samedi 23 août 2014

274 On ne faisait même plus l'amour

« On ne faisait même plus l'amour » : propos péremptoire que m'a tenu une amie il y a plus de vingt-cinq ans, pour m'expliquer pourquoi elle avait du quitter son petit copain et ne pouvait pas faire autrement. Ce qui signifie implicitement qu'un petit copain, c'est celui avec lequel on baise. Et on doit le faire régulièrement. L'acte sexuel servant en quelque sorte de « péage d'entrée » dans « la vie à deux ». Avec renouvellement régulier, sinon faillite du « contrat ». Jeune fille, tu aimes ? Alors, écartes les jambes ! Jeune homme, tu aimes ? Alors bandes et mets ton engin dans le trou ! Bon dieu, quelle poésie !

« Poésie » qu'on voit répercutée par mille canaux divers : rubriques du courrier du cœur de conseils aux amoureux, discours pseudo-scientifiques, etc. Et en effet, si on prétend « former un couple », c'est qu'on « sort ensemble ». Ce qui doit se faire avec une seule et unique autre personne, sinon « on fait n'importe quoi ». Le « sexe », bien sûr exclusif, serait la marque identificatrice de l'amour réussi. Ne dit-on pas « faire l'amour ? » Mais où se trouve l'amour dans tout ça ? Avec une telle façon de voir les choses, il survit tant bien que mal, et plus souvent mal que bien.

L'acte sexuel pratiqué régulièrement est promu au rang de « certificat de garantie » de l'amour. A partir du moment où la gymnastique réglementaire est pratiquée dans l'alcôve conjugale, on est en droit d'ajouter l'élément complémentaire à la relation ainsi établie : le contrôle de l'autre. C'est-à-dire la légitime, féroce et sans pitié jalousie : « si tu fais crac crac avec un ou une autre, je te tue ! » (variante ancienne). « Si tu fais crac crac avec un ou une autre, je te quitte ! » (variante moderne).

L'amour se résumerait donc au fond à « crac crac » ?

Et puis, cette gymnastique permettra de planifier la venue des enfants, fruits de l'amour. Car sans « crac crac » pas d'enfants possible. Ce qui donne l'horrible formule suivante que j'ai entendu : « nous voulons un enfant. On y travaille. »

L'acte sexuel devient ici un travail, comme chez les prostitués. Mais, il y a aussi, déversé par mille canaux divers le matraquage permanent à propos de « l'épanouissement sexuel » possible et o-bli-ga-toi-re ! Hier, l'épanouissement consistait à éviter de baiser hors du mariage et pour autre chose que pour avoir des enfants. Ça a changé. A présent, il faut baiser et rebaiser régulièrement, sinon on est un malheureux, un malade, un déviant, un raté, un moins que rien.

Articles, livres, émissions de radio ou télévision, on n'y échappe pas. Faire l'amour au minimum deux ou trois fois par semaine devient une obligation hygiénique au même titre que se brosser les dents trois fois par jour ou s'essuyer le zizi après l'avoir lavé, pour éviter les champignons.

Et les statistiques tombent : « les Français font l'amour trois fois par semaine. Ils sont épanouis, bons amants. Etc. »

Et voilà qu'au milieu de ce concert lénifiant surgit un mec bizarre, moi. Qui prétend que l'acte sexuel ne doit se pratiquer qu'à condition qu'existe un désir authentique, qui est plutôt rare. Et que sinon, pratiqué en d'autres circonstances, l'acte sexuel va ruiner la relation entre les personnes concernées.

Mais qu'est-ce que je dis là ? Si on me suit, une bonne partie du relationnel proclamé s'effondre. Si on ne baise qu'en de rares occasions, alors pas de contrôle exigible, pas de planning pour avoir des enfants, pas d'« épanouissement ». Mais, c'est l'anarchie !

Plutôt que chercher à me répondre, on va me remettre en question. Je dois être un mec bizarre, asexuel, pas épanoui, homo qui s'ignore, etc. A quoi je réponds que je me porte très bien, me sens très bien et ne cours pas plus après les hommes que les femmes ou les mulots.

Me suivre, en dépit du caractère simple de mes propositions, signifie suivre seulement et uniquement le désir authentique, sinon éviter l'acte sexuel. Mais me suivre alors, remet en question toute une partie du discours erroné de l'homme sur lui-même.

L'acte sexuel galvaudé est vu aujourd'hui par une multitude de personnes comme la porte de l'amour, une chose unique et merveilleuse, la marque de l'émancipation de la femme (en imitant l'homme qui drague), la marque de l'arrivée à l'âge « adulte », la récompense des riches qui sont « couverts de femmes », le but du dragueur, une chose qui permet un plaisir mythique plus long que quelques misérables minutes, plaisir qui s'exalte dans la pornographie (où les « acteurs » et « actrices » le plus souvent simulent et s'emmerdent), etc.

Et il faudrait remettre en question tout ça ? En proposant simplement de s'écouter au lieu de suivre le discours abrutissant régnant ? Allons bon !

Il y a peu de chances que beaucoup de gens me suivent. Mais, à propos, comment en suis-je venue aux idées que j'avance ?

J'avais une amie proche. On se disait tout. Et on rigolait ensemble à l'idée qu'un tas de gens autour de nous s'imaginaient que nous étions amants. Puis, un jour, on s'est rapproché physiquement. On s'est dit alors qu'on était « un couple ». On a mis à l'ordre du jour le fait de faire crac crac et la vie à deux. Ça a très bien fonctionné, sauf crac crac. Et au bout de deux années merveilleuses, ce furent presque deux années et demie d'enfer. A la fin, quand nous nous sommes séparés, il y avait de la haine entre nous deux. Mais comment avons-nous pu en arriver là ?

Comme crac crac n'a jamais bien fonctionné, un ami proche m'a suggéré que c'est à cause de ça que ma compagne, insatisfaite, m'avait quitté. Discours bien dans le sens de la « pensée unique » mais qui n'explique pas tout. Pourquoi et comment avons-nous pu passer de l'amitié à la haine ? J'y ai bien réfléchi.

Au début, nous étions authentiques. Nous étions amis. Mais, après nous être rapprochés physiquement, nous avons choisi de quitter l'authenticité. Si la relation a dérapé, c'est parce qu'au lieu de rester nous, nous avons voulu, de bonne foi, placer notre relation dans un moule. Le moule de « la vie à deux », et dans celui-ci, il y avait le fameux péage d'entrée renouvelable : crac crac. Or faire l'amour est tout, sauf un geste anodin. Chercher à le faire parce qu'on se dit qu'on est ensemble, est la plus belle ânerie qui soit. Et le plus sûr moyen à terme de détruire la relation.

Des millions de personnes de bonne foi commettent chaque jour l'erreur que nous avons commise. Et leur relation fini par exploser au bout d'un temps variable. Et comme à l'origine il s'agit d'une vraie relation, adultérée ensuite avec l'acte sexuel et la vie à deux artificiellement convoqués, les personnes concernées vivent très mal leur séparation.

J'avais plus ou moins bien compris ce phénomène depuis quelques années. Là, j'ai fini par acquérir la certitude que s'il y a bien une chose à exclure de l'amour : c'est l'acte sexuel intellectualisé. Dont le choix de la pratique relève d'un raisonnement et non d'une faim véritable, authentique et partagée.

Si demain la femme la plus merveilleuse possible me propose de « faire l'amour » et vivre avec elle alors que je n'en ressens pas l'authentique envie, je dirais non. Quitte à ce qu'elle m'envoie au diable suite à mon refus. Car je sais où l'acte sexuel mal venu et la vie à deux non souhaitée conduisent. Et ne veux pas m'y retrouver à nouveau : avec la haine, le désespoir et la solitude ressentie.

J'ai renoncé catégoriquement à poursuivre l'erreur que je partageais avec mon entourage : croire qu'il faut quelque part absolument chercher et trouver la personne avec qui on vivra ensemble et on fera régulièrement crac crac. Ce renoncement à l'erreur a entraîné un phénomène qui m'a surpris. Je suis largement sorti du conditionnement général de la sexualité et de l'amour. Ce qui fait que je n'ai plus de projet en amour. Je suis prêt à aimer sans à-priori, tout simplement. Et ignore la pression générale en faveur de la recherche obsessionnelle de la bonne personne avec laquelle on fera crac crac. Crac crac qui est une chose relativement secondaire et occupe une place mineure dans la vraie vie. Crac crac qui est enfin pour moi mis à sa juste place : petite et hors projet planifié.

Quelle est l'origine dudit projet ? On est matraqué dès l'enfance par le discours impliquant de trouver un jour la bonne personne. A force de ne pas la trouver, on fait comme tout le monde, on commence à l'imaginer. Et, les années passant, l'imagination complète le portrait de la relation rêvée. On va chercher celle-ci autour de soi. On cessera de voir la réalité ambiante pour chercher à matérialiser une situation, une personne imaginaires. Conséquence, on verra par exemple une personne seule vouloir le rester pour que la place de la personne qu'elle rêve de rencontrer soit libre pour son arrivée.

La relation rêvée se construira autour de l'image de la compagne ou du compagnon qu'on rêve de rencontrer. Cette figure imaginaire et fabuleuse sera le pivot, la charpente, les fondations, la clé de voûte du rêve. J'avais déjà remarqué que ladite personne rêvée par moi avait des caractéristiques physiques précises. Répondait à un modèle précis. Je n'avais pas identifié son origine exacte.

Quand mon projet en amour s'est évaporé, le modèle est parti avec et j'ai pu identifier sans problème son origine. Petite, brune, pas spécialement portée sur le sexe : ma mère, vue par mes yeux de petit enfant. Le sexe elle n'en parlait jamais. Et si je peux dire « vue par mes yeux de petit enfant », c'est que ses cheveux n'étaient foncés qu'en un temps où j'étais petit. Après, ils ont changé et se sont éclaircis. Elle avait quarante-trois ans passés quand je suis né.

Quand le projet et le modèle disparaissent, on découvre la réalité des relations homme-femme. Elle est surprenante. Tant que je vivais à la recherche du rêve je ne la voyais pas. Là, je vois le comportement féminin que mon idéalisation de la femme m'empêchait de voir.

Ainsi il en est, par exemple, de la stratégie de la tartine (mis et enlevé) dite également du frigidaire à éclipses. Quantité de femmes vont apparemment aller vers vous, vous ouvrir leurs bras au sens propre ou figuré. Et puis repartir à toute vitesse en arrière. Quand on beurre une tartine, on y met un tas de beurre. Puis, on racle la tranche de pain en enlevant presque tout le beurre. Et quand on répète l'opération, froid, puis chaud, puis froid, on est comme un frigidaire à éclipses.

Ce comportement contradictoire s'explique ainsi : au fond de chacun de nous se trouve le désir de contact physique et moral, d'intimité partagée. Qui est exempt de la sexualité impérative que la Culture acquise lui a associé, indépendamment d'un désir vrai. La femme sait qu'en cas de situation tendre, elle se retrouvera avec un homme qui exigera, une pression générale de la société qui imposera la recherche de l'acte sexuel. Cette situation est pénible. Alors, sans l'analyser, elle va d'abord aller vers la tendresse authentique, puis esquiver la sexualité artificielle en prenant la fuite.

Pour la même raison hommes et femmes sont mal à l'aise à l'idée d'aller directement vers l'autre. Qui signifie dans notre société « civilisée » : aller directement à la tendresse polluée par l'acte sexuel obligatoire indépendamment de la présence d'un désir vrai. La cuillerée de goudron du sexe obligatoire dans le tonneau de miel de la tendresse rêvée. Il y a de quoi être absolument dégoûté.

Envie d'aller vers l'autre. Impossibilité d'y arriver sans l'ajout mal venu d'un acte sexuel « intellectualisé ». Que faire alors ? C'est la quadrature du cercle. Certaines femmes chercheront l'issue dans l'irresponsabilité, l'alcool. Pour arriver à « quelque chose » on va boire en compagnie masculine et risquer de se retrouver dans des situations scabreuses, voire même dangereuses.

Sinon, en général, on va jouer, sans aller « jusqu'au bout ». On baptise ça « le jeu de la séduction ». En 1880, un jeune étudiant en médecine parisien notait dans son journal que les jolies filles apercevant un beau jeune homme, relevaient leurs jupes et jupons un peu plus haut que nécessaire pour éviter les flaques d'eau les jours de pluie. Aujourd'hui, les mêmes comportements s'observent toujours.

Il en est ainsi de l'art du décolleté indiscret. Il s'agit de montrer sans montrer tout en montrant, faisant croire de montrer, ou laissant voir par « inadvertance » ses nichons.

Il en est ainsi également de l'art de la culotte. Il s'agit de montrer sans montrer tout en montrant, faisant croire de montrer, ou laissant voir par « inadvertance » sa culotte ou une partie de celle-ci.

Tout en jouant ainsi, les femmes observent discrètement leurs cibles. Elles ne regardent pas franchement et directement. Elles usent de toutes sortes de techniques : regard latéraux, regard porté un instant et détourné aussitôt, balayage oculaire de la zone où se trouve la cible, port de lunettes de soleil pour cacher ses yeux, sommeil simulé, etc.

Le manque d'amour et de tendresse est permanent et envahi tous les strates de la société. Une des causes jamais évoquées de la consommation tabagique réside dans le fait que sucer sa cigarette, sa pipe, son cigare, compense l'absence de bisou sur la bouche éventuellement avec la langue.

Car le bisou sur la bouche est un acte tendre et intime plus intime que quantité de gestes classés « sexuels ». Et son manque fait d'autant plus souffrir. Regardez bien un fumeur de cigarettes : devant tout le monde il se branle la bouche, les lèvres, la langue avec sa cigarette !

Les amateurs de cigare, sous prétexte de l'humecter vont jusqu'à le lécher soigneusement et sans se cacher. Qu'ils en soient conscients ou non, ils compensent ainsi le manque de léchage d'eux-mêmes et de leur prochain. Derrière l'humain « civilisé » le singe originel est toujours là.

D'autres compensations du manque d'amour, de tendresse, sont particulièrement dévastatrices : ainsi la recherche frénétique du pouvoir ou de l'argent pour l'argent (la chrématistique) qui conduit aujourd'hui notre Civilisation à l'abîme.

Chercher obsessionnellement le pouvoir et l'argent pour l'argent est une déviance. Et l'origine de cette déviance est le manque d'amour et de tendresse causé par la recherche de l'acte sexuel indépendant du désir authentique et véritable. Notre société est bien malade.

Et pourtant, la sortie de l'impasse pour chacun de nous est si simple : « écoutez-vous vous-mêmes ! Ne cherchez à faire l'amour que quand vous en avez authentiquement envie, sinon évitez absolument ! » Mais une vieille sagesse orientale dit que : « un jour les dieux voulurent cacher un secret aux hommes là où ils ne sauraient pas le trouver. Alors, ils le cachèrent dans l'homme lui-même. » Se remettre en question, se corriger soi-même n'est pas la chose la plus simple.

Et se corriger soi-même ne suffit pas pour remettre en état la société dans son ensemble, gangrenée par les pouvoirs et les cupidités multiples d'humains égarés qui persistent dans l'erreur. Il faudra un jour trouver la solution pour qu'enfin ils lâchent prise et nous laissent vivre paisiblement et libres.

Basile, philosophe naïf, Paris le 23 août 2014

jeudi 21 août 2014

273 Trouver les bonnes règles pour aimer

La philosophie est importante, car le principal fléau dont souffre l'Humanité, ce sont les idées fausses que les humains se font sur eux-mêmes. Alors que tous les besoins matériels et moraux de l'Humanité pourraient être très aisément et rapidement satisfaits, une conséquence tragique de ces idées fausses est qu'il n'y a jamais eu autant de pauvres. L'abondance engendre la faim et la misère organisées. On en meurt en masse dans bien des pays. Et cet état de choses ne fait que s'aggraver et gagner du terrain partout dans le monde. Car les chefs d'états et de gouvernements que nous avons sont pratiquement tous persuadés que leur bonheur implique de prendre des décisions à l'encontre de la population. Que la faim du plus grand nombre assurera la félicité du petit nombre auquel ils appartiennent. Ils ne sont ni fous, ni méchants, mis à part quelques-uns d'entre eux. Ils sont égarés et ne comprennent pas du tout où ils vont en entraînant les autres. Et si la masse les suit, c'est qu'elle aussi ne comprend pas sa situation et où elle va, où elle est entraînée. Déjà en 1549, Étienne de La Boétie avait souligné ce fait dans son Discours de la servitude volontaire ou le Contr'un.

Les idées justes abondent. Ce qui ne signifie pas qu'elles sont suivies. En vérité quand on les invoque, généralement on les altère et les réduit à néant. Par exemple on va citer les propos bibliques : « tous les hommes sont frères », « aimez-vous les uns les autres ». On vantera la justesse de ceux-ci. Pour ajouter aussitôt : « mais, dans certains cas... » et on videra complètement ces principes de leur substance. Un exemple fameux aussi est celui des pseudo adversaires de la peine de mort qui déclarent être contre elle. Pour ajouter aussitôt que, dans certains cas, bien sûr, elle ne peut pas ou ne pouvait pas ne pas être appliquée. Résultat, on trahira la position d'opposition à la peine de mort soi-disant adoptée.

Trahir ainsi, c'est ce qui arrive généralement avec la position de base de mon analyse de l'Humanité. J'affirme, chose peu original, qu'en chaque être humain s'oppose une base naturelle et un apport culturel. Quantité de gens acquiesceront. Diront que c'est vrai. Pour ajouter ensuite que, bien sûr, l'homme n'est pas à la base tout à fait un animal, etc. Et videront complètement de son sens la position soi-disant défendue par eux. Ce qui est original, c'est d'être intraitable, d'aller jusqu'au bout de la position Nature originelle contre Culture acquise. Ce que je fais. Oui, à la naissance nous sommes des petits singes parfaitement sauvages. La Culture vient ensuite nous contrarier.

Je ne défends pas la Nature bonne contre la Culture mauvaise, ou l'inverse. La Nature admet très probablement le vol, le viol et le meurtre entre humains. Je suis contre. Ce qui signifie qu'ici je m'éloigne de la Nature. Ce qui ne signifie nullement que j'encense sans limites la Culture. La Culture nous a donné entre autres le sandwich jambon-beurre, le sparadrap et la Vénus de Milo, qui sont de bonnes choses. Mais elle nous a également donné, entre autres, les mines anti-personnelles, la cupidité accumulatrice d'argent dite « chrématistique » et la lapidation des femmes accusées d'adultère. Choses qui me paraissent parfaitement mauvaises et négatives.

La Culture égare les humains et les prive le plus souvent du bien vital le plus précieux : l'amour. Cette privation prend une forme complexe qui rend très difficile la compréhension de son mécanisme.

Dans la vie des humains, il y a les trois âges de la sexualité :

J'observais récemment une aire de baignade familiale sur les rives du Tarn. Il y avait des petits enfants. Les petits garçons portaient des culottes pour se baigner. Les petites filles s'y voyaient ajouter des « soutiens-gorges » pour soutenir les seins qu'elles n'avaient pas encore. Ces tenues pouvaient être jolies, de beaux tissus, de vives couleurs. Mais que devons-nous en penser ? Voilà des petits enfants qui sont très loin de l'acte sexuel. On leur attribue des caches en tissu qui recouvrent certaines parties d'eux-mêmes. Ce qui signifie que ces parties d'eux-mêmes sont déclarées avoir un statut particulier. Il faut les cacher au regard d'autrui. Ce qu'on cache est honteux.

On voit ici s'articuler le message : ces petits garçons, ces petites filles, doivent cacher une partie déclarée honteuse d'eux-mêmes. Ce faisant, ils préfigurent l'exemple des adultes. On inculque ainsi aux petits enfants dès très jeune le fait qu'il existerait un domaine particulier, régit par des règles particulières et concernant un organe précis en particulier : le sexe. Alors qu'il n'est nullement question pour eux de « faire l'amour » on sous-entend que les organes dévolus à cette activité sont déjà à cacher. Si on réfléchit bien, on voit que cette manière de présenter les choses est obscène.

A moins de pratiquer le naturisme ou appartenir à un des rares peuples qui vivent nus, on ne se retrouve « au naturel » que pour se laver, être soigné médicalement ou « faire l'amour ». L'obligation de cacher aux tiers son anatomie, l'interdiction de voir celle des autres crée un traumatisme qu'on fini par ne plus remarquer, à force de le vivre, y être habitué. Imaginer que certaines personnes soient à la base nues dans leurs vêtements paraît même incongru. Imagine-t-on le pape tout nu ? Il est difficile de l'imaginer autrement qu'habillé.

Les années passent, et, après ce premier âge de la sexualité, arrive le deuxième. Vers onze, douze, treize ans ou plus tard, les garçons et les filles commencent à être attirés puissamment les uns par les autres. Va-t-on les autoriser à « faire usage » de leur zizi ? Pas du tout, ils sont considérés comme trop jeunes pour. On va procéder avec eux à une sorte de castration provisoire. La loi elle-même le proclame. Même désirant et consentant, en dessous d'un certain âge baptisé « majorité sexuelle », toutes activités sexuelles est prohibées et pourchassées avec une extrême sévérité.

Arrive enfin, après nombre d'années, le troisième âge de la sexualité. Le sexe devient enfin autorisé. Mais en suivant quels exemples, quelles règles ? On a habitué dès l'enfance les garçons et les filles à l'idée qu'il existe ici un domaine particulier, régi par des lois particulières. On va les chercher. Chercher à les suivre. Et ce faisant on va complètement s'égarer.

Car « le sexe » est en fait régi par les lois générales du comportement humain et pas par des règles différentes, spéciales, particulières.

La première des lois générales à suivre consiste à trouver la réponse à la question : « qu'est-ce que je veux ? » Ici on la remplacera par autre chose : l'obligation de suivre telle ou telle règle, quand bien-même elle nous contrarierait. Ainsi, par exemple, on croit que si on est d'accord pour « faire l'amour », et qu'on cherche à le faire, tout va bien. Alors que la question de fond, niée, bien cachée est : « en ai-je authentiquement envie ou est-ce juste une approbation d'origine culturelle ? »

La plupart du temps, quand des humains « font l'amour », ils suivent un raisonnement intellectuel et pas un désir véritable. Et cette manière de faire ronge et ruine à la longue tout accord entre les humains concernés. Je suis arrivé à cette conclusion après cinq dizaines d'années de réflexion. Il ne s'agit nullement pour moi de condamner l'acte sexuel, ce qui serait absurde et a aussi déjà été fait. Mais de considérer celui-ci bienvenu seulement quand existe un désir authentique et non une démarche qui relève du conditionnement reçu. Ce conditionnement reçu amène également à croire en la nécessité de se mettre en ménage avec la personne qu'on a choisi intellectuellement comme partenaire sexuel.

La source de la confusion entre sympathie, tendresse et sexe obligatoire avec vie à deux si « c'est sérieux », vient de l'existence de l'économie sexuelle. C'est-à-dire du corpus d'implications économiques qu'on accorde à la sexualité. Dans celui-ci, traditionnellement, la femme dépend matériellement de l'homme. Elle est également un objet de consommation, une sorte de meuble appartenant à l'homme. Il s'agit d'une tradition très ancienne. Ainsi, par exemple, la femme apparaît dans le dixième commandement biblique comme la propriété de l'homme : Tu ne convoiteras ni la femme, ni la maison, ni rien de ce qui appartient à ton prochain. Un âne, un tapis, une maison, une femme... sont définis comme des propriétés du « prochain », qui, par définition, est de sexe masculin. Seul l'homme est propriétaire. La tradition prétend aussi que si une femme est « infidèle » à l'homme, son propriétaire, il doit la massacrer. Il le fait avec l'aide, le soutien et la complicité de la communauté masculine à laquelle il appartient. L'amour ici est absent. Il s'agit de possession-domination. L'économie sexuelle ignore l'amour. Vouloir subordonner ce dernier à elle, c'est le nier.

Le mariage tant vanté est juste un contrat. La famille est une unité économique reproductive. Le mariage et la famille peuvent être beaucoup plus que ça. Mais compter juste sur leur existence administrative pour assurer le bonheur est un fantasme.

Il existe des problèmes généraux, des problèmes individuels et également des problèmes individuels qui sont l'expression de problèmes généraux. On tend souvent à nier le caractère général de problèmes particuliers quand il s'agit de la relation homme-femme. Si ça ne marche pas, c'est qu'on n'a pas « trouvé la bonne personne », « on a trop attendu de l'autre », c'est la faute à « pas de chance », ce sont les femmes « qu'on n'arrive jamais à comprendre », ou bien les hommes « qui ne veulent pas s'engager »... C'est toujours la faute à l'autre, à des impondérables. Mais, quand les mêmes incidents touchent simultanément des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, comment ne pas voir là l'expression d'un phénomène général vécu au plan individuel ?

Je connais quelqu'un qui voue un véritable culte à l'institution matrimoniale. Pour cette personne, le mariage est un acte fabuleux porteur des espoirs les plus grands, assurant des lendemains qui chantent. J'ai aussi dans mes connaissances une jeune fille qui considère sa virginité comme un bien précieux à préserver. Je ne partage pas ces convictions. Cependant, elles ne me dérangent pas. Simplement je vois les choses différemment. Peut-être que pour ces personnes effectivement le mariage est un acte fabuleux et la virginité un bien précieux.

Je ne conteste les convictions des autres que quand elles portent atteintes à l'intégrité des gens. Si quelqu'un est pour l'excision des petites filles ou l'assassinat des femmes accusées d'adultère, je suis opposé. Car ce sont des positions qui portent atteinte à l'intégrité des gens.

Une amie m'a dit à propos de mes convictions concernant l'amour et la sexualité que j'avais tort de généraliser mes impressions. Que chaque culture nationale différait, chaque comportement, chaque individu était unique. Cette manière de présenter les choses à mon avis conduit à noyer le poisson. Que ça nous plaise ou non, il existe des lois générales, même si elles sont mal connues, voire niées.

Quand un mariage sur deux à Paris et un sur trois en province fini par un divorce, ça signifie quelque chose. Des quantités de gens ont cru avoir vécu « le plus beau jour de leur vie », qui allait changer leur existence. Et voilà que tout vole en éclats. Le problème vécu ici directement par deux personnes est l'expression à leur niveau d'un problème de société. Et que dire d'autres graves dégâts surgissant dans les relations homme-femme à grande échelle ? Dépressions, suicides, crimes « passionnels », viols, agressions sexuelles, recours à la prostitution, etc.

Pour éviter de réfléchir devant cette situation, c'est trop facile de renvoyer les victimes à un sort individuel malchanceux. Il existe autre chose. Des règles à trouver pour éviter tant de souffrances et de malheurs. J'en propose certaines. Je peux me tromper. Mais en tous cas le débat doit être et rester ouvert. Et chercher à comprendre comment et de quelle façon se présentent les problèmes c'est déjà commencer à les résoudre.

Basile, philosophe naïf, Paris le 21 août 2014

vendredi 15 août 2014

272 L'invention du désir permanent et les enfants des premiers jours

Pourquoi les humains se plaignent-ils tant de ne pas arriver à connaître l'amour ? Très simplement parce qu'ils ignorent ce que c'est et cherchent dans de mauvaises directions.

Parmi celles-ci on peut en identifier plusieurs :

Le « mariage » : se « marier » assurerait le bonheur. Mais, le mariage, qu'est-ce que c'est ? Juste un contrat passé devant les autorités civiles ou religieuses. Pourquoi juste un contrat assurerait-il le bonheur ?

Le « Grand Amour » : là, on joue avec les mots. On décrète qu'un « amour », soit une relation entre deux personnes est qualifié « Grand ». Une démarche sémantique qui relève de la magie. Je te baptise vert, si tu es rose, dorénavant tu es vert.

Le « sexe » fabuleux : la pratique de l'acte sexuel avec une personne donnée entraînerait une jouissance extrême. Encore un mythe qui a la vie dure. Et conserve ses adeptes.

La « beauté » : une femme ou un homme très « beau » physiquement assurerait le bonheur de par sa beauté. Une belle ânerie qui fait régulièrement le malheur d'une quantité de gens, notamment des dites très belles personnes qui se font pourchasser par des troupeaux d'imbéciles.

Le plus d'« aventures » possible : coucher avec un maximum de partenaires jeunes et jolies assurerait le « bonheur ». Cette recherche frénétique conduit à divers délires. Un homme riche et célèbre qui collectionnait les belles amours tarifées a même fini par se faire prendre à « entreprendre » une femme de ménage dans un hôtel et voir sa carrière politique terminée.

On voit proclamer des « catégories » qui seraient sensées chercher l'amour : homosexuelle, hétérosexuelle, bisexuelle, asexuelle. Les uns chercheraient l'amour avec des personnes du même sexe qu'elles, les autres avec des personnes de sexe opposé, les troisièmes avec des personnes des deux sexes, les derniers éviteraient le sexe. A tous ces gens-là, il est bon de dire : « votre démarche vous regarde, je ne suis pas concerné et ne fait pas partie de votre société ».

Car le sexe est une chose totalement secondaire. Il existe. Mais le plus important est une chose que vous ignorez tout en l'invoquant fréquemment : c'est... l'amour.

Aucune espèce animale, l'homme y compris, n'a en permanence l'envie de s'accoupler. Vous êtes de pauvres gens abusés par votre éducation et croyez que le « sexe » est une activité permanente à pratiquer ou rejeter en permanence.

L'amour, la plupart du temps ignore le sexe. Si le sexe était de la crème fouettée, vous feriez penser à des abrutis qui ramènent une quantité de crème fouettée à ajouter à tous les plats, toutes les boissons qui existent, pire même, toutes les activités. Je veux me promener ? Voici de la crème fouettée ! Je veux faire du sport ? Voici de la crème fouettée ! Je veux manger un sandwich au saucisson ? Voici de la crème fouettée !

Comment ? La crème fouettée te dérange ? Mais c'est très bon, la crème fouettée ! Si tu n'en veux pas, c'est que tu ne l'aimes pas, tu as « un problème » !

Voilà où en sont rendu les milliards d'imbéciles qui ramènent le sexe dans la relation humaine quand il n'a rien à y faire. L'acte sexuel n'est pas quelque chose d'anodin. Et, quand le jour J à l'heure H il n'a pas sa place dans une relation, si tendre et affectueuse soit-elle, on doit le laisser de côté.

Les humains, abusés par leur éducation, assimilent toutes leurs réactions génitales à « l'obligation » de « faire l'amour ». Ils croient aussi que la masturbation exprime le besoin de « faire l'amour ». Alors qu'elle est l'expression de la compensation du manque affectif causé par l'abus de la recherche systématique et permanente de l'acte sexuel. Celui-ci ne devant être recherché que quand un vrai désir réciproque existe, ce qui arrive rarement.

Quand on ne cherche plus systématiquement à mimer les gestes de la reproduction, on découvre la réalité de soi et des autres, qui est pour le moins surprenante. Et l'amour, on le voit partout.

On aime librement. On est libre. Débarrassé de la mythologie amoureuse et sexuelle, on vit enfin sa vie tranquille, loin de l'agitation stupide des autres : les proclamés homosexuels, hétérosexuels, bisexuels ou asexuels. On ne se rattache plus à une des quatre catégories qui s'agitent et croient chercher l'amour. On « est » la relation. On « est » l'amour.

On ne participe plus de la vaste cacophonie ambiante. On préfère et suit la petite musique des fleurs.

Et on se retrouve tel qu'on a toujours été, enfant des premiers jours.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 août 2014

jeudi 31 juillet 2014

271 Aimer plusieurs personnes à la fois ?

Quand on échange des propos avec d'autres, il peut arriver subitement qu'on touche leurs limites et qu'ils réagissent avec vigueur contre nous. Je me souviens d'une époque il y a bien longtemps où je parlais avec mon père. Dans le domaine des mœurs, je crois que j'aurais pu lui annoncer les choix les plus divers : que je devenais polygame, homosexuel, etc. Il n'aurait rien trouvé à redire. Mais, un jour je lui ai donné à lire un texte où j'avais écris ces mots : "le sexe est une partie du corps comme les autres". Il a littéralement explosé. Sans expliquer pourquoi, il n'était absolument pas d'accord ! Sa réaction inattendue m'a effrayé au point que j'ai déchiré mon texte. Chose qui ne m'est sinon quasiment jamais arrivé.

Une autre fois, parlant avec une jeune femme, j'ai mis en doute le concept de couple. Là, pareillement, la voilà qui subitement monte sur ses grands chevaux et s'indigne vigoureusement de l'affront que je fais en remettant en question ce concept.

Par la suite cette jeune femme qui souhaitait ne pas travailler, est, par le plus grand des "hasards", tombée amoureuse d'une jeune homme promis à une très belle carrière professionnelle. L'a épousé et a eu trois enfants. Comme l'amour fait bien les choses ! Auparavant elle avait évité l'amour avec deux personnes matériellement mal assurées.

Je crois que surtout cette jeune femme a su investir le capital périssable dont elle disposait : sa très grande beauté physique allant de pair avec une certaine petitesse morale. On comprend, à postériori, que pour elle, il était essentiel de valider le concept de couple. Sur lequel elle a construit sa vie. Qu'elle y croyait vraiment ou non. L'essentiel étant que son cher et tendre y ai cru le moment-venu pour accepter de l'épouser.

L'amour doit-il être nécessairement vécu avec une seule personne ?

Poser la question c'est déjà se faire mal voir de beaucoup. La question est interdite. Si on la pose, on est automatiquement traité par certains au mieux de rêveur, au pire de libertin. Pourquoi poser une question ne devrait pas se faire ? Pour comprendre, toutes les questions sont justes, innocentes et légitimes. Depuis quand l'intelligence consiste à se taire et refuser de réfléchir ?

Mais ici, on touche aux limites de beaucoup de gens. Oser mettre en doute le couple, c'est comme remettre en question l'existence de Dieu, pour un croyant. On se retrouve ici quittant soudain le débat rationnel. On se confronte au passionnel et à l'irréfléchi.

Pourtant, eut égard aux souffrances innombrables causées par "l'amour" il paraît justifié de remettre tout en question. Au moins le faire en théorie, afin de dégager des solutions pour réduire la souffrance.

J'ai été amoureux d'une personne ayant beaucoup de soucis notamment de santé. Partager sa vie quand elle était très malade, puis notre séparation, ont été des moments extrêmement difficiles à vivre pour moi. J'ai littéralement failli à un moment-donné "y laisser ma peau". J'aime m'interroger, chercher à comprendre comment de tels moments peuvent arriver.

Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que l'amour fait forcément souffrir, doit faire souffrir, mais "nous grandit" et autres propos du même acabit. Personnellement, je crois la souffrance mauvaise. Et moins on souffre, mieux c'est.

Pourquoi nous attacher tant à une personne unique ? Lier son destin à elle et subir quantité de choses désagréables s'ajoutant aux moments agréables vécus avec elle ?

Il m'est déjà arrivé de me dire : "j'ai cherché la femme de ma vie. Et je trouvais ça tout à fait normal. Si j'avais été musulman, j'aurais cherché les quatre femmes de ma vie. Et j'aurais trouvé ça tout à fait normal."

Quantité de nos désirs sont formatés par notre culture. Et si, sans rejeter l'amour, nous réformions notre manière d'aimer ?

Certes, s'entendre avec quelqu'un et vivre avec, peut être très chouette. Mais pourquoi ne devrions-nous aimer qu'une seule personne ? Je ne parle pas ici de libertinage. Aimer n'implique nullement forcément le sexe. Il peut être présent ou pas. Et si notre morale exige de n'avoir d'activités sexuelles qu'avec une unique personne, nous pouvons suivre notre morale. Mais l'amour c'est autre chose que le sexe, sans lui être contradictoire.

Personnellement, je me passe très bien du sexe, mais pas de l'amour. Je n'ai rien contre le sexe. Mais aussi, je ne vais pas suivre la mode de "la pensée unique" qui prétend qu'il faut avoir nécessairement une activité sexuelle.

Je me dis : je peux aimer. Et aimer plusieurs personnes, sans pour autant avoir une activité sexuelle partagée. Je sais que ma démarche sort des cadres établis.

Il est préférable aussi d'être à l'écoute, disponible, gentil et généreux uniquement avec les personnes qui nous respectent. Avec les autres, seulement être poli et c'est tout.

Faire le tri. Sans le leur dire, virer définitivement de nos relations amicales existantes ou possible, toutes les personnes qui ne nous respectent pas. Rester juste poli avec elles. Pour le reste, les ignorer et ça va beaucoup mieux. Rayer des amis possible toutes personnes qui ne respectent pas les autres.

Ainsi on devient libre d'aimer sans être bloqué par de fausses relations d'amitié. Il faut faire très attention dans le domaine amical. Et consacrer son attention, son écoute, sa gentillesse et sa générosité uniquement aux personnes qui paraissent  respectueuses des autres. Tous les investissements amicaux pour des personnes non respectueuses des autres, si brillantes ces personnes puissent-elles paraître dans divers domaines, égarent et empêchent de vivre l'amour avec des humains. Ce parasitage est le principal obstacle à l'amour.

Quand on pose la question : "est-il possible d'aimer plusieurs personnes à la fois ?" On se heurte souvent à un tir de barrage prétendant interdire le débat. L'ouvrir signifierait soi-disant remettre en question l'amour au profit d'oiseux bricolages. Or, c'est justement l'inverse, le refus d'ouvrir un débat qui ouvre la voie à d'oiseux bricolages. Surtout que l'amour n'étant pas obligatoirement sexuel ou pas sexuel. On ne voit pas de base honnête à ce procès. Pour ceux ou celles qui veulent interdirent le débat, l'amour est forcément sexuel et aimer plusieurs personnes à la fois est synonymes de polygamies ou polyandrie.

La polygamie et la polyandrie existent dans nos sociétés soi-disant monogames. Simplement on baptise la deuxième épouse "maîtresse", ou le deuxième époux "amant". Mais, dans la pratique, ça ne change rien. A part l'hypocrisie en plus. Et, s'agissant des harems, nos sociétés occidentales connaissent ces harems collectifs que sont les bordels.

Sans nous intéresser aux hypocrites, voyons ce que l'ouverture du débat peut apporter aux personnes sincères. Il existe de petits appareils électriques qui brouillent les messages de douleurs avant leur arrivée au cerveau. Ce sont des appareils antalgiques. Se dire : "je peux aimer plusieurs personnes à la fois", c'est envoyer un message destiner à brouiller le conditionnement reçu. De même que l'on brouille le message de la douleur avec ces petits appareils électriques.

Il ne s'agit pas de remettre en question l'amour mais d'accepter l'amour comme il est. Ensuite, chacun se déterminera en fonction de ses possibilités, sa conscience, sa morale, ses idées. Mais nier la réalité n'amène que des souffrances.

Combien d'épouses prennent pour amants leur beaux-frères ? Et ont même des enfants avec, qui ressemblent bien sûr à leur oncle et père officiellement déclaré ? A quoi bon tant de mensonges et d'hypocrisie ? Où est la morale là-dedans ? Et qu'entend-t-on par "morale" ?

C'est souvent dans les familles les plus bruyamment puritaines que les horreurs arrivent.

Le seul point sur lequel il ne faut en aucun cas transiger est celui du respect de soi et de l'autre. Plutôt que se désespérer de ne pas trouver l'amour unique et rêvé, la moitié d'orange, le prince charmant, plaçons-nous en perspective 5, en abrégé P5.

C'est-à-dire que nous décidons d'aimer cinq personnes à la fois. Résultat, l'attachement est moins impératif. Le doute ou la séparation, l'éloignement ne sont plus aussi dramatique. C'est de la pression causée par le choix de la P1, perspective 1, n'aimer qu'une personne à la fois que résulte bien des drames.

Et le sexe dans tout ça ? Il existe, bien sûr. Mais n'est pas l'objet central du débat.

Existe-t-il une fidélité naturelle ? Peut-être elle existe, peut-être pas.

Je lisais dernièrement le courrier du cœur d'un magazine italien pour les très jeunes filles. Une lectrice s’inquiétait : "j'aime deux garçons à la fois, est-ce possible ?". Le magazine répondait : "c'est impossible, tu ne peux pas aimer deux garçons à la fois. Ça n'est pas le vrai l'amour. Attends le moment où tu aimeras un seul garçon à la fois. Et là, tu verras que c'est le vrai amour." De quel droit, et au nom de quelles compétences ce magazine peut-il décider que cette jeune fille n'est pas amoureuse, ne saurait être amoureuse de deux garçons à la fois ? On voit ici le discours de la "pensée unique", l'intolérance, le terrorisme intellectuel. Ce serait plus simple de rassurer la jeune fille sans la contrarier. Et si ça se trouve, la rédactrice qui clame ici l'unicité impérative de l'amour, a elle, plusieurs amants.

Ce magazine, par ailleurs donne d'excellents conseils. Mais là, il y a dérapage et exaltation de "la pensée unique".

Nous sommes tous différents. Et n'avons aucune raison valable de chercher à imiter les autres. Ni eux de nous imiter. Et plutôt que les imiter, je peux tout aussi bien me dire qu'ils n'ont qu'à m'imiter moi.

L'essentiel est de rester libre, conscient et respectueux dans sa tête et son cœur. Y renoncer serait renoncer à être nous-mêmes. Et alors nous ne saurions plus avancer positivement dans la vie.

Basile, philosophe naïf, Paris, 15 juin et 31 juillet 2014

mercredi 30 juillet 2014

270 Les trois gymnastes roumaines nues

La vulve rebouchée de la statue en bronze de Diane par Houdon exposée au Musée du Louvre.
En 2002, trois superbes femmes : Lavinia Milosovici, Claudia Presăcan et Corina Ungureanu se firent filmer s'adonnant à des exercices de gymnastique en tenue d'Ève. Leurs gestes et attitudes étant totalement dépourvus d'un quelconque caractère de provocation. Pourtant, à cette occasion, la Fédération roumaine de gymnastique (FRG) à laquelle elles étaient affiliées, les a sévèrement sanctionné. Déclarant qu'en agissant ainsi elles avaient « terni l'image de la gymnastique ».
Les trois jeunes femmes se sont vues interdire la « participation aux activités de la FRG en tant qu'entraîneur, arbitre ou observateur pour une période de cinq ans ». C'est ce qu'a déclaré à cette occasion le président de la FRG, Nicolae Vieru.
Ce qui est remarquable, c'est qu'en agissant ainsi, la Fédération roumaine de gymnastique allait exactement à l'encontre de l'esprit-même de la gymnastique. D'où vient le mot « gymnastique » ? Du grec « gumnos » qui signifie « nu » !!!
En s'adonnant à leurs exercices en tenue de naissance, ces belles femmes honoraient leur discipline sportive et renouaient avec la tradition antique. Mais cela, les pontes de leur Fédération n'ont pas su le voir. Et puis, de belles femmes qui affirment leur liberté d'évoluer en la tenue qui leur plait, ça ne peut que déplaire à des messieurs que les femmes libres et belles dérangent.
Cette histoire rappelle celle d'une jeune championne française d'escrime sanctionnée par sa fédération dans les années 1970. Pour avoir déclaré dans une interview que faire l'amour la veille d'une compétition était une bonne chose pour une championne. Car ça la détendait. Et était en revanche déconseillé à un champion. Et surtout, crime des crimes, pour avoir osé figurer en photo couleurs, en première page du quotidien Nice Matin, se baignant dans la mer, au soleil, souriant joyeusement et les seins à l'air !
Il me semble que ces sanctions relèvent vraiment d'autre chose que du sport dont se réclament les hommes qui les appliquent. Les sanctionneurs étant bien plus souvent des hommes que des femmes.
J'ai assisté un jour à Paris à un championnat de natation rythmique sportive. C'était beau. Mais quelle tristesse de voir toutes ces superbes anatomies en mouvements affublées de ridicules et disgracieux petits chiffons de couleurs destinés prétendument à protéger « la pudeur » ! On serait plutôt tenté de dire inutiles et « destinés à salir l'œuvre de Dieu ».
Ce qui est amusant à voir, c'est la combinaison de démarches contradictoires. On prétend défendre la morale dans les fédérations sportives. Et, que se passe-t-il à l'issue des jeux olympiques ? A chaque fois, les sportifs restent ensuite sur place durant deux semaines. Et les villages olympiques se transforment en un gigantesque baisodrome pour jeunes gens et jeunes filles vigoureux, sportifs et en vacances. Car je ne crois pas que le sport principal pratiqué alors au village olympique soit la marelle ou le chat perché. En tous cas, je ne l'ai lu nulle part.
A propos de sport, allez voir la belle statue en bronze de la très sportive Diane par Houdon, qui est au musée du Louvre. Regardez soigneusement son bas-ventre. Vous constaterez qu'elle eut un sexe. Et que celui-ci a été par la suite rebouché par des puritains.
Qu'est-ce que « la pudeur » ? Pratiquée comme ça, je pense que c'est une maladie.
Hourras ! Honneur, gloire et félicitations aux trois belles gymnastes roumaines nues !!!
Basile, philosophe naïf, Paris le 30 juillet 2014

269 Les deux mensonges fondamentaux de la société humaine

A la base de la société humaine sont les relations individuelles entre les humains. Les humains se regroupent en deux sociétés symétriques : la société féminine et la société masculine. Ces deux sociétés, pourtant complémentaires, sont aujourd'hui séparées et opposées par les deux mensonges fondamentaux de la société humaine.

Chacun de ces deux mensonges est propre à l'une des deux sociétés.

La femme éprouve intérêt et appétit pour la tendresse, les câlins, y compris très « chauds » : doigtage vaginal, anal, baisers, y compris avec la langue, léchage, caresses sur tout le corps, nudité partagée, serrage dans les bras, cunnilinctus et feuille de rose comprises. En revanche, comme le reste de l'Humanité, son intérêt pour l'acte sexuel lui-même est très loin d'être aussi important que voudrait nous le faire croire le discours normatif traditionnel, surtout aujourd'hui.

Le mensonge fondamental féminin est le suivant : « la femme n'éprouve que peu voire aucun intérêt pour la relation charnelle avec l'homme ». On verra ce discours décliné de façons variées.

On déclarera la femme attachée d'abord à son foyer, aux « sentiments », à « l'amour », aux enfants, plutôt qu'au « sexe ». En fait, elle éprouve autant, sinon plus d'intérêt que l'homme pour le « sexe ». Ce dernier terme nécessitant d'être précisé comme de la tendresse disons « appuyée ».

Le mensonge fondamental féminin consistant à la prétendre plus « sentimentale » que « sensuelle » se doublera d'un discours accusateur contre l'homme : il est grossier, ne pense qu'à ça, tout homme est un violeur potentiel, il pense avec ses couilles, c'est une brute.

Ce discours prendra la forme de l'insulte et l'humiliation, y compris envers des hommes respectueux des femmes, timides et innocents. On verra des femmes prendre plaisir à abaisser plus bas que terre des hommes qui ne leur ont rien fait de particulier. Faire ainsi honte à des hommes inoffensifs confinera même à l'occasion au sadisme moral et verbal.

Le fait d'être timide et complexé, car victime moi-même d'une agression sexuelle féminine quand j'étais enfant, ne m'a nullement mis à l'abri de discours féminins violemment culpabilisateurs.

Je me souviens avoir tenu le rôle de Sigisbé durant onze ans. Un Sigisbé (de l'italien Sigisbeo) est un amoureux transi qui reste attaché à une femme qui ne lui donne rien ou presque. Ladite demoiselle, objet de mon amour, par deux fois m'ouvrit ses bras à plusieurs années de distance. On s'en tint à des câlins bien chauds. Puis, après chacune de ces séances buccale et tactile, je redevenais « l'ami qui gâche notre amitié en ne pensant qu'à ça ». Comme si elle n'y pensait jamais ! L'homme reste dans ces discours un salaud, un vicieux, un obsédé. Bref, un coupable idéal, noir corbeau assaillant de ses sales assiduités impures et mal venues la blanche et immaculée colombe féminine.

Une autre amie, très jolie, se photographiait avec passion. Et prenait la pose très souvent. Je la photographiais aussi. Elle s'avisa un jour de passer en revue les photos de mon appareil numérique. Et y trouva quatre photos de son décolleté, que j'avais faites et avais oubliés. A quelle remontrances je n'eus pas droit ! J'étais presque un violeur potentiel ! La demoiselle effaça les images coupables, ainsi que d'autres d'elle, sans m'en demander l'autorisation. Et, le soir-même, la blanche colombe passa le temps d'un long dîner au restaurant à me faire du genou. Avance que j'ignorais, sachant que c'était juste un test de séduction. Que rien de bien ne suivrait. Ça, je le savais. Car je connaissais déjà la blanche colombe en question mieux que si je l'avais passé aux rayons X.

Le rôle de la blanche colombe qui ne pense pas à la chair est parfois très difficile à assumer. Un rôle consistant à nier son intérêt existant pour une chose qu'on désire passionnément ! Comment faire pour remettre les clés de sa citadelle quand on souhaite la voir envahie ? Une méthode classique, parmi d'autres, consiste à feindre le sommeil en espérant le tripotage d'un tiers présent. Cette méthode, toujours largement pratiquée par quantité de femmes et jeunes filles, je l'abhorre.

Et ceci pour deux raisons : la première est qu'elle amène à avoir une partenaire en câlins complètement passive, puisqu'elle est sensée « dormir ». La seconde, est que l'occasion est trop belle pour la tripotée pour jouer ensuite à la blanche colombe outragée. Rôle d'autant plus facile à incarner, que la jeune fille ou la femme feignant de dormir peut finir par s'endormir effectivement.

Rejetant ce comportement relationnel débile, j'évite de mettre les mains sur les fausses endormies. Cependant, dormant à proximité du lit d'une blanche colombe rêvant d'être palpée par le noir corbeau, j'ai eu la surprise un soir de voir un genou se poser sur mon lit. Genou appartenant à la jambe de la colombe et se finissant par un pied charmant.

J'eus une hésitation... subissant ce geste confinant au harcèlement, que devais-je faire ? Bien sûr, la colombe était tendre et charmante. Mais la mise en scène proposée était horrible. Je résolus d'esquisser un pas de danse commun. Je caressais le mollet, le pied, touchais la main de la colombe. Et évitais soigneusement les endroits sensibles et stratégiques : seins, bas du ventre, fesses, entrejambes... N'entrant pas ainsi dans un jeu qui ne me plaisait pas. Quand je revenais au mollet, une voix basse me signifia un « stop ! » comminatoire. J'arrêtais tout et laissais le genou quitter le territoire de mon lit.

Sans dire qu'il s'agissait de moi, peu de jours après, au détour d'une phrase, la blanche colombe fit allusion au plaisir très apprécié d'avoir senti son pied caressé. Il faut dire que la jeunesse d'aujourd'hui ne doit que médiocrement s'intéresser à ces extrémités pourtant charmantes. Et préférer foncer d'emblée vers les « zones stratégiques » avec autant de grossièreté que les panzers de Guderian violant la frontière soviétique en 1941.

Ce comportement résolument débile de la jeunesse masculine, et pas seulement la jeunesse, est le fruit du deuxième mensonge fondamentale de la société : le mensonge masculin.

Il se résume à ceci : l'homme est obsédé par l'érection, l'éjaculation baptisée « jouissance masculine », la pénétration vaginale, la fellation et, éventuellement, la sodomie.

Pauvres garçons auxquels on apprend à ne pas être à l'écoute d'eux-mêmes ! Non, ça n'est pas vrai. L'homme n 'éprouve pas le besoin permanent de baiser le plus possible, le plus souvent possible, avec le maximum de partenaires possible, ayant de préférence la plastique de la merveilleuse Maryline Monroe ou de la jolie Nolwenn Leroy !

On voit prétendre que chez l'homme, chaque fois que sa queue lui démange ou se raidit, c'est le signe qu'il veut « faire l'amour ». C'est aussi débile que prétendre qu'à chaque fois que le cuir chevelu vous démange il faut aller vite se faire shampooiner et couper les cheveux chez le coiffeur !

Mais, hélas, seuls Dieu et la connerie sont éternels ! On inculque soigneusement cette stupidité aux garçons.

Alors, bon an, mal an, on va, si on est un garçon, chercher à suivre la « feuille de route » ainsi définie par la société qui nous entoure.

L'acte sexuel sera la clé sensée ouvrir au choix trois portes : la porte de la pornographie et de la jouissance extrême, la porte de l'amour romantique, ou, enfin : la porte de la formule magique. Cette dernière porte mène à une situation idéale et indéfinie par un chemin indéfini, passant obligatoirement par l'acte sexuel. Toutes ces portes sont imaginaires.

On devient « le petit soldat du sexe ». On obéit aux ordres imaginaires sensés émaner des corps caverneux de son pénis, qui, se remplissant de sang, le rendent raide. Et aussi, aux ordres imaginaires sensés venir de la demoiselle, via la cyprine dégoulinante de son vagin.

La rencontre entre les porteuses du mensonge fondamental féminin et les porteurs du mensonge fondamental masculin ne peut qu'être compliquée. Dans de telles conditions elle est même le plus souvent carrément impossible. Ou encore elle s'achève prématurément et rapidement.

Et puis, il y a aussi les « traîtres » : celles et ceux qui ne proclament pas, haut et fort, la validité du mensonge fondamental propre à leur sexe.

Quand une femme va ouvertement déclarer qu'elle aime le sexe, elle sera mise aux bancs des accusées de la communauté féminine. Si elle témoigne de son attrait pour le cul en portant des tenues très « sexe » on entendra les commentaires réprobateurs venant des bouches féminines : « qu'est-ce qu'elle cherche ? Elle exagère ! Elle veut se faire violer ? »

J'ai aperçu récemment une demoiselle qui tenait un tel propos et jouait à la blanche colombe. Un diable faisant l'ange et prêchant une morale qu'elle ignore. Je lui ai fait remarquer que si j'apercevais une femme vêtue très « sexe », il ne me viendrait nullement pour autant l'envie de la violer.

Je connais une autre dame, qui a bien joui de l'obturation charnelle de ses orifices naturels au cours de sa vie. Elle m'a quémandé, gourmande, des détails salaces à propos de la vie d'une demoiselle aimant beaucoup le sexe et ne s'en cachant pas. Et cela tout en condamnant sans merci sa conduite.

La femme qui aime ouvertement « le cul » et ne s'en cache pas, est proclamée pute, salope, vulgaire, ne sait pas ce qu'elle fait, est accusée de déconsidérer les femmes, encourager les agressions, etc.

Et l'homme qui ne cherche pas sans arrêt l'acte sexuel qu'est-il ? Et bien, tout simplement, il n'existe pas. Si un homme prétend ne pas chercher tout le temps la chose, il a un problème, n'a pas rencontré « la bonne personne », voire est homosexuel et l'ignore, ou alors est carrément un détraqué sexuel.

Si on croit au mensonge fondamental masculin et on est un homme, on se retrouve obsédé par un désir imaginaire qui fera de la masturbation l'activité physique principale des hommes. Dont ils ne parlent jamais. Et, cherchant un contact imaginaire avec une femme imaginaire, l'homme part dans le monde des mirages et quitte la réalité.

Il ne va pas vers la femme, mais cherche la femme imaginaire, qui n'existe pas. Il devient alors une proie facile pour les femmes aimant manipuler les hommes. Il se croit le maître et devient l'esclave. Le jouet de celles qu'il croit dominer.

S'il renonce aux brumes du mensonge fondamental masculin. S'il accepte de devenir lui-même, s'écouter, voir, il découvre autour de lui un tout autre paysage. Et voit aussi toutes les petites intrigues qui l'entourent. C'est assez étonnant. Et, derrière le théâtre d'ombres où évoluent des colombes et des corbeaux imaginaires, il voit enfin la société humaine telle qu'elle est. Le rôle exact qu'il peut y jouer en amour de lui et des autres. Les choses à éviter ou rechercher. A apprécier et gouter sans regrets. Et nage vigoureusement dans le fleuve de la vie. Le cauchemar des apparences est fini. A lui l'ombre des fleurs, la caresse du vent et la douceur du soleil au printemps.

Basile, philosophe naïf, Paris le 30 juillet 2014

jeudi 3 juillet 2014

268 Sexualité, incommunicabilité et communication

Je dors nu. Je sens mes jambes qui s'appuient l'une contre l'autre. Mon bras droit replié est au contact de ma poitrine. Ma main droite tient mon épaule gauche. Je sens mon sexe comme une partie de moi au même titre que mon nez ou mes oreilles. Et non pas comme un objet sexuel, dévolu à la masturbation, la fellation ou l'acte sexuel. Ma nudité fait que je suis un. Sans être dérangé par les nuisances bruyantes de la pensée unique qui prétendent me diviser. Qui affirment qu'il existe en moi une boursouflante et hypertrophiée « sexualité » qui commande à tout le reste... quelle ânerie !

Il serait juste et intéressant de s'interroger sur la place gigantesque donnée à la masturbation dans notre société. Le commerce de la pornographie génère des centaines de millions de dollars de profits par an. C'est un marché gigantesque. Depuis le tout début d'Internet plus de la moitié de son immense trafic est constitué par la pornographie. Pornographie qui n'existe que pour aider à l'autosatisfaction manuelle baptisée « plaisir solitaire » ! Le mot « solitaire » est ici involontairement révélateur. Car, en fait, la masturbation compense le manque de communication au sens le plus général du terme et pas principalement le manque « sexuel ».

J'ai un souvenir personnel à ce propos. Quand j'étais bien plus jeune, une constatation m'a beaucoup frappée. J'avais l'habitude de me masturber régulièrement, la plupart du temps une fois par jour, comme certainement des millions d'autres, qui n'en parlent pas et ne l'avouent pas. J'ai même eu une légère hésitation avant de l'écrire ici. Et ce qui m'a interrogé il y a des décennies de ça, c'est le fait suivant. J'ai constaté qu'il suffisait qu'un jour je sois comblé affectivement, amicalement. Non pas sexuellement, mais simplement que j'ai passé de bons et longs moments amicaux à bavarder, rencontrer des personnes chères. Pour que j'oublie complétement de me masturber ! Aucune envie ou intérêt de ce côté-là ! Eh bien, j'explique très simplement aujourd'hui ce phénomène. Loin de compenser soi-disant le manque « sexuel », la masturbation compense plutôt le manque affectif en général, l'absence de communication. Et comme ce manque est très grand dans la société, le marché de la pornographie est immense.

Il n'y a pas que la pornographie. On rencontre aussi l'usage de la sexualité pour fuir la communication. Si on regarde sur Internet un site prétendant nous aider à « draguer », on voit que la recherche systématique et stupide de l'acte sexuel remplace la communication. Permet de l'éviter. On ne cherche pas à rencontrer des individus, uniques par définition, échanger, communiquer, partager avec eux. On cherche à capturer « des filles ». Des sortes de chimères anonymes qu'on cherchera à pénétrer avec son pénis, point. Il n'y aura au fond aucune communication.

Ce genre de comportement me rappelle les mots d'un dragueur de plage. Il m'avait raconté, au milieu des années 1980, qu'il avait dragué une jeune fille. Et voilà qu'arrivé au lit, disait-il excédé, elle commence à lui raconter sa vie, ses problèmes, ce qui la préoccupe. « On n'est pas là pour ça ! » concluait-il énervé. On n'est pas là pour ça.... on n'est pas là pour communiquer. On n'est juste là pour niquer. Mettre le truc dans le machin, secouer et faire dégorger ! Quelle misère ! Et ce dragueur de me préciser, tout fier, qu'il parvenait à faire six fois la chose en une nuit, à chaque fois qu'il était au lit avec une fille. Ce chiffre était certainement très exagéré. Et ce genre de vantardise montrait aussi qu'il n'avait rien compris. Bien que de façon générale, il me paraissait plutôt gentil.

La drague contre la communication, une démarche que j'ai vu y compris théorisée. Je me souviens d'un jeune homme, qui, dans les années 1970, me vantait la drague comme une activité essentielle de la vie. Je lui faisais alors remarquer qu'il fallait quand même connaître la fille avec qui on couche. A quoi il me répondait tranquillement : « quand tu vois comment une fille fait l'amour, tu la connais ». C'est une conception parfaitement absurde de la relation humaine.

Quantité d'hommes s'autorisent les comportements les plus infâmes pour parvenir à coucher. En revanche, ils dénient complétement le droit aux femmes à vouloir coucher, choisir de le faire ou pas. Si on en croit ce qu'on peut lire dans des articles et sur Internet, ce mépris est éclatant s'agissant d'anciennes actrices pornos et d'anciennes prostituées. Elles sont littéralement harcelées, persécutées par un tas d'hommes. Qui leur refusent le droit de changer de vie. Faire un métier différent. Elles sont en quelque sorte à leurs yeux maudites, différentes, abimées. Ils ne se gênent pas pour les insulter, humilier. Et leur dénier la liberté de choisir de ne plus gagner leur vie en baisant.

Le manque de communication qui entraîne la prospérité de la pornographie et son marché, c'est aussi le manque de câlins, le manque de toucher, de contacts tactiles en général.

En 1986, j'ai fait un stage de massages de plusieurs jours. On était touché partout excepté sur les parties génitales. Le comportement des gens concernés changeait durant le stage. Ils devenaient spontanément plus doux, plus affectueux. Ainsi, on l'a tous bien vu quand l'un d'entre nous est parti durant le stage pour revenir le lendemain. Au moment de son départ, l'idée évoquée de ne pas lui faire la bise a suscité une hilarité générale et spontanée. Il paraissait évident qu'il serait absolument ridicule de simplement lui serrer la main ! Nous étions nus dans ce stage. Je me souviens que, spontanément, en marge des massages, nous nous serrions dans les bras, l'un, l'autre, moi et une grande et jolie jeune fille inconnue de dix-sept ans blonde aux yeux bleus. Et cela sans aucun à-priori de recherches sexuelles. C'était purement de l'affection très douce et bien vécue.

Et durant les quinze jours qui ont suivi ce stage, j'ai pu constater un autre phénomène en moi. A l'époque, quand je passais près d'un magasin de journaux, je m'attardais toujours à détailler attentivement les couvertures des magazines semi-pornos. Ceux où on voyait, par exemple, des jeunes filles seins nus. En ces temps-là, la pornographie était moins omniprésente. Et bien, durant ces quinze jours, je ne trouvais aucun intérêt à le faire et passais à côté sans aucunement m'y attarder comme d'habitude ! Quand tactilement on est comblé, le sexe habituel est sans intérêt.

Ce qui explique aussi pourquoi bien souvent on cesse de « faire l'amour » quand on vit avec quelqu'un. Comme affectivement ça va, il n'y a plus de manque affectif à combler avec la baise.

Une conséquence étrange du stage de massages évoqué plus haut fut d'ordre alors plutôt très « sexuel ». J'avais à l'époque une petite amie. Quand nous nous retrouvions dans l'intimité, je bandais. Et là, pour la première fois, mes érections étaient devenues différentes, beaucoup plus fortes que d'ordinaire. Elles étaient en quelque sorte « ligneuses ». On aurait dit du bois. Ma copine qui avait eu pas mal d'amants, dont un ancien légionnaire collectionneur de femmes, était surprise. Elle n'avait jamais vu ça. Ce phénomène a duré aussi une quinzaine de jours, puis a disparu. Mes érections sont alors redevenues comme avant.

Ce qui aurait été intéressant, c'est si nous avions eu un comportement en conformité avec nous-mêmes. Car cette amie et moi faisions la même bêtise que la plupart des gens : faire l'amour sans en avoir vraiment envie, mais en suivant un raisonnement. C'est bien et possible de le faire, alors on le fait. Mais on ne suit pas un véritable désir.

Il semblerait qu'il existe des groupes affinitaires dans le domaine tactile. J'ai constaté à deux reprises un phénomène qui paraît aller dans ce sens.

La première fois, c'était en 1986, au stage de massages. L'animatrice nous avait invité au début du stage à brièvement faire une sorte de groupe où on se serrait les uns les autres en se touchant et se prenant dans les bras. Nous étions au plus une douzaine, habillés et les yeux fermés. J'ai ressenti un contact extraordinaire, infiniment agréable, avec une des jeunes filles du groupe. Renseignement pris sur son identité en ouvrant par la suite les yeux, elle n'avait rien de particulier pour moi, en tous cas à la vue. Et, parmi les présentes, j'en voyais au moins une qui m'attirait plus, que je trouvais plus jolie.

Bien plus tard, je fréquentais une association qui promouvait une sorte de yoga. Un phénomène similaire est arrivée avec une autre jeune fille. Dans cette association il y avait des côtés très câlins, sans dépasser les limites posées par la société. Et avec cette jeune fille, inexplicablement, j'ai ressenti au contact quelque chose d'extraordinaire, d'infiniment agréable. Pourtant, là aussi, elle n'avait rien pour moi qui sortait de l'ordinaire excepté au niveau tactile. On ne se faisait pas des câlins enflammés. Elle était juste bien aimable, mignonne, souriante et gentille. Je n'en étais nullement amoureux, pas plus que je l'étais de la jeune fille remarquée au stage de massages.

Ces deux rencontres, avec des jeunes femmes perdues de vue depuis des décennies, m'amènent à m'interroger : existerait-il des sortes de groupes tactiles affinitaires ? Comme il existe des groupes sanguins, par exemple. Ou est-ce que c'est simplement une question d'ouverture ?

Fait significatif de la misère tactile régnante, je n'ai jamais fait part aux deux jeunes filles concernées de ce que je ressentais d'extraordinaire avec elles. L'idée ne m'a même pas effleuré de le faire. Et comment et avec quels mots si j'y avais pensé aurais-je pu m'expliquer avec ces deux jeunes filles ? Et qu'auraient-elles compris ? Alors que si elles m'avaient fait un très joli dessin ou cuisiné un très bon repas, je n'aurais pas manqué de les complimenter et souligner la qualité de leur apport à ma vie.

Au toucher nous sommes très différents. Le contact d'une peau peut aller du désagréable au voluptueux, sans que la raison en soit définie précisément. Les épidermes différents, on pourrait les étudier, les classer.

J'ai, un soir dans un bal, dansé en invitant toutes les femmes présentes l'une à la suite de l'autre. Il y en avait peut-être une trentaine. Pour danser, c'était du rock, je les tenais tantôt par les deux mains, tantôt par une seule main. J'ai constaté, en y prenant garde, qu'aucun toucher au niveau des mains n'était identique d'une femme à l'autre. Chacune avait son toucher à elle.

Nous avons donc une identité tactile. De même que nous avons chacun notre voix ou notre écriture manuscrite personnelle.

Mais, le visuel et le tactile sont complétement bafoués dans notre Culture. Généralement, on prétend interdire le nu et le toucher au nom de la sauvegarde de l'enfance. Bien sûr, il faut protéger les enfants. Mais, s'agit-il bien ici de protection ?

Vers l'âge de treize ans, j'ai eu un problème, qui m'ennuyait beaucoup. A chaque fois que je me mettais nu, je bandais. Et j'avais honte de bander. Cette réaction involontaire me dérangeait. Pour rien au monde je ne souhaitais qu'on me vit ainsi. Or, c'est seulement ces derniers jours, soit cinquante ans après, que j'ai analysé le fond et la nature du problème que j'avais alors rencontré.

L'homme, naturellement, est nu. On l'habille. Non pas seulement pour le protéger, mais aussi pour le bafouer, le nier, le diviser, lui interdire d'être lui-même et le forcer à incarner un rôle social précis. L'individu un n'a pas le droit d'exister. On prétendra le scinder en deux, avec le « corps » soi-disant bas, vil, sauvage, méprisable, et « l'esprit », soi-disant élevé, digne, social, respectable. Les deux, le « corps » et « l'esprit » étant soi-disant en conflit. En fait c'est la société qui est en conflit en nous et avec nous. Et fait que la nudité sera interdite, condamnée et associée à la honteuse soi-disant « sexualité ». Où avec la reproduction on retrouve tout un tas de choses abusivement regroupées.

Quand j'arrive vers l'âge de treize ans, ça fait des années que je vis dans une société malade où le fait d'être nu en public est assimilé très officiellement à l'exhibitionnisme sexuel. Alors que c'est en fait l'inverse. Ce sont les « textiles », les non naturistes, qui se cachent. J'ajoute que les textiles, en insistant pour cacher certains endroits, les soulignent. Ils font de l'exhibitionnisme à l'envers. Les vicieux ce sont eux, pas les naturistes.

Il n'y a rien de plus indécent et ridicule qu'un microscopique slip de bain bien moulant.

Je n'aurais jamais dû avoir le problème érectile que j'ai rencontré et qui m'a tourmenté vers l'âge de treize ans. Pourquoi ? Parce que j'aurais du être habituellement nu dès que la température ambiante le permet. Et sans vivre dans l'orgie, j'aurais du apercevoir des érections avant d'en connaître moi-même.

Habitué ainsi à la nudité, je n'aurais pas connu d'excitation sexuelle artificielle liée à mon déshabillage. Et l'érection ne m'aurait pas paru quelque chose de honteux.

Et le pire, c'est que ce trouble, je le vivais seul. Je n'osais en parler à personne. C'est d'ailleurs ici la première fois que j'en parle.

Vers l'âge de treize ou quatorze ans j'ai commencé à souffrir d'une autre idée qui me tourmentait : personne ne voit mon sexe ! En fait, je souffrais de l'obligation de devoir se cacher, comme toutes les personnes soumises au règne de la superstition textile culpabilisante. Je résolus finalement de passer outre à cet interdit et montrer mon sexe.

Au domicile de ma famille nous faisions face à un grand immeuble de sept étages que nous appelions entre nous « l'immeuble d'en face ». Dans la salle de bains WC il y avait une fenêtre faisant face à cet immeuble. Je m'enfermais dans la salle de bains, entrebâillais légèrement la fenêtre. Et avançais mon sexe en érection sous l'entrebâillement pour qu'il soit visible de l'extérieur. C'était le soir. Très probablement personne ne regardait. Mais mon excitation fut telle que je me senti partir en éjaculation ! Je pinçais le bout de mon pénis et rétrogradais jusqu'au WC pour m'y vider proprement. Je n'ai plus jamais eu envie de recommencer. Et n'ai jamais raconté cette histoire.

A quelles bizarres extrémités conduit la pitoyable éducation ou absence d'éducation à la sexualité ! Le garçon timide et complexé que j'étais en était devenu ainsi troublé au point de rechercher l'exhibition devant des voisins inconnus ! Ce phénomène ne s'est pas reproduit. Quand j'entends parler d'exhibitionnistes, je pense que ce sont des gens qui n'ont pas eu la chance d'évoluer. Ils sont restés à un niveau peu développé de leur personnalité. Et finissent entre les mains de la Justice.

Chose dont je me souviens également, c'est qu'à partir de l'âge de treize ans environ j'avais envie de voir un jour nue, toucher une femme, surtout son sexe. Mais n'éprouvais nul besoin d'être touché par elle. Ça a changé subitement, très exactement quand a dix-huit ans j'ai, pour la première fois, fait des câlins très « chauds » à une jeune fille. Le lendemain soir, seul dans mon lit, j'ai ressenti une envie intense, tellement intense qu'elle était presque insupportable, que ladite demoiselle me touche et palpe un endroit précis. Ce phénomène inattendu fait penser que l'incompétence éducative des parents et de la société dans le domaine sexuel sème dans notre conscience un certain nombre d'engins explosifs piégés. Qui vont se déclencher et faire des ravages à différents moments de notre vie.

Tout ce désordre, cette impréparation à la vie conduit à de la souffrance et un conditionnement, une déformation de la conscience. On aura un mal fou et on mettra un temps incroyable pour nettoyer notre tête. Ce travail salutaire semblera infini. Et nos efforts seront contrariés par l'image hypertrophiée de la sexualité régnante dans notre culture. Un imbécile célèbre a dit un jour que le plaisir de la tétée pour un bébé était un plaisir « sexuel ». Pourquoi sexuel et pas simplement plaisir de la tétée ? On sent ici la volonté de culpabiliser tout ce qui nous fait plaisir. Tous les plaisirs se ramenant au sexe, qui est de toutes façons suspect, coupable, indécent, impur, diabolique.

Le sexe n'est nullement suspect, coupable, etc. On pourrait déclarer l'inverse. Que le refus du sexe est suspect, coupable, etc. Le discours tiendrait pareil. C'est un parti pris.

Au début des années 1990 je faisais des aquarelles représentant des fonds marins imaginaires. Plus d'une fois, sans le préméditer, je me suis retrouvé avoir peint des algues qui ressemblaient exactement à un sexe féminin très bien dessiné. J'en avais conclu, influencé par le discours imbécile régnant, que ça témoignait de mon envie inconsciente de faire l'amour. Et pourquoi donc ? Aujourd'hui je dirais que ça correspondait très exactement à mon envie inconsciente de dessiner un sexe féminin, à m'intéresser à lui. Et c'est tout.

Le bourrage de crâne régnant nous fait très mal en permanence. Il entraîne aussi que nous faisons de très grands efforts pour assurer notre malheur... et nos efforts sont récompensés !! Quand je suis tombé amoureux il y a quelques années, j'en ai conclu qu'on devait faire l'amour. Et pourquoi donc ? J'ai été intoxiqué par mon conditionnement qui a débuté dans ma petite enfance. Et cherchant à remplir le programme officiel de l'amour, avec l'aide et l'accord de ma dulcinée, nous avons finalement tout cassé. La relation sincère, confiante et chaleureuse s'est dévoyée et tristement terminée.

A présent, j'ai compris comment je m'étais fait avoir par la sous culture régnante. Faire l'amour ? Je m'en fous complétement de ce programme imposé et accepté par notre stupidité. On ne doit faire l'amour que si un authentique désir existe pour le faire. Sinon, quand bien-même notre bien aimée serait la plus belle et gentille femme de l'univers, il n'y a pas lieu, surtout pas, de « faire l'amour » !

Notre société a inventé le problème l'absence d'envie de faire l'amour. Pourquoi serait-ce un problème ?

Quand deux individus s'entendent bien, il arrive que leur conditionnement habituel tende à s'effacer. Ils cessent spontanément de jouer aux poupées sexuelles mécaniques. Cette harmonisation signe de bonne santé peut être rejetée et qualifiée de fruit empoisonné de « la routine ».

Le sexe n'est qu'un aspect de la vie parmi d'autres.

Le plaisir sexuel est-il grand ? C'est exactement comme le plaisir de manger. Manger peut être agréable, désagréable, très agréable, bienvenu, malvenu. Ça dépend des cas.

Aujourd'hui, je vois de très jolies filles ou de très jolis garçons et ne considère en aucune façon que leur fréquentation impliquera forcément quoi que ce soit de sexuel.

On me trouvera bizarre et incapable de m'orienter dans la vie. C'est la société qui est bizarre et incapable de se gérer dans le domaine des mœurs. Un seul exemple, il est très frappant : ce que nous voyons quelquefois s'agissant des lois quand nous franchissons nos frontières ! Et pas pour aller loin, au bord de l'Orénoque, de l'Indus ou du Limpopo. Si je fais l'amour avec une jeune fille de quatorze ans en France, je suis passible de dix années de prison pour viol pédophile (le consentement n'est pas juridiquement reconnu en France en dessous de quinze ans). Si je franchis la frontière italienne, je peux faire la même chose et tout le monde peut être au courant, je ne risque rien. Pourquoi ? Parce que la majorité sexuelle est à quinze ans en France et quatorze en Italie.

En France et notamment à Paris « L'exhibition sexuelle imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. » C'est l'article 222-32 de notre Code pénal. Ces jours-ci il fait très chaud à Paris. Impossible de sortir dehors en tenue de naissance. Je suis obligé de rester cloîtré chez moi, les rideaux soigneusement tirés. Et m'imposer le port d'inutiles et insupportables vêtements pour aller dehors ou simplement à ma fenêtre.

En Allemagne, donc pas si loin que ça de chez nous, dans les grandes villes comme Münich ou Berlin, dans tous les espaces verts et le long des rivières, il est parfaitement légal d'être tout nu. Il paraît même, c'est à vérifier, qu'il arrive à des Berlinois de rentrer à pied du Tiergarten, un grand parc berlinois, jusqu'à chez eux en tenue d'Ève ou d'Adam ! Et ça ne suscite aucun incident avec le public, ni réaction de la police.

Pour les mêmes faits, d'un côté de la frontière, en France, je suis un monstre criminel, un malade, un agresseur infâme. De l'autre, en Italie, en Allemagne, je ne le suis pas. Je ne risque rien. La police et la Justice m'ignorent. L'Italie et l'Allemagne sont-ils situés sur une autre planète que la France ?

On aime bien critiquer le monde entier. Pour dire que c'est toujours mieux chez nous. On se figure toujours être les meilleurs. J'aime bien la France. J'aimerais que ce soit vrai. Mais, qu'en pense au juste nos voisins ?

Avec le mandat d'arrêt européen la justice d'un pays peut faire extrader un habitant d'un autre pays où à la différence du pays de cette justice, n'existe pas le délit pour lequel il est incriminé. Nos autorités devraient-elles pourchasser les promeneurs naturistes des parcs publics allemands ? Les accuser d' « exhibition sexuelle » ? C'est juridiquement possible.

Et comme certaines mœurs sont étonnantes : dans les vidéos pornos on voit souvent des femmes, des hommes, peloter des seins de femmes siliconées. C'est à dire des poches de plastiques inclues sous la peau de celles-ci. Ça me paraît aussi bandant que peloter des sacs en plastique jetables qu'on trouve dans les commerces alimentaires.

Mais, on peut dire ce qu'on veut. La barbarie a encore de beaux jours devant elle. Le 2 juillet dernier, je voyais un dessin animé japonais assez somnifère où il était question d'« amour ». On y retrouvait les vieux poncifs stupides : la beauté base de l'amour, le mariage source du bonheur.

Au premier poncif la sagesse populaire répond : « la beauté ne se mange pas en salade ».

Quant à prétendre que le mariage est la source du bonheur, c'est comme affirmer que la casserole est la source de la bonne soupe délicieuse. La casserole, comme le mariage, n'est qu'un contenant qui peut être rempli avec les produits les plus divers et des qualités les plus variées.

La pression de la culture dominante est effroyable pour détruire les relations saines. En 1986, j'avais trente-cinq ans. Dans la magie du stage de massages, sans aucune peur ou timidité, nu je serrais plusieurs fois dans mes bras une grande et jolie fille nue de dix-sept ans que je connaissais à peine. Et, elle et moi, ne pensions à rien d'autre qu'à savourer le plaisir du moment présent. La magie du stage évaporée, quelques semaines plus tard, quand je pensais à cette fille, je m'interrogeais sur les préservatifs et ma peur du SIDA. C'était totalement stérile et ridicule. J'ai revu juste une fois cette fille chez elle, en tête-à-tête, et n'avais rien à lui dire, avec la bouillie pour chats de mon éducation remplissant ma tête.

A présent je goute pleinement la liberté de ne pas baiser – ou plus justement dit : la liberté d'être soi.

Notre société glapit au sexe obligatoire. Elle peut aller à tous les diables. Je ne l'écouterais plus jamais. Ne chercherais à faire l'amour que si c'est bien, possible. Et, surtout, à la condition impérative d'en avoir vraiment envie. Pas pour suivre l'imbécile pensée unique régnante.

Je suis né en 1951 à Paris et y vis depuis. Quand j'étais petit, ne pas s'intéresser au sexe était très bien vu, surtout si on était une femme. A présent c'est le contraire. Si on ne déclare pas être intéressé par la baise pratiquée au minimum trois fois par semaine, on est insulté, regardé de travers. Sommé d'avouer son homosexualité refoulée, ça m'est arrivé. Sinon, on vous soupçonne un vice horrible et inavouable. En tous cas, vous êtes classé parmi les « asexuels », les « malheureux », les « accidentés de la vie ». Et fréquemment et avec commisération encouragé à aller voir un psy pour « résoudre votre problème ». Quand on est condamné par la Justice, y compris quand il ne s'agit pas d'une affaire de mœurs, il est à présent fréquent qu'elle vous ordonne des soins obligatoires, avec un psy, évidemment. Jadis, la Justice vous aurez prescrit et ordonné messes, confessions, retraites au couvent et pèlerinages. Les psy sont les nouveaux prêtres. Qui en vous délivrant du fardeau de votre enfance doivent vous assurer le Paradis sur la Terre.

Notre société prétend exalter le sexe, mais le nie en même temps de la manière la plus ridicule. Le cache sur nos plages avec de microscopiques, indécents, moulants et ridicules fragments de tissu. A longtemps nié l'organe sexuel féminin en art, remplacé par des structures anatomiques imaginaires du bas-ventre de la femme. Et nie toujours le sexe de l'homme d'une manière extraordinairement ridicule. On dit que l'organe sexuel de l'homme est le membre, ou encore : le membre viril. Ce qui signifie que l'homme a cinq membres, dont trois membres inférieurs ! Je ne vais pas vous faire un dessin. Vous m'avez compris. Et la femme, elle, a juste quatre membres. Ça, je ne l'ai lu nul part.

C'est les textiles qu'on devrait mettre dans des camps et clubs fermés. Les plages et nos lieux publics ne devraient pas être la propriété de ces malades. Le naturisme est naturel. Les « vêtements de bains » sont contre-nature. Naissons-nous avec un slip et les fillettes avec un soutien-gorge en plus ?

Le conditionnement reçu dès la petite enfance agit, entre autres, comme un bridage. La première fois que, très jeune homme, une jeune fille m'a offerte le spectacle de son bain, j'ai subi ce bridage. Sortie du bain elle s'essuyait nue debout devant moi, tout près, à portée de mes mains. J'ai eu envie de lui toucher les seins et ne l'ai pas fait, pourquoi ? Parce que aussitôt m'est venue la pensée contradictoire : « non, ça ne se fait pas ».

Par la suite, un jour que je faisais mine par hasard de laisser mon coude au contact de son bas ventre, elle étant habillée, m'a demandé gentiment si je faisais exprès. Pour très certainement m'encourager à continuer ouvertement. Je n'ai rien répondu et refusé de fait l'ouverture qu'elle me proposait.

Et, bien plus tard, alors que nous étions tous deux étudiants aux Beaux-Arts et qu'elle était venue chez moi réviser sa morphologie, je me mets nu comme modèle. Elle est surprise et me demande si je fais ça parce que je veux de petites caresses. Je m'empresse de répondre non. Alors que je ne demandais pas mieux. Je regrette aussitôt ma réponse. Et ce jour-là, il n'y aura aucun câlin.

A chaque fois et pas seulement ici, mon éducation ou plutôt mon conditionnement, m'a rappelé à l'ordre à la façon d'un petit gendarme intérieur pour bloquer tout.

Ce bridage fonctionne encore, un demi siècle plus tard. Dernièrement, j'étais chez une amie assis près d'elle. Elle cherche plus ou moins à me draguer. Moi, je ne souhaiterais échanger que des caresses. A un moment donné, ne sachant comment argumenter son projet, cette amie me passe doucement et rapidement la main au panier. Je l'ai senti. Et fait comme si de rien n'était. Le conditionnement nous transforme en imbéciles.

Mais c'est aussi un sacré embrouillamini. Je n'ai rien à voir avec la drague pure et dure. C'est ce qui m'est proposé par elle, sinon rien. Si je réfléchis, je vais dans ce cas préférer rien.

Mais, au fond, l'ensemble masculin et l'ensemble féminin sont un peu comme deux armées séparées par une ligne de front, qui rêvent de la paix. J'y pensais hier soir dans le métro. Quand je descendais de la rame, je bouscule le genou d'une jeune fille que je ne connais pas assise sur un strapontin. M'excuse et lui sourit. Elle me fait le plus beau des sourires. Parce que, au fond, les femmes aiment les hommes et les hommes aiment les femmes. Mais le plus souvent ne savent pas parvenir à les aimer dans les faits et les gestes. Il faudrait avoir le courage de sortir de sa tranchée et aller vers la tranchée adverse pour fraterniser. Ça n'est pas du tout évident comme situation.

On dit que l'homme peut avoir son pénis flaccide ou en érection. En fait, il peut connaître six états en tout, pas juste les deux : flaccide ou en érection. Il peut être : flasque, ratatiné, comme sur les statues, en érection faible, simple ou forte, Ce dernier état correspondant à l'érection ligneuse, quand le pénis est comme du bois, ou presque.

Ces aspects du pénis sont très mal connus de bien des femmes. Je l'ai bien constaté un jour. C'était au début des années 1980. Une jeune femme parisienne docteur m'a ausculté alors que mon pénis était tout ratatiné, comme il peut l'être notamment quand on a envie d'uriner. Le voyant, elle a très sincèrement pensé que j'avais un problème de santé à ce niveau ! Alors qu'en sa qualité de docteur, elle aurait dû être plutôt mieux informée que la plupart des gens à propos de l'anatomie humaine !

Ce n'est pas le vocabulaire à notre disposition qui nous aidera à comprendre la vie et bien nous débrouiller. Quand on voit le niveau. Qu'il y est question de « puissance sexuelle » – « impuissance » – « avoir des couilles » quand on est courageux. Quand on voit ce délire mythomane, les mots n'aident pas. Et comme la bêtise régnante prospère ! Un homme que j'ai connu sortait tranquillement comme propos que même si on n'a pas envie de draguer une femme, il faut faire comme si on le voulait, car sinon elle serait vexée ! J'ai aussi entendu un soir deux hommes, que je croyais gentils et bien élevés, déclarer que « si une femme se fait violer, c'est qu'elle le veut bien ». L'horreur et l'absurdité ! Par définition on ne peut pas volontairement se faire violer.

Je veux être moi. Pas ce qu'on veut que je sois. Si difficile que ce soit, ça en vaut la peine. Pour ça il faut se débarrasser de toute le mythologie sexuelle qui encombre nos têtes. Elle est impressionnante par son poids et son ampleur. Et bien des fois elle est labellisée « scientifique ».

En 1956-1957, quand j'avais cinq ou six ans, mes parents fréquentaient un sympathique couple d'excentriques américains de Saint-Germain-des-Près : Aia et Raymond Duncan. Chez eux venaient notamment des dames pas toutes jeunes, qui paraissaient plutôt chics et m'énervaient en me questionnant ainsi : « qu'est-ce que tu veux faire plus tard ? » Je me disais que la question était idiote, car d'ici le moment où je serai grand, je pourrais changer d'avis. Certaines dames m'énervaient en plus en me suggérant la réponse : « Tu devrais faire docteur. Ça paie bien ! » Moi, je ne me voyais pas voir des malades à longueur de journée. Alors, un jour, excédé, j'ai répondu d'une manière que j'avais choisi car je la trouvais résolument absurde. J'ai répondu : « je veux être Basile ! » En fait, sans le réaliser, j'ai donné la bonne réponse qui correspond à ma personne. Il faut devenir soi-même.

SI je m'étais appelé Durant ou Gaston, j'aurais du répondre : « je veux être Durant », ou « je veux être Gaston ».

Expliquer ici un peu mon cheminement personnel servira-t-il à quelque chose ? Peut-être, en tous cas si ça peut faire une faille dans le mur de la pensée unique, que d'autres se chargent de l'élargir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 3 juillet 2014