jeudi 20 juillet 2017

823 Défense de dire « je t'aime »

Jadis en France, « faire l'amour » signifiait : « faire la cour ». « Être en goguette » signifiait : « être en caresses avec une femme ». « Embrasser » signifiait : « serrer dans ses bras ». « Baiser » signifiait probablement : « donner un bisou ».

Le sens donné à ces mots a bien changé, et d'autres aussi. Surtout pour ces mots : « je t'aime » ou « je vous aime ».

Au dix-huitième siècle, quand on éprouvait simplement de l'amour pour quelqu’un, homme ou femme, on pouvait lui dire et on lui disait sans problème ou hésitation : « je t'aime » ou « je vous aime ». Aujourd'hui ces mots ont acquis une connotation sexuelle implicative.

C'est une véritable catastrophe sémantique que personne à ma connaissance n'a jusqu'à présent relevé.

En France aujourd'hui il est de facto interdit de dire à quelqu'un qu'on l'aime. Ou alors on peut le dire si on exprime aussi par là le fait qu'on couche avec cette personne ou qu'on souhaite, demande ou envisage de le faire...

Cette situation est insupportable.

Elle peut changer.

Dans les années 1960, par exemple, avec la vague de la chanson yé yé est apparu l'usage du qualificatif « terrible » pour dire simplement qu'on admirait un auteur ou une œuvre. La mot « terrible » a perdu très largement son sens original très fort et négatif.

Il est possible et souhaitable de rendre aux mots « je t'aime » ou « je vous aime » leur sens neutre original.

Ce qui rendrait à la langue française une de ses plus belles et riches expressions.

Je pose la question : « s'il est la plupart du temps interdit de facto de dire je t'aime, comment voulez-vous que l'amour se porte bien ? » 

Basile, philosophe naïf, Paris le 20 juillet 2017


mercredi 19 juillet 2017

822 Oublions l'art de nous rendre malheureux ainsi que les autres...

J'ai l'habitude de dire : « quantité de personnes font de très grands efforts pour se rendre malheureux, et leurs efforts sont récompensés ! » C'est notamment le cas de la manière classique suivante :

On se sent souffrir de la solitude. Alors on envisage comme réponse à sa détresse de trouver une personne qui vous comblera en tout : par sa présence, ses câlins, son activité sexuelle, éventuellement si on est en âge de « fonder une famille » : par ses qualités reproductives et éducatives des enfants, par la reconnaissance sociale et le soutien matériel. En résumé : la couple parfait qui est en amour l'équivalent de la pizza complète à la pizzeria. Celle où il y a tout : de la purée de tomates, plusieurs fromages, des champignons, des olives, des anchois, du jambon, etc.

De tels couples dits « parfaits » existent. J'en ai rencontré et en connais au moins trois, un à Paris et deux en banlieue : ils s'entendent à merveille, sont beaux, vivent ensemble, n'ont pas l'air de s'ennuyer, ont de superbes enfants, sont mariés, etc. J'en ai aussi certainement croisé d'autres sans les identifier. Mais, à côté de ces réussites, combien de bricolages sordides ressemblant y compris parfois à une espèce de prostitution ? « Je te donne le loisir de m'utiliser sexuellement. Et en échange nous vivons ensemble et payons ensemble les factures communes. » C'est presque ça.

À force de ne chercher que des pizzas complètes on passe à côté de bien des choses. Mais certains ne se posent pas trop de questions. On est jeune et beau ou jeune et belle. On se trouve un ou une partenaire équivalent. On fait tout comme si ça collait bien. Quand ça ne colle vraiment plus on se sépare. Et on trouve un ou une partenaire de remplacement. Ça fonctionne très bien ainsi tant qu'on est considéré comme « jeune ». Après, ça devient amère. Les nouvelles générations de jeunes vous font une concurrence invincible... Alors, on reste seul, ou on se contente « des restes », comme ils disent. Soit d'une compagne ou un compagnon déjà comme vous un peu décrépit. Comme le commentait tristement une femme ex vedette de cinéma jadis célèbre comme « sexe symbole » : « on a un cœur toujours jeune et il y a tout qui pendouille... » Je cite de mémoire, mais le sens y est.

À écouter certains, l'essentiel serait de ne pas réfléchir et être « spontané ». On est seul, on se sent seul ? C'est la faute à l'autre, au sexe opposé, à « pas de chance ». Ce n'est jamais le produit aussi de vos responsabilités, vos actes, vos intentions. Comme on veut tout tout de suite, on rejette tout ce qui ne ressemble pas à la perspective de la dégustation de la fameuse pizza complète tant espérée.

Quand je sors mon discours sur les câlins et la relation tactile, j'ai l'impression d'être un Martien. Ceux qui m'entourent ont leurs idées arrêtées sur « le sexe » à pratiquer et « le couple » à chercher à former. Améliorer nos relations en général entre individus bien informés et de bonne volonté revient pour eux à vouloir apprendre à un canard à courir un cent mètres. Une idée belle, absurde et irréalisable.

La confusion relationnelle générale durera tant qu'on cherchera à rencontrer « la bonne personne » et personne d'autre. Tant qu'on évitera de jeter un regard critique sur le comportement humain en amour. Non, il n'existe pas une fatalité qui nous condamnerait éternellement à continuer à souffrir et rêver. On peut sortir des vieilles équations et aller ailleurs, plus sûr, plus sensé, plus heureux, plus libre et surtout respectueux de soi-même et des autres.

Le temps de la caricature amoureuse est révolu. Cessons de croire au bonheur. Construisons-le avec les matériaux et les outils dont nous disposons. Laissons la « perfection » empêcher de dormir les rêveurs et satisfaisons-nous d'admirer la perfection de ce qui est. 

Basile, philosophe naïf, Paris le 19 juillet 2017

mardi 18 juillet 2017

821 Fantasmes

J'ai un souvenir très précis qui doit remonter à quand j'avais deux ou trois ans, sinon guère plus. J'étais très petit et admirais grandement mon père à propos de la chose suivante : quand nous allions à la gare, tout la haut au dessus de moi il parlait avec quelqu'un au guichet. Quelqu'un que je ne voyais pas mais dont je devinais la présence. Grâce à ces paroles, mon père obtenait facilement « un billet ». Je n'avais pas la moindre idée de ce que c'était. Mais savais que grâce à ça, peu après, nous nous retrouvions dans le train qui démarrait peu après. Mon père était extraordinaire ! Il faisait quelque chose qu'il savait faire et à chaque fois grâce à lui nous pouvions monter dans le train ! J'ignorais à l'époque l'existence d'une chose qu'on appelle « l'argent ». Et la première fois qu'on m'a montré « un billet », j'ai été plutôt déçu. C'était une petite chose rectangulaire et plate assez moche.

C'est notamment avec le souvenir de telles admirations enfantines que bien plus tard nous bâtirons dans notre tête la statue vivante de « la femme idéale, qui va nous faire connaître, et elle seule, le bonheur parfait. » La femme idéale, de même que l'homme idéal, par définition n'existe pas. Le bonheur parfait également n'existe pas. Comment des humains imparfaits pourraient, qui plus est à deux, créer quelque chose de parfait ? Mais on y croit souvent, parce qu'on a envie d'y croire. Qu'est-ce que ce serait triste si le Père Noël et le Prince Charmant n'existaient pas !

Le Bonheur parfait en amour, j'ai cru y goûter trois fois. De ces brefs instants j'ai fait le modèle de ce que je cherchais. Une fois allongé habillé sur mon lit, l'objet de mon amour également habillé allongé sur moi. Nous avons passé ainsi un quart d'heure peut-être. J'ai juste un peu caressé un sein de ladite demoiselle. Et me suis senti à cette occasion extraordinairement bien. J'en ai conclu que j'avais là goûté à cet amour tant recherché. Sauf qu'en fait pour des raisons que j'ignore, je m'étais à cette occasion juste envoyé un fort et vigoureux shoot d'endorphines.

Le même phénomène m'était arrivé en rêvant à une autre demoiselle sur laquelle je fantasmais, l'imaginant être mon amour. C'était plutôt mon illusion.

Une troisième occasion plus « sexe » où j'avais pu m'administrer une bonne dose de drogue naturelle auto-produite. Et voilà le décor planté pour m'imaginer avoir effleuré le continent magique où nous devrons essayer tous de parvenir un jour.

Les fantasmes amoureux sont comme des esquisses crayonnées sur une toile épaisse qui a nom la frustration tactile. Privé de caresses et de toucher en général à partir du sevrage tactile enfantin, nous imaginons un bien-être abusivement assimilé à l'acte sexuel. Si à un affamé on fait croire que se nourrir passe par l'acte sexuel, il va y rêver. S'il réalise que ce sont deux choses différentes et d'importances différentes, il va arrêter de se focaliser sur le sexe.

Mais ce ne sera pas le cas de son entourage, qui continuera à attribuer une importance démesurée à cette petite sexualité. Et ignorer le grandiose toucher.

Le débat sur la question sera généralement verrouillé par « la pudeur ». On va ainsi s'opposer à la liberté d'expression. J'ai vu une amie s'offusquer de ce que j'aborde « des sujets intimes », c'est à dire sexuels. Cependant qu'elle ne s'est pas gêné pour m'annoncer que dorénavant « elle sort avec untel ». Ce qui signifie qu'elle couche avec. C'est un propos admis comme « correct ». Mais par contre disserter sur la masturbation, quelle horreur ! Surtout si c'est pour l'analyser et pas se contenter d'être « pour » ou « contre ». On prétend souvent que c'est la seule question qui se pose dans le domaine sexuel : être pour ou contre. Mais ce qui importe plus c'est savoir ce que nous voulons et ce dont nous avons besoin. Et ignorer les rêves qui nous égarent et abrutissent.

Basile, philosophe naïf, Paris le 18 juillet 2017

lundi 17 juillet 2017

820 La source du désaccord homme-femme

Soit la rencontre entre deux jeunes gens qui s'apprécient. Le jeune homme souhaiterait prendre la jeune fille dans ses bras. La jeune fille aimerait bien que le jeune homme la prenne dans ses bras. Mais ils ne le feront pas, pourquoi ? Parce que le jeune homme se dit que son geste implique dans de brefs délais de passer « aux choses sérieuses », entendez par là très prosaïquement au coït. Et il sent bien que cet acte n'est pas à l'ordre du jour. La jeune fille se dit que si elle accueille favorablement les bras du jeune homme, elle sera sensée dans de brefs délais passer au coït. Et, dans le fond, elle n'en a pas envie. Alors il ne se passera rien. Faire des câlins à un humain ami apparaît moins évident pour un humain que caresser un chat, un chien ou un cheval qu'il ne connaît pas.

Quelle est l'origine, la source de cette mésentente homme-femme ? Il est dans l'homme. Et il commence très jeune. Pour l'illustrer, prenons un cas vécu. Un jeune homme, vers l'âge de douze-treize ans découvre la masturbation masculine adulte, c'est à dire comprenant l'éjaculation. Il se retrouve la pratiquant au moins une fois par jour. Et remarque que certains jours qu'ils passent particulièrement agréablement avec des amis à bavarder, rire, rien de particulièrement « sexuel », il oublie carrément et tout simplement son activité quotidienne. Il ressort deux faits intéressants de cette expérience. D'une part cette activité ne compense pas une relation sexuelle partagée. Aucun animal n'éprouve le besoin de s’accoupler ainsi trois cent soixante cinq fois par an. D'autre part, l'oubli de cette activité à l'occasion de journées affectivement bien remplies indique une piste.

La masturbation masculine adulte, la plupart du temps, ne compense pas un manque « sexuel », mais un manque affectif. Et quel manque ? Le manque tactile, produit du sevrage tactile subi vers l'âge de trois-quatre ans. Revenons à nos deux jeunes gens hésitants qui n'osent pas finalement se prendre dans les bras. En fait, ils souffrent du manque tactile. Leur désir d'étreinte est tactile et n'est pas l’expression d'un besoin sexuel de coït. Mais dans leurs têtes il y a confusion. Ils en restent désemparés et renoncent à suivre leur envie. Cette confusion vient d'abord du côté masculin.

Et cette confusion est générale. Vers l'âge de douze-treize ans, les garçons découvrent et commencent à pratiquer régulièrement la masturbation masculine adulte. Ils compensent ainsi leur faim tactile. Mais ils vivent également le shoot endorphinien survenant lors de leur éjaculation comme une drogue. D'où par exemple la pratique quotidienne de la « prise » de cette drogue. Abusés par la mal éducation et l'analphabétisme tactile régnants, les garçons s'imagineront manquer de « sexe ». Divers éléments leur donneront cette illusion. Ils manquent aussi de sexe, mais beaucoup moins proportionnellement que de tactilité. Mais ça, personne ne va le leur expliquer.

Ils vont étendre leur pratique masturbationnelle en remplaçant à l'occasion leur main par un orifice naturel d'un tiers. Ce faisant ils croiront « faire l'amour » et vont ennuyer le tiers en question. Ils vont très souvent le harceler et même quelquefois hélas le violer.

Toute la source du malentendu est là. Privés de tactilité les garçons souffrent de faim tactile. La compensent avec la masturbation. Confondent celle-ci avec un besoin de « faire l'amour », qui n'est finalement très souvent qu'une masturbation à l'intérieur de quelqu'un d'autre.

Quand après une rupture j'analysais les bons moments vécus, il m'est arrivé plus d'une fois de regretter plus les câlins que les pseudo actes sexuels qui n'en étaient pas. Ce que j'ai mis bien longtemps à comprendre et réaliser. L'amour est une chose simple, à condition de le respecter et ne pas faire n'importe quoi comme à peu près tout le monde. Il y en a qui ont compris, qui comprennent, qui agissent intelligemment et s'en ressentent agréablement. Mais ils ne sont pas, loin de là, les plus nombreux. Ça dépend de nous, de nos efforts si nous voulons en faire partie.

Basile, philosophe naïf, Paris le 17 juillet 2017

dimanche 16 juillet 2017

819 Négation du toucher et hypertrophie de la « sexualité »

Quand on évoque la « sexualité » chez les humains, on est frappé par la place qu'on lui trouve accordée. Elle semblerait être pour beaucoup à la base de tout ou au moins de l'essentiel. D'où vient cette abracadabrante prééminence, cette hypertrophie de la sexualité ?

La raison est un flou et une confusion. Le flou c'est l'absence de contours précis, de définition donnée à cette dite « sexualité ». Où commence-t-elle, ou finit-elle ? C'est très confus. La confusion est celle faite entre les activités purement sexuelles, c'est à dire axées sur la reproduction ou y ressemblant beaucoup, et la relation tactile en générale. Celle-ci est niée, contrariée, ignorée, méprisée, rejetée...

Mais on n'arrive pas à se débarrasser » de la sexualité ! Sauf pour de très petites minorités monacales, pour des religieux faisant vœu de chasteté. Alors le sexe se maintient présent. Il est confondu avec la relation tactile, le langage tactile, la communion tactile.

Ainsi, par exemple, dormir avec quelqu'un peut ne pas être du tout sexuel. On jouit du contact de l'autre et c'est tout. Ça peut arriver et ça arrive bien plus fréquemment qu'on le dit.

Mais allez le crier à la cantonade ! Nous dormons le plus souvent sans baiser et en sommes forts satisfaits ! Ça ne se fait pas. On se tait à ce propos. Et tout le monde se dit : « X et Y sont mariés et dorment ensemble. Ils ont l'air d'être heureux de vivre. Ça doit y aller entre eux la nuit ! » Alors que X et Y dorment simplement paisiblement l'un contre l'autre.

Le toucher est mille fois plus important que la sexualité. On parle mille fois plus de la sexualité que du toucher. Quand on parle du toucher, certains le rebaptise « sexualité », ce qui est tout à fait ridicule. Ils disent par exemple : « il arrive que le sexe se résume à des caresses. » On va ainsi nier le toucher et en faire un annexe de la sexualité. Comme ce médecin de Vienne qui qualifiait le plaisir de la tétée chez les bébés de « plaisir sexuel ».

Bien qu'ignoré souvent dans les discours et les livres, le toucher reste présent et surgit à tous moments dans la vie. On s'obstine souvent à l'ignorer. On le rebaptise massage, caresse, câlin, alors qu'il s'agit d'un langage et d'une nourriture, d’un lien entre l'affectif et le social.

Quand on découvre pleinement l'importance, la place de la tactilité, son rôle essentiel, fondamental dans la vie des humains, la sexualité diminue d'importance à toute vitesse. Et n'occupe plus qu'une place réduite, juste la sienne. On réalise alors que dans notre société depuis des temps immémoriaux, l'arbre de la sexualité cache la forêt de la tactilité. Il faut rendre sa place et sa légitimité au besoin tactile nié depuis tant de siècles par nos cultures. Cette négation paraissant liée avec l'existence du patriarcat, qui prétend réduire la femme à une créature soumise à l'homme et dominée par lui.

Comment commence notre vie ? Baigné dans le liquide amniotique, les yeux fermés, dans l'obscurité, au chaud dans le ventre d'une femme et entendant son cœur. Une intense vie tactile et auditive. Qui se poursuit au contact de la mère, de ses mains, ses seins, sa voix. Le toucher et l'audition sont notre premier refuge, instruments de communication, sources de plaisir, communion et douceur. Le toucher en général plus tard fait écho pour nous à toutes ces premières sensations de la vie. Au contact, par la tactilité nous nous sentons vivre. Si personne ne nous touche, nous dépérissons. Quand nous voulons dire qu'une chose nous émeut, nous disons qu'elle nous touche. Chassée, pourchassée, niée, la tactilité est omniprésente et réclame sa place et son rang.

Basile, philosophe naïf, Paris le 16 juillet 2017

samedi 15 juillet 2017

818 Traumatismes et espérance

Les cavaleurs de sexe masculin harcèlent les femmes qu'ils trouvent jolies. Cet harcèlement que subissent ainsi nombre de femmes classées « jolies » font qu'elles sont en permanence sur la défensive. Elles craignent d'exprimer leurs désirs, ressentis et sentiments. Même simplement de paraître jolies et séduisantes. Elles évitent souvent alors les robes, portent systématiquement des pantalons, s'habillent « baggy », c'est-à-dire « sac », et évitent de se mettre en valeur. Elles ne disent pas à leurs harceleurs qu'ils les emmerdent, mais trouvent une pirouette pour se dérober à eux. Combien de femmes au lieu de dire « non » aux avances d'un homme, vont invoquer l'existence d'un amoureux, y compris imaginaire, pour repousser l'importun ? La pleine et entière sincérité a ici du mal à frayer son chemin. Ma mère m'a raconté que quand elle était célibataire, dans les années 1920 1930, elle portait une alliance et avait fait agrandir la photo d'un acteur, prise dans un journal, qu'elle affichait chez elle et présentait comme son fiancé. Tout ceci pour qu'on lui foute la paix.

Les femmes sur la défensive permanente se retrouvent parfois sur une position exactement inverse. Suite à une très forte déception amoureuse, elles ouvrent leurs bras à tout le monde. Cet état perturbé ne dure pas. J'ai pu l'observer à deux reprises avec deux amies différentes.

La première entrepris de draguer la totalité des hommes de son entourage. J'en étais. Étant un peu amoureux d'elle je fut « cueilli » sans difficultés. Malheureusement un des heureux gagnants se révéla pas tout à fait sain. Résultat, nous goûtâmes tous collectivement à un aimable champignon nommé candida albicans, qu'il avait récolté sur une de ses nombreuses « conquêtes ». Le sympathique dermatologue vénérologue qui s'occupa de moi à cette occasion aimait bien plaisanter. Une de ses blagues en forme de devinette était : « quelle est la différence entre une femme et une pizza ? Réponse : on peut choisir une pizza sans champignons. » La seconde amie que j'ai pu observer contrariée par une forte déception amoureuse, dragua tout ce qui passait. Y compris un de ses élèves lycéens et une voisine plus âgée qu'elle. Pour je ne sais quelle raison j'échappais à sa liste. Par exception je n'en faisais peut-être pas partie.

J'ai eu le sentiment que ce genre de phénomène n'est pas exceptionnel. Il y a même des dragueurs rusés qui sont à l’affût de ce genre de situations où des jolies femmes « baissent la garde »..

J'ai pu constater un autre effet de traumatisme vécu. Une amie qui avait subit très jeune une très grave agression sexuelle, paraissait adopter à l'égard du sexe une attitude où elle se dépréciait. Acceptait des relations sommaires où on profitait d'elle, on ne la respectait pas. Elle me racontait sa vie sexuelle. Ce qui était aussi une forme d'auto-dépréciation. Elle me disait par exemple aller en boîte de nuit et faire très vite la chose, dans les toilettes avec un employé. On aurait dit que pour réduire la gravité de l'agression qu'elle avait subi, elle cherchait des situations où le sexe était juste une sorte d'activité mécanique dont l'autre profitait. S'agissant de cette activité, elle me disait ne pas y prendre plaisir. Mais alors, lui ai-je demandé, pourquoi s'y adonner ? Elle ne m'a pas répondu. Elle a même failli tourner dans des films pornos, m'a-t-elle raconté. Mais, par chance, le producteur a eu pitié d'elle et a renoncé à l'employer.

Les femmes, depuis la nuit des temps, rêvent de voir les hommes se conduire avec elles en hommes et plus en petits garçons égoïstes, capricieux, bêtes, possessifs et parfois violents. Il existe des hommes, des vrais . Ils sont rares. Ce qui ne signifie pas que tous les autres sont des voyous. Mais leur comportement est insatisfaisant. Il n'est pas complémentaire de celui des femmes, comme il devrait l'être. Alors, bien des femmes font avec ce qu'elles rencontrent, s'adaptent, font pression. Ainsi il existe des femmes qui procèdent littéralement à la castration psychologique de leur époux trop porté sur la chose. D'autres situations existent, qui sont très souvent insatisfaisantes.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 juillet 2017

817 La relation sexomorphe

Notre culture patriarcale dominante entretient une très lourde confusion entre tactile et « sexuel ». Elle nie le langage tactile pour en faire une annexe de la relation sexuelle. En résumé, la caresse entre adultes ne serait que l'antichambre du coït. En vertu de cette aberration, d'innombrables humains de bonne foi croient bien faire en jouant aux petits soldats du sexe. Dès que l'acte sexuel est « techniquement » envisageable, ils croient indispensable de s'y lancer, y compris quand l'envie est absente. Ce faisant, galvaudant, banalisant l'acte sexuel, adoptant un comportement consumériste, ils déstabilisent la relation, rongent sa base et s'acheminent vers des troubles relationnels et la douloureuse rupture finale, vécue comme d'origine incompréhensible.

La réalité, qu'ils n'arrivent pas à percevoir, est qu'il existe plusieurs types de relations, qu'ils ignorent. Il existe une relation tendre, une relation sexomorphe et une relation sexuelle. La relation tendre se suffit à elle-même. La relation sexomorphe à laquelle elle peut conduire, comme son nom l'indique, ressemble à la relation sexuelle qui comprend l'acte sexuel, mais ne comprend pas ce dernier. C'est une différence fondamentale. L'acte sexuel n'est pas un acte anodin et ne doit être réalisé que dans de bonnes conditions et suite à un désir authentique et réciproque.

De nos jours, la pensée unique nous serine à longueur de pages le mérite du soi-disant « épanouissement sexuel », et ignore la relation sexomorphe, mot que j'ai dû inventer. Le soi-disant épanouissement sexuel nécessiterait de faire de l'acte sexuel un objet jouissif consommable le plus souvent possible. Cette himalayenne ânerie est colportée par d’innombrables sites Internet, livres, vidéos, etc. Il faut baiser, c'est un ordre ! Hier on préconisait d'éviter l'acte sexuel qui devait nous épuiser s'il était pratiqué trop fréquemment. Aujourd'hui la teneur du discours normatif est inverse.

Une brave dame américaine a même écrit : « faire l'amour régulièrement est une question d'hygiène, comme se brosser les dents régulièrement. » Une dirigeante révolutionnaire russe se vantait de ce que pour elle « faire l'amour ne l'impliquait pas plus que boire un verre d'eau ». Je les cite de mémoire. Et bien non, le rapport sexuel humain n'est pas équivalent à l'ingurgitation d'un verre d'eau ou à un brossage dentaire !

Il faut commencer par dénoncer un mensonge : celui de nous faire croire que nous pouvons décider de « faire l'amour » si la chose est techniquement possible, indépendamment du reste. C'est faux. Quand l'apparence de l'acte sexuel a lieu sans être l'expression d'un désir authentique et réciproque, il ne s'agit alors que d'une masturbation effectuée dans l'orifice naturel de quelqu'un d'autre. Ce n'est pas du tout ce que ça prétend être.

Il suffit le sachant d'aller voir des sites pornographiques sur Internet. Les personnes qui en échange d'argent font des galipettes sexuelles devant les caméras et les appareils photos s'emmerdent tellement visiblement qu'on se lasse très vite de ces caricatures de sexualité. Sans compter qu'en dépit des « oh ! », des « ah ! » et des « my God ! » prononcés par ces hommes et ces dames, surtout ces dames, il est absolument évident que cette agitation est parfaitement frigide.

Ce qui est très triste, c'est que quantité de jeunes gens et jeunes filles, et hélas même d'enfants, se gorgent de telles fumisteries sur Internet. Ils croient apprendre ainsi ce que serait « la vraie sexualité ». J'ai même eu affaire un jour à une jolie jeune fille qui m'a proposé de faire avec elle les « travaux pratiques » correspondants. Je n'ai pas donné suite à son offre. Elle ne s'en est pas offusquée. Il faut revenir aux grandes réalités chaleureuses de la tactilité, et pourquoi pas ? À l'occasion en venir à une relation sexomorphe. Qui ne conduit pas du tout nécessairement à la relation sexuelle authentique, la seule relation sexuelle qui existe vraiment.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 juillet 2017

816 La langue tactile universelle

Quelle est la langue de communication entre les enfants ? La langue tactile. Entre les enfants et les grandes personnes ? La langue tactile. Entre les grandes personnes et les enfants ? La langue tactile. Entre l'homme et la femme ? La langue tactile. Entre les femmes ? La langue tactile. Entre les hommes ? La langue tactile.

Une fait arrivé m'a été rapporté. Un jour un groupe d'enfants français ne parlant que le français et un groupe d'enfants allemands ne parlant que l'allemand se rencontrent, en marge de la rencontre entre leurs parents respectifs. Les enfants se mettent à jouer ensemble, très joyeusement et sans aucun problèmes. Ils s'apostrophent dans leurs langues respectives et visiblement communiquent ! Mieux encore et plus étonnant : à un moment-donné un des enfants français va voir ses parents et leur dit : « cette petite fille allemande veut qu'on lui donne un carton pour faire avec un garage pour ses voitures. » Il s'agissait, bien sûr, d'autos miniatures jouets. C'était exactement ce que la petite fille voulait. La personne qui m'a rapporté cette rencontre s'étonnait de la capacité de ces enfants à se comprendre et jouer ensemble en dépit des différences linguistiques. L'explication qui donne la réponse à l'énigme est simple : la langue de communication universelle était celle utilisée entre ces enfants : la langue... tactile. C'est aussi une langue très utilisée entre les enfants jumeaux.

Quoi de plus solennel que la prestation officielle d'un président de la République le jour d'une fête nationale ? Hier, Macron se retrouve lors de ces festivités officielles face à un enfant qui sanglote. Il le prend affectueusement par la tête et le cou avec ses deux mains, lui sourit et lui parle. Le journal qui rapporte ce fait avec la vidéo, précise : « ça s'est passé hors micro. On ne sait pas ce que le président a dit à cet enfant. » Mais l'essentiel se voit. C'est du langage tactile.

Le langage tactile est utilisé couramment dès qu'une forte émotion surgit. Joie de marquer un but durant un match de football : les joueurs s'étreignent. Grand chagrin, souffrance : on prend l'autre dans ses bras, on lui prend la main et on la conserve serrée dans la sienne.

Les enfants sont plus proches du langage tactile que les grandes personnes. Je me souviens avoir croisé un jour trois garçonnets hauts comme trois pommes. Ils avançaient hardiment en ligne, celui encadré au milieu tenant solidement les deux autres par le bras autour du cou de chacun d'eux. On voyait bien que c'était trois copains.

Les femmes sont plus proches que les hommes du langage tactile. On le voit bien en France. Une femme tient une amie par la main dans la rue, ça ne frappe personne. Si deux hommes font la même chose, on les regarde tout de suite, pas forcément de travers, comme deux homosexuels.

Je me souviens d'un ami que j'ai perdu de vue. Il était d'une autre culture que française. C'était un Kabyle. Il lui arrivait de me prendre affectueusement par le cou, et aussi me faire la bise. On ne sentait aucune ambiguïté. Il n'y avait rien de « sexuel » dans son geste. Plus surprenant : j'ai eu une camarade canadienne à l’École des Beaux-Arts de Paris qui au lieu de me faire la bise, m'embrassait sur la bouche. De sa part, ce n'était pas du tout une invite sexuelle. Elle paraissait le ressentir comme ça, et je le ressentais pareillement. C'était un vrai plaisir. Nous étions en marge du monde.

Les hommes ont beaucoup de mal pour parler tactile avec les autres hommes. Ils compensent leurs difficultés par la violence et c'est très dommage. À défaut de se faire des caresses ils se font la guerre, physique, économique, sociale. Quand un homme a une amoureuse, spontanément d'autres femmes viennent vers lui, car elles ressentent cette situation comme une ouverture tactile. On a l'impression qu'elles draguent. L'explication est tactile et n'est pas aussi simple que ça.

Basile, philosophe naïf, Paris le 15 juillet 2017

vendredi 14 juillet 2017

815 Pourquoi est-il si difficile d'aider les victimes de viols ?

Quand nous naissons et durant nos premières années de vie, nous jouissons pleinement du premier et du plus important de très loin des moyens de communication humains : la peau et les muqueuses, qui servent au langage tactile.

On va vers l'âge de quatre ans environ faire taire notre peau et nos muqueuses, les empêcher d'écouter et de s'exprimer. En nous habillant et interdisant largement leur vue. Et plus encore en interdisant très largement le toucher de la peau ou des muqueuses. Tirer la langue sera même prohibé, sauf chez le docteur ou pour lécher une glace. C'est le sevrage tactile. Il est très violent.

Vers l'âge de douze, treize ans la barrière tactile tendra à être rompue par nous et par d'autres éléments extérieurs. Mais le hiatus tactile des années largement privées de toucher vont nous laisser analphabètes tactiles. Nous ne saurons ni toucher, ni être touché. La mal éducation sexuelle ajoutera au désordre et à l'insatisfaction.

Le langage tactile sera abusivement présenté comme le prélude obligatoire au coït. Le toucher sera chose mineure. Et la pénétration du pénis dans un orifice naturel d'un tiers sera considérée comme « la chose sérieuse »... Le langage tactile sera ravalé au rang d'activité pré-éjaculatoire.

Toutes les réactions telles que la turgescence des mamelons des filles ou l'érection chez les garçons seront abusivement assimilées à un appel immédiat au coït, ce qu'ils ne sont pas dans la plupart des cas.Si un garçonnet, un bébé bande, personne ne parlera de coït. Mais allez expliquer que le coït n'est pas à l'ordre du jour s'il s'agit d'un jeune homme de quinze ans !

La « Nature », l' »inévitable », la 'jeunesse », le « plaisir », le « devoir conjugal », le « profiter de la situation », le désir supposé de l'autre, etc. seront appelés à la rescousse en guise de justificatifs de la conduite « droit au but ». Mais que se passera-t-il en cas de viol ? Crime hélas des plus courants.

Les adultes croient très souvent que le toucher entre adultes est « sexuel ». La personne agressée sexuellement va avoir horreur du sexe. Pour la soigner, traiter son traumatisme, il faut la toucher. Mais le toucher est abusivement assimilé au sexe. Il y aura alors blocage.

On ne proposera rien pour soigner la victime, ou alors d'user de la parole, ce qui est dramatiquement insuffisant. Au point qu'on peut souvent parler de « blablathérapie ».

Les victimes de viols ont besoin d'une rééducation tactile en usant d'un toucher neutre. Toucher que quelquefois ils n'ont plus connu depuis leur petite enfance. Il faudra user de protocoles spéciaux afin de ré-apprivoiser ou apprivoiser la victime, la violée, au toucher. C'est une véritable rééducation. Comme je l'ai déjà esquissé, ça pourra prendre la forme d'une situation ou la violée sera assise confortablement, habillée normalement, dans un lieu bien éclairé. Une personne de confiance tiendra une main de la violée. Cependant que le soignant touchera de la façon la plus agréable possible l'autre main et l'avant bras correspondant. Le tout durant une vingtaine de minutes à chaque séance. Si un des participants s'en ressent mal, la séance sera aussitôt arrêtée sans que qui que ce soit ait à donner une explication ou une excuse. Une amie à qui je décrivais ce dispositif l'a trouvé intéressant et a aussitôt proposé que ce soit la main et le bras entier qui soit agréablement touchés. Elle n'a pas souhaité fixer de date pour un essai. Le débat est à présent ouvert. Il va être possible de passer de la théorie à la pratique et commencer à soigner les très nombreuses victimes de viols ou agressions divers qui nous entourent.Elles n'ont la plupart du temps jamais été soignées et traînent quelquefois leurs problèmes depuis des dizaines d'années.

Basile, philosophe naïf, Paris le 14 juillet 2017

jeudi 13 juillet 2017

814 Les dénis de viols

Nous sommes environné de victimes d'agressions sexuelles, y compris à Paris, et faisons comme si de rien n'était. On peut envisager que son voisin ou sa voisine a été cambriolé, escroqué, fait voler son portefeuille par un pickpocket ou fait dérober sa voiture par un voleur, mais pas qu'il a subi le plus répandu des crimes : le viol, l'agression sexuelle. Pourtant les indices éclatants abondent.

Une seule fois dans ma vie ma mère, il y a bien des années, j'étais déjà « grand », m'a posé cette question : « Petit, tu riais tout le temps, puis un jour ça s'est arrêté brusquement, pourquoi ? » Je n'ai pas su quoi répondre. J'avais oublié quand je riais tout le temps. Et cet arrêt, je l'ai compris bien plus tard, corresponds très certainement à la série d'agressions que j'ai subi et que j'assimile à un viol.

Si même une mère attentive n'arrive pas à identifier ce qui arrive ainsi à son enfant, on comprend que les victimes tardent souvent à s'identifier et être identifiées comme telles. Sans motifs visibles, cesser de rire tout le temps est un indice.

Une mère me décrit le comportement d'une de ses filles. Soudain elle a commencé à avoir une horreur très vive du toucher. Et s'est inquiété pour sa sécurité au point de s'entraîner intensivement à un art martial très violent. Et elle enchaîne des relations « amoureuses » décevantes avec des machos. Relations qui ne sont que des plans cul avec l'alibi de la recherche de « l'amour ». Elle se justifie auprès de sa mère en disant que pour juger un homme il faut absolument coucher avec.

Là nous avons trois symptômes témoignant de l'agression ou des agressions subies. Et la mère n'y voit rien de tel. Il faudra que j'arrive à lui ouvrir les yeux, ce qui est une tâche plutôt pénible.

Une vendeuse dans un magasin que je fréquentais il y a des années m'accueillait ainsi : une fois, extrêmement câline, l'autre froide comme un iceberg. Bien plus récemment, une jolie fille fait ma connaissance et est limite séductrice. Me propose de prendre un jour un café ensemble. Puis subitement plus rien, devient une sorte de glaçon agressif. Un jour je lui touche très légèrement l'épaule pour attirer son attention et l'effraye. Le toucher lui fait peur. Et son attitude avec moi a varié sans raison. Encore ici une victime de viol, ou de sa tentative ou d'un geste agressif apparenté.

Une dame et une jeune fille que je connais ont un caractère très dur. Par ailleurs j'ai su que l'une a été violée enfant et l'autre agressée nombre de fois à un âge plus avancé. Pour moi leur caractère est hérité de ces événements. Dans leur entourage personne ne le dit, pourtant c'est évident.

Certaines victimes combinent des élans chaleureux et tendres avec des attitudes inverses. Ou des gestuels bizarres. Une jolie fille qui a été agressée très jeune témoigne d'une sorte d'horreur de la bise, pas avec tout le monde, mais avec au moins une personne. Qui pourtant ne lui a rien fait de spécial.

Il existe des petits signes et des signes de plus grande ampleur qui témoignent très exactement de ce que c'est « cassé à l'intérieur ». Ce qui ne signifie pas que ce n'est pas réparable. À condition de chercher à le faire. Ce qui nécessite l'emploi de protocoles tactiles particuliers.

Quelquefois ces protocoles sont spontanés mais d'ampleur limitée. L'assistant d'un dentiste pose la main sur l'épaule d'une cliente soignée et angoissée et la calme aussitôt. La poignée de main chaleureuse d'un très bon et sage patron d'un petit restaurant me réconforte subitement. On a à faire ici à des échanges, partages, transmissions d'énergie par la médiation tactile. Nous avons besoin du toucher, de donner, recevoir, échanger, partager du toucher, et en sommes très souvent privés.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 juillet 2017

813 Soins aux victimes

Prétendre que le toucher entre adultes est « sexuel », c'est à dire axé sur le coït, formerait un « préliminaire » au coït, est aussi réducteur que déclarer que la langue a pour unique fonction de faire des « avances sexuelles », des déclarations d'amour et des demandes en mariage.

Quand on observe un humain affamé tactilement, on a parfois la réaction consistant à penser qu'il est malade. Non, il a faim, tout simplement. Quand on a faim de nourriture, on est affamé, on n'est pas malade. Et si on ne mange pas durant un certain temps on finit y compris par en mourir.

Sur certains sites Internet consacrés au viol et à aider les victimes de viols, on parle de plein de choses. Mais on n'avance rien sur les soins à apporter aux victimes.

Un viol laisse une blessure. Une blessure ne se soigne pas avec des mots, mais avec des gestes.

Nous sommes environnés de victimes de viols, quand nous n'en faisons pas y compris partie. J'ai été violé à sept ans, à Paris, dans le cadre familial, ma mère l'a été à l'âge de dix ans, à Odessa durant la guerre civile. J'ai rencontré plusieurs fois des femmes qui m'ont parlé de leur viol ou tentative de viol, ainsi que d'autres qui en présentaient les symptômes sans parler de ce qui leur était arrivé.

Il semble que certains s'offrent la facilité de croire qu'il suffit que le coupable soit dénoncé et puni pour en finir avec une affaire de viol. Mettre en prison un agresseur n'a jamais guéri ses victimes. Il faut des soins et plus que du blabla thérapeutique à portée limitée.

Le soin des victimes de viols débouchera sur la guérison de quantités d'autres problèmes de santé. Y compris qu'on ne considère aucunement liés à la « sexualité ».

Les pionnières de la légalisation de l'avortement en France, comme le MLAC, on forcé la main au gouvernement en pratiquant ouvertement des avortements. Le pouvoir était alors arraché aux médecins et au pouvoir politique. Ça a duré un temps. Jusqu'à ce qu'avec la loi Veil de 1975 le pouvoir politique et médical masculin reprenne la main.

S'agissant des soins accordés aux violées, il faut suivre l'exemple des pionnières de l'avortement. Prendre nos affaires en main. Que les femmes s'emparent de la maîtrise des soins à accorder aux violées.

J'ai proposé des thérapies de reapprivoisement au contact physique. Il reste à les tester. Elles ne suivent pas la mode qui rétrécit les soins aux seuls échanges verbaux et à l'écoute auditive.

On ne soigne pas la blessure du viol avec des mots. Il faut des gestes. Sans pour autant chercher à forcer la guérison. Il faut agir en douceur, par respect des malades et des processus de guérison. On ne va pas « changer en bloc le monde », on va chercher à réduire la souffrance humaine, et ainsi on améliorera le monde. Où et comment introduire la thérapie tactile dont j'ai esquissé la description ? Telle est la question posée à présent. Il est nécessaire de passer de la théorie à la pratique. La difficulté rencontrée sera la force de l'habitude et de la résignation. Sans compter le conflit d'intérêts avec ceux qui utilisent les traitements basés sur la parole et ne souhaiteront pas voir se développer des modes d'action qui leur ôteront leur travail. Un conflit aussi est en vue avec les laboratoires pharmaceutiques dispensateurs de drogues chimiques diverses, qui ne soignent pas, mais anesthésient. Guérir peut contrarier ceux qui veulent conserver le monopole des soins. Quitte à ce qu'ils privent pour cela les malades de soins efficaces mais non rentables financièrement.

Basile, philosophe naïf, Paris le 13 juillet 2017

mercredi 12 juillet 2017

812 Toucher et parole, langage et caresses

Depuis 1986, soit depuis plus de trente ans, je me suis interrogé sur le toucher entre humains adultes. C'est seulement avant-hier que j'ai pu définir ce qu'il est : le principal moyen d'expression et de perception humaine et également le plus négligé, maltraité, mal et faussement interprété.

Il est intéressant de voir comment ce moyen d'expression est qualifié avec un autre moyen d'expression : la parole.

Une expression existait en français, qui a évolué et disparu dans son sens originel il y a très longtemps : « être en goguette. » Qui signifiait « être en caresses avec une femme ». Aujourd'hui il n'existe plus aucune expression signifiant la même chose. Et « être en goguette » signifie faire la fête, être un peu saoul à cette occasion.

Divers mots et expressions ont évolué dans leur sens : « faire l'amour » signifiait « faire la cour », aujourd'hui ça signifie pratiquer le coït. « Embrasser » signifiait serrer dans ses bras, aujourd'hui ça signifie donner un bisou. « Baiser » signifiait donner un bisou, ça signifie aujourd'hui pratiquer le coït. Sucer a pris souvent le sens spécialisé et restrictif de faire une fellation ou un cunnilingus.

Dormir avec quelqu'un peut être très agréable. Aujourd'hui il n'existe rigoureusement aucune expression permettant d'en parler. Passer la nuit avec, dormir avec, aller au lit avec, coucher avec, signifie immanquablement baiser.

Pour mesurer le mauvais sort fait au langage tactile entre humains adultes, il faut le comparer avec le langage verbal.

Que diriez-vous s'il était considéré comme abominable de parler avec ses proches : père, mère, frère, sœur, fils, fille ? De même si c'était condamné de parler avec des personnes de même sexe que vous, ou très jeunes, ou très âgées, ou handicapées, ou bien plus riches que vous ?

C'est ce qui se passe avec le langage tactile, le plus souvent assimilé, associé abusivement au coït.

Que diriez-vous si vous n'auriez le droit durant votre vie adulte à ne parler qu'avec une unique personne, parce que sa conversation serait agréable et intéressante ? Quarante, cinquante ou soixante ans à ne parler et régulièrement qu'avec un unique interlocuteur ou une unique interlocutrice ? C'est ce qu'on cherche à nous imposer avec les câlins.

Si vous prétendriez parler à plusieurs personnes, vous voilà aussitôt qualifié d'être désordonné, faisant « n'importe quoi. » La prohibition des câlins avec les très jeunes crée des traumatisés qui vont des décennies plus tard se lamenter rétrospectivement : « mon père, ou ma mère, ne me faisait jamais de câlins. » J'en ai rencontré.

Les câlins sont pourchassés et en même temps servent de « carte d'identité ». On voit souvent des personnes se présenter en se définissant comme : « la petite amie de untel » et plus rarement comme : « le petit copain de unetelle. »

Le mauvais traitement des câlins paraît avoir son origine dans le patriarcat. Cette perversion de la société humain toute entière prétend assurer la domination de l'homme sur la femme. Pour quel avantage ? Une femme de ménage et une assistante maternelle à domicile, pour s'occuper des enfants et... une pute à domicile. Qui doit assurer un « service » de câlins sexuels à domicile.

Basile, philosophe naïf, Paris le 12 juillet 2017

lundi 10 juillet 2017

811 Le premier moyen d'expression et communion humaines

Il y a des années j'ai eu connaissance d'une expérience. Dans un supermarché, sans prévenir la clientèle, on demanda aux caissières de se diviser en deux sortes différentes. Les premières, en rendant la monnaie aux clients devaient s'appliquer à le faire en leur touchant la main. Les secondes devaient le faire en évitant de toucher la main de leur client. Des sondeurs interrogeaient les clients à la sortie pour savoir quelles caissières leur paraissaient les plus sympathiques. Les caissières du premier groupe furent trouvées très majoritairement les plus sympathiques, agréables, communicatives...

Ce résultat ne doit pas nous étonner. La peau est le principal organe de communication, expression, réception, communion humaines.

Chez les humains adultes, cet organe de communication, expression, réception, communion est neutralisé très largement par les vêtements, les règles régissant « la pudeur » et l'interprétation comme quoi le contact, le toucher, la caresse, l'étreinte dans les bras, le bisou, le contact avec la bouche et la langue en général constituent forcément une invite sexuelle, un « préliminaire » au coït.

Cette prétention à laquelle on nous habitue dès très jeune est en fait aussi baroque et ridicule que celle qui prétendrait que l'expression verbale a pour seul et unique objet de faire des « avances » sexuelles.

Il est difficile de réaliser l'ampleur et le caractère des problèmes causés par la prohibition du toucher, l'exil des humains adultes au milieu d'une peau qu'on évite largement de toucher ou utiliser pour toucher. Des troubles nerveux, comportementaux, voire qualifiés de « psychiatriques » doivent trouver ici leur source ou la source de leur aggravation. Que faire alors pour améliorer la situation ?

Il ne s'agit pas de dire aux gens d'aller faire des bisous dans le cou à tout le monde. Il existe un conditionnement et des traditions qu'il ne s'agit pas de chercher à éliminer, mais plus réalistement de soigner les conséquences les plus graves de ce silence dermique imposé.

Mettre au point des protocoles curatifs tactiles qui contournent les obstacles culturels. Pour traiter des personnes en souffrance, et il y en a ! Par exemple toutes celles qui à un moment donné de leur vie ont éprouvé une grande peur, souffrance, déception causée par un autre être humain. Ou on subit ou eu peur de leur violence, notamment sexuelle, mais pas seulement.

Aujourd'hui on prétend soigner nombre de ces problèmes par la parole et l'écoute auditive. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, cette méthode pour soigner des blessures physiques et – ou – morales, me fait penser au traitement de la fracture d'un os avec des chansons. Ça peut faire du bien, mais on passe à côté d'une part essentielle du geste curatif.

Nous sommes environnés de personnes plus ou moins blessées à un moment donné de leur vie, dont on n'a jamais soigné sérieusement la blessure. Sans parler de la blessure que représente le silence dermique imposé par la société. Silence dont on n'a le plus souvent même pas conscience. Un peu comme une personne affamée qui a toujours eu faim et ne réalise pas qu'il lui manque quelque chose.

Le traitement, ou les traitements, du silence dermique permettront de mieux connaître et soigner les humains. Les soignants eux-mêmes devraient y trouver par force une amélioration personnelle de leur état général. Ils s'enrichiront en donnant.

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 juillet 2017

810 Question de sémantique

Dernièrement je parlais avec une jolie fille que j'avais déjà très brièvement rencontré auparavant, et celle-ci, pour se définir m'a dit : « je suis la petite amie de untel. » Avant-hier, une autre personne la voyant passer m'a commenté son passage en me disant : « c'est la petite amie de untel. » Ce genre de propos de nos jours est courant, banal. Mais réalise-t-on vraiment sa signification impliquée ? Je ne crois pas.

Cette jolie fille me dit pour se présenter : « je suis la petite amie de untel. » Elle va ainsi se définir à partir de sa « définition » « sexuelle »... Mais en quoi ça me concerne que cette jolie fille se considère hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle, transgenre ou asexuelle ? Qu'elle ait ou n'ait pas un ou plusieurs amants ou amantes, et leurs identités précises éventuelles ? Qu'elle se considère comme libertine, fidèle à un homme, ou une femme, ou plusieurs, ou ai fait vœu de chasteté absolue ? Ça m'est parfaitement égal. Ça ne me concerne pas.

« Oui, mais, me diront certains, comme ça, si vous auriez des intentions éventuelles d'y mettre les mains, vous voilà prévenu. » Mais je n'ai aucune intentions éventuelles de ce genre ! Malotru ! Ce n'est pas parce qu'une fille est jolie que je dois m'imaginer tout de suite je ne sais quelle « aventure ». Et puis, si je comprends bien, je suis prévenu de ne pas devoir y mettre les mains, parce que... la jolie fille appartient à untel ?

Tiens ! Tiens ! Comme c'est intéressant, cette façon de considérer une femme ! Le patriarcat montre son nez à travers un propos apparemment anodin. Je remarque qu'il m'est arrivé d'entendre définir une femme comme la copine ou la petite amie d'un homme donné. En revanche, je ne me souviens pas avoir entendu définir un homme comme « le petit copain » ou « l'amie » de unetelle...

Une femme n'existerait donc que par rapport à un homme, à condition qu'il y en ait un et qui ait « des droits » sur son ventre... Là on vit où et à quelle époque ? J'entends ça à Paris dans un milieu apparemment civilisé. On me dira peut-être que je pinaille. Après tout pour cette jolie fille se présenter comme « la petite amie de untel » c'est indiquer un élément important de sa vie. Mais, si je la revois, pas besoin d'une telle précision, je m'apercevrais bien si untel est souvent en sa compagnie. Quant à savoir s'ils dorment voire habitent ensemble, c'est leur affaire. Et des « couples » se font ou se défont tous les jours. Se présenter ainsi peut être aussi une manière de déclarer d'emblée de façon indirecte qu'elle n'est pas intéressée sexuellement par vous.

Une chanson très machiste chantée par Édith Piaf dresse un tableau totalement démagogique de ce que serait l'amour d'elle pour un homme qu'elle définit comme : « l'homme auquel j'appartiens. » Se présenter comme « la petite amie de untel » revient strictement au même. Sans s'en rendre compte, tant notre culture dominante est imprégnée par le patriarcat. Pour moi, cette jolie fille dont je parlais ici n'appartient à personne. Elle est d'une compagnie agréable et a une conversation agréable. Quant à ce qu'elle fait de sa « sexualité », présentement je m'en fiche. Je revendique le droit à l'indifférence sexuelle et l'amour sans précisions. Pas d'intentions ou d'idées de quelque chose à venir ou pas. Je préfère rester au contact de la réalité et de l'instant présent, le seul qui existe.

La prétention à définir une femme comme « la petite amie de untel » relève aussi d'une façon générale de la frénésie casière. Assigner chaque personne à une case précise au lieu de l'observer et apprécier chez elle toute la richesse de la diversité humaine. Résumer une femme à sa « qualité » de « petite amie de untel » est une très pauvre définition. Elle me parle autant que si on cherchait à la définir comme une personne qui ne boit pas de café ou s'habille en rose. Il serait important que certains en prennent conscience et modifient leur manière de se présenter ou présenter les autres.

Basile, philosophe naïf, Paris le 10 juillet 2017

dimanche 9 juillet 2017

809 Dresser un bilan tactile

Qu'est-ce qu'un « bilan tactile » ? C'est le relevé de quand et comment un individu est touché au sens le plus basique du terme : avec les mains, la bouche, la langue, etc. L'épiderme et les muqueuses représentant le plus vaste système de communication humaine, quand bien-même est-il souvent négligé, dénigré, interprété de manière étroite, réductrice et erronée, oublié, maltraité.

J'ai connu une jeune étudiante qui avait une horreur absolu de tous contacts « physiques ». Même être simplement bisée la dégoûtait. Elle s'est pendue. A présent que je repense à elle, qui avait apparemment « tout pour être heureuse » : études à l'université, copain, logement, je me dis que par delà les apparences positives de l'organisation de sa vie elle avait très certainement été violée. D'où son horreur du toucher auquel personne n'avait accordé plus d'importance que comme une simple bizarrerie.

C'est en lisant l'interview d'une actrice de cinéma qui parlait de son vécu difficile, du viol qu'elle avait subi, que j'ai relevé une précision. Elle disait que suite à son agression le moindre contact « physique » la faisait sursauter, y compris de la part de sa meilleure amie.

J'ai rencontré une jolie femme bizarre et désagréable, agressive sans raisons. Je ne comprenais pas le motif de son comportement, jusqu'au jour où j'ai légèrement touché son épaule pour lui signaler mon arrivée et lui dire bonjour. Elle a sursauté et eu très peur. Cette réaction m'a donné l'explication de l'origine de son agressivité bizarre.

Une fois violée, la victime, qui peut être féminine mais aussi masculine, développe un rapport conflictuel au toucher. Et quand et comment adulte est-elle touchée ?

Si c'est par exemple une femme mariée, son mari pourra la toucher. Mais ce toucher sera systématiquement ressenti plus ou moins comme une « entrée en matière » pour le coït.. Et par là se reliera à tout le vécu désagréable lié à cet acte. Le toucher serait ainsi soi-disant « sexuel ».

Comme le croyait une respectable grand mère mise mal à l'aise par son petit fils de quatre ans qui mettait à son avis trop les mains sur elle. Elle lui disait : « seul grand père a le droit de me toucher ainsi. » Je synthétise son propos. Et pourquoi grand père a le droit de toucher ainsi grand mère ? Parce qu'il « dort » avec grand mère !

On voit ici que quand on parle du toucher, même à des très petits, est évoqué au moins indirectement le lien avec la sexualité. Lien auquel on donne un caractère systématique qui conduit souvent à l'absence de toucher entre adultes. Caresser un chat inconnu aperçu dans la rue est chose simple et aisée. Toucher un humain est en revanche très souvent considéré comme « une avance » ou une agression.

Dans notre société le toucher neutre entre adultes brille le plus souvent par son inexistence. Le créer ou recréer nécessite la mise au point d'un protocole particulier. C'est ce que je me suis efforcé d'esquisser dans ma dernière contribution à ce blog avant celle-ci.

Il faut réintroduire la paix dans le toucher ainsi recadré exprès selon des conventions simples. Ceci afin de pouvoir rendre à nombre de personnes la sérénité perdue des fois depuis des dizaines d'années. Combien de personnes choquées physiquement n'ont jamais été traitées « physiquement » ? Très certainement la plupart. Il est grand temps de remédier à cette situation qui empêche nombre d'entre nous d'apprécier positivement la vie. D'être heureux tout simplement.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 juillet 2017

808 Retrouver la confiance après un événement bouleversant

Quand un événement nous bouleverse au point de perdre confiance en nous, on prône généralement comme remèdes : la parole et les médicaments. La parole est limitée. Les médicaments agissent comme des drogues : ils apaisent mais ne remédient pas à la cause du mal être.

La perte de confiance conduit à l'isolement qui se traduit par la perte de confiance en l'autre. Qui peut être à l'origine de l'événement bouleversant (agression, accident causé par un tiers, etc.).

La thérapie proposée ici repose sur la reprise de la confiance en l'autre. Pour cela on procédera de la manière suivante :

La personne à traiter sera assise confortablement dans un lieu éclairé, et habillée comme elle l'est en temps normal. Une personne de confiance lui tiendra la main droite. Son avant-bras gauche sera dénudé et le thérapeute le touchera avec la main et le plus agréablement possible. La séance durera vingt-cinq minutes environ. Le but recherché ne sera pas la jouissance mais la confiance.

Dans ce cadre rassurant et sans ambiguïté, le patient ou la patiente tachera d'accepter pleinement et en toute confiance le toucher de son avant-bras gauche et de sa main gauche. Si quelque chose ne conviendra pas à un des trois présents, l'expérience sera arrêtée immédiatement.

Le genre d'événements bouleversants traités ainsi pourra être de nature variée. Je pense notamment à des agressions ou des événements vécus comme des agressions. J'ai rencontré des personnes agressées un jour qui sont traitées par la parole depuis nombre d'années. Mais traiter une agressions « physique » par la parole et uniquement elle me fait penser à traiter une fracture du bras avec des chansons. Certes, un environnement agréable fait du bien, y compris pour accélérer la guérison d'une fracture, mais il faut nécessairement aussi intervenir à ce niveau.

Des personnes ont aussi beaucoup de mal à verbaliser un événement bouleversant. Solliciter leur parole, en dépit des bonnes intentions, peut revenir à les bousculer et traumatiser un peu plus.

Pour certains traumatismes très anciens et jamais traités n'existera pas la conscience, le souvenir, l'identification de la nature du traumatisme. Le qualifier verbalement paraîtra alors des plus ardus.

Avec un traitement basé sur le toucher, ce problème est contourné et le mal est traité quand même.

Ce traitement n'est ni médical, ni paramédical, il relève de certaines procédures aux confins, aux lisières de la médecine. Sans s'opposer à elle, il pourrait la compléter. Le but commun restant le confort et le réconfort du malade qui peut y compris ne pas être « officiellement » malade.

Le toucher chaleureux employé ici peut ne jamais se rencontrer dans la vie de quelqu'un passé sa petite enfance. Il mérite d'être essayé et ne coûte rien en terme de drogues chimiques et traitements médicaux classiques.

Il peut se pratiquer y compris dans une ambiance neutre, un lieu public, un jardin où l'on se promène. Il n'a pas besoin d'un lieu spécial, au contraire, de telles indications « bizarres » conduiraient à vouloir faire de la confiance une chose spéciale, confidentielle... Alors qu'il s'agit ici de la réintroduire dans la vie de quelqu'un. De la banaliser. De réhabituer la personne traumatisée à vivre, tout simplement. Ce qui se fait forcément au moins par moments au contact des autres et sans avoir peur d'eux et envie de les fuir.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 juillet 2017

807 Mythes et réalité de « l'amour »

Au début des années 2000, une amie à l'époque nonagénaire s'étonnait devant moi : « comment se fait-il qu'aujourd'hui les couples se séparent si nombreux et si facilement ? » Je ne savais pas quoi lui répondre. Comme explications on peut entendre fréquemment des choses comme : « les jeunes sont trop exigeants », « ils ne savent pas faire de concessions », « l'amour ça dure deux ans », « on vit aujourd'hui bien plus longtemps qu'avant, avant on mourait avant d'avoir eu le temps de se séparer ».

Je crois avoir trouvé la bonne réponse. Au contraire de l'affirmation comme quoi « les jeunes sont trop exigeants », ils ne sont en fait pas assez exigeants, ce qui crée des brouilles. Le piège c'est le mythe du « couple ». Que deux individus s'entendent et vivent ensemble est parfaitement possible. En revanche, quand on s'entend un peu, décréter « le couple » relève du parfait délire. Alors, on se met ensemble et on commence le chemin qui conduit inexorablement à la rupture. Au début on est très heureux ensemble. Puis on est heureux d'être ensemble pour faire plaisir à l'autre. Puis on se sent obligé de rester ensemble. Et, enfin, on ne se supporte plus, mais on ne voit pas comment sortir de cette situation insupportable. La rupture douloureuse finit par arriver, laissant les deux heureux tourtereaux du début complètement meurtris et amers. Tout ça parce qu'on a cru à la magie « du couple ». « On s'entendait si bien ! » Mais pourquoi alors devait-on forcément se mettre ensemble et cela allait-il continuer aussi parfaitement durant les cinquante voire soixante années suivantes ?

Parce que c'est « l'amour » ? Mais c'est quoi l'amour ? Une chose magique, la pierre philosophale des sentiments, en résumé : un mythe. L'amour ainsi garanti parce qu'on s'est plu et qu'on a vécu ensemble un petit bout de chemin n'existe pas. Si on se plaît ensemble, soit, c'est un fait. Mais de là à déduire une durée, c'est du grand n'importe quoi. Il faut attendre, observer, savoir, étudier. Au lieu de ça on fonce... dans le mur.

Un chausse-trape très perfectionné est représenté par ce qu'on a baptisé « la sexualité ». Si « on s'aime », il faut absolument mettre le truc dans le machin, secouer, émettre les liquides correspondants, se laver, puis recommencer dans un délai rapproché. Sinon ce n'est pas de l'amour. Il faut être « épanoui sexuellement » ! Mais pourquoi si on aime doit-on absolument baiser et régulièrement ? Qui a décrété ça ? La Nature ? Elle a bon dos, la Nature !

On ajoute à ces prétentions « la déclaration d'amour » et « le mariage ». Mais sans sentiments d'amour, ces deux événements ne sont rien. Pire, ils égarent.

Il faut arrêter de croire à l'amour et la sexualité magiques. Bien des affirmations contenues dans des chansons sentimentales relèvent plus de la psychiatrie que de la réalité. Inutile de s'étonner si les prendre pour modèles est source de catastrophes garanties. L'amour, le sexe, la beauté et la jeunesse ne sont pas des sortes de cagnottes à placer en échange d'une rente qui s’appellerait l'amour avec un grand A.

Vous cherchez « l'amour » ? Il faut être patient et garder le regard critique. L'amour n'est pas une sorte de pierre philosophale qui transmuterait le plomb des relations superficielles quotidiennes en or de l'amour. Et le « sexe » n'est pas plus miraculeux. On vous a donné des conseils pour rencontrer l'amour ? Oubliez-les et ouvrez les yeux. L'amour fait partie des relations ordinaires, pas des faits extraordinaires. Oubliez ruses et traquenards savants, recettes en tous genres. Les autres sont juste des êtres humains comme vous, mais aussi tout à fait différents. Laissez-les venir à vous. Cessez de chercher la méthode miraculeuse pour les attirer à vous. Ils ne demandent qu'à venir d'eux-mêmes ou d'elles-mêmes. Cessez de chercher des solutions à des problèmes que votre ignorance a inventé.

Basile, philosophe naïf, Paris le 9 juillet 2017

samedi 8 juillet 2017

806 Le mythe de l'éjaculation magique

Il existe dans la pensée dominante un mythe qui a la vie dure : le mythe de l'éjaculation magique. Soit disant en éjaculant l'homme ressent une jouissance inouïe et automatique, qu'il réalise en éjaculant de préférence dans un orifice naturel d'un tiers, le plus souvent mentionné étant féminin et vaginal. Ce mythe est une imbécillité monstrueuse et dévastatrice de l'équilibre humain et des relations humaines. Quelle est la base de ce mythe ? Elle corresponds au fait que quelquefois, j'écris bien quelquefois et pas toujours loin de là, l’éjaculation s'accompagne d'un fort flash endorphinien. Soit la libération brusque d'une quantité significative d'endorphines chez l'homme concerné. Ainsi il s'autodrogue. Mais comme toujours avec ce genre de phénomène toxicomaniaque, le junkie cherche ensuite à retrouver cet épisode et ne le retrouve pas.

Exemple de flash éjaculatoire endorphinien : l'éjaculation s'accompagne chez l'éjaculeur d'une émission de sons vocaux incohérents et de mouvements non contrôlés des bras et des jambes. Autre exemple : l'éjaculeur ressent une impression de plaisir intense irradiant depuis le sexe jusqu'à l'ensemble de l'organisme avec une sensation de « sortie du corps ». Ces deux moments de plaisir intense sont extrêmement brefs. L'erreur de l'individu concerné a consisté à en faire des modèles qu'il était sensé rechercher et retrouver. Ce qui n'est bien sûr jamais arrivé.

Le mythe de l'éjaculation magique va induire d'autres mythes secondaires. L'homme croira que cette jouissance idéale, automatique et modélisée, il doit la retrouver forcément si sa partenaire est « très belle ». En suivant les critères esthétiques de son époque et son milieu. Ou il doit la retrouver s'il a affaire à une jeune fille vierge. Ou qui possède de très gros seins. Ou s'il à affaire à une femme qui n'est pas d'accord pour « l'amour » et qu'il parvient à « convaincre ». Ou si la jeune fille est très jeune, etc.

L'élément qui va servir à refuser la remise en cause du mythe simpliste de l'éjaculation magique, inouïe, obligatoire et automatique est que de nos jours il sert de base à nombre de « couples ». Une jolie fille à qui je demandais au sein d'un groupe qui elle était, me répondait très récemment en se définissant comme : « la petite amie de untel. » Untel étant le jeune homme assis auprès d'elle. Ce qui revient à dire qu'elle se définissait par rapport à ce jeune homme et non par elle-même. Et ce lien était le coït, sous-entendu fidèle et idéal. Comme j'ai abandonné le mythe de l'orgasme magique qui est à la base de ce type d'affirmation, le propos de cette jolie fille m'a paru vide. Elle aurait pu tout aussi bien déclarer : « je suis végétarienne » ou « je suis abonnée au gaz. » Dit plus vulgairement : « qu'est-ce que ça peut me fiche qu'elle se fasse limer par Pierre, Paul ou Jacques ? » Ça ne me dit rien sur sa personnalité et ses occupations.

Le mythe de l'éjaculation magique est quelquefois nié par des hommes. Par exemple un ami sexagénaire me disait un jour : « si les hommes jouissaient vraiment quand ils font l'amour, ça se saurait. » Un jeune ouvrier me disait il y a environ une quarantaine d'années : « finalement, l'amour ce n'est pas grand chose. » Certains jeunes motards ne cachent pas que pour eux « les copains c'est plus important que la petite amie. » Un film comique français il y a bien des années commentait la sexualité des hommes avec ce propos désabusé : « tout ça pour ça ? »

Le problème posé par le mythe de l'éjaculation magique est que quand on y croit on se crée une obsession du coït et surtout on cherche à l'imposer à l'autre. Ce faisant on se rend odieux, et on devient même des fois violent. Pour revenir les pieds sur Terre il est absolument nécessaire de démonter ce mythe et renoncer complètement à lui. Il faut avoir pleine et parfaite conscience que les relations humaines existent, mais que l'orgasme ou éjaculation magique est un parfait boniment. On doit absolument y renoncer si on veut retrouver le chemin de la vie et de la vérité.

Basile, philosophe naïf, Paris le 8 juillet 2017

jeudi 6 juillet 2017

805 Le temps patriarcal

Soit un homme qui a dans son entourage trois jeunes et jolies femmes qu'il remarque et apprécie. S'il suit la logique, ou l'illogique, patriarcale il doit :

Soit renoncer à fréquenter deux de ces jeunes et jolies femmes et chercher à courtiser la troisième.

Soit les courtiser toutes les trois en leur mentant.

Un cas pire de machisme est celui d'un homme qui courtise tout ce qui bouge et y ajoute la volonté d'isoler son gibier. Ce faisant il entreprend de dénigrer auprès de ces femmes tous les hommes qu'il estime « concurrents ». Et comment le fait-il ? En se présentant comme un homme intègre et respectueux et insinuant que ses « concurrents » sont de vulgaires dragueurs sournois. Les patriarcaux sont vraiment les spécialistes de l'hypocrisie et du mensonge.

Un phénomène très étrange et caractéristique est celui du temps patriarcal. Quand on établit de belles relations avec une belle personne, on l'écoute, on lui parle, on prend le temps de la connaître, l'apprécier. Le patriarcal lui est toujours dans la course. Ne dit-on pas « courir les filles » ? Ce n'est pas un hasard semble-t-il. Le patriarcal est toujours pressé. Comme il est dans son monde et confond relations humaines et chasse au gibier.

Un moyen simple et facile d'identifier et se débarrasser d'un patriarcal déguisé en sentimental est de le faire poireauter. S'il est sentimental il peut attendre. S'il est patriarcal, la plupart du temps, il va s'impatienter et s'en aller courir après une autre proie potentielle. En amour, ne jamais se presser est une excellente règle à suivre. Une jeune fille pressée va collectionner les mésaventures, si elle cherche autre chose que du fast food sexuel. S'il y a un domaine qui confirme les paroles « vite et bien ça n'existe pas », c'est bien celui des relations dites « amoureuses » ou « sentimentales ». Prendre le temps permet d'y voir clair et déceler nombre de traquenards et de faux jetons.

Certains chasseurs malheureusement sont patients et peuvent ainsi induire en erreur leurs proies.

Le temps patriarcal est répandu bien au delà des patriarcaux. Quand on le quitte, quel repos et quelle occasion d'y voir claire dans les relations sympathiques avec les autres ! En quittant le temps patriarcal on retrouve la réalité et le rythme effectif des relations humaines. On prend aussi pleinement le temps d'apprécier les tout petits riens qui font la richesse de la vie.

Le temps patriarcal est un temps angoissé. Il joue un rôle essentiel dans la démarche patriarcale. Quand l'homme patriarcalisé aperçoit une personne qu'il identifie comme une proie à consommer, il se demande tout de suite : « quand il y parviendra ? » Cette interrogation jouera un rôle essentiel et déterminera très largement son comportement. Comme il veut arriver à « conclure » le plus vite possible, il va bousculer sa proie, mentir, ruser et montrer plus ou moins sa vraie nature. À l'image du macho qui, cherchant à isoler une proie, disait à elle du mal d'un autre homme assis à la même table de restaurant et entendant tous ses propos. La volonté d'aller vite conduit à de telles situations.

Mais pourquoi l'homme patriarcalisé veut-il toujours aller vite y compris en dépit de bon sens ? Parce qu'il veut additionner ses « conquêtes ». Le shoot endorphinien de l'éjaculation jouant chez l'homme patriarcalisé le rôle de tranquillisant pour son état plus ou moins dépressif causé par sa sensation de vide intérieur, de manque permanent, de solitude et d'absence d'entente avec les femmes. Si l'homme patriarcalisé s'abaisse à se croire supérieur à la femme, il parvient aussi ainsi à s'interdire toute véritable complicité, proximité, unité avec la femme, chose dont il a besoin.

Basile, philosophe naïf, Paris le 6 juillet 2017