lundi 27 octobre 2014

294 Un carnavaleux parisien part à la retraite

J'ai pris l'initiative de la renaissance du Carnaval de Paris il y a 21 ans... comme le temps passe, voilà qu'un de ceux qui m'ont suivi dans cette entreprise à la fin des années 1990, part en retraite. A cette occasion, je lui ai rédigé un petit hommage qui rapporte bien ce que furent les très difficiles débuts de cette aventure.

Je me suis lancé il y a 21 ans dans le pari fou de faire renaître le Carnaval de Paris, fête alors complètement oubliée. Excepté de quelques rares spécialistes qui en avaient entendu parlé ou lu des écrits à son sujet.

Seul, sans argent, ni relations, ni expérience d'un Carnaval de rue, je suis allé « au charbon », ou plutôt « au confetti »..

Ce fut extrêmement difficile. Il m'a fallu cinq ans pour parvenir, grâce à un élu atypique : Alain Riou, de faire renaître le cortège carnavalesque traditionnel parisien de la Promenade du Bœuf Gras le 27 septembre 1998.

En 1998, quand celui-ci était enfin sûr de sortir, j'ai cherché à organiser un groupe carnavalesque de rue. Le déclic pour lancer l'initiative fut un texte sur « L'Internationale bovine ». Je l'ai lu à Bernard. Il m'a dit : « c'est ce qu'il nous faut ! »

On s'est vu en juillet 1998 dans un café. Ce soir-là, nous étions quatre : Bernard, Martha, Claude, et moi. Et avons fondé la Première Compagnie Carnavalesque Parisienne « Les Fumantes de Pantruche ».

Ce fut une avancée prodigieuse... mais nous n'avions aucune pratique du Carnaval et encore moins de celui de Paris, endormi depuis des décennies.

Alors, nous avons fait avec ce que nous savions : dans le petit groupe, qui s'était étoffé, l'un avait l'habitude de l'organisation de spectacles, il a fait du spectacle, l'autre de l'animation folklorique, il a fait de l'animation folklorique, le troisième de l'association 1901, il a fait de l'association 1901, ou encore de la politique, il a fait de la politique. En tachant tant bien que mal d'adapter sa pratique au Carnaval.

Ça n'a pas été sans mal. Il a fallu apprendre. Le Carnaval vivant a ses règles et ses lois et bouscule les habitudes acquises hors de son cadre. Mais le bateau a tenu bon et continué sa route. En 2014, nous avons eu la dix-septième édition du Bœuf Gras depuis 1998 et la sixième de la Fête des Blanchisseuses. L'autre cortège carnavalesque traditionnel parisien, qui est reparu en 2009 grâce à Alexandra, que j'ai aidé.

Aujourd'hui, le Carnaval de Paris existe à nouveau. Et ne demande qu'à grandir, à sa vitesse et à son rythme.

Bernard a fait partie des pionniers de la renaissance du Carnaval de Paris, à une époque où ils étaient rares. On en avait besoin. Ils ont été là au bon moment. En 1999, pour la seconde édition, j'ai presque pu faire le relevé nominal précis après coup de tous les participants au cortège du Bœuf Gras. En 2014, nous étions 3500 dans le cortège, chiffre de la police. Depuis sa renaissance en 1998, le cortège a grandi. Mais pour en arriver là, il a bien fallu commencer petit.

Bernard a eu le mérite d'être un théoricien qui est allé à la pratique carnavalesque, s'est costumé, a défilé, chanté des chansons. Il n'est pas resté uniquement un homme des livres, plongé dans de passionnantes et enrichissantes recherches. Aujourd'hui il prend sa retraite. Par l'intermédiaire de ses amis, je le remercie et le salue ici.

Basile, historien du Carnaval de Paris et initiateur de sa renaissance depuis 1993.

vendredi 24 octobre 2014

293 De la goguette au comité-goguette : lettre aux étudiants brésiliens

Les goguettes sont des petits groupes festifs et indépendants, à participation libre, bénévole et gratuite. Leur but est la joie, la fête, l'amitié. Ils se réunissent ponctuellement pour passer des bons moments ensemble, boire, manger, chanter, danser et défiler au Carnaval.

Je propose de créer des comités-goguettes. Ils se définissent ainsi :

Ce sont des groupes indépendants de moins de vingt participants. Ils pourront être de taille dunkerquoise, soit douze, comme la quasi-totalité des goguettes de Dunkerque et sa région. Ou de taille parisienne, soit dix-huit, comme c'était le cas, au moment de leur prospérité, des jadis nombreuses goguettes de Paris. Elles assuraient à Paris un Carnaval grandiose qui inspira Rio.

Les comités-goguettes se fixent pour but de faire renaître et propager la pratique goguettière. Ils encouragent la naissance d'autres goguettes.

Les comités-goguettes fonctionnent en goguette. C'est-à-dire se réunissent ponctuellement pour passer un bon moment ensemble, chanter, danser, manger, créer des chansons, se costumer, etc.

Participent à une fête au moins par an : s'agissant de comités-goguettes étudiants en région parisienne, je propose que ce soit le Carnaval des Femmes – Fête des Reines des Blanchisseuses de la Mi-Carême, qui est la fête oubliée des étudiants de Paris. Que cette participation soit active : j'ai besoin d'un léger service d'ordre débonnaire. Ça pourra être la tache ce jour-là du comité-goguette étudiant : favoriser la marche du cortège. Le service d'ordre pourra être organisé en binômes.

Enfin, s'agissant d'argent. Pour l'organisation du Carnaval de Paris et du Carnaval des Femmes, c'est une fête qui ne coûte pas cher à organiser. Car toutes les participations sont libres, bénévoles et gratuites. Cependant, il y a quelques très petits frais comme les assurances. S'il est possible que le comité-goguette m'aide à les assumer, ce sera le bienvenu. Bien sûr, rien n'est obligatoire.

Avec les comités-goguettes faisons revivre la festivité traditionnelle partout, et sans avoir spécialement besoin de financements, courses humiliantes, pénibles et risquées aux subventions. Faisons renaître la Corda Fratres en France et ailleurs, au Brésil, en Angleterre, en Russie, partout. Pour la large floraison des relations facultères des étudiants du monde ! « Facultères » est un mot qui définit ici des relations fraternelles et festives organisées entre écoles, villes universitaires ou au sein de branches d'études, comme cela a été préconisé pour la réussite de la Corda Fratres.

La Corda Fratres est l'organisation mondiale fraternelle et festive étudiante, ni politique, ni religieuse, ni commerciale, ni humanitaire. Elle prospéra sur les cinq continents de 1898 à 1914. Et disparu victime de faiblesses d'organisation interne (sections nationales, centralisation, tutelle des anciens) et d'événements politiques circonstanciels (venue au pouvoir du fascisme en Italie).

La Corda Fratres manque aujourd'hui dans le monde. Je propose qu'elle renaisse.

Sa renaissance ne réclame pas de financements, mais de l'intelligence et du cœur.

Pour connaître son passé, lisez l'article Corda Fratres que j'ai écrit dans la Wikipédia en français.

Poursuivons l'œuvre festive et fraternelle d'Efisio Giglio-Tos, fondateur de la Corda Fratres en 1898 ! Pour le connaître, lisez l'article Efisio Giglio-Tos que j'ai écrit dans la Wikipédia en français.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 octobre 2014

dimanche 19 octobre 2014

292 La mort assassine l'hôpital militaire du Val-de-Grâce

Quand on lit des discours qui prétendent nous expliquer la politique, on y voit affirmer que, pour telle ou telle cause, telle ou telle personne s'est mobilisée. Le raccourci est totalement dépourvu d'objectivité. En effet, personne n'est obligé de faire de la politique. On peut très bien avoir une vie honnête, active et bien remplie sans avoir aucune activité politique. Il existe donc des motivations particulières qui amènent certaines personnes – et pas d'autres – à faire de la politique.
Ces motivations sont un sujet tabou. J'ai entendu des fois en parler. Par un militant politique qui s'étonnait qu'un bon camarade à lui, très actif, ai tout arrêté le jour où il a trouvé un travail passionnant dans sa branche artistique. Un autre militant politique s'étonnait devant moi d'un comportement similaire précipité par un mariage. J'ai aussi entendu un groupe de militants d'une organisation politique étudiante, s'esclaffant au sujet des nombreux militants d'une organisation adverse qui arrêtaient la politique dès la fin de leurs études universitaires. J'ai pensé alors : « mais, dans leur organisation, ça doit arriver aussi et ils n'en parlent jamais ! »
Les motivations qui amènent à faire de la politique ne sont pas en premier les idées, mais la recherche du plaisir causé par l'auto-administration d'endorphines. Cette auto-administration qu'on retrouve comme motivation dans tous les domaines : arts, amour, plaisirs intellectuels, gastronomiques, familiaux, amicaux, festifs, sportifs, etc. ne relève pas des idées mais de causes psychologiques. En politique nous allons voir quelles peuvent-elles être. On peut se mettre à faire de la politique pour se défendre d'une agression. Cette démarche n'est pas la plus répandue. Elle nécessite des conditions très particulières. Plus fréquemment, l'ambition commande. Le plaisir d'acquérir un pouvoir de commandement sur les autres, les tromper, les manipuler, profiter d'eux, les exploiter, se faire admirer d'eux tout en les roulant... On peut aussi faire de la politique comme un passe-temps : on choisit la cause des X contre les Y. Salauds d'Y !!! Si, par contre, quelqu'un fait remarquer que les X ne sont guère plus fréquentables que les Y, il va se faire incendier par ceux dont le passe-temps favori est de défendre « la noble cause des X ». « Mais alors, diront-ils, si on t'écoute, il ne faut rien faire ?! » Car, il s'agit à tous prix de « faire » quelque chose... s'occuper à « faire de la politique », comme d'autres s'occupent à jouer du piano ou faire du jardinage...
Une motivation très puissante pour faire de la politique est la peur existentielle. Les empereurs d'Assyrie qui commirent une somme invraisemblable de crimes et meurtres divers s'attachaient fanatiquement à l'idée de « laisser une trace » de leur passage sur terre. Un imbécile nommé Assourbanipal fit inclure dans le moule des briques de construction de toute une cité l'inscription ainsi répétée plusieurs millions de fois : « Moi, Assourbanipal, Roi des Rois régnant sur les Rois, fils d'Assournazirpal, Roi des Rois régnant sur les Rois, ai fait bâtir cette cité ». Je cite de mémoire. Moralité : aujourd'hui, tout le monde s'en fout du guignol sanguinaire Assourba-quelque chose, fils du guignol tragique Assour-machin-truc ! La frayeur existentielle comme motivation pour faire de la politique conduit à des comportements mesquins, dévastateurs et aberrants. Comme, par exemple, liquider progressivement l'hôpital parisien de l'Hôtel-Dieu, fondé en l'an 651. Et décider de fermer le meilleur hôpital de Paris et de France : l'hôpital militaire du Val-de-Grâce. La mort a horreur des hôpitaux. C'est elle qui fini par se retrouver aux commandes. Une autre motivation très puissante pour faire de la politique est la possibilité d'accéder à la liberté de débauche extrême que peuvent pratiquer certains politiques. Je ne citerai personnes. Il y a des exemples suffisamment connus.
Enfin, sixième et dernière catégorie de motivations citées ici pour faire de la politique : être utile à la collectivité. Cette motivation englobe des démarches qui ne sont pas considérées directement comme « politiques », comme, par exemple : faire avancer la science ou la médecine. Ainsi, Lao-Tseu, Galilé, Parmentier, Semmelweis ou Jacques Benveniste sont des grands et nobles politiques.

Basile, philosophe naïf, Paris le 19 octobre 2014

lundi 13 octobre 2014

291 A propos de la « pompe à endorphine »

Tomber amoureux serait le sentiment consécutif à un emballement de la pompe à endorphine. Il entraine un état euphorique semblable à la prise d'une drogue. Car les endorphines sont des drogues.

Le rêve de « l'amour réciproque » reviendrait au souhait de voir s'opérer deux emballements interdépendants de leur pompe à endo chez deux individus. Une sorte de soulerie endorphinique collective. Ça arrive. Mais remarquons-le, un tel phénomène ne garantit en aucune façon « le bonheur » ni « la durée ». On peut, y compris, être réciproquement saoul et extrêmement malheureux. Cette soulerie est parfois traduite par l'expression : « les amoureux sont seuls au monde ». Effectivement, quand deux individus sont ivres morts à coups de doses massives auto-administrées d'endorphines il est difficile de les voir communiquer avec leur entourage. Non, ils cuvent leur alcool amoureux. En attendant de dessaouler de manière plus ou moins confortable.

Je me souviens avoir été amoureux d'une Dijonnaise. Le jour où elle devait venir à Paris, je m'allonge sur mon lit, pense à elle et me sens plongé dans une grande et profonde euphorie. C'était une sorte d'état d'ébriété endorphinique. Je ne me sentais pas capable de me motiver pour bouger. Je restais hébété. J'étais saoul de Marie-Christine ! C'était bien agréable. Mais, est-ce que se noircir la gueule est le but de la vie ?

Cette ébriété conduit également à un état de stupidité, dépendance. Elle fait naître le curieux phénomène de la toutouisation : on devient littéralement le touton de son ou sa bien-aimé. Il ou elle peut faire de vous ce qu'il ou elle veut. On perd tout son sens critique. On a l'impression que rien de mal ne peut vous arriver. Qu'on est en quelque sorte « protégé » par son ou sa partenaire, ses sentiments pour lui ou pour elle. Et on commet des imprudences. Ce sentiment de sécurité imaginaire peut être éprouvé vis-à-vis de ses parents. Croire « qu'en famille » rien de mal ne peut vous arriver. Il est arrivé qu'une famille étant en danger refuse de laisser se mettre à l'abri l'un de ses membres qui aurait du pour cela s'éloigner du groupe. Groupe qui a ensuite très mal fini.

J'ai moi-même été toutouisé par des demoiselles. Ainsi, un jour, une très jolie dame mariée m'avait séduit. Par précaution et ruse elle avait prétendu être en cours de séparation d'avec son mari. Voilà qu'elle m'invite dans l'appartement qu'elle partage avec lui. Qu'elle est censée quitter incessamment sous peu. Et je suis surpris de la voir, avec enthousiasme, élaborer des projets de décorations futures de ce lieu. Je pense alors : « ça n'est pas possible qu'elle s'en va, quand elle a de tels projets, ça signifie qu'elle va rester ici ! » Et aussitôt je refuse de continuer à y réfléchir... Tirer les conclusions évidentes impliquait de conclure qu'elle ne se séparait pas de son mari. Et penser ça impliquait de stopper la pompe à endo en action grâce au fantasme d'origine mensongère concernant la dame et mon amour pour elle. J'ai refusé de considérer la réalité pour garder ma dose d'endo. Les endo rendent idiot, affaiblissent nos capacités de perception et raisonnement, comme... toutes les drogues.

Quand on est abêti par les endorphines, l'intellect déconne. Alors, par exemple, on se berce avec une idée fixe à propos du cul de l'être aimé. On a l'impression que si on arrivera à y fourrer sa queue, c'est un homme qui parle, on parviendra au sommet du bonheur. Ou que si on passera avec sa Dulcinée devant Monsieur le Maire le bonheur sera assuré. Tout ceci alors qu'on sait déjà pertinemment que fourrer sa queue dans une demoiselle n'assure rien du tout. Et qu'un couple marié sur deux à Paris divorce.

Il est courant quand un couple fonctionne mal que tout l'entourage le voit, que c'est une évidence. Et qu'un des conjoints concernés ne voit rien. Il est amoureux, c'est-à-dire qu'il est abêti, abruti intellectuellement par ses endo. Autre exemple : un conjoint terriblement jaloux est largué par sa compagne. Il l'implore alors de revenir. Lui accordant le droit de « faire ce qu'elle veut ». Y compris le tromper allégrement. Plutôt qu'être en manque de sa drogue, le jaloux est prêt à renoncer à sa jalousie. Seule la drogue et ses conséquences expliquent cette incohérence.

Un mari trompé et largué me disait, parlant de sa femme qui avait fuit le domicile conjugal : « je ne lui demande rien, juste de revenir vivre avec moi ». Quelle estimation stupide de l'ampleur de cette revendication ! Elle avait pour source le désir d'être à tous prix assuré de pouvoir poursuivre la « toxicomanie amoureuse ».

Un autre homme, apparemment intelligent et raisonnable, me disait un jour qu'il ne comprenait pas du tout pourquoi une femme pouvait refuser de se donner sexuellement à lui. Cette vision ultra-naïve des femmes s'apparente à celle d'un enfant qui demande pourquoi on le prive de bonbons. Souvent, les endorphines rendent tellement bête qu'on a l'impression que, s'il s'agit d'amour, on n'a plus affaire à la même personne que celle qu'on voit à l'œuvre dans d'autres activités.

Le populaire l'a bien compris, qui déclare que : « l'amour rend aveugle ». Non, il ne rend pas « aveugle », il rend surtout très con, béat, idiot, abruti, naïf et benêt au delà de toutes expressions. Les femmes manipulatrices et les hommes manipulateurs en savent quelque chose ! Quand ces individus ont réussi à prendre quelqu'un dans leur filet, il le font danser, jusqu'à épuisement de.... son porte-monnaies. Et aussi en profitant de plein d'autres choses. Combien de bricoleurs sont réduits en esclavage par de jolies créatures qui leur font aménager gratis leur appartement ! J'en sais quelque chose ! Comme « petit con » chargé de couper la moquette, décoller le papier peint ou repeindre la cuisine de la demoiselle de mes rêves, je l'ai vécu et bien vécu. Et n'ai pas eu droit à son cul ! Il me pendait au nez comme la carotte de l'âne au bout de sa ficelle et me faisait avancer.

Les endo provoquent également des états très semblables à ceux entraînés par la prise de drogues classiques et d'autres qui sont plus étranges. Je décrirais ici quelques-uns de ces états.

Je me souviens avoir passé deux bonnes heures a échanger des caresses avec une très longue et maigre Anglaise. Sa qualité nationale est importante pour apprécier la fin de mon récit.

A ces caresses ne vint pas s'ajouter le « jeu du petit train ». Quand Liz voulut absolument m'en offrir un succédanée avec la main, je lui dit de cesser aussitôt, car elle me faisait mal au zizi. Et je ne cherchais pas ici à rencontrer la bonne et généreuse veuve... pas la guillotine, la Veuve Poignet...

Donc, après deux heures de bisous et caresses, nous arrêtons la séance et nous rhabillons. Liz met de la musique et nous prépare du thé. Là, j'écoute la musique, c'était du classique, un morceau habituel du très habituel Jean-Sébastien Bach. Et je ressens que je n'ai jamais trouvé aussi belle cette musique, que j'ai déjà écouté un million de fois. Liz, de son côté, commence à boire son habituel breuvage national. Et me déclare qu'elle n'a jamais trouvé un thé aussi bon.

Et voilà. Nous étions tout simplement drogué aux endorphines de notre échange de caresses.

Faire ainsi apprécier le thé à une Anglaise !!! Fallait le faire ! J'ai été fort, tout de même ! Cocorico ! Vive la France !! Et Liz a été forte aussi ! God save the Queen !

En 1986, j'ai vu et apprécié une conséquence très étrange sans doute des endo. C'était à l'occasion d'un stage de massage.

Celui-ci est organisé par une dame qui nous explique que durant les séances de massage, il arrive qu'une personne massée s'anime soudain. Et, par exemple, dans une sorte d'état semi conscient, commence à incarner l'éclosion d'une fleur, avec des mouvements très harmonieux. Ou mime d'autres genres de choses ou êtres animés... je cru qu'elle nous mystifiait.

Et puis voilà, à poil tout le monde ! Et allons-y qu'on se masse les-uns les autres, tout partout, excepté le zizi... La dame, à un moment, massée par quatre ou cinq paires de mains, les yeux fermés, commence, en respirant fort, à mimer une personne qui rame.

Moi, toujours sceptique, en déduit que, pour mieux nous mystifier, elle fait semblant d'être animée de la façon bizarre dont elle nous a fait part. Comme elle se fait payer le stage qu'elle anime, j'en déduis qu'elle mime ce soi-disant état pour mieux nous tenir comme clients. Nous convaincre de revenir et repayer pour participer.

Mais voilà, j'ai connut une expérience ensuite qui m'a radicalement fait changer d'avis et convaincu de la bonne foi et sincérité de cette dame concernant ce bizarre phénomène d'animation.

Vers la fin du stage, qui durait je crois le temps d'un weekend, j'étais allongé sur le dos et massé par une jeune fille au niveau de ma poitrine. Elle était en tête de la table de massage. J'avais les bras allongés le long du corps. Quand j'ai senti l'un de mes bras faire un grand mouvement majestueux en décrivant une courbe vers le haut, sans que je lui ai rien commandé. C'était comme s'il s'animait tout seul, indépendamment de moi. La masseuse remis le bras à sa place de départ. Il refit le même mouvement l'instant d'après. Même réaction de la masseuse. La troisième fois, elle le coinça sous son bras et continua le massage. Le phénomène s'est stoppé à partir du moment où elle a bloqué mon bras. J'ignore quelle animation j'avais ainsi amorcé. Donc, cette histoire d'animation était vraie. J'en avais ressenti le début !

J'ai connut un autre phénomène à deux reprises. C'était dans le cadre d'un échange à caractère « sexuel ». Je faisais un massage à la personne avec laquelle j'étais. Et ma main à un moment-donné est allée toute seule, sans que je la commande, droit à un endroit donné.

L'autre exemple est aussi curieux. La personne avec qui je suis est allongée sur le lit. Il y a une chose que je veux faire. Pour laquelle il faut que je m'agenouille près du lit. Et je me retrouve agenouillé, sans me souvenir m'être agenouillé, ni l'avoir décidé.

Quelquefois ce sont les paroles qui paraissent échapper à la volonté. Je me souviens un jour sur une plage en 1992. A un moment-donné l'amie avec laquelle je me trouve me dit que je lui ai crié je ne sais plus quoi. Or, je ne me souvenais pas lui avoir dit quelque chose à ce moment-là. Ou le souvenir s'était effacé subitement. Ou alors il s'agissait de télépathie perçue exactement comme si j'avais dit quelque chose. Je fais partie des gens qui sont convaincus qu'il arrive des transmissions de pensées. Plusieurs fois, quand j'ai pensé très fort à quelque chose, en marchant dans la rue, il m'est arrivé de voir quelqu'un qui marchait devant moi se retourner. Exactement comme si je m'étais exprimé à voix haute. Or, j'avais la certitude à ce moment-là d'être resté silencieux.

Ce genre de choses arriverait à quantité de gens. Qui en ont conscience ou non. Une fois, il y a au moins douze ans, j'étais dans une boulangerie de mon quartier. J'annonce à la boulangère que je me propose de lui acheter un gâteau. Je choisis en pensée mon gâteau, une religieuse au café. Et, suis surpris, que la dame auquel je n'ai pas indiqué mon choix, m'annonce : « alors, c'est donc la religieuse au café ! » Je la regarde et l'interroge : « mais comment le savez-vous ? » Elle a subitement pris un air très ennuyé. En fait, elle avait un don et était ennuyée si on le remarquait.

Ces mouvements décidés pas par nous, ces pensées télépathiques relèvent certainement de tout un tas de phénomènes que nous connaissons mal, ou pas du tout. Les endorphines faisant partie probablement de cet ensemble méconnu. Les réactions varient d'un individu à l'autre. Mais ce sont en tous les cas des drogues puissantes avec lesquelles il faut faire bien attention.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 octobre 2014

vendredi 10 octobre 2014

290 Pompe à endomorphine, amour et anesthésie de la peur

L'homme produit de la morphine naturelle, baptisée endomorphine. Comme elle s'élimine naturellement, on a cru qu'elle ne présentait pas de danger. En fait, sa production suivie de son arrêt brusque peut amener une sensation de manque telle qu'elle invite au suicide. J'en ai fait la triste expérience plusieurs fois. Ayant largement gâtisé sur une demoiselle, l'amour se révélant manifestement hors de portée, l'arrêt consécutif de la pompe à endo me poussait au désespoir.

J'ai connu ainsi tout particulièrement une longue période de gâtisme endomorphinique pour une demoiselle. Je me souviens d'avoir passé une soirée au restaurant à Meaux avec elle. Je la regardais et me droguais littéralement. C'était de l'alcoolisme endomorphinique. Se saouler ainsi, est-ce le but de la vie ? Même si c'est très agréable ? Et surtout, où ça mène ? Comment ça fini ? A quel prix ?

Par la suite, ce fut pire. Elle était malade. Ça la rendait insupportable, invivable, ingérable. Et moi, tout content, continuais à actionner ma pompe à endo en me disant : « comme je suis quelqu'un de bien ! Je ne l'abandonne pas parce qu'elle est malade ! Je suis le meilleur ! » Sauf quelques-uns, tout le monde m'encourageait. A la fin, mon amie me fit le cadeau d'une rupture, arrêtant ainsi la casse. Mais l'arrêt signifié à ma pompe à endo m'a mis moralement par terre pour une année et demi.

Ce qui m'a sauvé, c'est que ma pompe à endo ne marchait pas que pour mon amour, mais aussi pour d'autres choses agréables, en premier chef le Carnaval de Paris. Le Carnaval m'a sauvé.

Mais le manque d'Amour... Aaaaah ! L'Amuuuuuuuuuuuuuur !!!

Pour l'indécrottable poète que je suis, j'en revoulais. Comme le chien qui prend de très violents coups de son maître adoré et s'obstine à lui lécher les mains !

Après dix-huit mois de convalescence, me voilà donc prêt à prendre de nouveaux coups Et servir de punching ball aux belles créatures. Arrive le 24 septembre de cette année. Je fais une rencontre.

C'est une jeune et charmante fille que je vois pour la première fois. Et ma pompe à endo s'emballe. Pourquoi pour cette fille et pas pour une autre ? Qu'a-t-elle donc de si « morveilleux » ? C'est comme une vibration à l'unisson avec elle. J'ai déjà connu ça il y a très longtemps, avec ou plutôt pour, une jeune fille de dix-sept ans qui s'appelait Ghislaine. J'avais vingt-deux ans et sortais d'une histoire d'amour douloureuse, ma première déception amoureuse. J'ai rencontré Ghislaine, c'était la sœur d'une amie. Avec Ghislaine, j'ai ressenti une douceur, une harmonie, une beauté, une certitude pour aller vers ELLE. Pourtant, je l'ai très vite rejeté avec une indifférence feinte. Car je venais de me faire emberlificoter dans une « histoire d'amour » amère et fuyais les demoiselles. Au fond de moi je vibrais pour Ghislaine. Elle était même amoureuse de moi. La pauvre, je l'ai repoussé. Et ce fut fini, il y a de cela quarante-et-une années. Par la suite je l'ai regretté. Peut-être sans raison valable et à tort. Car j'ignore au fond ce qui aurait été possible si nous étions allés plus loin.

Je ressens donc pour une nouvelle rencontre cette « vibration Ghislainienne ». Mais enfin, pourquoi pour cette nouvelle rencontre, pour la demoiselle L, et pas pour une autre personne ? Mystère.

Je décide alors de faire confiance à l'amour. Pour l'amour, ignorer plan de vie ou recherche de baise, jalousie possible et anticipée, « fidélité à un fantasme, une idée ». J'ai une expérience à faire. Je la ferai. Mais, il y a des risques d'ennuis graves à se laisser conduire ainsi. J'en sais quelque chose..

J'écris alors un texte pour mon blog, le publie et l'envoie aussi à une amie, qui approuve ma démarche exposée. C'est le texte numéro 279, intitulé : « L'amour surgit quand on ne l'attend pas ».

J'ai vu L dans un café associatif. J'ai très envie de la revoir. Je retourne le soir-même au café. Elle n'est pas là. Mais je suis content, j'ai suivi mon sentiment. Le chien piste celle qui lui foutra des coups de pied. Il est très joyeux. C'est un projet sans issue, complètement fou, mais... soyons fou !

Une semaine doit passer, car L doit revenir le jeudi suivant. Mais, voilà, aïh ! aïh ! aïh ! Chose qui n'était jamais arrivée, la cuisinière du café tombe malade et le café n'ouvre que partiellement et tard l'après-midi durant quelques jours. Il ne sera pas possible de revoir L jeudi, qui vient normalement aider la cuisinière à midi. Pour revoir L, il faudra attendre en tout quinze jours et le jeudi d'après.

Le jeudi d'après arrive. Je réalise que j'ai peur d'aller retrouver L. Crainte de nouvelles catastrophes « amoureuses » ? Tant pis, j'irai. Je veux avancer. Comprendre comment ça marche et où ça mène « l'amour ». Et si possible aller bien, même très bien un jour, j'ignore quand, dans ce domaine.

J'arrive vers midi jeudi, c'était donc hier, au café associatif. Comme ça me paraît loin aujourd'hui ! C'était il y a dix ans au moins ! L n'est pas là. Renseignement pris, elle doit arriver à treize heures.

Treize heures arrive, la voilà ! Je la vois se diriger vers un grand placard servant de penderie. Comme je m'approche, je l'aperçois de dos, le bas de son dos légèrement visible laisse apercevoir l'amorce de la raie des fesses au dessus de sa ceinture... Je la salue. Peu après ai à nouveau mon regard attiré par une portion dénudée de son dos entre le haut de son pantalon et le haut de ses vêtements. Sa peau est belle et fine. J'arrête immédiatement ces divagations de ma pensée. Je n'ai pas envie de m'abandonner à des fantasmes plus ou moins érotiques. Stop ! Ce serait facile de partir dans une sorte de masturbation cérébrale. Rêver à toutes sortes de choses. Je refuse. Il s'agit d'explorer l'amour, pas de m'abrutir avec des fantasmes qui ne servent à rien et font finalement mal.

Je parle avec L. Perçois à nouveau en moi en lui parlant cette vibration ghislainienne : à nouveau la même question sans réponse me vient : « qu'a-t-elle de plus que d'autres que je croise dans la rue ou connais ? » Mystère. Pourquoi les jolies filles que je croise dans la rue ou connais ne suscitent-elles pas en moi cette vibration ? Pourtant, il y en a de très bien, pleine de qualités. Je n'ai pas de réponse.

Ce jeudi-là, je m'en vais assez vite, car j'ai un rendez-vous médical. Un peu plus tard, au sortir de celui-ci, je me demande ce que je vais faire. Retourner la voir ? Je sens de nouveau la peur. Est-ce risqué ? Tant pis, j'y vais ! Je retourne au café associatif. Elle n'est pas là. Elle est déjà partie...

Je prends un café, puis quitte l'établissement et me dirige à pied vers chez moi. En chemin, je vois un homme un peu âgé qui prend des photos de ma rue. J'engage la conversation avec lui. Il m'apprend qu'il prépare une randonnée de retraités dans mon quartier.

Je lui parle du café associatif. Il ne connaît pas. Peut-être son groupe pourrait-il y déjeuner le jour de la randonnée ? Je lui propose de le conduire au café. Nous y allons. Et là, surprise ! L est là.

Nous parlons un peu ensemble. Il se révèle à moi que c'est une gentille fille, pas intéressée du tout spécialement par moi. Ma conversation l'ennuie visiblement. Je lui esquisse un dessin pour illustrer une invitation à un événement qu'elle prépare. Ce dessin, visiblement, ne lui plaît pas particulièrement. Elle l'apprécie verbalement positivement par simple politesse formelle.

Et là, soudain, le charme s'effondre. La grenade dégoupillée se neutralise. La vibration disparaît.

En fait, j'avais peur de la revoir, car je craignais l'arrêt consécutif de ma pompe à endomorphine, l'arrêt des fantasmes sur L. Arrêt qui vient justement de se se produire brusquement à son contact.

Dans l'après-midi, ensuite, je ressens à mon retour chez moi, une petite souffrance. Je suis pleinement conscient que ça n'est que le résultat de l'arrêt de la pompe à endo (PAE) à propos de L.

Je vais combattre ce mal avec le plaisir d'écrire dans Wikipédia. La souffrance passe très vite.

Les endomorphines donnent du plaisir et aussi anesthésient et rendent bête.

La recherche de ce plaisir, cette anesthésie, cette bêtise, explique beaucoup de comportements humains.

Fréquemment, l'homme cherche à enclencher sa pompe à endo ou augmenter la quantité qu'elle émet. Pour trouver son plaisir et l'anesthésie de toutes ses souffrances, y compris la peur. Par exemple, il recherchera l'héroïsme, le sacrifice, dans lesquels il puisera une ample ration d'endo. Mon père m'a fait remarquer que les bonzes qui s'immolaient par le feu au Vietnam avaient un visage serein. Ce que j'explique par la certitude qu'ils avaient de se sacrifier utilement pour leur communauté, par amour pour elle. Ce qui les rendait insensibles aux flammes qui les dévoraient.

Quand j'ai eu un accident de la route le 11 novembre 1978, j'étais très amoureux. J'ai eu le sentiment qu'il fallait alors que je concentre ma pensée sur l'objet de mon amour. Le résultat est que je n'ai pas eu mal. Y compris quand l'interne qui me recousait la figure sous anesthésie local, en s'excusant, a complété sa couture avec deux points hors de la zone insensibilisée. Durant le temps où il m'enfonçait son aiguille, j'ai littéralement crié en pensée le prénom de ma bien aimée. Par la suite, je n'ai pas donné d'explications précises de ma démarche à l'interne. Quand je lui ai dit que je n'avais pas eu mal suite à mon accident. Il m'a simplement dit : « vous avez eu de la chance de ne pas avoir eu mal ». Il avait certainement déjà rencontré des cas d'auto-anesthésie similaires au mien.

Une souffrance classique chez les humains est la terreur de la mort. Le matérialisme insiste sur le fait que seules la matière et la vie périssables existent. Le spiritualisme, lui, affirme qu'il existe autre chose. Les valeurs spirituelles sont intemporelles. Les valeurs matérielles, à l'inverse, sont marquées par le temps. Si on est riche, en mourant, on n'emporte rien. On n'a jamais vu un coffre-fort suivre un enterrement. Cet abandon des richesses matérielles souligne la rupture de fin de vie. Les riches, attachés à leurs bien matériels, ont généralement plus peur de la mort que ceux qui ne possèdent rien, ou pas grand chose.

Les personnes matérialistes qui, en fin de vie, sont entourées d'amour, peuvent, grâce aux endo qu'elles vont s'auto-administrer alors anesthésier leur peur. Cette peur peut s'exacerber chez les riches. Car ils s'attachent à des valeurs matérielles qu'ils savent devoir laisser en mourant.

C'est pourquoi ils vont essayer de transformer ces valeurs matérielles en valeurs spirituelles. L'héritage, qui leur permet de perpétuer leur fortune et la conserver dans la famille au delà de la mort. La tombe monumentale appelée à durer des siècles, comme le Taj Mahal. L'ensevelissement de trésors, comme Toutankhamon, trésors sensés se conserver pour l'éternité dans le tombeau. Ou alors faire le bien, par exemple, comme certains l'ont fait, par le don de la moitié de leur fortune à des œuvres humanitaires. Un milliardaire a choisi de créer une fondation pour gérer son empire, afin de « rester en vie » d'une certaine façon, après sa mort. D'autres riches se sont identifiés à une œuvre qu'ils ont créé et qui se poursuit après leur mort. Comme la comtesse de Lariboisière, qui, par un immense legs en 1851, a assuré la création du grand hôpital parisien qui porte son nom.

La spiritualisation de valeurs matérielles peut aussi servir à des manipulations au service de causes horribles. De toutes manières, il faut se méfier des endo. Leur recherche exacerbée nous conduit dans le mur, à la divagation. L n'est pas pour moi. Il n'y a aucun amour partagé pour moi. Et alors ?

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 octobre 2014

jeudi 9 octobre 2014

289 Le couple, le miel et le goudron

Me considérant comme « seul et célibataire », je rencontre des personnes auxquelles je n'ai rien demandé de ce genre, qui veulent absolument faire « mon bonheur » malgré moi. Elles souhaitent m'encoupler et ne s'en cachent pas. Ainsi, une dame très gentille qui tient un magasin me sortait l'autre jour : « je vous souhaite de trouver une petite amoureuse ». Une assistante sociale très bien intentionnée et très compétente me souhaitait que je puisse parvenir à vivre avec quelqu'un. Dans un groupe de personnes auquel je participe, deux personnes grossières et vulgaires n'arrêtent pas, dès que l'occasion se présente à elles, de faire des allusions sales et grivoises sur une dame avec laquelle ça les amuserait de me voir « coucher ». Motif : cette dame leur apparaît vivre seule. Je leur apparaît dans une situation similaire. Ça les amuserait de nous voir nous ennuyer ensemble plutôt que séparément. Car, pour ces deux esprits frustes, jouisseurs et primitifs, hors de la baise à tous prix, point de vie digne d'être vécue. Et, hors de la plongée dans le slip d'autrui, point d'histoires bien intéressantes à raconter pour captiver l'attention des copains.

Il est de bon ton de vanter « le couple ». Moi-même, durant bien des années je tombais dedans. Quand, critiquant les dragueurs professionnels, j'évoquais le fait qu'en prenant de l'âge, ils se retrouveront seuls. Quand « ils sont malades et ont besoin que quelqu'un leur fasse une tisane ».

Curieusement, j'ai vu des dames obstinément célibataires vanter le couple et se féliciter du mariage des autres. Une dame de ce type m'avouait cependant sa perplexité un jour. Vantant un mariage auquel elle avait assisté en province, elle me racontait que, la veille de celui-ci, la fiancée désemparée, s'était confié à elle: « Mon copain n'arrête pas de vouloir faire l'amour, et quand on le fait je ne ressens rien ». Je suppose que ce mariage a fini en divorce, ou pire, en couple gris et triste.

On vante les avantages, les plaisirs du couple. Mais si on ne considérait pas que ceux-ci, mais également les inconvénients ? Je sais, on se marie, selon la formule consacrée : « pour le meilleur et pour le pire ». Voilà une formule vite expédiée. Décortiquons-là un peu. Parmi les gros ennuis binaires, il y a la jalousie. Ne pas pouvoir mettre un pied devant l'autre, simplement regarder une fille qui passe, sans se faire emmerder par le dragon de service. J'ai bien connu ça, quelle horreur.

Et puis, il y a la mutualisation des ennuis, soucis, préoccupations. On est malade, quel plaisir que l'autre vous fasse la fameuse tisane ! Mais aussi : on est malade, l'autre s'en fout. Pire, il vous reproche de ne pas avoir préparé le dîner. Ou... l'autre est malade, très malade, ça le rend acariâtre, envahissant, insupportable. Mieux encore, suicidaire : vous n'osez pas mettre un pied dehors, de peur de retrouver un cadavre dans le lit conjugal. J'ai connu ça, merci bien, quelle horreur. On a aussi droit aux ennuis collatéraux : votre partenaire va plutôt bien, mais a un fils très malade.

Une compagne voulait me voir abandonner mon logement pour vivre officiellement avec elle. Elle pouvait aussi ainsi solliciter un logement HLM plus grand, pour deux personnes. Puis, elle m'a viré de sa vie. « Mais, alors, je me serai retrouvé où ? À la rue ? » lui ai-je demandé. « Pas du tout, je t'aurais hébergé quand-même. Tu n'aurais pas été à la rue », m'a-t-elle répondu. Faut-il la croire ? En tous cas, sincère ou non, quelques temps après, trouvant son loyer trop cher, elle a liquidé son logement. Est partie s'établir loin, en province. Parisien, si j'avais été avec elle, je me serai retrouvé à la rue quand-même. Il y a aussi les ennuis binaires indirects. Deux jolies dames que j'ai rencontré ne peuvent imaginer de relations avec un homme seul que « en couple ». S'encoupler avec moi ne leur convenant pas, elles ont refusé mon amitié. Le « couple » les rend impuissantes en amitié.

Si vous voulez vous marier, faites comme vous voulez. Mais regardez à deux fois avant de vous lancer ! C'est comme pour adopter un chien ou un chat. Il y a les avantages... et puis... tout le reste.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 octobre 2014

dimanche 5 octobre 2014

288 Bien mourir

J'ai écrit ce poème pour une jeune fille croyante qui est très triste car elle vient de perdre sa grand mère. Elle a été à ses funérailles.

Je déteste la mise en scène des funérailles destinées à vous faire croire à une fin définitive de la personne qui a quitté son existence terrestre visible.

C'est une insulte à ceux qui croient et un coup porté à ceux qui ne croient pas.

Que les imbéciles hypocrites payés des pompes funèbres aillent faire leur cinéma ailleurs !

Ils prennent des airs contrits, alors qu'ils s'en foutent. Et cherchent à vous enfoncer par conscience professionnelle...

Je me souviens de la mort de ma mère. Après avoir été longtemps malade et avoir perdu sa tête, elle disparaît un jour. Le soir de sa disparition mon frère aîné passe chez moi m'annoncer la nouvelle.

La nuit qui suit, je revois ma mère en rêve. Métamorphosée et différente de ces dernières années, souriante et en pleine forme. On se parle. Je fini l'entretien en disant :
« Alors, à bientôt ». Elle paraît surprise. J'ajoute une explication : « parce que tout le monde meurt ».

Je crois que je peut parvenir à lui serrer la main en partant (sortis de la très petite enfance, on ne se touchait pas dans ma famille, pas de bise). Et réalise alors qu'elle est d'une autre nature que moi. D'une certaine façon, en cherchant à la toucher avec ma main, ma main ne la touche pas, ne parvient pas à le faire. Ma main s'est en quelque sorte « mêlée à un gaz  ». Parce que je fais partie des vivants, je ne peut plus parvenir à toucher physiquement ma mère. Parce qu'elle est passée dans une espèce d'autre constitution, état, le mot n'existe pas pour définir cette différence étrange qui sépare les morts qui ne sont pas en fait disparus et les vivants.

Je pense que cette nuit-là j'ai revu ma mère qui avait beaucoup d'affection pour moi. Que ce n'était pas un rêve ordinaire, mais une vision.

Puis ce furent les obsèques, où nous avons eu droit au cinéma des professionnels de l'enterrement. Ne pratiquant aucune religion, nous n'avions pas prévu de cérémonie religieuse. Et voilà que, sans rien nous demander, le monsieur qui gagne sa vie avec la mort nous passe à chacun une rose rose prélevée sur un bouquet et nous dit d'« avancer pour un dernier adieu ».

De quoi je me mêle ! On ne lui avait rien demandé. Que signifiait cette intrusion dans nos cœurs, nos consciences ?

Si on est croyant, le mort n'est pas mort et poursuit sa vie dans une autre expression de celle-ci. Si on n'est pas croyant, il n'est plus là du moment qu'il a cessé son existence terrestre visible en ne vivant plus.

Dans les deux cas, parler de « dernier adieu » aux obsèques m'apparaît comme une obscénité déprimante.

J'ai jeté la rose comme on s'en débarrasse. Pas pour faire comme un « dernier adieu ».

En m'approchant à cette occasion de la fosse ouverte, j'ai vu que sur la boîte, des crétins ont mis une plaque portant le nom de jeune fille et de femme mariée de ma mère, son prénom et ses dates de naissance et décès. Je ne suis pas d'accord.

Si on est croyant, comme moi, elle n'est pas dans la boîte. Si on n'est pas croyant, elle n' y est pas non plus.

Une dernière chose, un conseil pratique : si vous allez aux obsèques d'une personne chère, ne cherchez surtout pas à vous demander ce que ressentent les autres présents. C'est la meilleure façon de vous effondrer moralement. Contentez-vous de votre chagrin, c'est déjà largement suffisant.

C'est un conseil fruit de mon expérience. Croyant, je tenais plutôt bien moralement aux obsèques de ma mère. Jusqu'au moment où, regardant mon frère aîné, qui, silencieux, faisait une tête des mauvais jours, je me suis demandé ce qu'il ressentait. Et là, subitement, pour moi, moralement, ça n'allait plus du tout. Au point que mon père a eut alors un geste affectueux pour me réconforter.


Bien mourir

Bien mourir, c'est arriver à un état où on se dit, on dit à son entourage, très sereinement et tranquillement : « qu'on me laisse partir ».

Qu'on me laisse partir. J'ai fais mon temps ici. La vie, ma vie, continue ailleurs.

Et l'on s'en va, tranquillement, sereinement, poursuivre son chemin, tracer sa route, finir et continuer sa vie.

Car rien, ni personne, ne s'arrête jamais.

Toute fin de vie est une illusion.

La vie, ma vie, votre vie, notre vie, est infinie.

Je vous souhaite une très bonne et heureuse éternité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 5 octobre 2014