samedi 28 février 2015

355 Lenteur, souplesse, silences : l'art de construire une goguette

J'ai quelquefois, il y a longtemps, voulu apprendre la musique, pour en jouer. Et n'y suis pas parvenu. Les professeurs étaient très mauvais, quand bien-même étaient-ils sympathiques et remplis de bonne volonté. Je n'ai fait qu'effleurer le sujet. Un de ses aspects m'a interpellé : les « silences ».

Pour faire de la musique harmonieuse à l'oreille une place doit obligatoirement être accordée aux silences... En fait, dans la vie, c'est pareil. Pour réussir une fête, par exemple, elle doit avoir lieu après une période où la fête est absente. C'est une forme prise ici par « le silence ».

On nous vante l'efficacité, la rapidité, la permanence des efforts créatifs. C'est totalement absurde. Pour qu'il puisse y avoir tension dans l'effort, il faut également qu'il y ait relâchement. Un enseignant des Beaux-Arts de Paris nommé Allain nous disait, à moi et d'autres élèves, que les périodes d'activités créatives visibles et intenses alternaient chez un artiste avec des moments de maturation créative où, apparemment il ne se passait rien. Ces paroles m'ont beaucoup aidées moralement. Car, à l'époque, je culpabilisais de ne rien peindre, sculpter ou dessiner. En fait ma créativité passait à ce moment-là par une période sans résultats visibles. Les racines souterraines des plantes futures se développaient souterrainement. Il faut savoir attendre. Ou plutôt ne pas s'en faire quand se passent d'inévitables moments d'apparente inactivité.

Il faut aussi prendre le temps. Ne pas se presser. « Bien et vite », ça n'existe pas. Pour créer une goguette, par exemple, soit un groupe festif et chantant comptant moins de vingt membres, il faut savoir absolument ne pas aller vite. Une année pour qu'elle commence à vivre ce n'est rien. Une goguette est appelée ensuite à exister des dizaines d'années !

Il n'existe pas de raccourcis. Quand on décide de créer une goguette, il ne faut pas s'imaginer qu'on va faire mieux en prélevant des cotisations, éditant des cartes d'adhérents. Ce serait une erreur. Ceux et celles qui payent une adhésion croient souvent acheter un service. Ils ont payés, alors on leur doit tout. Ils ont la carte, alors l'association doit être à leur service. Ils ne font rien ? Mais croient avoir fait quelque chose en cotisant. En fait, ils se sont acheté une « bonne conscience ». Et que faire des adhérents fantômes quand on sait que le nombre de membres est fixé à dix-neuf maximum ?

En fait, il faut proposer de venir à la goguette sans insister. Cela fait un an que, avec quelques autres, j'ai entrepris de faire naître une goguette. Durant cette période j'ai vu passer un certain nombre de sympathisants fantômes. « Je viendrais » disent-ils. Ils ne viennent pas... Ne les chassons pas. Ignorons leurs pseudo motivations. C'est ainsi que, revoyant des sympathisants en fait fantômes je me suis simplement abstenu soigneusement de leur parler de la goguette. L'auraient-ils fait ? La porte de la goguette leur était grande ouverte. Ils n'en ont pas parlé et sont restés dehors.

De même, j'ai agit un jour. La goguette n'avait pas trouvé de lieu pour se réunir. J'en parlais à deux sympathisants en fait fantômes. Et les avisais du problème. Sachant pertinemment que chacun d'eux disposait d'un local disponible. J'évitais soigneusement d'évoquer ces lieux. Ils n'en parlèrent pas. Ce faisant, ils confirmaient leur qualité de fantômes. C'est seulement en agissant ainsi, en n'insistant pas, que la sélection se fait, naturellement. Elle n'est pas compliquée. Il faut simplement trouver des membres motivés. Et ne pas forcer ou prétendre forcer les gens à venir. On n'oblige pas une plante à grandir en tirant sur ses feuilles !

Le processus de construction de la goguette se fait ainsi, à son rythme. Il est urgent de ne pas aller vite. Et ne pas chercher l'or là où il n'y en a pas. Quand bien-même la mine paraitrait bien riche et accueillante. Un adhérent possible s'efface ? Dix autres attendent plus loin le long du chemin.

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 février 2015

354 L'invention de « la sexualité » et son oubli organisé

Au début de la vie, l'être humain n'a pas dans sa conscience le sentiment d'existence d'un domaine spécial, coupable et particulier : la « sexualité ».

Un petit enfant nu ne se sent pas « nu » au sens malaise, besoin de dissimuler son apparence à autrui. Il se touche pour le plaisir sans éprouver de gêne ou de complaisance exhibitionniste si d'autres sont présents et le regardent. Puis, il réalise que les grandes personnes affectent d'étranges comportements. En particulier, ils se cachent et l'invitent à se cacher. Tout particulièrement à cacher certains endroits de l'épiderme. Ces mêmes endroits qu'il est interdit finalement de toucher, se toucher, tout particulièrement si des « étrangers » sont là. Par exemple, les seins, ces organes féminins nourrisseurs, défense d'y toucher ! J'ai vu plusieurs fois dans des lieux publics à Paris des dames repousser leurs petits enfants sevrés qui cherchaient à mettre la main dans leur corsage.

Quand j'avais cinq ans, en colonie de vacances au bord du lac d'Aiguebelette en Savoie, je m'étonnais devoir porter une culotte de bain. Je demandais le motif de cet étrange accoutrement public. D'autant plus incompréhensible qu'une fois mouillée, porter cette chose qui ne servait visiblement à rien devenait parfaitement désagréable. « C'est pour l'hygiène » me répondit-on fort hypocritement. J'acceptais la validité du motif. J'ai vu un jour, dans les années 1980, sur une plage en bord de mer, un petit garçon de deux ans portant un slip de bain mouillé l'ôter spontanément et le jeter par terre avec dégoût. Il n'avait pas encore été propagandé comme moi à l'âge de cinq ans.

Petit, on cherche à imiter les « grands ». On se laisse bourrer la tête. On accepte qu'il existe un état particulier, baptisé « nudité », qui connait ses contraintes particulières et ses diktats impératifs. On nous apprend à avoir honte de nous, d'être vu « nu » et tout particulièrement d'avoir honte d'une partie de nous : le sexe. Il faut absolument le dissimuler à autrui. Ainsi que d'autres parties de ce qu'on nous a appris aussi être « le corps », c'est-à-dire en fait nous-même.

Les vêtements sont détournés de leur rôle protecteur utile pour servir à la dissimulation. Le comble du ridicule étant atteint par les « vêtements de bain », surtout quand ils sont très petits !

On nous apprend et conditionne à l'idée qu'il existe un état spécial : « nu », défini comme sans vêtements. L'état naturel étant sensé être avec des vêtements. Pourtant, nous ne naissons pas avec un slip ! On nous invente la « nudité ». Celle-ci est à cacher, donc elle est honteuse, pourquoi ? On ne le sait pas vraiment, alors on culpabilise, car on a honte sans raison. En quelque sorte la honte est tellement absurde et forte, institutionnelle, qu'on a « honte de la honte ».

La nudité, en fait l'état naturel, devient pour nous hyper-érotisée par la suite. Entre-temps, des années ont passé. Après la libre très petite enfante a succédé une période de plusieurs années où la sensualité est bridée, endormie artificiellement, réprimée. Cet état artificiel est baptisé « période de latence » par certains spécialistes. On voit dissimuler son caractère culturel et artificiel derrière la prétention à lui trouver une origine naturelle.

Arrive un moment de la vie où on va « réveiller » artificiellement de son sommeil artificiel la sensualité, rebaptisée « sexualité » et orientée vers la reproduction et la sexolâtrie. L'acte sexuel deviendra l'objectif, l'idée fixe inculquée aux jeunes. Ils seront baptisés « adolescents », une étape de la vie qu'on ne trouve nulle part dans la Nature. Parle-t-on d'éléphants ou d'orang-outan adolescents ? Non, jamais, seuls les humains ont le droit à cette étape imaginaire, quelquefois depuis quelques années précédée d'une autre étape toute aussi imaginaire : la « pré-adolescence ».

Vers l'âge de douze, treize, quatorze, quinze ans on va réveiller la sensualité. Mais dans quelle orientation ! Hyper-érotisation de la nudité, masturbations frénétiques et répétées, culpabilité incompréhensible et écrasante. Sans compter un analphabétisme tactile fruit d'années et années où toutes les caresses sont en général prohibées, car classées « sexuelles ». Le résultat sera une inconduite incroyable des garçons à l'égard des filles. Ils ne penseront qu'au trou. Et l'envahissement de la pornographie via Internet n'a certainement pas arrangé les choses.

Le conditionnement reçu fera de la recherche de l'acte sexuel une idée fixe, détachée du désir authentique. Dès que c'est « techniquement possible », hop ! allons-y ! Un ami quinqua me disait, dégoûté, parlant de la jeunesse : « c'est la génération capote ». T'as une capote sur toi, allons-y !

Les dragueurs « professionnels » sont l'expression-même de cette misère relationnelle. Ils n'arrivent pas à apprécier leurs partenaires résumés à un trou ou une queue. Ils sont des « messieurs-dames vingt centimètres »... l'étendue de peau et muqueuse concernée par leurs « caresses » se résumant à vingt centimètres carrés, alors qu'un être humain en compte deux mètres carrés. La prohibition culpabilisation de la « nudité » s'accompagne de deux prétentions absurdes : la sexualisation de l'érection. Soi-disant celle-ci correspond à l'envie de baiser. Alors qu'elle survient en de multiples occasions sans qu'il ait désir véritable et authentique. Et la prohibition de l'écartement des cuisses chez les femmes et même les petites filles nues, considéré comme « sexuel » et obscène ! Un ami naturiste m'a raconté avoir vu un jour une mère de famille naturiste engueuler sa petite fille parce que nue au bord d'une piscine elle écartait les cuisses ! On vire à l'obsession perverse et maladive.

La vue seule du sexe est baptisée « sexuelle ». Frustrés visuellement, ne voyant pas de nudités, quantité de gens passent le temps à se gorger de pornographie.

La pornographie est un produit commercial. Qui prétend abusivement que l'acte sexuel - et trois ou quatre bricoles annexes, tels que la fellation ou le bisou sur la bouche avec la langue, - représentent le but impératif à atteindre en permanence de l'âge de quatorze à quatre-vingt ans ! Absurde et démolissante ânerie ! La relation humaine est infiniment plus vaste et belle que ces seuls petits exercices qui ne sont justifiés que quand ils relèvent d'un désir véritable et réciproque. Et pas d'une mise en scène et un conditionnement culturels fruit de siècles de frustration organisée.

Les personnes qui n'arrivent pas à se détacher de cette obnubilation qui résume la relation à quelques minutes d'accouplement glissent insensiblement vers le sadisme. Il peut être passif et consister, par exemple, à se repaître de récits d'atrocités commises par d'autres. On fait du voyeurisme sadique parce qu'on n'a pas réussi à régler son compte à sa sexualité artificielle et perpétuellement frustrée, car à la recherche d'une chose qui n'existe pas : l'épanouissement sexuel en permanence et à tous prix. La vie est plus vaste que cette gymnastique en chambre à laquelle notre société prétend très souvent nous résumer. J'ai même lu un jour que : « l'acte sexuel est la plus belle façon de communiquer ». J'aurais aimé demander : « même quand il s'agit d'un viol ? ».

Si j'en relève les faiblesses, je ne prône pas pour autant des changements de société, mais cherche à trouver des remèdes pour réduire la nuisance de celle-ci. La société accorde un sens précis, une signification à la nudité ? Desérotisons-la ! Comment ? En étant nu le plus souvent possible. Sans pour autant le faire en public, sauf dans un cadre naturiste légalisé. Une fois qu'on est resté nu très souvent, en écrivant, répondant au téléphone, classant des papiers, rangeant la maison, passant l'aspirateur, préparant la cuisine, etc. Toutes situations absolument pas érotiques, au bout d'un certain nombre de mois, la nudité perd son caractère érotique, lié à la sexualité. De plus, on a moins froid, car les vêtements nous fragilisent quand ils sont portés sans raison valable, simplement par mauvaise habitude. Et si nu on a froid on peut mettre juste une veste, pas besoin de mettre de culotte. L'amour a de la peine à s'exprimer, être vécu, est contrarié par la sexualité artificielle qui nous envahit ? Oublions-là !

Basile, philosophe naïf, Paris le 28 février 2015

mardi 24 février 2015

353 La dictature des tigres en papier

Une bizarrerie incroyable à laquelle nous sommes habitués est d'attribuer un pouvoir effectif à des « règles », au « devoir », à la « morale », la « raison », les « règlements », « lois », « pactes », « traités », « contrats », « signatures », « promesses », « serments », « paroles données », « engagements », « obligations », « traditions ». Ce qui revient à prétendre que l'homme doit se plier à des traces d'encre sur du papier, voire juste au souvenir de mots prononcés.

Ainsi, on prétend « obéir à la loi ». Mais qu'est-ce que « la loi » ? Des mots, des phrases écrites par des hommes qui seraient sensés « avoir force de loi », jusqu'à leur changement suivant.

Depuis le début de l'Histoire humaine que de traités trahis, oubliés ! Où sont par exemple les traités conclus entre la France et l'empire austro-hongrois ou la Sublime porte ottomane ou le duché et comté de Bourgogne ? Au fond de la corbeille à papiers de l'Histoire !

On fait comme si le souvenir de mots, surtout s'ils ont été écrit sur un support quelconque, informatique ou autre, avait le pouvoir de « commander » les hommes !

Que dire également de « l'argent » ? On croirait que c'est lui qui commande aux hommes et pas l'inverse ! Pourquoi dit-on « billet de banque » ? Parce qu'à l'origine c'était de petits morceaux de papier avec écrit dessus à l'encre des mots, suivis d'une signature. Comme c'était contre-faisable, on les a remplacé par des gravures imprimées plus difficiles à imiter. A présent, à peine huit pour cent de l'argent dans le monde a une base papier ou métal. C'est du blabla électronique auquel les humains se soumettent le plus souvent, c'est-à-dire dans quatre-vingt-douze pour cent des cas.

J'ai assisté à un mariage à Paris. Le maire déclarait aux tout frais nouveaux époux : « je vous déclare unis par les liens du mariage ». Que sont ces fameux « liens » ? Sont-ils en chanvre, en quelle matière précise ? Personnellement, je ne les ai jamais aperçu.

Un mythe très vivant dans notre société est la soi-disant impossibilité d'imiter parfaitement une signature.

Et un autre mythe, particulièrement dangereux, prétendre que : « nous devons respecter le principe des engagements, du respect des accords conclus, sinon plus rien ne pourra bien fonctionner ». Mais, c'est justement dans ce système qui paraît « respecter les accords » que rien ne marche bien et tout va de travers ! On « respecte les accords ». Et on se retrouve avec une poignée de gens qui dorment sur leur montagne d'or personnel cependant que le plus grand nombre crève de faim.

La seule loi qui importe, c'est le respect de l'être humain.

A partir du moment où un accord apparaît nuisible, ou que les conditions qui ont accompagné celui-ci ont changé, l'accord cesse d'exister. Voilà quelle doit être la vérité. Mais, alors, tout bouge ? Rien n'est sûr ? Oui, exactement, comme l'a dit il y a fort longtemps Héraclite : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Vouloir arrêter le mouvement du monde avec des mots revient à chercher à emprisonner le vent dans une cage. Admettre que c'est possible amène à des comportements absurdes et toutes les trahisons possible. La réalité est là qui nous dit que l'argent n'existe pas, n'est qu'une convention qui assure la prospérité de pillards drapés dans « le service de la dette » qu'ils ont fabriqué pour eux-mêmes sur mesure. Vouloir s'entendre avec de tels créanciers en respectant l'humain comme prétend le faire aujourd'hui Tsipras... autant s'adresser à un écureuil et lui demander de jouer du Liszt ou du Chopin au piano ! Pauvre Grèce...

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 février 2015

352 Plaidoyer pour des goguettes plurinationales à Paris

Aujourd'hui, la population parisienne a très grande envie et besoin de fêtes vivantes et traditionnelles. Je le vois bien. Je diffuse depuis 1993 des tracts pour le Carnaval de Paris. A partir de 1998, ils annonçaient des cortèges. Quand je les diffusais de longs mois d'avance, je m'attirais avant des remarques sceptiques : « mais, c'est très loin ! d'ici-là je vais oublier ! » Ces derniers mois, les réactions ont complètement changé. Quand je donne un tract annonçant la fête dans six mois, voire bien plus, on apprécie positivement. On accepte volontiers l'idée d'être informé tellement d'avance. On ajoute qu'on espère s'en souvenir pour le jour lointain où arrivera la fête. C'est un signe qui ne trompe pas.

Un autre signe qui me paraît significatif du renouveau festif parisien : durant des années, quand je proposais un tract à un Chinois de Paris, le plus souvent il ne s'y intéressait pas, voire refusait de le prendre. Le 15 février dernier, changement complet : passant par Belleville, le cortège du 18ème Carnaval de Paris est attendu et accueilli joyeusement et avec enthousiasme par une foule de badauds parmi lesquels nombre de Chinoises et Chinois hilares et bien présents à la fête !

Ces derniers temps on voit de plus en plus de Chinois à Paris. Peut-être aussi avant en général ils se sentaient « Chinois de Chine émigrés ou en visite à Paris », tandis qu'à présent ils se sentent « Chinois de France ».

Quand j'étais étudiant à l’École des Beaux-Arts de Paris il y avait à l'époque, dans les années 1972-1984, 30 % d'élèves étrangers.

J'avais un camarade Japonais qui se désolait. « Nous autres Japonais cultivés connaissons bien l'art européen et l'art japonais. Tandis que les Français que je rencontre connaissent l'art européen et ignore totalement l'art japonais. Ils ne connaissent que les estampes japonaises qui correspondent chez nous à vos images d'Épinal ! »

Dans les années 1980 je connaissais quelques résidents de la Cité internationale universitaire de Paris. Dans trente hectares de jardins des pavillons nationaux de quantité de pays accueillent des étudiants du monde entier. La règle étant qu'un pavillon national accueille au minimum trente pour cent de nationaux d'autres pays.

Je rencontrais notamment là un médecin mexicain et un étudiant des Pays-Bas. Cri du cœur de mes nouveaux amis en découvrant que j'étais un simple habitant français de Paris : « ah ! enfin ! quelle chance ! un Français ! »

Ces étudiants étrangers en résidence à Paris connaissaient et rencontraient des étudiants de nombreux pays, mais pas des Français. La Cité était pour eux un peu comme une sorte d'île confortable, mais détachée de la vie parisienne et des Parisiens.

Pourtant, ces étudiants rêvaient tous de connaître des Français. Ils n'en avaient pas l'occasion.

Durant ces années-là, je me souviens être passé un dimanche ou un samedi après-midi devant une salle de réunion de la rue du Moulin Vert à Paris, dans le quatorzième. On y donnait une fête. Des personnes qui se trouvaient près de la porte m'ont invité à entrer.

C'était une joyeuse fête portugaise... il n'y avait là autant dire que des Portugais. Ceux-ci ont de très belles et vivantes traditions festives.

Les seuls rares Français présents avaient un lien direct avec le Portugal. Par exemple, étaient mariés avec une Portugaise.

Ces trois exemples, l'étudiant des Beaux-Arts, les résidents de la Cité et la fête du Moulin Vert, montrent qu'il paraît très difficile que se passent des échanges entre Français et étrangers présents à Paris. D'une certaine façon, on a l'impression que les étrangers qui viennent à Paris profitent de la culture française. Inversement, les Français ne profitent pas de la culture de ces étrangers. Pourtant, ils sont porteurs d'immenses richesses, linguistiques, chorégraphiques, musicales, humaines, et ne demandent qu'à en faire profiter les Français !

A la Cité international universitaire de Paris il y a quantité de concerts, activités culturelles diverses, même une troupe de danse mexicaine... tout cela est ouvert aux Parisiens, qui généralement n'en profitent pas. Les élites intellectuelles du monde entier sont là. Ne demanderaient qu'à rencontrer des Parisiens, leur parler de leur pays, leur langue, leurs fêtes, leurs traditions. Et autant dire rien ne se passe en ce sens. C'est très dommage.

Quelle solution pour fluidifier les relations, assurer des échanges entre les porteurs de cultures étrangères et les Parisiens ? J'en vois une : la fête et surtout son outil de base : la goguette.

Au Carnaval de Paris on peut admirer de splendides danses boliviennes, des danses et musiques antillaises, des musiciens, costumes et marionnettes géantes ou dragon basques. Or, la base traditionnelle du Carnaval en France est formée de petites sociétés festives et chantantes de moins de vingt membres. Se réunissant ponctuellement pour passer un bon moment ensemble et rejoignant le Carnaval quand il a lieu.

L'idée pour résoudre le problème évoqué est de créer des goguettes plurinationales. Exemple : une communauté bolivienne existe en région parisienne. Ils sont 500. Que les Boliviens qui le désirent assemblent des petits groupes de base formés de par exemple 4 à 8 Boliviens. Cette goguette agrégeant ensuite un apport d'autres nationalités présentes à Paris, dont des Français, pour arriver à dix-neuf maximum. Gageons que les échanges festifs et culturels seront chaleureux ! Et tout le monde en profitera grandement et y trouvera et apportera du plaisir ! Ça enrichira aussi le Carnaval !

Quand on assiste au défilé du Nouvel an chinois à Paris, parmi les personnes défilant avec de splendides habits chinois on aperçoit des Européens, des Africains... J'espère voir demain au côté des Boliviens des Européens et Africains danser des danses boliviennes au Carnaval de Paris et portant de superbes costumes boliviens !

Et voir également un jour au Carnaval de Paris des Boliviens en costumes bretons ou basques danser des danses bretonnes ou basques au côté de Bretons et Basques de Paris !

Nous avons tous à gagner à ces joyeux échanges ! En 2006, rue de Belleville, j'ai aperçu deux jolies jeunes filles chinoises, sur le passage du cortège du Carnaval de Paris esquisser un pas de danse bolivien ! C'est beau, ça !

Quelques temps après, une Parisienne qui avait vu passer le cortège m'a demandé : « c'est une fête latino-américaine ? »

Je lui ai alors répondu : « Non, c'était le Carnaval de Paris. » 

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 février 2015

lundi 23 février 2015

351 Petite réflexion sur l'amour

En amour, tout au moins ici, en France et à Paris, les hommes et aussi les femmes sont le plus souvent violents moralement, voire quelquefois physiquement, ultra égoïstes, égocentriques, très volontiers manipulateurs, possessifs et jaloux à l'extrême; Des personnes aimables et douces par ailleurs, dès qu'elles pensent qu'il s'agit de "l'amour" se conduisent en brutes cyniques. On pense, à les observer, à la nouvelle de Robert Louis Stevenson "L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde".
Que faire alors face à cette violence ? Si on pense face à cette inhumanité être trop doux, trop gentil, trop honnête, trop bon, trop généreux pour se préserver ? Et qu'on se fait systématiquement "démonter la gueule" par des "douces et belles créatures" ? Garder ses distances, se méfier et protéger. Si les femmes sont de très beaux éléphants et qu'on est une jolie et fragile porcelaine, on se planque. On s'abrite derrière l'épaisse vitre blindée d'une vitrine sécurisée. Il n'y a pas d'autre choix raisonnable, à moins d'être masochiste et jouir à l'idée de se faire piétiner une fois de plus.
J'avais tendance sans le réaliser à éviter les problèmes. A présent, je le ferais consciemment. Que les belles personnes se fassent apprécier par moi... de loin. Être la petite souris dans les griffes du chat n'offre d'avantages qu'au chat et pas à la souris. Il n'y a pas de reproches à faire au chat qui torture la souris. C'est dans sa nature. Mais, en qualité de souris, il faut savoir rester dans son trou à manger son gruyère en écoutant un disque de Chopin. La fourrure du chat est très douce. Ses yeux sont magnifiques. Mais ils ne sont pas faits pour la souris.
J'ai vu un jour la photo de l'arrivée d'un terrible orage en montagne. L'image était d'une grande beauté. Mais l'orage en question était un grand danger. Je dirais que pour moi, les femmes séduisantes sont comme cet orage. Très beau mais à fuir absolument.
Je sais qu'il m'arrive de plaire. J'éviterais que ce sentiment ait une suite quelconque. Ma tranquillité d'abord ! Je n'ai aucune obligation de prendre des risques mortels à "faire le bonheur" de quelqu'un d'autre en ruinant ma tranquillité et me retrouvant en pièces détachées. Cependant que l'autre me remercie pour "sa plus belle histoire d'amour". Chose qui m'est déjà arrivée.
Que ces dames aillent vivre leur "plus belle histoire d'amour" avec quelqu'un d'autre ! Désolé, ici, aujourd'hui et pour une durée indéterminée, le guichet est fermé. On ne vend plus aucun billet. L'employé qui les vendait est parti en vacances et on ignore quand il reviendra, s'il revient un jour.
C'est ainsi aujourd'hui que je vois l'amour tel qu'il m'est proposé. Si vous souhaitez que je change d'avis, proposez moi autre chose.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 février 2015

350 Quelques réflexions pour l'organisation d'une fête populaire dans la rue

J'ai 22 ans d'expérience d'organisation du Carnaval de Paris, une fête qui est la convergence d'une quantité d'associations qui défilent ensemble dans la rue chaque année. La dernière, le 15 février 2015 a rassemblé 4 à 5000 personnes. Pour une fête indépendante et populaire c'est un formidable résultat. Il n'y a ni politiques importants, ni budget derrière, rien que du cœur. Et si on me dit : « pour organiser une telle fête il faut de l'argent ! » Je réponds : « oui, le moins possible ! » Ici il faut quelques centaines d'euros, essentiellement l'abonnement Internet et au téléphone portable que j'ai pris pour le Carnaval et à mon nom et l'assurance, plus quelques timbres poste et ramettes de papier.

Une amie me disait récemment : « il faut tirer une énorme quantité de tracts ! » A quoi je répondais : « il ne faut pas se prendre pour ce qu'on est pas. Là j'en fait 1000 et puis voilà ! »

A titre d'exemple, le tract pour le Carnaval de Paris 2015 a été tiré a exactement 2810 exemplaires dont 2806 ont été distribués plus 1400 diffusés par Internet, total : 4206 exemplaires diffusés.

Chaque tract a en théorie amené un participant à la fête ! Pas mal, non ? Il faut dire que la base de la venue des festifs a été surtout le bouche à oreille, l'ancienneté et l'organisation. L'ancienneté car c'était le 18ème défilé annuel consécutif. Et aussi la confiance, car certains connaissent le Carnaval de Paris depuis des années. Et voient dans quel esprit je cherche à l'organiser en dépit de difficultés et éléments contradictoires qui ont pu des fois aller dans un sens différent.

De sympathiques amis m'ont fait part de leur projet d'organiser une fête, défilé dans la rue. Pour les aider dans leur projet j'ai rédigé ce texte. Je leur amène ici des idées et conseils, qu'ils sont libres de suivre, critiquer, améliorer.

Pour créer une fête de rue, il faut choisir très vite une date. Si possible une date qui revient : par exemple dernier dimanche d'avril, ou le dernier dimanche avant Pâques... ne pas interrompre une année, par exemple, quitte à faire même très petit cette année-là.

Rattacher la fête à une tradition lui donne beaucoup de force, le Carnaval par exemple.

Ne pas hésiter à débuter petit. En 1999, lors de la deuxième édition du Carnaval de Paris, je pouvais presque faire ensuite le relevé nominal des participants !

Quand on annonce qu'on prépare une fête, beaucoup de gens approuvent et font mine de vouloir venir et font défaut ensuite. Quand quelqu'un dit : « je vais venir » ne surtout pas penser : « il va venir », mais : « il m'a dit qu'il va venir ». Si je comptais le nombre de promesses trahies depuis le début de la renaissance du Carnaval de Paris dont j'ai pris l'initiative en 1993, et que celles-ci n'auraient pas été trahies, nous ne serions pas 4000 cette année à défiler, mais 40 000 sinon plus. Il ne faut pas grommeler à ce sujet. L'être humain est ainsi : il promet beaucoup, y compris de très bonne foi, et ensuite tient peu ses promesses. Il faut d'abord et avant tout compter sur soi.

Vouloir à tout prix faire « grand » est une illusion courante, stupide et absurde. Faire beau, agréable et authentique, même très petit, est largement positif et suffisant.

Il faut très vite fixer un parcours pour le défilé, quitte même à le modifier si nécessaire ensuite.

Prendre une assurance est indispensable. Certains assureurs sont très gourmands, d'autres refusent d'assurer une fête. L'assureur le moins gourmand que je connaisse est la MAIF.

Il faut choisir un responsable de la fête, qui peut être président d'une association déposée selon la loi de 1901. Les autorités préfèrent un président d'une telle association plutôt qu'un simple particulier. Ne pas s'obnubiler sur les vertus de l'association 1901. La seule vraie association qui fera la fête sera la volonté commune engagée de ceux qui s'impliqueront, adhérents ou non d'associations 1901.

Pour défiler dans la rue, il faut une « autorisation d'occupation de la voie publique ». A Paris elle est délivrée par un service de la Préfecture de police appelé la Direction de l'ordre public et de la circulation, qui traite présentement 5000 autorisations chaque année.

Petit rappel juridique utile : en France, le maire de la commune est Officier de police judiciaire, peut requérir la force publique, police si elle existe ou gendarmerie, et a un pouvoir sur la voie publique pour y autoriser défilés, rassemblements, etc. Seules trois villes françaises sont dotées d'un maire qui n'a aucun pouvoir sur la voie publique : Paris, Lyon et Marseille. Dans ces trois villes existe une Préfecture de police. C'est elle qui régit la voie publique. C'est au Préfet de police qu'on doit s'adresser pour demander une autorisation d'occupation de la voie publique : défilés, rassemblements, tournages de films, etc.

Il faut faire cette demande de préférence au moins deux mois avant la date fixée, sinon même encore avant.

Certains endroits précis ne dépendent pas à Paris de la Préfecture de police, j'en connais au moins trois : l'espace sous les arcades de la place des Vosges appartient aux propriétaires riverains, l'espace sous la tour Eiffel appartient à la société de la tour Eiffel, l'esplanade devant l'Hôtel de ville de Paris dépend de la Mairie de Paris. Ayant souhaité accéder à cette dernière, le Carnaval de Paris et le Carnaval des Femmes ont essuyé ces dernières années plusieurs refus de la Mairie de Paris.

La demande faite au Préfet de police de Paris est ensuite transmise aux services préfectoraux compétents qui se chargent de traiter le dossier.

La Préfecture peut demander la modification du parcours, par exemple s'il doit démarrer près d'un hôpital, et que le cortège prévu est musical et bruyant. D'une manière générale la police n'est pas hostile aux fêtes. Ceux qui, en revanche, peuvent y être opposés sont des intérêts privés (commerçants, par exemple) ou des élus politiques. J'en ai connu des exemples. Il est souhaitable d'être appuyé par un élu qui écrit au Préfet de police une lettre de soutien au projet festif.

Une fête doit être libre, bénévole, gratuite et autogérée.

Autogérée, ça signifie que chaque groupe participant gère sa participation et se place selon son initiative dans le cortège. Il s'agit d'une fête, pas d'un défilé officiel !

A partir de 500 participants prévu, la manifestation doit se doter d'un service d'ordre en plus de la police qui escortera le cortège.

En France un festival ambulant est tenu aussi d'avoir en escorte un Poste de secours mobile (PSM), c'est-à-dire deux ambulances et cinq secouristes. Ce qui coute mille euros aujourd'hui. En revanche, une manifestation n'est pas tenue d'avoir cette escorte. C'est une question de but déclaré. Ainsi, la Gay Pride, qui est une manifestation, n'a pas de PSM, la Techno Parade, qui est un festival, en a un.

La participation au défilé doit être ouverte à tous.

Il faut se méfier du danger des subventions. Elles sont très difficiles à avoir, sont conditionnelles, imposent des obligations, attirent de faux amis, dénaturent l'esprit festif. Et quand elles ne sont pas reconduites coulent l'événement. Le nombre de fêtes liquidées ainsi est impressionnant. Faire sans subventions est de très loin préférable au fait de faire avec, et compter dessus.

Les politiques français, à part de rarissimes exceptions, ne savent pas ce que c'est qu'une vraie fête. Ils en ont même souvent peur. Elle les dérange.

Les journalistes sont rarement consciencieux avec la fête et traitent souvent celle-ci négligemment

Pour réussir la fête l'influence de la presse est quasi nulle et le bouche à oreille est essentiel.

A la base de la fête on trouve des organisations.

Quelle date choisir pour la fête ? Éviter dans les grandes villes l'été.

Quel parcours ? Un parcours populaire

Quel but ? Être heureux : ni politique, ni religieux, ni commercial, ni humanitaire, s'amuser et faire de jolies choses.

Le principe du gâteau est un principe fondamentale pour organiser une fête : si un gâteau qu'on prépare est bon, crue sa pâte est bonne au goût. Cuite, elle est encore meilleure. Préparer une fête doit être une occupation agréable. Si cette occupation est dans un de ses aspects désagréables, il n'a pas à être poursuivi. Il faut faire des choses agréables pour préparer la fête.

Elles peuvent parfois être juste un petit peu désagréable, mais si c'est trop, il faut arrêter immédiatement d'aller dans cette fausse direction.

Parmi les dangers menaçants la fête :

Le danger des « efficaces » : des personnes qui prônent « l'efficacité », prétendent en être les champions. Et sont souvent des parasites inverses qui mettent en danger la fête.

Quand on organise quelque chose, on rencontre des critiques vides, des appropriations du travail d'autrui. Et il n'y a pas de reconnaissances à attendre.

Quand on organise une fête on rencontre beaucoup d'abandons de personnes qui commencent quelque chose et arrêtent tout ensuite. S'y attendre et ne pas s'en formaliser.

Il faut faire avec ce qu'on a.

Que faire des professionnels dans une fête bénévole ? Ne pas leur cacher le mode d'organisation. Les remercier et décliner aimablement leurs propositions payantes.

Les « chars » et géants sont très jolis, impressionnants. Vus les frais à engager pour les construire, il vaut mieux s'en passer sans problèmes. Quantité de très beaux Carnavals s'en passent parfaitement.

Pour une fête réussie, on fait main bricolé plutôt que « luxe ». Et la foule peut suivre et rejoindre à tous moments le défilé. Sinon, ça n'est pas un vrai Carnaval.

Les échanges entre vraies fêtes sont enrichissants et instructifs pour les réussir au mieux possible.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 février 2015

samedi 21 février 2015

349 Amour et goguette

Une goguette, c'est une société festive et chantante de moins de vingt membres. Ce qui signifie que le jour où elle marche « du tonnerre de Dieu » et compte dix-neuf membres... si on verra affluer les candidatures à participer en vingtième, vingt-et-unième position, etc. Il faudra dire : « Non ! Vous ne participerez pas à notre groupe qui marche si bien, qui vous paraît si sympathique. Non, vous n'entrerez pas ! Ça n'est pas qu'on vous chasse. Mais si nous sommes vingt et plus, ça ne marchera plus. Alors, allez créer une autre goguette et tout ira bien ! »

Ce comportement apparemment hostile et en fait destiné à réussir au mieux, se retrouve dans le domaine « de l'amour ». Voilà comment je le vois, en tous cas suite à mon expérience, qui ne doit pas être si exceptionnelle que ça :

Quand on cherche l'amour sans être spécialement plus clair et instruit qu'un autre, on se prend des coups. Ces coups finissent par créer une phobie de l'amour, de l'autre, du sexe qui vous attire. C'est l'amour-haine, le refus, le repli, la panique, le « je ne veux plus aimer », le « mais qu'est-ce qu'ils ou elles veulent ? »

A cette panique, reconnue ou non par soi, va s'ajouter une autre : comme on est privé de câlins, on connait une terrible fringale de caresses reconnue ou non... résultat, la seule hypothèse de se rapprocher de quelqu'un qui vous en fera se double de la peur de s'y attacher et que ça finisse mal. Effectivement, ça peut arriver. Sans compter la fréquente jalousie, dérangeante et dévastatrice, qui accompagne ladite peur. Peur que l'autre « s'en aille », « va voir ailleurs et vous quitte ». Peur d'autant plus vive qu'on a effectivement vécu un ou plusieurs moments où l'autre « s'en est allé ».

Quand on est enfant, on est câliné. Puis vient un moment dramatique, celui du « sevrage tactile ». Tu es devenu un « grand », plus de caresses ! Ce qui fait qu'arrivé à un âge où l'attirance se fait forte pour retrouver une intimité « physique » avec l'autre, on est dans l'ignorance des câlins. On ne les a pas vécu. On a beaucoup de mal à les appréhender, savoir comment les considérer, y arriver. Cette ignorance étant accentuée par les règles morales qui font que les adultes se cachent pour échanger des caresses. Alors, on grappille de ci, de là, des conseils, tous plus ou moins malavisés.

En particulier, on croit découvrir le « sésame ouvre-toi » de l'amour : on doit réaliser « l'acte sexuel ». Cette gigantesque ânerie consiste à mettre arbitrairement en avant cet acte en ignorant tout le reste. Les garçons en particulier, vont se mettre à harceler les filles. « Ils ne pensent qu'à ça » disait une très jeune fille interrogé un jour sur le comportement des garçons de son âge.

Comme cette bêtise et cette ignorance amènent à se poser des questions, on peut finir par rejeter l'anti-éducation reçue et se dire : « bon, il faut autre chose, agir autrement, se réformer, mais comment ? Où aller ? »

C'est là que le hiatus causé par des années d'ignorance, de non câlins, se révèle : on ne sait pas où aller.

La réponse, je l'ai trouvé : il faut se rapprocher des autres. Et si ceux-ci veulent reprendre les mêmes mauvaises recettes, par exemple chercher à « faire l'amour » sans en avoir vraiment envie, etc. Répondre, comme pour la goguette : « non, je ne veux pas agir ainsi : par exemple accepter la jalousie, se précipiter pour vivre ensemble ou faire l'amour sans en avoir vraiment envie. Car je sais que ça ne marche pas. Je ne te rejette pas. Mais pour que notre relation marche bien, justement, je ne veux pas suivre les recettes classiques, car elles conduisent tout droit, tôt ou tard, à l'échec. »

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 février 2015