samedi 30 avril 2016

542 Trois approches masculines de la sexualité

Dans la société parisienne où je vis, j'identifie trois approches masculines de la sexualité. La première et la plus répandue est une recherche systématique, permanente, frénétique et consumériste de l'acte sexuel avec toutes les partenaires possible considérées comme « désirables » (d'autres diront « baisables »). Cette manière de faire calamiteuse détruit les possibilités de communication et la confiance entre hommes et femmes. Les femmes se retrouvent sur la défensive permanente. C'est une situation catastrophique dont une masse d'hommes sont responsables. Elle ruine le paysage relationnel. Quantité d'hommes ne savent pas ou guère ce que c'est que communiquer avec une femme. A mon avis, au moins six hommes sur dix sont cons comme ça.

La seconde démarche sexuelle masculine est aussi obsessionnellement attachée au sexe, à l'acte sexuel. Mais, cette fois-ci pour le refuser, rejeter, avec des motifs divers. Qui peuvent être de diverses variétés : religieux, sanitaires, auto-biographiques (souvenirs de souffrances vécues), etc. Une démarche annexe de celle-ci consistera à rejeter la sexualité pour cause de parenté rapprochée.

Enfin, une démarche rarissime consistera à suivre son instinct, son sentiment authentique et pas la culture régnante. Ne pas chercher la sexualité parce qu'elle est possible, mais seulement si un désir effectif véritable existe et est satisfaisable.

Un très intéressant avantage de cette dernière approche est qu'elle permet d'échapper à un désordre bizarre et très ennuyeux : l'attachement et la dépendance. Quand on cherche absolument l'acte sexuel, ou qu'on cherche absolument à l'éviter, le risque existe de s'attacher excessivement à l'objet de son intérêt. Cet attachement peut durer des années et troubler gravement la vie. C'est comme une idée fixe. On devient malade de l'autre. On n'arrive pas à s'en détacher. On souffre.

Or, si l'intérêt pour une autre personne se borne à envisager les possibilités relationnelles réelles et pas une sexualité arbitraire et artificielle, le risque d'attachement excessif et déstabilisant s'efface.

J'ai pu le tester par moi-même. Si à présent je vais vers une personne. Qu'elle se révèle ne pas vouloir grand chose de moi, je n'en ressens pas un grand malaise. Et m'en détache facilement. Tandis que du temps où j'étais intoxiqué par la culture dominante de la baise à tous prix, ce n'était pas si facile. Quand on se drogue avec des fantasmes, renoncer à sa drogue ne se fait pas comme ça. Quand on ne fantasme pas, mais envisage seulement un rapprochement qui n'arrive pas, on fait avec. Et la contrariété ne dure pas. C'est un avantage majeur de ce type de démarche.

Faire l'amour à mal escient déstabilise, perturbe. L'envisager à mal escient déstabilise et perturbe également. Ne pas l'envisager et rester dans la réalité du sensible et du ressenti permet de conserver son équilibre. On évite bien des problèmes. Combien de dragueurs systématiques se sont retrouvés un jour victime d'une passion sans issue ? En ne courant pas après tous les lièvres qui passent, on gagne en paix et en tranquillité. Les dragueurs professionnels sont des personnes tourmentées. Plutôt que leur ressembler, il vaut mieux rester soi-même.

J'ai l'habitude de dire ces temps-ci : « j'ai deux maîtresses exclusives et très jalouses, qui se nomment la liberté et la tranquillité ». C'est bien vrai ! Et comme leur compagnie est douce et rasserenante ! Au lieu de s'inventer des problèmes à deux, recherchons des solutions tout seul ! Et si un jour une jolie créature passe à proximité, il y a largement le temps d'aviser. Une tasse de tilleul, un rayon de soleil, le chant d'un oiseau au printemps, vaudront toujours infiniment mieux que tous les amours fous et furieux du monde. Il faut savoir apprécier les problèmes qu'on n'a pas et les bonheurs qu'on a. Y compris ceux qui sont très petits pour les autres et très grands pour nous..

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 avril 2016

vendredi 29 avril 2016

541 Les Droits de l'Homme et l'argent

Aujourd'hui, un être humain a le droit de mettre d'autres êtres humains dehors de leur maison et y compris à la rue au seul motif que leur maison « lui appartient » et qu'il souhaite « la vendre ». C'est vrai en France comme au Canada et dans d'autres pays auto-proclamés « civilisés ». Ce fonctionnement de notre société va à l'encontre des Droits de l'Homme. Un homme, dès à partir du moment où il est vivant, quoi qu'il fasse ou ne fasse pas, qu'il travaille ou non, a le droit de vivre. Ce qui implique qu'il puisse manger, boire, s'abriter sous un toit, se soigner s'il est malade ou blessé, accéder à la culture et l'éducation et d'autres choses encore. Ce n'est pas le cas jusqu'à, présent.

Notre société fait des produits ou services vitaux des marchandises assujetties aux « lois du commerce » ou « lois du marché » pour utiliser un terme aujourd'hui à la mode. Ainsi, par exemple, le blé ou le riz, loin d'être traités comme des substances vitales à l'homme se retrouvent classées parmi les « matières premières » et soumises aux spéculations des affairistes dont le seul but et d'accumuler « de l'argent ». Mais qu'est-ce que « l'argent » ? C'est un outil dont on a fait une fin en soi. Accumuler le plus d'argent possible entre les mains du moins d'individus possible devient le but ultime de la société. L'association OXFAM révélait très récemment que 62 particuliers possédaient autant que la moitié la plus pauvre de l'Humanité. 62 particuliers qui ne parviendront jamais à dépenser tout cet argent dont il dispose et qui en définitive ainsi ne vaut rien.

Le monde est aujourd'hui dominé par des organismes dont seul l'argent est le but, la raison d'être, l'homme est oublié. Banque Mondiale, Organisation Mondiale du Commerce, Fond Monétaire International, Banque Centrale Européenne, et d'autres encore règnent sur le gâteau financier mondial et se le partagent pour en faire profiter une poignée de nantis généralement enrichis par héritages. Le seul effort qu'ils ont fait pour devenir riches est d'être nés.

L'argent n'est rien, il devient tout. Et, outil créé par l'homme, fini par lui commander. Au nom des « lois du marché » on affame, alors qu'il n'y a jamais eu autant de richesses de par le monde.

Ne craignant pas le ridicule, des politiques ont parlé de « millénaire contre la pauvreté », mais ce n'est pas avec de belles phrases qu'on nourrit les pauvres !

Quand je critique l'argent, on me rétorque très souvent que c'est la meilleure solution pour sortir du troc. Si j'élève des éléphants et ai besoin d'une boite d'allumettes, je ne vais pas troquer un éléphant contre une boite d'allumettes. Miracle ! Oh joie ! Grâce à l'argent je me sors bien de cette situation et échange la boite d'allumettes désirée contre quelques pièces de monnaie.

Ça, c'est la théorie bébête. Dans les faits, l'argent n'est pas un outil simple, c'est un rationnement pour la masse des uns et un capteur-accumulateur de richesses pour une poignée d'autres. Quand il m'est arrivé de critiquer l'argent, je me suis aussi vu répondre : « l'argent a toujours existé. » C'est faux. Il a été inventé un jour. Ce qui signifie qu'il pourra très bien ne pas continuer ad vitam aeternam à exister. Si déjà l'homme s'organise demain pour qu'il ne soit plus nécessaire de disposer d'argent pour satisfaire les besoins humains vitaux, l'argent perdra beaucoup de son importance. Ce qu'il faut, c'est le respect des Droits de l'Homme. Dès à partir du moment où on est vivant, manger, par exemple est un droit. Certains imbéciles se croyaient malins en proclamant : « qui ne travaille pas ne mange pas. » Et bien non, qui est vivant, qu'il travaille ou non mange, et pas seulement des pâtes. Un monde où ce droit et d'autres seront reconnus sera incomparablement plus doux à contempler et vivre que notre triste société actuelle. Où 70 à 90 % des fruits et légumes frais finissent à la poubelle comme « invendus » cependant qu'une masse de gens a faim.

Basile, philosophe naïf, Paris le 29 avril 2016

samedi 23 avril 2016

540 Agression, séduction, manipulation

Dernièrement, une amie me parlait d'un béguin contrarié qu'elle a pour un ami de son entourage. Elle parlait de ce qu'elle pourrait vivre s'il y avait réciprocité. De ce que cet homme pourrait faire s'il voulait bien changer d'attitude. Une chose me chiffonnait dans son discours : il n'y avait qu'elle et lui dans cette relation et ses variations possible envisagées. Or, dans une relation entre deux individus, il y a toujours trois éléments : les deux individus et l'univers.

On touche ici un problème fondamental, qui concerne aussi l'amour. Si on a une vision objective de l'amour, c'est une vision large. « Faire l'amour » consiste alors aussi bien à admirer un beau paysage, une belle plante, caresser un chat, un humain. Et, dans de bien rares cas - à condition que ce soit spontané, correspondant à un désir réel et pas un calcul intellectuel, - cela peut consister en ce que les humains ont curieusement baptisé « acte sexuel » et surchargé de réglementations diverses, souvent absurdes, calamiteuses et inapplicables. Acte auquel ils ont subordonné des millions de choses et jusqu'au simple fait d'exister. Être soi serait soi-disant sexuel. Et porter des vêtements serait notre état naturel. Ne pas en porter devant les autres correspondrait à une provocation.

La vision étroite du « faire l'amour » consiste à accepter tous ces règlements étriqués. Et croire que la plus belle chose, le but même de l'existence se résumerait à quelques instants consacrés au coït. Cette manière de voir la vie étant inapplicable. C'est comme si on proposait comme but de la vie de manger et manger en permanence. Le résultat est un trouble et la recherche de compensations. Ne pouvant baiser en permanence, l'être humain, même apparemment sage, recherchera diverses actions à mener. Sans les comprendre et analyser, et voir qu'elles relèvent en fait de son trouble. Son comportement incohérent vis-à-vis du coït qui rend l'amour inaccessible. La plus simple des compensations consistera à faire exactement le contraire d'aimer, c'est-à-dire agresser.

J'ai remarqué avec étonnement qu'il m'arrivait d'être violemment agressé par écrit par des inconnus dans le domaine de la recherche historique. Cette recherche de bagarres intellectuelles arrivant très rarement vu le très peu de personnes s'intéressant à mon sujet de prédilection qui est l'étude de certains aspects du carnaval. Mais, quand-même, toutes les quelques années, j'ai la surprise de croiser quelques intellectuels hurleurs qui cherchent visiblement à me provoquer. J'évite d'entrer dans leur jeu. Je ne comprenais pas leur motivation, que j'attribuais à la stupidité. En fait, elle relève du manque d'amour rendu impossible par l'obsession coïtal. Cette obsession interdisant tout autant l'amour que nous dirions amoureux que l'amour que nous dirions amical.

Une autre forme de réaction perverse beaucoup plus perfide, car plus insidieuse, est représentée par la séduction manipulation. Une personne - qui peut être une jolie femme harcelée quotidiennement par des imbéciles, - faute de pouvoir aimer, va jouer la séduction. Séduire, mais ne rien donner. Ou séduire, donner et retirer brusquement, ce qui est pire. Accepter les caresses, voire même le coït, puis stopper brutalement sous un prétexte quelconque, ou même pas de prétexte du tout. Et regarder ensuite l'autre qui s'agite et souffre. Cette méthode pour détruire l'autre représentant quelques risques si on a affaire à une personne potentiellement violente.

La réussite absolue dans le domaine de la séduction manipulation consiste à pousser l'autre à s'autodétruire. Puis à le plaindre, voire même, cerise sur le gâteau, à se plaindre soi-même. « J'aimais cette personne, elle s'est détruite, comme je suis attristée par cette perte douloureuse ! » J'ai rencontré plusieurs fois des femmes pratiquant la séduction manipulation et ait en quelque sorte servi de balle qu'elles se passaient de l'une à l'autre. Cette triste période est finie. A présent j'observe ce genre de personnes dangereuses avec curiosité. Comme on observe la panthère dans la cage au zoo. Du moment qu'on ne rentre pas dans la cage, elle ne présente aucun danger.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 avril 2016

vendredi 22 avril 2016

539 L'amour en permanence

Voulant rouler les mécaniques et jouer à la femme mariée, une dame me disait un jour : « mon cœur est pris ». Connaissant la vie tumultueuse de cette dame, dont le cœur a été « pris » un certain nombre de fois, cette affirmation pourrait faire rire, si elle ne soulevait un problème fondamental.

Quantité de gens croient qu'il existerait une sorte de clé nommée « amour » qui ouvrirait la porte d'un cocon confortable où on s'ennuierait confortablement à deux. La clé et la serrure pouvant affecter la forme d'organes génitaux : on baise, et hop ! On est « ensemble », « en couple », « on a trouvé l'amour ». Car on est « sorti » ensemble. Sorti d'où ? Mais du lot commun, pardi ! Des malheureux qui sont « seuls ». Et comme on est à deux, on a le cœur pris. Si on veut « se libérer », la solution consiste à baiser avec un tiers et l'annoncer à son ou sa partenaire. Comme si « l'amour » reposait sur une question de chatte et de bite. Pauvre amour réduit à une gymnastique réglementée.

Un homme disait un jour : « il ne faut pas croire quand on est en couple qu'on a conquit définitivement l'autre. Il faut le reconquérir en permanence. » Avec ses mots, il avait raison. L'amour est une activité relationnelle permanente qui ne s'arrête jamais, sauf quand l'amour s'achève et disparaît. Croire que par la magie d'un discours en mairie on se retrouve « lié par les liens du mariage » est une somptueuse ânerie. L'amour n'existe que quand il est vivant. Comme le disent les Anglais : « la preuve du pudding c'est qu'on le mange ». Une naïve jeune femme croyait un jour que son amour était durable, inaltérable, inoxydable... Pensez ! Il durait depuis qu'elle avait quinze ans et elle en avait à présent plus de vingt ! Alors, elle est partie seule à l'étranger juste pour un an. Et son amour s'est cassé la figure. Pour la très simple raison qu'elle avait de facto divorcée. Mais elle croyait à ce que l'amour est un cocon confortable où un jour on s'est enfermé à deux pour toujours. Et elle a tué la poule aux œufs d'or, a voulu le beurre et l'argent du beurre : quitter son compagnon et être toujours avec lui. La réalité l'a rattrapé. « Les faits sont têtus », comme disait Lénine parlant certainement de tout à fait autre chose.

Je connais une jeune fille qui envisage elle aussi de partir vivre à l'étranger. Mais elle ne se voit le faire qu'en emmenant son compagnon auquel elle tient. Elle a parfaitement raison.

Comme sont involontairement drôles les grandes affiches qu'on voit quelquefois dans le métro ! Elles montrent des jeunes gens hilares vantant les joies de la mobilité et de partir très loin de chez soi ! Il ne manque à ces affiches que quelques légendes style : « quelle joie ! Je divorce ! » « Quel bonheur ! J'abandonne ma copine ! » ou : « j'étais en couple, je vais me retrouver seul ! » Mais, la solution, la panacée universelle du bonheur, est-ce se retrouver « en couple » ? Je ne crois pas. Mais alors, quelle est la solution ? Le libertinage ? Je ne crois pas non plus. Le célibat, l'abstinence ? Pas plus. Mais, alors, quoi ? Je ne le sais pas encore. Mais toutes les « solutions » proposées me paraissent largement bancales. Peut-être n'existe-t-il pas de solution au problème posé de cette manière, car il faudrait le poser autrement. En tous les cas, dépendre d'un autre ou une autre me paraît lui accorder un privilège exorbitant.

Le printemps arrive ! Serait-ce le temps des « amours » ? Rien n'est moins sûr. C'est aussi, par exemple, l'époque où il y a le plus de suicides enregistrés dans le métro parisien. Très précisément les lundis de printemps. Alors, on le voit, cette saison n'est peut-être pas si idyllique et enchanteresse que cela sur le plan relationnel. N'imaginez pas être malheureux parce que d'autres éprouvent le besoin de paraître heureux. Et vous jettent leur bonheur à la figure. Exactement comme cette dame qui proclamait son cœur pris. Il a déjà été pris un tellement grand nombre de fois, qu'il faut espérer qu'il conserve encore un coin assez solide pour être encore « pris ». Les rodomontades de ceux et celles qui jouent au plus heureux que vous sont parfaitement dépourvues d'intérêt.

Basile, philosophe naïf, Paris le 22 avril 2016

jeudi 21 avril 2016

538 Le marché du cul

Pour combien de femmes aujourd'hui « faire l'amour » se résume à écarter les jambes et attendre que ça se passe ? Cependant que Monsieur se branle consciencieusement dans un vagin en étant persuadé de réaliser un acte relationnel ? Il n'est rien de plus fréquent que la surdité masculine à la sensibilité féminine. Persuadé que son zizi, son érection et son éjaculation sont le centre du monde de leur compagne, un nombre énorme d'hommes résument celle-ci à un trou consentant. Et cette gymnastique baptisée « faire l'amour » serait l'alpha et l'oméga de la relation d' « amour ». Ne dit-on pas justement « faire l'amour » ou « finaliser » ?

A partir du moment où la femme n'exprime pas exactement le désir symétrique et complémentaire de ses obsessions intromissives, l'homme proclame qu'elle est « incompréhensible » ! Curieuse conception du dialogue et de la complémentarité. Fait ce dont j'ai envie, sois ce que je veux que tu sois et « je te comprendrais », « je t'accepterais » !

Quand la femme se trouve réduite à un trou, il ne lui reste que trois choix possible : la fuite, le rejet et l'adaptation. Mais quelle adaptation ? A partir du moment où une femme considère que l'homme est chiant mais qu'il faut faire avec, elle se dit : « s'il est chiant, au moins tirons-en des compensations ». Et alors s'ouvre « le marché du cul ». Dans ce marché, on cesse de donner, on échange.

C'est ainsi que j'ai vu deux jolies filles se dire : « l'homme est chiant, mais au moins que le mien soit très beau. » Et c'est ainsi qu'elles collectionnent les très jolis garçons, qu'elles finissent toujours par jeter. Car ils sont trop cons et chiants à la longue. Mais, elles ne désespèrent pas et continuent leurs pérégrinations gymnastiques.

Quand on idéalise, on poétise, on rêve... on veut ignorer la réalité sordide de ce marché qui fait des partenaires des êtres misérables et calculateurs. On se dit : « moi, je donne, je ne prend pas, je suis différent des autres, bon, généreux, attentif, désintéressé... » Las ! On est juste un OVNI dans un marché. On vient chez le marchand de fruits. On lui dit : « vos fruits sont beaux. Vous êtes heureux de les proposer. J'aime vos fruits. » Vous tendez la main pour en gouter un. Et là, la poigne du marchand s'abat sur votre main tendue et il s'écrie : « le kilo c'est trois euros ! » Dans le marché du cul, c'est pareil. Vous pouvez rêver, complimenter, imaginer vous entendre de manière désintéressée. Si vous n'avez pas le profil attendu, vous serez ignoré, fuit ou rejeté.

Une jolie fille que j'ai croisé un jour me disait chercher l'amour. Je lui demandais perfidement : « et si vous êtes amoureuse d'un garçon fauché, le rejeterez-vous pour cette raison ? » Elle a hésité un instant, puis a acquiescé. Mais bien sûr, en général on ne dit pas d'emblée : « je veux coucher avec un homme ou une femme ayant un CDI, un bon salaire, un appartement de deux pièces et une automobile ». Ça ferait pute. On dit : « je ne veux pas me retrouver avec un homme ou une femme que je devrais entretenir. » Toute la subtilité est dans la formulation pour dire en fait exactement la même chose, mais présentée joliment. On ajoutera quelques belles phrases où apparaîtront les mots « amour », « bonheur », « famille ». Et hop ! D'intéressé on passera au rang de « raisonnable », « ayant les pieds sur terre ». On dit que « l'amour est aveugle ». Mais certaines personnes ont tout à fait par hasard le chic de « tomber amoureuses » de créatures promises à un bel avenir professionnel ou déjà bien installées dans la vie. J'ai connu ainsi une jolie fille qui proclamait haut et fort être résolue à ne pas travailler. Elle est tombée amoureuse et a épousé comme par hasard un futur médecin. Cupidon a le sens des affaires ! Et la poésie dans tout ça ? Mais, croyez-vous que la vie soit de la poésie ? Dans la vie, seul le fric compte ! Mais chut ! Il ne faut pas le dire trop fort, ça ferait vulgaire. Parlons d'« amour » et gardons bien les pieds sur Terre et la main sur le portefeuille !

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 avril 2016

mercredi 20 avril 2016

537 En finir avec la « guerre invisible » est-ce possible ?

Symbole d'un foyer paisible : un chat qui dort. Image d'une maison paisible : devant celle-ci, un chien endormi paisiblement dans sa niche. Image de paix : des chats qui dorment, des petits enfants endormis, des bébés endormis, une mère avec son enfant endormis...

Mais, adulte est-il possible de dormir avec quelqu'un ? NON ! Pourquoi ? Voyez le langage :

Dormir avec quelqu'un, aller au lit avec, passer la nuit avec, coucher avec, signifient restrictivement : baiser. Il est de facto interdit d'envisager la chose la plus simple, paisible et naturelle qui soit : dormir avec quelqu'un quand on est tous les deux adultes, sans qu'on nous ramène obligatoirement le cul. Quand j'en ai parlé un jour avec un dragueur frénétique, il m'a répondu : « bien sûr, si une fille vient de loin, je peux l'inviter juste à dormir avec moi. Mais ça va pour la première nuit, après elle doit bien passer à la casserole. » Le même me disait : « vouloir faire l'amour ? Mais, elles ne veulent jamais ! » Ce qui signifie qu'il s'est toujours imposé à chacune de ses « conquêtes ».

Les humains ont fait de leur zizi un épouvantail hégémonique. Il n'est pas possible d'envisager la tendresse, le sommeil partagé, sans qu'on vous assomme avec des histoires de foutre. Mais, dans quel monde vivons-nous ?

Nous sommes dans un monde ou règne une guerre permanente entre les humains. Et où règne la peur. La caresse est synonyme de cul. Et si on n'est pas prêt pour le cul, et quel cul ! On doit s'attendre au viol, que ce soit entre personnes de sexe opposé ou de même sexe. C'est « la guerre invisible », car, officiellement elle n'existe pas. Il s'agit juste de problèmes individuels, d'histoires personnelles, intimes, confidentielles. Soyez salauds, soyez victimes de salauds, mais, surtout, fermez vos gueules ! Ce domaine n'est pas public. Alors, ne vous plaignez pas.

J'ai, dernièrement, raconté tout ce que je pensais de mal de cette situation invivable que nous connaissons pourtant tous. Où effleurer le bras de quelqu'un d'inconnu nécessite de s'excuser aussitôt. Où il est plus facile de caresser un chat ou un chien inconnu qu'un humain inconnu. Où une jolie fille se fait emmerder par des cons à longueur de journée quand elle se déplace seule dans des lieux publics. J'ai parlé ainsi à une jeune femme sympathique croisée dans une crêperie parisienne. Elle m'a approuvé. Au moment de nous quitter, surprise ! Elle ne me fait pas la bise, mais me tombe dans les bras. Nous devions nous revoir la semaine suivante. J'ai rêvé avoir rencontré une femme qui me comprend. Las ! La fois suivante n'est pas venue. Ma nouvelle connaissance a courageusement pris la fuite. N'est pas venue au rendez-vous. J'ignore son adresse. Elle court toujours et je la comprend. Comment, dans ce champ de ruines relationnelles que représente notre société, une jeune femme devrait faire confiance à un inconnu qui lui tient de beaux discours ? Qu'est-ce qui prouve que je ne serais pas un salaud ordinaire qui a peaufiné son discours ?

Alors, la question que je pose est : « la paix est-elle possible ? » Existe-t-il un moyen de sortir de ce piège infernal où il n'est pas de gestes tendres possibles autrement que potentiellement agressifs ?

Car prétendre vouloir « faire l'amour » avec une personne qui n'y est pas disposée, et ramener artificiellement cette chose quand elle n'a pas lieu d'être, quand elle n'est pas authentique, c'est faire acte de violence. Et, dans notre monde soi-disant civilisé, le cul colle à la caresse.

On déguise cette situation conflictuelle avec de belles phrases sur la Nature, l'Amour, le Plaisir... Mais, rien n'y fait. Manger quand on n'a pas faim, à moins d'être malade ou détraqué, fait vomir. C'est vrai pour la bouffe comme pour le cul.

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 avril 2016

mardi 19 avril 2016

536 Jean Jaurès en 1893 à propos de l'union droite-gauche

Je ne m'intéresse pas trop à la politique, car je n'en attend pas grand chose.

Ces temps derniers, il a été question de faire une union droite-gauche en France. Cette union est proposée par des personnalités politiques se réclamant de l'héritage historique de Jean Jaurès.

Or il se trouve que tout à fait par hasard, au cours de mes recherches historiques sur le Carnaval de Paris, je suis tombé sur le point de vue de Jean Jaurès sur cette union.

Le voici, exprimé dans un article paru le 10 mars 1893 dans l'édition du matin du Journal des débats, page 2, 4ème colonne :

M. Jaurès, dans la Petite République, rappelant les paroles par lesquelles M. Andrieux demandait l'union des conservateurs et des socialistes, déclare que jamais les socialistes ne consentiront a ce marché honteux.

— Ce ne serait pas seulement un marché honteux ce serait un marché de dupes. Car ce qui fait la force du socialisme en ce moment, c'est qu'il est le seul parti qui ait une doctrine nette et une attitude claire.

En face des forces conservatrices, opportunistes et radicales qui se divisent, le parti socialiste s'organise et se concentre, ajoute M. Jaurès ; il est déjà fort par lui-même. De plus, n'ayant jamais été au pouvoir, il est pur de toute compromission.

Et c'est à ce parti clair et intact qu'on ose proposer des solidarités compromettantes ou des promiscuités déshonorantes ! Il n'a aucune coalition à nouer avec les conservateurs ; pas plus qu'il n'a de cellule à occuper dans le système gouvernemental. Il fera tout simplement, et au nom de la République sociale, appel au pays, et il recueillera, toutes les forces qui s'échappent de tous les partis désorganisés.


 
Journal des débats, 10 mars 1893

            Basile, philosophe naïf, Paris le 19 avril 2016