vendredi 24 avril 2015

369 Syndrome idéologique de Stockholm : le besoin de croire

Le phénomène du « syndrome de Stockholm » est très connu. Des gens normaux et ordinaires pris en otages dans une banque de Stockholm et menacés par un individu dangereux et armé ne tarirent pas d'éloges envers lui après la fin de cette prise d'otages. Pourquoi cette aberration ? Parce qu'ils avaient besoin de croire à ce conte de fées plutôt que d'accepter la terrible et sinistre réalité. Ce phénomène de négation de la réalité au bénéfice d'un conte fantaisiste est en fait des plus répandus. C'est pourquoi j'en ai dérivé le concept de « syndrome idéologique de Stockholm ». Pour satisfaire le besoin de croire en quelque chose d'imaginaire la réalité évidente est simplement niée au bénéfice d'un conte.

J'en ai eu la démonstration récemment. Une amie m'avait donné rendez-vous. Je m'étais dit : « nous allons bavarder de choses insouciantes et légères... foin de discours philosophiques ! » Las ! Ce fut tout le contraire. L'amie d'emblée me déclara être en souffrance. Larguée par son petit copain, ce qui m'amena à vouloir analyser sa situation à elle.

Je lui fit remarquer que quand pour la énième fois on souffre en amour comme d'innombrables autres personnes c'est une phénomène de société. Que la constante de nos malheurs ici c'est nous-mêmes. Il est inutile et faux de passer son temps à juste incriminer la responsabilité supposée des autres. Il faut considérer d'un regard critique son propre comportement, sa façon de penser. Changer sa manière de faire pour éviter la répétition des déceptions.

Mon amie en souffrance, entendant mes propos, me déclara ne pas souhaiter modifier sa démarche habituelle et pourtant inlassablement décevante. Elle comptait en dépit de toutes ses déceptions finir par rencontrer « la bonne personne » qui existe forcément quelque part... La logique, la raison, elle n'en avait visiblement que faire. Elle avait besoin de croire : le prochain, un autre, un jour, sera le bon. Comme on dit : « un jour, mon prince viendra... »

Au bout du compte c'est moi qui à ses yeux devenait suspect. Personne n'a le droit de remettre en question la jolie fable du prince charmant ou de la princesse charmante. Et tant pis si cette quête absurde conduit chaque année des dizaines de milliers de jeunes gens et jeunes filles au désespoir, à la dépression, au suicide. Le besoin de croire prime la raison. Aux yeux de la personne concernée et consternée, l'évidence s'efface et le rêve remplace la réalité. Plutôt que chercher à améliorer concrètement le présent, elle choisit de conserver intact dans sa tête le rêve d'un futur imaginaire qui tarde à venir. Et qui peut très bien ne jamais arriver.

Ce comportement est des plus habituels. J'en ai eu la preuve à mon propos. Il y a quelques années, j'ai rédigé un texte où je disais qu'il ne faut pas faire l'amour en suivant un raisonnement, mais seulement s'il existe un désir authentique et réel. Puis, j'ai rencontré une demoiselle et tout l'entourage et nous deux avons conclu que nous formions « un couple » et devions faire l'amour ensemble. Bien qu'il n'y avait pas là de désir mais juste un raisonnement. J'ai oublié prestement et complètement ce que j'avais pensé et écrit. J'avais besoin de croire à la fable du prince charmant et de la princesse charmante. C'était si beau et je me shootais avec mes endorphines à fond les manettes ! Le Paradis auto-produit en attendant le réveil et le retour au réel, qui par contraste sera une descente aux enfers. Mon illusion dura quelques années, puis finit fatalement et inévitablement par se fracasser sur la dure réalité. Alors, mais alors seulement je me souvins qu'on ne doit pas faire l'amour pour répondre à un raisonnement intellectuel. Ça fini mal. Et un certain temps après la fin de cette histoire j'ai retrouvé et lu mon texte où j'expliquais justement ce qu'il fallait éviter. Et que je n'avais pas cherché à éviter. Mon intellect s'était en quelque sorte déconnecté face au besoin de croire une rutilante fable aujourd'hui omniprésente : un homme, une femme, s'aiment et s'entendent, se font des câlins... donc, ils doivent faire l'amour, puisque c'est « un couple »... Eh bien non.

Ce besoin de croire qui anesthésie la conscience claire de la réalité explique quantité d'aberrations idéologiques. Si on considère, par exemple, un paradoxe comme : « si Dieu est tout puissant, il peut tout. Peut-il alors créer une pierre qu'il ne peut pas soulever ? » On conviendra que logiquement il existe ici une impossibilité pour la toute puissance. Ça n'empêche pas des quantités de gens à croire à cette toute puissance. Pourquoi ? Parce qu'ils ont besoin de croire...

Quand les gouvernements de 27 pays d'Europe s'obstinent à une politique de rigueur ou austérité, c'est la même chose, qui ruine tout. Peu importe qu'une quantité de gens leur démontre l'absurdité dévastatrice de leur politique. Ils veulent croire que leur politique est la bonne. Et, quand celle-ci fait augmenter, avec le sinistre Mémorandum de 40% la mortalité infantile en Grèce, ils s'obstinent. Sont-ils des monstres ces gouvernants ? Haïssent-ils les enfants grecs qu'ils font périr ainsi ? Pas du tout, ils n'ont aucune conscience de leur pouvoir destructeur en action. Une fois encore le syndrome idéologique de Stockholm fait qu'ils n'ont aucune conscience précise du mal qu'ils font.

Quand je fais revivre le Carnaval de Paris sur la seule base possible, c'est-à-dire libre, bénévole, gratuit et avec le minimum d'argent possible, j'entends fréquemment des messages parasites. Je devrais agir autrement. Chercher de l'argent, des soutiens politiques... qui entraineraient la mort rapide du Carnaval de Paris. J'ai beau l'expliquer à mes mauvais conseilleurs. Rien n'y fait. Ils ont besoin de croire à leurs recettes mortifères. D'autant plus absurdes à proposer à l'heure où des dizaines d'événements culturels disparaissent faute du renouvellement de leur subvention annuelle.

Base de la fête populaire il faut des goguettes, petites sociétés festives et chantantes de moins de vingt membres se réunissant ponctuellement et régulièrement pour passer un bon moment ensemble. Rien de plus simple à organiser qu'une goguette. Et en plus ça ne demande pas d'argent. Mais, aussi, en fait, rien de plus difficile à mettre en route. Pourquoi ? Parce que ne connaissant pas ce que c'est, les personnes auxquelles j'en parle ont besoin de penser organisation administrative, local, subventions, dépôt de statuts, investissement moral important. Elles n'arrivent pas à entendre mon message simplissime. Sauf petit à petit au bout d'un an, une dizaine de personnes qui se réunissent avec moi et forment avec moi une nouvelle goguette. Souhaitons que son exemple entraine d'autres initiatives du même ordre.

Quand la masse des gens a besoin de croire une chose qui va à l'encontre de la réalité, il lui est extrêmement difficile d'arriver à percevoir celle-ci. Et, si on tente de transmettre la conscience de celle-ci c'est pratiquement impossible. Expliquer le contraire de ce que vos interlocuteurs veulent croire, neutraliser en eux l'effet du syndrome idéologique de Stockholm, est autant dire rigoureusement impossible. Ce qui ne les empêche pas de se douter éventuellement de quelque chose d'inhabituel en voyant votre comportement. Ainsi, par exemple, tout dernièrement une grande et très belle jeune femme inconnue s'asseyait juste face à moi dans le métro. Elle n'a pas arrêté de me regarder en utilisant l'arsenal habituel féminin en usage à Paris pour regarder un homme en faisant semblant de ne pas le faire. Par exemple : le balayage, qui consiste à balayer un large champ de vision dans lequel se trouve par hasard l'homme qu'on veut regarder. Là, ce fut un festival de ces techniques, dont même un balayage que je ne connaissais pas, au lieu d'être de gauche à droite ou de droite à gauche, plus sophistiqué il fut de gauche en bas à droite en haut. Le message indirect de ce manège oculaire était : « comment se fait-il que vous ne cherchez pas à m'aborder ? » Y compris quitte à être ensuite envoyé balader. Mais là, je ne suivais pas la pensée unique et dragueuse régnante. Mon absence de tentative d'abordage de ladite belle l'a alors décontenancé. Ne pas faire « comme tout le monde » dérange y compris ceux qu'importune ce comportement de « tout le monde ». Ces comportements stéréotypés qui sont régimentés par le syndrome idéologique de Stockholm. Plutôt que me dire : « qu'ai-je à faire d'une jolie femme inconnue ? », et ne rien faire, il aurait fallu que je suive les fantasmes dominants. Et m'ennuie à tenter un abordage. Eh bien non.

Basile, philosophe naïf, Paris le 24 avril 2015

jeudi 23 avril 2015

368 S'alléger des mythes et vivre enfin sa vie

Qu'est-ce que « la sexualité » chez les humains ? C'est la prétention absurde, abusive et catastrophique à ce que certaines situations, certains gestes ou paroles impliquent impérativement la réalisation du coït, quelles que soient les circonstances réelles. Et surtout indépendamment du désir effectif d'accouplement qui est un sentiment très particulier. Et pas cet habituel raisonnement intellectuel : « je peux, je dois, c'est bien, indispensable, inévitable, glorieux... alors, j'y vais ! »

Cette « sexualité » est le fruit d'un conditionnement culturel qui conduit à terme ou d'emblée à la violence active ou passive. La violence active c'est l'agression de soi, de l'autre. La violence passive, c'est le renoncement, le repli sur soi. Échapper à ce conditionnement général et omniprésent n'est pas du tout évident. Le langage lui-même est biaisé et fournit des explications fausses. Quand, à force d'efforts, de résistance, d'interrogations, de courage et persévérance, je suis sorti de la « sexualité » conditionnelle, j'ai réalisé que : la nudité n'est pas sexuelle et n'implique en rien le coït. Lécher, sucer, mordiller relèvent du toilettage originel, quand l'humain vivait pleinement sa vie simiesque. Et n'est pas non plus « sexuel ». N'implique pas non plus la recherche automatique du coït. Que les réactions au niveau génital ne sont pas sexuelles. En ce sens qu'elles n'impliquent nullement l'existence automatique d'un désir d'accouplement. Que la masturbation n'est pas sexuelle. En ce sens qu'elle n'est en aucune façon l'expression automatique d'un besoin insatisfait de coït. Mais n'est le plus souvent qu'une habitude et une compensation d'une sensation générale de manque affectif. Et, enfin, que s'embrasser sur la bouche peut signifier en gros rien comme être tout à fait exclu. Pourquoi ? Parce que ça peux signifier « je t'aime » comme être une simple caresse. Quand ça signifie « je t'aime », si ce sentiment est absent, le baiser est à éviter.

Arriver à de telles conclusions amène à être une sorte d'OVNI. Pourquoi ? Parce que les gens autour de moi passent leur temps à rejeter ou rechercher l'acte sexuel. Tandis que moi je ne recherche ni ne rejette cet acte. Je ne suis pas contre, ni ne suis pour. C'est un acte mineur qui ne doit être réalisé que à condition qu'il existe un désir authentique et réciproque et des conditions favorables pour. Considérer que c'est le summum des relations homme femme, voire homme homme ou femme femme, est une fantastique bouffonnerie. L'être humain résumé à vingt centimètres carrés de peau ou muqueuse et à cinq minutes de jouissance... qui n'en est souvent pas une. Une telle gigantesque ânerie est par certains côtés un secret de Polichinelle. Car il est courant de voir des couples « idéaux » se défaire. Parce qu'ils n'ont d'« idéaux » que les apparences théoriques. La farce repose sur le mythe de « l'amour », si possible avec un grand « A ». Soi-disant que ce sentiment mystérieux surgit de nulle part résoudrait tout. Et, pour preuve, on nous montre des couples « qui marchent ». Mais, qu'est-ce que ça prouve ? Que des personnes s'entendent bien ? Et pourquoi nous les montrer en exemple ? Il n'y a pas de modèle. Chaque couple et chaque individu est différent.

Las ! Ce genre de couple « idéal » sert d'exemple pour ne pas vivre et suivre les mythes régnants de « la sexualité ». Récemment encore, une bien brave amie à moi cherchait « l'amour ». Comment ? En écartant les jambes de manière conditionnelle : « je ne le fait, se disait-elle, qu'à condition que ce soit sérieux ». Le garçon en question s'est amusé avec elle. Puis l'a jeté comme un vulgaire morceau de papier essuie-tout usagé. Comportement odieux et classique des voleurs de bisous... Mais, pourquoi cette amie a voulu croire à ce garçon ? Parce qu'elle cherche impérativement « la bonne personne »... C'est comme une croyance religieuse : il y aurait quelque part une bonne personne qui la comblera forcément. Et pourquoi donc ? Parce que X et Y qu'elle a croisé dans sa vie forment un couple « idéal ». Donc, elle suit l'exemple et croit attraper l'homme idéal avec son cul. Et ne rencontre que des profiteurs. Si au lieu de courir après les mythes elle vivait tout simplement ? Ça serait chouette, non ? Mais elle ne peut y arriver qu'à condition de remettre les mythes en question et chercher au delà la vérité des autres et d'elle-même. Mais, veut-elle rejeter les mythes ? Non.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 avril 2015

dimanche 19 avril 2015

367 Le sixième groupe

Un certain nombre de personnes cherchent leur définition dans leur inclination « sexuelle » :

On peut distinguer cinq groupes : les homosexuels, qui déclarent s'intéresser sexuellement aux échanges avec des personnes du même sexe qu'eux. Les hétérosexuels qui déclarent s'intéresser sexuellement aux personnes de sexe opposé. Les bisexuels, qui déclarent s'intéresser sexuellement aux personnes des deux sexes. Les asexuels qui déclarent refuser tous contacts sexuels. Les transexuels qui déclarent souhaiter changer de sexe et s'intéresser sexuellement aux personnes du sexe opposé à celui choisi par eux. Et, enfin, il y a le sixième groupe qui n'appartient à aucun des cinq groupes énumérés. Ce sixième groupe est constitué de personnes qui ne cherchent pas à paraître appartenir à un groupe. Mais à être. Et ne pas anticiper ou rêver leur démarche dans le domaine dit sexuel. Elles cherchent seulement à suivre leur authenticité. Et ne pas s'inscrire dans une catégorie prédéterminée. Le sexe n'étant pour elles somme toute qu'une activité parfaitement secondaire. Qui ne doit être pratiquée qu'à la condition expresse de répondre à un désir authentique, véritable, effectif. Qui est plutôt rare. Et ne saurait être écouté qu'à la condition qu'existent des conditions favorables à une pratique sexuelle épanouissante, juste et positive.

Les membres au sixième groupe ne recherchent pas le contact trop proche avec des membres des cinq autres groupes. Car ce sont en fait la plupart du temps des siguistes. Les siguistes sont des adeptes de la formule « siamo in guerra », qui caractérise la plupart du temps les activités et le comportement sexuels des humains. « Siamo in guerra » signifie en italien : « nous sommes en guerre ».

Être siguiste c'est considérer comme inévitable, voire même positif, de connaître des relations conflictuelles dès qu'il s'agit de sexualité. Un ou une siguiste considère que la plupart du temps le contact physique relève de l'agression pure et simple. Il signifierait forcément : « je te veux, et si tu ne réagis pas contre, tu es à moi ». Le siguiste trouve aussi que la jalousie est inévitable et même bonne.

On peut être siguiste en pratiquant l'asexualité comme en pratiquant à l'inverse une sexualité débridée. On peut être siguiste et homosexuel, hétérosexuel, bisexuel, transexuel. Les membres du sixième groupe ne sont pas siguistes. Ils recherchent la paix. Ce sont des sipistes : mot formé des trois premières lettres de la phrase italienne « siamo in pace ». Qui signifient : nous sommes en paix.

Les sipistes ont existé de tous temps. Par définition, ils sont simplement eux-mêmes. Et ne cherchent pas à paraître. Ce qui les rend peu visibles au milieu de la grande masse siguiste.

Pour le siguiste, SIG, qui signifie « siamo in guerra » est naturel et inévitable. Il n'imagine pas qu'une autre démarche puisse exister. Et surtout pas que SIP, « siamo in pace », puisse exister. Car, s'il admettait que SIP existe, est possible, ça remettrait en question SIG qui est justifié par le fait que, soi-disant, il irait de soi. Que SIG ne saurait être remis en question. Alors que SIG est une fabrication culturelle qui peut être remise en question et remplacée par SIP.

Les siguistes font beaucoup de bruit et occupent l'attention. Les sipistes restent discrets. Mais ne se laissent pas faire. L'affirmation des cinq premiers groupes les fait plutôt rire. Mais, là également, ils le font discrètement. La disparition de SIG est une condition indispensable pour que naisse enfin une vraie civilisation humaine. Et cette disparition commence par la remise en question individuelle de SIG dans la conscience et la pratique de chacun.

Basile, philosophe naïf, Paris le 19 avril 2015

366 La fin de la mystification économique

L'élection de Syriza en Grèce marque le début de la fin de la mystification économique. En quoi consiste-t-elle ? En ce que depuis plusieurs années les choix économiques enrichissant les plus riches et appauvrissant la grande masse des autres sont déguisés en « contraintes économiques ».

A tel point que j'ai entendu quelqu'un dire de bonne foi : « mais si les politiques ne peuvent vraiment rien faire pour nous aider. S'ils sont impuissants pour choisir un autre chemin que celui dicté par les contraintes économiques, au moins qu'ils le disent ! »

En fait, les politiques européens et autres sont la plupart du temps plus sensibles aux sirènes des riches qu'aux gémissements des pauvres. Ils aiment l'argent plus que les êtres humains qu'ils sont sensés servir et défendre. Alors, ils disent ne pas pouvoir agir autrement que ce qu'ils ont librement choisi de faire. Et prétendent que c'est là le seul chemin possible. C'est pourquoi l'arrivée en Grèce d'un gouvernement qui annonce vouloir défendre les pauvres les inquiète.

Les politiques européens et autres ont raison de s'inquiéter. Si Syriza tient ne serait-ce qu'une partie de ses promesses à rebours de l'austérité choisie et soi-disant « fatale » et « inévitable », toute la mystification économique s'écroulera.

La contrainte imaginaire de traités en papier volera en éclats. La farce européenne se désintégrera en percutant la réalité du mécontentement des peuples. Et les victimes de l'austérité demanderont des comptes aux responsables de leurs souffrances.

Peut-être un jour sera créé une Cour internationale pour le jugement des crimes austéritaires ? Les défenseurs de l'austérité ont raison de s'inquiéter pour leur avenir.

Leur meilleure réponse à cette inquiétude consisterait à changer leur orientation et écouter la souffrance des peuples. Mais, en sont-ils capables ? Et, surtout, en ont-ils envie ?

Dernièrement, un copilote d'un avion de ligne a volontairement envoyé son avion percuter une montagne dans les Pyrénées. Il a même accéléré à deux reprises durant la descente de son avion vers le choc mortel. Les dirigeants européens font penser à ce copilote, s'agissant de leur manière de conduire la politique européenne. Sauf qu'ici les montagnes sont remplacées par les traités TAFTA et TISA. L'avion percutera-t-il la montagne cette fois-ci aussi ? Ou les passagers, c'est-à-dire nous, échapperont à la catastrophe ? L'avenir nous le dira. En attendant, la cabine de pilotage européen est occupée par des personnes qui n'ont rien à y faire.

Il faut espérer que les passagers et les membres de l'équipage qui ne sont pas fous parviendront à prendre le contrôle de l'appareil.

TAFTA doit être signé à la fin de cette année. Le moment du crash approche. Nous sommes en avril. Plus que huit mois avant la catastrophe annoncée. Hier, 18 avril 2015, des manifestations ont eu lieu contre TAFTA dans un certain nombre de villes. D'autres auront lieu dans les prochains mois.

Souhaitons qu'elles parviennent à chasser de la direction des affaires des pays européens les dirigeants fous qui aiment plus l'argent que les êtres humains, la poésie, la civilisation et la paix.

Ce sera une bonne chose pour nous et pour l'avenir du monde en général. L'avion européen perd de l'altitude... Il nous faut rester très vigilant pour parvenir à le redresser avant qu'il ne soit trop tard.

Basile, philosophe naïf, Paris le 19 avril 2015

mardi 14 avril 2015

365 Le contact conditionnel c'est la guerre

Pourquoi dans quantité de traditions culturelles, philosophiques, morales, religieuses existent et sont valorisées la « pudeur corporelle » et « l'abstinence sexuelle ». Ce sont là l'expression de la recherche de la paix au moins momentanée.

Il n'est pas difficile de constater que la relation homme-femme connaît des troubles et conflits multiples. En revanche, analyser et identifier l'origine précise et le fonctionnement de ces troubles et conflits est nettement plus difficile. Alors, pour éviter troubles et conflits, on va condamner globalement tout ce qui ressemble de près ou de loin à la sexualité. La seule vue de la nudité sera prohibée. On vantera ceux qui renoncent à toute vie sexuelle.

Pourquoi un homme ou une femme qui ne baise pas serait plus vertueux qu'un homme ou une femme qui baise ? Parce que, à priori il vit en paix avec les autres. Ce qui n'est en fait pas toujours vrai.

J'ai fait cette nuit un rêve : j'avais une belle voisine et un voisin auxquels je rendais visite. A un moment-donné la belle voisine, qui était allongée dans son lit, moi à la tête de celui-ci, m'attrapais la main. Elle s'en couvrait le visage et la retenais, coincée entre son visage et le mur. Au bout d'un moment, avec ma main je lui caressais un peu le visage. Puis ma voisine retirait ma main. Et me disait : « c'est un peu incorrect, ce contact en présence d'un tiers ». Elle faisait allusion au voisin qui était présent et n'était pas intervenu.

Ce rêve a une signification. Le contact conditionnel c'est la guerre ; le contact inconditionnel c'est la paix. Je m'explique :

Si je touche quelqu'un, dans la société française et parisienne où je vis, c'est une agression. Mettons que ce soit une jeune fille. Je lui mets la main n'importe où, sur l'épaule ou ailleurs. Ça signifie : « je te veux, je te baise, je te prends ». C'est vulgaire, brutal, sommaire et c'est notre « civilisation ».

Le vocabulaire lui-même est révélateur : attraper quelqu'un qui est recherché se dit notamment : « mettre la main sur lui ». Si la police arrête un délinquant recherché, on pourra dire : « la police a mis la main sur lui ». Il s'est fait prendre.

Autant d'expressions révélatrices du SIG. Qu'est-ce que le SIG ? Une expression faite des premières lettres de la phrase : « siamo in guerra », qui signifie en italien : « nous sommes en guerre ». Une expression qui résume l'état habituel des relations homme-femme dans notre société. Si je mets la main sur une femme, même une personne proche, il s'agit d'un contact conditionnel. L'accepter, de la part de la femme, c'est accepter le sexe. Qu'elle en ait envie ou non. Comment parvenir au contact inconditionnel ? Comment sortir du SIG ?

Le SIG ne m'intéresse pas. Je ne suis pas siguiste comme le sont la plupart des hommes et bon nombre de femmes qui acceptent l'idée de l'inévitabilité du conflit. Et même s'en félicite. La paix seule m'intéresse.

Est-il si difficile que ça de parvenir à la paix au moins avec quelques personnes données ? Et ce sans chercher plus ou moins les extrêmes habituels dits de « la pudeur » et « l'abstinence » ? Sortir du conflit non par la paix armée mais par la paix tout court ? Telle est la question que je pose aujourd'hui. Et à laquelle j'espère trouver la réponse vivante et positive. La paix est juste, possible, vitale et nécessaire.

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 avril 2015

dimanche 12 avril 2015

364 Vouloir posséder l'impossédable : folie et tragédie humaine

En amour, l'homme cherche bien souvent à « posséder » la femme. Le vocabulaire lui-même l'atteste : baiser se dit : « prendre une femme », « posséder une femme ». On ne possède en fait rien. Mais, on cherche bien à posséder, contrôler... ce qu'il n'est pas possible de posséder, contrôler. Alors, la folie arrive. La violence se fait jour. On persécute, terrorise, tue « l'infidèle ».

Vouloir posséder l'autre, qui, par définition, n'est pas possédable, rend fou. On veut posséder l'impossédable. Comme il est impossible d'y arriver, on cherche alors une compensation. On va posséder autre chose. Quoi, par exemple ? Et bien, le pouvoir.

Un homme, jadis, voulu posséder toutes les terres existantes. Croyant les avoir conquises, il pleura de ne plus avoir rien à conquérir. Il s'appelait Alexandre de Macédoine. Et, pour satisfaire sa folie fit périr des milliers d'humains et brula les grandes villes de Thèbes et Persépolis.

La délirante soif de possession de l'autre conduit à commettre des crimes en quantité infinie. Prenons, par exemple, les responsables politiques européens actuels. Ils veulent un pouvoir plus grand que tout ce qu'ils ont connu dans leur vie. Ils rêvent d'un empire européen. Tous les empires coutent extrêmement chers, ruinent une quantité innombrable de gens, ne servent à rien de bien et finissent tous par s'effondrer... Qu'importe ! Les fous européens veulent leur empire.

La richesse... les milliards d'euros en caisses. Pour quoi faire ? Pour rien, pour posséder. Quitte à faire mourir de faim ou de maladies des millions de gens et jouer avec le risque de guerre nucléaire. Mais, on veut posséder, ce qui n'est pas possédable; Alors, on se rabat sur autre chose pour compenser sa soif brulante et inextinguible de possession.

Révélateur ô combien de leur dérangement, les « grands de la Terre » ont souvent une vie sexuelle complètement dérangée. Avouable ou non et confinant à la délinquance chez certains, la vie sexuelle des gens de pouvoir n'apparaît bien souvent guère comme un modèle d'équilibre et de tranquillité.

Depuis la nuit des temps, le désir de posséder l'impossédable crée la faim, la famine, la violence, la misère, dont on cherche à sortir en cherchant à posséder l'impossédable. Pour sortir de ce cercle vicieux, il faudra de grands efforts, une claire compréhension des choses. Comprendre qu'il faut d'abord s'arracher au mirage de la possession pour parvenir à faire avancer le reste de l'Humanité.

Ignorer les sirènes de la possession est le premier pas à faire pour trouver le chemin de la Vérité. Renoncer à chercher à trouver ce qui est par définition introuvable. Et aller ailleurs, sur des chemins inconnus, vers des victoires inattendues et des lumières étranges et oubliées qui brillent au fond de nous-mêmes.

Une vieille histoire orientale explique que : « les Dieux cherchèrent à cacher quelque chose là où l'homme ne pourrait pas le trouver, alors, ils le cachèrent dans l'homme ».

Une sagesse populaire dit : « on n'a jamais vu un coffre-fort suivre un enterrement ». Une autre dit : « le coq le plus misérable chante victoire une fois qu'il a fini d'escalader son tas de fumier ». Montaigne disait : « si haut soit le trône sur lequel on est assis, on n'est jamais assis que sur son cul. » Wellington disait : « je voudrais qu'il y ait en permanence un homme auprès de moi qui me rappelle que je ne suis qu'un homme. » La tâche la plus urgente pour chacun de nous est de chercher et retrouver l'homme qui sommeille en lui.

Basile, philosophe naïf, Paris le 12 avril 2015

samedi 11 avril 2015

363 Retenir, conditionnaliser, calculer le tendre toucher

La société où nous vivons interprète fallacieusement le tendre toucher, lui accordant abusivement une signification « sexuelle » impérative. Le résultat est la conditionnalisation, le rationnement du tendre toucher. Par exemple, quand on est seul dans sa vie, on va refuser de tels contacts, les réservant au cadre d'une hypothétique rencontre idéale non encore faite. On refuse tout ce qui ressemble de près ou de loin aux caresses, en échange du rêve de la rencontre idéale d'une personne dont on espère la venue et qui vous comblera.

Si on a un partenaire attitré ou une partenaire attitrée en caresses, on refusera tous contacts tendres avec un autre ou une autre, contacts qui seraient qualifiés de « trahison », « infidélité ». On prétextera éventuellement la jalousie de son ou sa partenaire pour refuser tout échanges de câlins avec d'autres personnes.

Cette crainte de son ou sa partenaire peut être théâtralisée, confiner à la caricature et servir à dissimuler sa propre incohérence affective. Je connais le cas assez classique d'une dame très tendre qui refuse mes câlins auxquels pourtant elle aspire très visiblement. Elle le fait en invoquant « son mec ». Avec une telle application qu'on la croirait pratiquement terrorisée par ce dernier. En fait, son comportement lui permet d'éviter de se confronter à elle-même et se poser la question du rôle et de la place des câlins dans sa vie. Plutôt que d'y réfléchir, elle remplace la pénible introspection nécessaire pour vivre par des réponses simplistes : « les câlins ? Avec mon mec et pas autrement pour ne pas déclencher sa jalousie ». Elle s'imagine et s'improvise un confort de la subordination : ma tendresse appartient à un homme unique. « Je suis sa propriété... » on pense aux paroles de la chanson d'Édith Piaf : « Voilà le portrait de l'homme auquel j'appartiens. » L'esclavage sentimental comme réponse à la question embarrassante : « qu'est-ce que je fais ici dans cette vie ? Quelle place a ma tendresse dans cette société ? Que signifient mes échanges tendres avec d'autres ? »

Quand la rupture survient comme bien souvent avec son ou sa partenaire, on assiste éventuellement à un phénomène assez surprenant. La personne « libérée de ses engagements » saute alors sur tout ce qui bouge. J'ai assisté à un tel comportement surprenant à deux reprises. Il s'agissait à chaque fois d'une jeune femme qui venait d'être cruellement déçue en amour.

Ces deux jeunes femmes ont autant dire dragué tout ce qui passait ! Puis se sont calmées. Ce sont là des comportements classiques. Au point que des cavaleurs professionnels pistent les jolies femmes qui éventuellement tomberaient dedans.

Ils sont à l'affut, attendant que la cruelle déception arrive, pour profiter ensuite de la situation. Sur ce phénomène je n'ai jamais rien trouvé à lire, ni n'en ai entendu parlé.

La lourde et aberrante prétention à organiser, conditionnaliser, calculer les caresses, « rationaliser » la tendresse, tue plus ou moins vite la relation. Et, au final, rend impossible tous véritables échanges affectifs.

Si vous voyez quelqu'un calculer sa tendresse, passez votre chemin ! Il ne mérite pas que vous vous attardiez et perdiez votre temps et votre énergie à rêver à vous rapprocher de cette personne calculeuse. Si belle et prometteuse soit-elle en apparence, la tendresse « conditionnelle » n'est pas de la vraie, authentique tendresse. En fait, elle ne vaut rien. Et n'est qu'un mirage stérile et décevant.

En amour la qualité est tout, la quantité n'est rien. Un peu d'eau vaut mieux que mille poussières brillantes volant dans la lumière de l'été. Une seule goutte de rosée désaltère plus qu'un grand soleil.

Basile, philosophe naïf, Paris le 12 avril 2015