arriver, même si le résultat jouissif envisageable serait nul.

Depuis que j'ai démonté le mécanisme de base du dérangement sexuel qu'on m'avait mis dans la tête à partir de mes 22 ans, je vais beaucoup mieux. Pour démonter ce mécanisme il suffit d'y opposer le fait de ne souhaiter l'acte sexuel qu'en cas de désir authentique et réciproque. Et pas d'un raisonnement d'origine culturel qui vous envoie « droit dans le mur ».

Quand on s'échappe du conditionnement, on appréhende l'autre différemment. Comme on n'attend plus de lui des choses absurdes, la relation devient infiniment plus pleine, satisfaisante, positive.

Il est inutile et superflu de se fatiguer à chercher à réveiller les autres, qui n'ont rien compris. Et surtout ne cherchent pas à comprendre la raison de leurs échecs et déceptions amoureuses à répétitions. Il s'appliquent à faire leur propre malheur. Leurs efforts sont récompensés ! Contentons-nous de ne pas faire comme eux.

Il faut aussi, le plus fréquemment possible, refuser l'erreur que la plupart commettent chaque matin. Rester au naturel est infiniment agréable. Que ce soit pour lire, éplucher des carottes, ou, par exemple, taper ce texte sur l'ordinateur.

Quantité de gens sont nus chez eux, mais bien sûr, ne s'en vantent pas en public. De quoi auraient-ils l'air s'ils en parlaient ? L'intolérance règne ici, comme dans bien d'autres domaines. Il faut se taire si on ne fait pas « comme tout le monde ». Ou, plus exactement, si on ne fait pas comme sont sensés faire tout le monde.

Devoir se taire, devoir s'habiller, peut sembler être somme toutes de bien petites choses. Mais l'accumulation des petites choses qui vont de travers finissent par former une large part du grand fleuve de l'enfer. Fleuve que l'homme fabrique pour lui-même, ses frères, ses sœurs et ses enfants.

Alors, sachons avec patience, précision et persévérance accumuler des petites choses qui vont bien pour construire petit à petit notre Paradis et celui de nos amis.

Basile, philosophe naïf, Paris le 2 septembre 2014

samedi 23 août 2014

274 On ne faisait même plus l'amour

« On ne faisait même plus l'amour » : propos péremptoire que m'a tenu une amie il y a plus de vingt-cinq ans, pour m'expliquer pourquoi elle avait du quitter son petit copain et ne pouvait pas faire autrement. Ce qui signifie implicitement qu'un petit copain, c'est celui avec lequel on baise. Et on doit le faire régulièrement. L'acte sexuel servant en quelque sorte de « péage d'entrée » dans « la vie à deux ». Avec renouvellement régulier, sinon faillite du « contrat ». Jeune fille, tu aimes ? Alors, écartes les jambes ! Jeune homme, tu aimes ? Alors bandes et mets ton engin dans le trou ! Bon dieu, quelle poésie !

« Poésie » qu'on voit répercutée par mille canaux divers : rubriques du courrier du cœur de conseils aux amoureux, discours pseudo-scientifiques, etc. Et en effet, si on prétend « former un couple », c'est qu'on « sort ensemble ». Ce qui doit se faire avec une seule et unique autre personne, sinon « on fait n'importe quoi ». Le « sexe », bien sûr exclusif, serait la marque identificatrice de l'amour réussi. Ne dit-on pas « faire l'amour ? » Mais où se trouve l'amour dans tout ça ? Avec une telle façon de voir les choses, il survit tant bien que mal, et plus souvent mal que bien.

L'acte sexuel pratiqué régulièrement est promu au rang de « certificat de garantie » de l'amour. A partir du moment où la gymnastique réglementaire est pratiquée dans l'alcôve conjugale, on est en droit d'ajouter l'élément complémentaire à la relation ainsi établie : le contrôle de l'autre. C'est-à-dire la légitime, féroce et sans pitié jalousie : « si tu fais crac crac avec un ou une autre, je te tue ! » (variante ancienne). « Si tu fais crac crac avec un ou une autre, je te quitte ! » (variante moderne).

L'amour se résumerait donc au fond à « crac crac » ?

Et puis, cette gymnastique permettra de planifier la venue des enfants, fruits de l'amour. Car sans « crac crac » pas d'enfants possible. Ce qui donne l'horrible formule suivante que j'ai entendu : « nous voulons un enfant. On y travaille. »

L'acte sexuel devient ici un travail, comme chez les prostitués. Mais, il y a aussi, déversé par mille canaux divers le matraquage permanent à propos de « l'épanouissement sexuel » possible et o-bli-ga-toi-re ! Hier, l'épanouissement consistait à éviter de baiser hors du mariage et pour autre chose que pour avoir des enfants. Ça a changé. A présent, il faut baiser et rebaiser régulièrement, sinon on est un malheureux, un malade, un déviant, un raté, un moins que rien.

Articles, livres, émissions de radio ou télévision, on n'y échappe pas. Faire l'amour au minimum deux ou trois fois par semaine devient une obligation hygiénique au même titre que se brosser les dents trois fois par jour ou s'essuyer le zizi après l'avoir lavé, pour éviter les champignons.

Et les statistiques tombent : « les Français font l'amour trois fois par semaine. Ils sont épanouis, bons amants. Etc. »

Et voilà qu'au milieu de ce concert lénifiant surgit un mec bizarre, moi. Qui prétend que l'acte sexuel ne doit se pratiquer qu'à condition qu'existe un désir authentique, qui est plutôt rare. Et que sinon, pratiqué en d'autres circonstances, l'acte sexuel va ruiner la relation entre les personnes concernées.

Mais qu'est-ce que je dis là ? Si on me suit, une bonne partie du relationnel proclamé s'effondre. Si on ne baise qu'en de rares occasions, alors pas de contrôle exigible, pas de planning pour avoir des enfants, pas d'« épanouissement ». Mais, c'est l'anarchie !

Plutôt que chercher à me répondre, on va me remettre en question. Je dois être un mec bizarre, asexuel, pas épanoui, homo qui s'ignore, etc. A quoi je réponds que je me porte très bien, me sens très bien et ne cours pas plus après les hommes que les femmes ou les mulots.

Me suivre, en dépit du caractère simple de mes propositions, signifie suivre seulement et uniquement le désir authentique, sinon éviter l'acte sexuel. Mais me suivre alors, remet en question toute une partie du discours erroné de l'homme sur lui-même.

L'acte sexuel galvaudé est vu aujourd'hui par une multitude de personnes comme la porte de l'amour, une chose unique et merveilleuse, la marque de l'émancipation de la femme (en imitant l'homme qui drague), la marque de l'arrivée à l'âge « adulte », la récompense des riches qui sont « couverts de femmes », le but du dragueur, une chose qui permet un plaisir mythique plus long que quelques misérables minutes, plaisir qui s'exalte dans la pornographie (où les « acteurs » et « actrices » le plus souvent simulent et s'emmerdent), etc.

Et il faudrait remettre en question tout ça ? En proposant simplement de s'écouter au lieu de suivre le discours abrutissant régnant ? Allons bon !

Il y a peu de chances que beaucoup de gens me suivent. Mais, à propos, comment en suis-je venue aux idées que j'avance ?

J'avais une amie proche. On se disait tout. Et on rigolait ensemble à l'idée qu'un tas de gens autour de nous s'imaginaient que nous étions amants. Puis, un jour, on s'est rapproché physiquement. On s'est dit alors qu'on était « un couple ». On a mis à l'ordre du jour le fait de faire crac crac et la vie à deux. Ça a très bien fonctionné, sauf crac crac. Et au bout de deux années merveilleuses, ce furent presque deux années et demie d'enfer. A la fin, quand nous nous sommes séparés, il y avait de la haine entre nous deux. Mais comment avons-nous pu en arriver là ?

Comme crac crac n'a jamais bien fonctionné, un ami proche m'a suggéré que c'est à cause de ça que ma compagne, insatisfaite, m'avait quitté. Discours bien dans le sens de la « pensée unique » mais qui n'explique pas tout. Pourquoi et comment avons-nous pu passer de l'amitié à la haine ? J'y ai bien réfléchi.

Au début, nous étions authentiques. Nous étions amis. Mais, après nous être rapprochés physiquement, nous avons choisi de quitter l'authenticité. Si la relation a dérapé, c'est parce qu'au lieu de rester nous, nous avons voulu, de bonne foi, placer notre relation dans un moule. Le moule de « la vie à deux », et dans celui-ci, il y avait le fameux péage d'entrée renouvelable : crac crac. Or faire l'amour est tout, sauf un geste anodin. Chercher à le faire parce qu'on se dit qu'on est ensemble, est la plus belle ânerie qui soit. Et le plus sûr moyen à terme de détruire la relation.

Des millions de personnes de bonne foi commettent chaque jour l'erreur que nous avons commise. Et leur relation fini par exploser au bout d'un temps variable. Et comme à l'origine il s'agit d'une vraie relation, adultérée ensuite avec l'acte sexuel et la vie à deux artificiellement convoqués, les personnes concernées vivent très mal leur séparation.

J'avais plus ou moins bien compris ce phénomène depuis quelques années. Là, j'ai fini par acquérir la certitude que s'il y a bien une chose à exclure de l'amour : c'est l'acte sexuel intellectualisé. Dont le choix de la pratique relève d'un raisonnement et non d'une faim véritable, authentique et partagée.

Si demain la femme la plus merveilleuse possible me propose de « faire l'amour » et vivre avec elle alors que je n'en ressens pas l'authentique envie, je dirais non. Quitte à ce qu'elle m'envoie au diable suite à mon refus. Car je sais où l'acte sexuel mal venu et la vie à deux non souhaitée conduisent. Et ne veux pas m'y retrouver à nouveau : avec la haine, le désespoir et la solitude ressentie.

J'ai renoncé catégoriquement à poursuivre l'erreur que je partageais avec mon entourage : croire qu'il faut quelque part absolument chercher et trouver la personne avec qui on vivra ensemble et on fera régulièrement crac crac. Ce renoncement à l'erreur a entraîné un phénomène qui m'a surpris. Je suis largement sorti du conditionnement général de la sexualité et de l'amour. Ce qui fait que je n'ai plus de projet en amour. Je suis prêt à aimer sans à-priori, tout simplement. Et ignore la pression générale en faveur de la recherche obsessionnelle de la bonne personne avec laquelle on fera crac crac. Crac crac qui est une chose relativement secondaire et occupe une place mineure dans la vraie vie. Crac crac qui est enfin pour moi mis à sa juste place : petite et hors projet planifié.

Quelle est l'origine dudit projet ? On est matraqué dès l'enfance par le discours impliquant de trouver un jour la bonne personne. A force de ne pas la trouver, on fait comme tout le monde, on commence à l'imaginer. Et, les années passant, l'imagination complète le portrait de la relation rêvée. On va chercher celle-ci autour de soi. On cessera de voir la réalité ambiante pour chercher à matérialiser une situation, une personne imaginaires. Conséquence, on verra par exemple une personne seule vouloir le rester pour que la place de la personne qu'elle rêve de rencontrer soit libre pour son arrivée.

La relation rêvée se construira autour de l'image de la compagne ou du compagnon qu'on rêve de rencontrer. Cette figure imaginaire et fabuleuse sera le pivot, la charpente, les fondations, la clé de voûte du rêve. J'avais déjà remarqué que ladite personne rêvée par moi avait des caractéristiques physiques précises. Répondait à un modèle précis. Je n'avais pas identifié son origine exacte.

Quand mon projet en amour s'est évaporé, le modèle est parti avec et j'ai pu identifier sans problème son origine. Petite, brune, pas spécialement portée sur le sexe : ma mère, vue par mes yeux de petit enfant. Le sexe elle n'en parlait jamais. Et si je peux dire « vue par mes yeux de petit enfant », c'est que ses cheveux n'étaient foncés qu'en un temps où j'étais petit. Après, ils ont changé et se sont éclaircis. Elle avait quarante-trois ans passés quand je suis né.

Quand le projet et le modèle disparaissent, on découvre la réalité des relations homme-femme. Elle est surprenante. Tant que je vivais à la recherche du rêve je ne la voyais pas. Là, je vois le comportement féminin que mon idéalisation de la femme m'empêchait de voir.

Ainsi il en est, par exemple, de la stratégie de la tartine (mis et enlevé) dite également du frigidaire à éclipses. Quantité de femmes vont apparemment aller vers vous, vous ouvrir leurs bras au sens propre ou figuré. Et puis repartir à toute vitesse en arrière. Quand on beurre une tartine, on y met un tas de beurre. Puis, on racle la tranche de pain en enlevant presque tout le beurre. Et quand on répète l'opération, froid, puis chaud, puis froid, on est comme un frigidaire à éclipses.

Ce comportement contradictoire s'explique ainsi : au fond de chacun de nous se trouve le désir de contact physique et moral, d'intimité partagée. Qui est exempt de la sexualité impérative que la Culture acquise lui a associé, indépendamment d'un désir vrai. La femme sait qu'en cas de situation tendre, elle se retrouvera avec un homme qui exigera, une pression générale de la société qui imposera la recherche de l'acte sexuel. Cette situation est pénible. Alors, sans l'analyser, elle va d'abord aller vers la tendresse authentique, puis esquiver la sexualité artificielle en prenant la fuite.

Pour la même raison hommes et femmes sont mal à l'aise à l'idée d'aller directement vers l'autre. Qui signifie dans notre société « civilisée » : aller directement à la tendresse polluée par l'acte sexuel obligatoire indépendamment de la présence d'un désir vrai. La cuillerée de goudron du sexe obligatoire dans le tonneau de miel de la tendresse rêvée. Il y a de quoi être absolument dégoûté.

Envie d'aller vers l'autre. Impossibilité d'y arriver sans l'ajout mal venu d'un acte sexuel « intellectualisé ». Que faire alors ? C'est la quadrature du cercle. Certaines femmes chercheront l'issue dans l'irresponsabilité, l'alcool. Pour arriver à « quelque chose » on va boire en compagnie masculine et risquer de se retrouver dans des situations scabreuses, voire même dangereuses.

Sinon, en général, on va jouer, sans aller « jusqu'au bout ». On baptise ça « le jeu de la séduction ». En 1880, un jeune étudiant en médecine parisien notait dans son journal que les jolies filles apercevant un beau jeune homme, relevaient leurs jupes et jupons un peu plus haut que nécessaire pour éviter les flaques d'eau les jours de pluie. Aujourd'hui, les mêmes comportements s'observent toujours.

Il en est ainsi de l'art du décolleté indiscret. Il s'agit de montrer sans montrer tout en montrant, faisant croire de montrer, ou laissant voir par « inadvertance » ses nichons.

Il en est ainsi également de l'art de la culotte. Il s'agit de montrer sans montrer tout en montrant, faisant croire de montrer, ou laissant voir par « inadvertance » sa culotte ou une partie de celle-ci.

Tout en jouant ainsi, les femmes observent discrètement leurs cibles. Elles ne regardent pas franchement et directement. Elles usent de toutes sortes de techniques : regard latéraux, regard porté un instant et détourné aussitôt, balayage oculaire de la zone où se trouve la cible, port de lunettes de soleil pour cacher ses yeux, sommeil simulé, etc.

Le manque d'amour et de tendresse est permanent et envahi tous les strates de la société. Une des causes jamais évoquées de la consommation tabagique réside dans le fait que sucer sa cigarette, sa pipe, son cigare, compense l'absence de bisou sur la bouche éventuellement avec la langue.

Car le bisou sur la bouche est un acte tendre et intime plus intime que quantité de gestes classés « sexuels ». Et son manque fait d'autant plus souffrir. Regardez bien un fumeur de cigarettes : devant tout le monde il se branle la bouche, les lèvres, la langue avec sa cigarette !

Les amateurs de cigare, sous prétexte de l'humecter vont jusqu'à le lécher soigneusement et sans se cacher. Qu'ils en soient conscients ou non, ils compensent ainsi le manque de léchage d'eux-mêmes et de leur prochain. Derrière l'humain « civilisé » le singe originel est toujours là.

D'autres compensations du manque d'amour, de tendresse, sont particulièrement dévastatrices : ainsi la recherche frénétique du pouvoir ou de l'argent pour l'argent (la chrématistique) qui conduit aujourd'hui notre Civilisation à l'abîme.

Chercher obsessionnellement le pouvoir et l'argent pour l'argent est une déviance. Et l'origine de cette déviance est le manque d'amour et de tendresse causé par la recherche de l'acte sexuel indépendant du désir authentique et véritable. Notre société est bien malade.

Et pourtant, la sortie de l'impasse pour chacun de nous est si simple : « écoutez-vous vous-mêmes ! Ne cherchez à faire l'amour que quand vous en avez authentiquement envie, sinon évitez absolument ! » Mais une vieille sagesse orientale dit que : « un jour les dieux voulurent cacher un secret aux hommes là où ils ne sauraient pas le trouver. Alors, ils le cachèrent dans l'homme lui-même. » Se remettre en question, se corriger soi-même n'est pas la chose la plus simple.

Et se corriger soi-même ne suffit pas pour remettre en état la société dans son ensemble, gangrenée par les pouvoirs et les cupidités multiples d'humains égarés qui persistent dans l'erreur. Il faudra un jour trouver la solution pour qu'enfin ils lâchent prise et nous laissent vivre paisiblement et libres.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 août 2014

jeudi 21 août 2014

273 Trouver les bonnes règles pour aimer

La philosophie est importante, car le principal fléau dont souffre l'Humanité, ce sont les idées fausses que les humains se font sur eux-mêmes. Alors que tous les besoins matériels et moraux de l'Humanité pourraient être très aisément et rapidement satisfaits, une conséquence tragique de ces idées fausses est qu'il n'y a jamais eu autant de pauvres. L'abondance engendre la faim et la misère organisées. On en meurt en masse dans bien des pays. Et cet état de choses ne fait que s'aggraver et gagner du terrain partout dans le monde. Car les chefs d'états et de gouvernements que nous avons sont pratiquement tous persuadés que leur bonheur implique de prendre des décisions à l'encontre de la population. Que la faim du plus grand nombre assurera la félicité du petit nombre auquel ils appartiennent. Ils ne sont ni fous, ni méchants, mis à part quelques-uns d'entre eux. Ils sont égarés et ne comprennent pas du tout où ils vont en entraînant les autres. Et si la masse les suit, c'est qu'elle aussi ne comprend pas sa situation et où elle va, où elle est entraînée. Déjà en 1549, Étienne de La Boétie avait souligné ce fait dans son Discours de la servitude volontaire ou le Contr'un.

Les idées justes abondent. Ce qui ne signifie pas qu'elles sont suivies. En vérité quand on les invoque, généralement on les altère et les réduit à néant. Par exemple on va citer les propos bibliques : « tous les hommes sont frères », « aimez-vous les uns les autres ». On vantera la justesse de ceux-ci. Pour ajouter aussitôt : « mais, dans certains cas... » et on videra complètement ces principes de leur substance. Un exemple fameux aussi est celui des pseudo adversaires de la peine de mort qui déclarent être contre elle. Pour ajouter aussitôt que, dans certains cas, bien sûr, elle ne peut pas ou ne pouvait pas ne pas être appliquée. Résultat, on trahira la position d'opposition à la peine de mort soi-disant adoptée.

Trahir ainsi, c'est ce qui arrive généralement avec la position de base de mon analyse de l'Humanité. J'affirme, chose peu original, qu'en chaque être humain s'oppose une base naturelle et un apport culturel. Quantité de gens acquiesceront. Diront que c'est vrai. Pour ajouter ensuite que, bien sûr, l'homme n'est pas à la base tout à fait un animal, etc. Et videront complètement de son sens la position soi-disant défendue par eux. Ce qui est original, c'est d'être intraitable, d'aller jusqu'au bout de la position Nature originelle contre Culture acquise. Ce que je fais. Oui, à la naissance nous sommes des petits singes parfaitement sauvages. La Culture vient ensuite nous contrarier.

Je ne défends pas la Nature bonne contre la Culture mauvaise, ou l'inverse. La Nature admet très probablement le vol, le viol et le meurtre entre humains. Je suis contre. Ce qui signifie qu'ici je m'éloigne de la Nature. Ce qui ne signifie nullement que j'encense sans limites la Culture. La Culture nous a donné entre autres le sandwich jambon-beurre, le sparadrap et la Vénus de Milo, qui sont de bonnes choses. Mais elle nous a également donné, entre autres, les mines anti-personnelles, la cupidité accumulatrice d'argent dite « chrématistique » et la lapidation des femmes accusées d'adultère. Choses qui me paraissent parfaitement mauvaises et négatives.

La Culture égare les humains et les prive le plus souvent du bien vital le plus précieux : l'amour. Cette privation prend une forme complexe qui rend très difficile la compréhension de son mécanisme.

Dans la vie des humains, il y a les trois âges de la sexualité :

J'observais récemment une aire de baignade familiale sur les rives du Tarn. Il y avait des petits enfants. Les petits garçons portaient des culottes pour se baigner. Les petites filles s'y voyaient ajouter des « soutiens-gorges » pour soutenir les seins qu'elles n'avaient pas encore. Ces tenues pouvaient être jolies, de beaux tissus, de vives couleurs. Mais que devons-nous en penser ? Voilà des petits enfants qui sont très loin de l'acte sexuel. On leur attribue des caches en tissu qui recouvrent certaines parties d'eux-mêmes. Ce qui signifie que ces parties d'eux-mêmes sont déclarées avoir un statut particulier. Il faut les cacher au regard d'autrui. Ce qu'on cache est honteux.

On voit ici s'articuler le message : ces petits garçons, ces petites filles, doivent cacher une partie déclarée honteuse d'eux-mêmes. Ce faisant, ils préfigurent l'exemple des adultes. On inculque ainsi aux petits enfants dès très jeune le fait qu'il existerait un domaine particulier, régit par des règles particulières et concernant un organe précis en particulier : le sexe. Alors qu'il n'est nullement question pour eux de « faire l'amour » on sous-entend que les organes dévolus à cette activité sont déjà à cacher. Si on réfléchit bien, on voit que cette manière de présenter les choses est obscène.

A moins de pratiquer le naturisme ou appartenir à un des rares peuples qui vivent nus, on ne se retrouve « au naturel » que pour se laver, être soigné médicalement ou « faire l'amour ». L'obligation de cacher aux tiers son anatomie, l'interdiction de voir celle des autres crée un traumatisme qu'on fini par ne plus remarquer, à force de le vivre, y être habitué. Imaginer que certaines personnes soient à la base nues dans leurs vêtements paraît même incongru. Imagine-t-on le pape tout nu ? Il est difficile de l'imaginer autrement qu'habillé.

Les années passent, et, après ce premier âge de la sexualité, arrive le deuxième. Vers onze, douze, treize ans ou plus tard, les garçons et les filles commencent à être attirés puissamment les uns par les autres. Va-t-on les autoriser à « faire usage » de leur zizi ? Pas du tout, ils sont considérés comme trop jeunes pour. On va procéder avec eux à une sorte de castration provisoire. La loi elle-même le proclame. Même désirant et consentant, en dessous d'un certain âge baptisé « majorité sexuelle », toutes activités sexuelles est prohibées et pourchassées avec une extrême sévérité.

Arrive enfin, après nombre d'années, le troisième âge de la sexualité. Le sexe devient enfin autorisé. Mais en suivant quels exemples, quelles règles ? On a habitué dès l'enfance les garçons et les filles à l'idée qu'il existe ici un domaine particulier, régi par des lois particulières. On va les chercher. Chercher à les suivre. Et ce faisant on va complètement s'égarer.

Car « le sexe » est en fait régi par les lois générales du comportement humain et pas par des règles différentes, spéciales, particulières.

La première des lois générales à suivre consiste à trouver la réponse à la question : « qu'est-ce que je veux ? » Ici on la remplacera par autre chose : l'obligation de suivre telle ou telle règle, quand bien-même elle nous contrarierait. Ainsi, par exemple, on croit que si on est d'accord pour « faire l'amour », et qu'on cherche à le faire, tout va bien. Alors que la question de fond, niée, bien cachée est : « en ai-je authentiquement envie ou est-ce juste une approbation d'origine culturelle ? »

La plupart du temps, quand des humains « font l'amour », ils suivent un raisonnement intellectuel et pas un désir véritable. Et cette manière de faire ronge et ruine à la longue tout accord entre les humains concernés. Je suis arrivé à cette conclusion après cinq dizaines d'années de réflexion. Il ne s'agit nullement pour moi de condamner l'acte sexuel, ce qui serait absurde et a aussi déjà été fait. Mais de considérer celui-ci bienvenu seulement quand existe un désir authentique et non une démarche qui relève du conditionnement reçu. Ce conditionnement reçu amène également à croire en la nécessité de se mettre en ménage avec la personne qu'on a choisi intellectuellement comme partenaire sexuel.

La source de la confusion entre sympathie, tendresse et sexe obligatoire avec vie à deux si « c'est sérieux », vient de l'existence de l'économie sexuelle. C'est-à-dire du corpus d'implications économiques qu'on accorde à la sexualité. Dans celui-ci, traditionnellement, la femme dépend matériellement de l'homme. Elle est également un objet de consommation, une sorte de meuble appartenant à l'homme. Il s'agit d'une tradition très ancienne. Ainsi, par exemple, la femme apparaît dans le dixième commandement biblique comme la propriété de l'homme : Tu ne convoiteras ni la femme, ni la maison, ni rien de ce qui appartient à ton prochain. Un âne, un tapis, une maison, une femme... sont définis comme des propriétés du « prochain », qui, par définition, est de sexe masculin. Seul l'homme est propriétaire. La tradition prétend aussi que si une femme est « infidèle » à l'homme, son propriétaire, il doit la massacrer. Il le fait avec l'aide, le soutien et la complicité de la communauté masculine à laquelle il appartient. L'amour ici est absent. Il s'agit de possession-domination. L'économie sexuelle ignore l'amour. Vouloir subordonner ce dernier à elle, c'est le nier.

Le mariage tant vanté est juste un contrat. La famille est une unité économique reproductive. Le mariage et la famille peuvent être beaucoup plus que ça. Mais compter juste sur leur existence administrative pour assurer le bonheur est un fantasme.

Il existe des problèmes généraux, des problèmes individuels et également des problèmes individuels qui sont l'expression de problèmes généraux. On tend souvent à nier le caractère général de problèmes particuliers quand il s'agit de la relation homme-femme. Si ça ne marche pas, c'est qu'on n'a pas « trouvé la bonne personne », « on a trop attendu de l'autre », c'est la faute à « pas de chance », ce sont les femmes « qu'on n'arrive jamais à comprendre », ou bien les hommes « qui ne veulent pas s'engager »... C'est toujours la faute à l'autre, à des impondérables. Mais, quand les mêmes incidents touchent simultanément des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, comment ne pas voir là l'expression d'un phénomène général vécu au plan individuel ?

Je connais quelqu'un qui voue un véritable culte à l'institution matrimoniale. Pour cette personne, le mariage est un acte fabuleux porteur des espoirs les plus grands, assurant des lendemains qui chantent. J'ai aussi dans mes connaissances une jeune fille qui considère sa virginité comme un bien précieux à préserver. Je ne partage pas ces convictions. Cependant, elles ne me dérangent pas. Simplement je vois les choses différemment. Peut-être que pour ces personnes effectivement le mariage est un acte fabuleux et la virginité un bien précieux.

Je ne conteste les convictions des autres que quand elles portent atteintes à l'intégrité des gens. Si quelqu'un est pour l'excision des petites filles ou l'assassinat des femmes accusées d'adultère, je suis opposé. Car ce sont des positions qui portent atteinte à l'intégrité des gens.

Une amie m'a dit à propos de mes convictions concernant l'amour et la sexualité que j'avais tort de généraliser mes impressions. Que chaque culture nationale différait, chaque comportement, chaque individu était unique. Cette manière de présenter les choses à mon avis conduit à noyer le poisson. Que ça nous plaise ou non, il existe des lois générales, même si elles sont mal connues, voire niées.

Quand un mariage sur deux à Paris et un sur trois en province fini par un divorce, ça signifie quelque chose. Des quantités de gens ont cru avoir vécu « le plus beau jour de leur vie », qui allait changer leur existence. Et voilà que tout vole en éclats. Le problème vécu ici directement par deux personnes est l'expression à leur niveau d'un problème de société. Et que dire d'autres graves dégâts surgissant dans les relations homme-femme à grande échelle ? Dépressions, suicides, crimes « passionnels », viols, agressions sexuelles, recours à la prostitution, etc.

Pour éviter de réfléchir devant cette situation, c'est trop facile de renvoyer les victimes à un sort individuel malchanceux. Il existe autre chose. Des règles à trouver pour éviter tant de souffrances et de malheurs. J'en propose certaines. Je peux me tromper. Mais en tous cas le débat doit être et rester ouvert. Et chercher à comprendre comment et de quelle façon se présentent les problèmes c'est déjà commencer à les résoudre.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 août 2014

vendredi 15 août 2014

272 L'invention du désir permanent et les enfants des premiers jours

Pourquoi les humains se plaignent-ils tant de ne pas arriver à connaître l'amour ? Très simplement parce qu'ils ignorent ce que c'est et cherchent dans de mauvaises directions.

Parmi celles-ci on peut en identifier plusieurs :

Le « mariage » : se « marier » assurerait le bonheur. Mais, le mariage, qu'est-ce que c'est ? Juste un contrat passé devant les autorités civiles ou religieuses. Pourquoi juste un contrat assurerait-il le bonheur ?

Le « Grand Amour » : là, on joue avec les mots. On décrète qu'un « amour », soit une relation entre deux personnes est qualifié « Grand ». Une démarche sémantique qui relève de la magie. Je te baptise vert, si tu es rose, dorénavant tu es vert.

Le « sexe » fabuleux : la pratique de l'acte sexuel avec une personne donnée entraînerait une jouissance extrême. Encore un mythe qui a la vie dure. Et conserve ses adeptes.

La « beauté » : une femme ou un homme très « beau » physiquement assurerait le bonheur de par sa beauté. Une belle ânerie qui fait régulièrement le malheur d'une quantité de gens, notamment des dites très belles personnes qui se font pourchasser par des troupeaux d'imbéciles.

Le plus d'« aventures » possible : coucher avec un maximum de partenaires jeunes et jolies assurerait le « bonheur ». Cette recherche frénétique conduit à divers délires. Un homme riche et célèbre qui collectionnait les belles amours tarifées a même fini par se faire prendre à « entreprendre » une femme de ménage dans un hôtel et voir sa carrière politique terminée.

On voit proclamer des « catégories » qui seraient sensées chercher l'amour : homosexuelle, hétérosexuelle, bisexuelle, asexuelle. Les uns chercheraient l'amour avec des personnes du même sexe qu'elles, les autres avec des personnes de sexe opposé, les troisièmes avec des personnes des deux sexes, les derniers éviteraient le sexe. A tous ces gens-là, il est bon de dire : « votre démarche vous regarde, je ne suis pas concerné et ne fait pas partie de votre société ».

Car le sexe est une chose totalement secondaire. Il existe. Mais le plus important est une chose que vous ignorez tout en l'invoquant fréquemment : c'est... l'amour.

Aucune espèce animale, l'homme y compris, n'a en permanence l'envie de s'accoupler. Vous êtes de pauvres gens abusés par votre éducation et croyez que le « sexe » est une activité permanente à pratiquer ou rejeter en permanence.

L'amour, la plupart du temps ignore le sexe. Si le sexe était de la crème fouettée, vous feriez penser à des abrutis qui ramènent une quantité de crème fouettée à ajouter à tous les plats, toutes les boissons qui existent, pire même, toutes les activités. Je veux me promener ? Voici de la crème fouettée ! Je veux faire du sport ? Voici de la crème fouettée ! Je veux manger un sandwich au saucisson ? Voici de la crème fouettée !

Comment ? La crème fouettée te dérange ? Mais c'est très bon, la crème fouettée ! Si tu n'en veux pas, c'est que tu ne l'aimes pas, tu as « un problème » !

Voilà où en sont rendu les milliards d'imbéciles qui ramènent le sexe dans la relation humaine quand il n'a rien à y faire. L'acte sexuel n'est pas quelque chose d'anodin. Et, quand le jour J à l'heure H il n'a pas sa place dans une relation, si tendre et affectueuse soit-elle, on doit le laisser de côté.

Les humains, abusés par leur éducation, assimilent toutes leurs réactions génitales à « l'obligation » de « faire l'amour ». Ils croient aussi que la masturbation exprime le besoin de « faire l'amour ». Alors qu'elle est l'expression de la compensation du manque affectif causé par l'abus de la recherche systématique et permanente de l'acte sexuel. Celui-ci ne devant être recherché que quand un vrai désir réciproque existe, ce qui arrive rarement.

Quand on ne cherche plus systématiquement à mimer les gestes de la reproduction, on découvre la réalité de soi et des autres, qui est pour le moins surprenante. Et l'amour, on le voit partout.

On aime librement. On est libre. Débarrassé de la mythologie amoureuse et sexuelle, on vit enfin sa vie tranquille, loin de l'agitation stupide des autres : les proclamés homosexuels, hétérosexuels, bisexuels ou asexuels. On ne se rattache plus à une des quatre catégories qui s'agitent et croient chercher l'amour. On « est » la relation. On « est » l'amour.

On ne participe plus de la vaste cacophonie ambiante. On préfère et suit la petite musique des fleurs.

Et on se retrouve tel qu'on a toujours été, enfant des premiers jours.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 août 2014

jeudi 31 juillet 2014

271 Aimer plusieurs personnes à la fois ?

Quand on échange des propos avec d'autres, il peut arriver subitement qu'on touche leurs limites et qu'ils réagissent avec vigueur contre nous. Je me souviens d'une époque il y a bien longtemps où je parlais avec mon père. Dans le domaine des mœurs, je crois que j'aurais pu lui annoncer les choix les plus divers : que je devenais polygame, homosexuel, etc. Il n'aurait rien trouvé à redire. Mais, un jour je lui ai donné à lire un texte où j'avais écris ces mots : "le sexe est une partie du corps comme les autres". Il a littéralement explosé. Sans expliquer pourquoi, il n'était absolument pas d'accord ! Sa réaction inattendue m'a effrayé au point que j'ai déchiré mon texte. Chose qui ne m'est sinon quasiment jamais arrivé.

Une autre fois, parlant avec une jeune femme, j'ai mis en doute le concept de couple. Là, pareillement, la voilà qui subitement monte sur ses grands chevaux et s'indigne vigoureusement de l'affront que je fais en remettant en question ce concept.

Par la suite cette jeune femme qui souhaitait ne pas travailler, est, par le plus grand des "hasards", tombée amoureuse d'une jeune homme promis à une très belle carrière professionnelle. L'a épousé et a eu trois enfants. Comme l'amour fait bien les choses ! Auparavant elle avait évité l'amour avec deux personnes matériellement mal assurées.

Je crois que surtout cette jeune femme a su investir le capital périssable dont elle disposait : sa très grande beauté physique allant de pair avec une certaine petitesse morale. On comprend, à postériori, que pour elle, il était essentiel de valider le concept de couple. Sur lequel elle a construit sa vie. Qu'elle y croyait vraiment ou non. L'essentiel étant que son cher et tendre y ai cru le moment-venu pour accepter de l'épouser.

L'amour doit-il être nécessairement vécu avec une seule personne ?

Poser la question c'est déjà se faire mal voir de beaucoup. La question est interdite. Si on la pose, on est automatiquement traité par certains au mieux de rêveur, au pire de libertin. Pourquoi poser une question ne devrait pas se faire ? Pour comprendre, toutes les questions sont justes, innocentes et légitimes. Depuis quand l'intelligence consiste à se taire et refuser de réfléchir ?

Mais ici, on touche aux limites de beaucoup de gens. Oser mettre en doute le couple, c'est comme remettre en question l'existence de Dieu, pour un croyant. On se retrouve ici quittant soudain le débat rationnel. On se confronte au passionnel et à l'irréfléchi.

Pourtant, eut égard aux souffrances innombrables causées par "l'amour" il paraît justifié de remettre tout en question. Au moins le faire en théorie, afin de dégager des solutions pour réduire la souffrance.

J'ai été amoureux d'une personne ayant beaucoup de soucis notamment de santé. Partager sa vie quand elle était très malade, puis notre séparation, ont été des moments extrêmement difficiles à vivre pour moi. J'ai littéralement failli à un moment-donné "y laisser ma peau". J'aime m'interroger, chercher à comprendre comment de tels moments peuvent arriver.

Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que l'amour fait forcément souffrir, doit faire souffrir, mais "nous grandit" et autres propos du même acabit. Personnellement, je crois la souffrance mauvaise. Et moins on souffre, mieux c'est.

Pourquoi nous attacher tant à une personne unique ? Lier son destin à elle et subir quantité de choses désagréables s'ajoutant aux moments agréables vécus avec elle ?

Il m'est déjà arrivé de me dire : "j'ai cherché la femme de ma vie. Et je trouvais ça tout à fait normal. Si j'avais été musulman, j'aurais cherché les quatre femmes de ma vie. Et j'aurais trouvé ça tout à fait normal."

Quantité de nos désirs sont formatés par notre culture. Et si, sans rejeter l'amour, nous réformions notre manière d'aimer ?

Certes, s'entendre avec quelqu'un et vivre avec, peut être très chouette. Mais pourquoi ne devrions-nous aimer qu'une seule personne ? Je ne parle pas ici de libertinage. Aimer n'implique nullement forcément le sexe. Il peut être présent ou pas. Et si notre morale exige de n'avoir d'activités sexuelles qu'avec une unique personne, nous pouvons suivre notre morale. Mais l'amour c'est autre chose que le sexe, sans lui être contradictoire.

Personnellement, je me passe très bien du sexe, mais pas de l'amour. Je n'ai rien contre le sexe. Mais aussi, je ne vais pas suivre la mode de "la pensée unique" qui prétend qu'il faut avoir nécessairement une activité sexuelle.

Je me dis : je peux aimer. Et aimer plusieurs personnes, sans pour autant avoir une activité sexuelle partagée. Je sais que ma démarche sort des cadres établis.

Il est préférable aussi d'être à l'écoute, disponible, gentil et généreux uniquement avec les personnes qui nous respectent. Avec les autres, seulement être poli et c'est tout.

Faire le tri. Sans le leur dire, virer définitivement de nos relations amicales existantes ou possible, toutes les personnes qui ne nous respectent pas. Rester juste poli avec elles. Pour le reste, les ignorer et ça va beaucoup mieux. Rayer des amis possible toutes personnes qui ne respectent pas les autres.

Ainsi on devient libre d'aimer sans être bloqué par de fausses relations d'amitié. Il faut faire très attention dans le domaine amical. Et consacrer son attention, son écoute, sa gentillesse et sa générosité uniquement aux personnes qui paraissent  respectueuses des autres. Tous les investissements amicaux pour des personnes non respectueuses des autres, si brillantes ces personnes puissent-elles paraître dans divers domaines, égarent et empêchent de vivre l'amour avec des humains. Ce parasitage est le principal obstacle à l'amour.

Quand on pose la question : "est-il possible d'aimer plusieurs personnes à la fois ?" On se heurte souvent à un tir de barrage prétendant interdire le débat. L'ouvrir signifierait soi-disant remettre en question l'amour au profit d'oiseux bricolages. Or, c'est justement l'inverse, le refus d'ouvrir un débat qui ouvre la voie à d'oiseux bricolages. Surtout que l'amour n'étant pas obligatoirement sexuel ou pas sexuel. On ne voit pas de base honnête à ce procès. Pour ceux ou celles qui veulent interdirent le débat, l'amour est forcément sexuel et aimer plusieurs personnes à la fois est synonymes de polygamies ou polyandrie.

La polygamie et la polyandrie existent dans nos sociétés soi-disant monogames. Simplement on baptise la deuxième épouse "maîtresse", ou le deuxième époux "amant". Mais, dans la pratique, ça ne change rien. A part l'hypocrisie en plus. Et, s'agissant des harems, nos sociétés occidentales connaissent ces harems collectifs que sont les bordels.

Sans nous intéresser aux hypocrites, voyons ce que l'ouverture du débat peut apporter aux personnes sincères. Il existe de petits appareils électriques qui brouillent les messages de douleurs avant leur arrivée au cerveau. Ce sont des appareils antalgiques. Se dire : "je peux aimer plusieurs personnes à la fois", c'est envoyer un message destiner à brouiller le conditionnement reçu. De même que l'on brouille le message de la douleur avec ces petits appareils électriques.

Il ne s'agit pas de remettre en question l'amour mais d'accepter l'amour comme il est. Ensuite, chacun se déterminera en fonction de ses possibilités, sa conscience, sa morale, ses idées. Mais nier la réalité n'amène que des souffrances.

Combien d'épouses prennent pour amants leur beaux-frères ? Et ont même des enfants avec, qui ressemblent bien sûr à leur oncle et père officiellement déclaré ? A quoi bon tant de mensonges et d'hypocrisie ? Où est la morale là-dedans ? Et qu'entend-t-on par "morale" ?

C'est souvent dans les familles les plus bruyamment puritaines que les horreurs arrivent.

Le seul point sur lequel il ne faut en aucun cas transiger est celui du respect de soi et de l'autre. Plutôt que se désespérer de ne pas trouver l'amour unique et rêvé, la moitié d'orange, le prince charmant, plaçons-nous en perspective 5, en abrégé P5.

C'est-à-dire que nous décidons d'aimer cinq personnes à la fois. Résultat, l'attachement est moins impératif. Le doute ou la séparation, l'éloignement ne sont plus aussi dramatique. C'est de la pression causée par le choix de la P1, perspective 1, n'aimer qu'une personne à la fois que résulte bien des drames.

Et le sexe dans tout ça ? Il existe, bien sûr. Mais n'est pas l'objet central du débat.

Existe-t-il une fidélité naturelle ? Peut-être elle existe, peut-être pas.

Je lisais dernièrement le courrier du cœur d'un magazine italien pour les très jeunes filles. Une lectrice s’inquiétait : "j'aime deux garçons à la fois, est-ce possible ?". Le magazine répondait : "c'est impossible, tu ne peux pas aimer deux garçons à la fois. Ça n'est pas le vrai l'amour. Attends le moment où tu aimeras un seul garçon à la fois. Et là, tu verras que c'est le vrai amour." De quel droit, et au nom de quelles compétences ce magazine peut-il décider que cette jeune fille n'est pas amoureuse, ne saurait être amoureuse de deux garçons à la fois ? On voit ici le discours de la "pensée unique", l'intolérance, le terrorisme intellectuel. Ce serait plus simple de rassurer la jeune fille sans la contrarier. Et si ça se trouve, la rédactrice qui clame ici l'unicité impérative de l'amour, a elle, plusieurs amants.

Ce magazine, par ailleurs donne d'excellents conseils. Mais là, il y a dérapage et exaltation de "la pensée unique".

Nous sommes tous différents. Et n'avons aucune raison valable de chercher à imiter les autres. Ni eux de nous imiter. Et plutôt que les imiter, je peux tout aussi bien me dire qu'ils n'ont qu'à m'imiter moi.

L'essentiel est de rester libre, conscient et respectueux dans sa tête et son cœur. Y renoncer serait renoncer à être nous-mêmes. Et alors nous ne saurions plus avancer positivement dans la vie.

Basile, philosophe naïf, Paris, 15 juin et 31 juillet 2014